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Un tout petit éphémère

Caenidae 1

Aviez-vous compté 4 Caenidae sur la photographie de la semaine dernière?

Caenidae 2

Naïade de Caenidae dans ma main (pour une idée de sa taille)

Caenidae 3

Même à l’œil nu, on peut deviner les deux grandes branchies qui couvrent plusieurs segments de l’abdomen

Sur la photographie de la semaine dernière se cachaient plusieurs individus du même groupe d’insectes aquatiques. Aviez-vous bien compté quatre éphémères?

Il s’agissait plus particulièrement de naïades (stade larvaire) de Caenidae, des éphémères qui ont une affinité pour les milieux sableux ou argileux, comme en témoigne la photo. En effet, selon Voshell (2002), on retrouve majoritairement ces insectes dans les sections des cours d’eau et des lacs où la matière organique tend à se déposer. Il n’est donc pas surprenant que j’aie observé plusieurs de ces invertébrés aquatiques dans le sable humide lors de marées basses aux abords du fleuve Saint-Laurent.

Ces naïades sont catégorisées comme étant des ramasseurs-collecteurs et des brouteurs. Cela sied bien au type de milieu qu’elles habitent : à leur menu figurent plantes en décomposition, algues et, à l’occasion, des animaux en décomposition. Elles s’affairent donc à collecter des particules de ces différents aliments qui se sont déposés ou encore à râper les algues poussant sur le substrat dans le fond du plan d’eau où elles vivent.

Voshell (2002) indique que les Caenidae constituent l’un des groupes d’éphémères les plus abondants des lacs et des étangs d’Amérique du Nord. Ils jouent sans aucun doute un rôle fort important dans les chaînes alimentaires de ces écosystèmes, nourrissant entre autres invertébrés prédateurs et poissons. C’est leur toute petite taille qui ferait en sorte qu’on tend à les rater! Ces éphémères sont effectivement petits si on les compare à d’autres familles : les individus matures font seulement entre 2 et 8 millimètres de long (sans les antennes et les « queues »).

Outre leur petite taille, ils possèdent une caractéristique-clé qui permet de les identifier rapidement. La face dorsale de leur abdomen est recouverte par deux grandes branchies qui sont de forme presque rectangulaire et qui se chevauchent légèrement (voir les photographies sur ce site). Chez les plus gros spécimens, ces branchies sont visibles à l’œil nu si l’on prend le temps de les observer attentivement. Ces deux branchies servent à protéger quatre plus petites paires de branchies situées sur les segments 3 à 6 de l’abdomen.

Les naïades d’éphémères servent souvent d’indicateurs de la santé des milieux aquatiques. Voshell (2002) précise cependant que ce n’est pas le cas des Caenidae. Ces derniers tolèrent des conditions caractéristiques de milieux plus dégradés : faibles concentrations en oxygène, sédimentation et fortes concentrations en nutriments. D’ailleurs, les Caenidae, accompagnés des Siphlonuridae, possèdent la plus haute cote de tolérance chez les éphémères, soit 7 sur 10 (voir dans Hauer et Lamberti 2007) – 10 représentant un organisme très tolérant à la pollution. Chez les autres familles d’éphémères, les cotes varient entre 1 et 4 seulement.

Caenidae sites

Deux habitats contrastants où j’ai collecté plusieurs naïades de Caenidae : la basse Yamaska (gauche) et la haute du Loup (droite)

Pour les fins de la présente chronique, je me suis amusée à examiner où j’avais trouvé des spécimens de cette famille lors de mes études doctorales. Mon constat fut que ces petits éphémères sont effectivement ubiquistes. J’en ai collecté tant dans des sites de référence peu touchés par les activités humaines (par exemple, dans les sections boisées des hautes rivières L’Assomption, du Loup ou Etchemin), que dans des sites dégradés (notamment dans les tronçons aval des rivières Chaudières, L’Assomption, Nicolet et Yasmaka).

Les adultes, comme leurs rejetons, sont plutôt faciles à reconnaître. Je dois avouer toutefois avoir éprouvé quelques difficultés à trouver des exemples d’adultes de différentes familles d’éphémères dans la documentation que j’utilise habituellement : bien que les éphémères constituent des organismes très importants dans les études des milieux aquatiques, ils ne semblent pas être des insectes aussi étudiés dans les milieux terrestres. Ainsi, mes guides illustrés ne représentaient que quelques familles (généralement 1 à 3!) d’éphémères, alors qu’on en retrouve plus d’une vingtaine en Amérique du Nord. J’ai heureusement pu me retrancher sur la section « insectes adultes » du guide « Aquatic insects of North America » de Merritt et Cummins (1996), qui nécessitait cependant un examen plus approfondi des caractéristiques détaillées (comme les nervures sur les ailes).

Caeniidae

Les Caenidae adultes sont eux aussi distincts

Caenidae filet

De nombreux adultes se sont retrouvés prisonniers d’un filet lors d’une activité entomologique nocturne

En bref, nos Caenidae adultes sont, eux aussi, tout petits. Les photographies que j’ai trouvées sur Internet suggèrent qu’ils tendent à maintenir fréquemment leurs ailes sur le plan horizontal – ce que j’avais également noté pour les spécimens observés ici à Québec. De plus, leurs ailes sont simples, contrairement à d’autres familles d’éphémères pour lesquelles l’on peut compter deux paires d’ailes plutôt qu’une (quoique la seconde paire puisse être passablement réduite). Finalement, leur thorax est habituellement brunâtre. Bien sûr, un examen des nervures sur les ailes permet de confirmer hors de tout doute l’identité des insectes observés, mais les éléments d’identification ci-dessus vous mettront sur la bonne piste!

J’eus la chance de photographier et de filmer plusieurs individus qui nous assaillirent en grand nombre lors d’une ballade au bord du fleuve Saint-Laurent, à Québec, à la fin du mois de juin 2011. Aussitôt accrochés à nos vêtements, les éphémères avaient vite fait de muer! En fait, il s’agissait vraisemblablement de subimagos, soit des « préadultes » qui émergent de l’eau pour aussitôt trouver un support et effectuer la mue qui en fera finalement des adultes prêts à se reproduire. Je pus d’ailleurs capturer quelques mues en vidéo, dont une que vous pourrez visionner à la fin de la présente chronique.

De même, lors d’une activité entomologique au mois de juin 2015 aux abords du lac Saint-Augustin, j’eus aussi l’occasion de voir bon nombre d’individus en émergence. Ces derniers se retrouvaient pris par dizaines dans un des filets de chasse nocturne. Une araignée – probablement de la famille Clubionidae – s’affairait à en croquer le plus grand nombre possible, comme si elle était invitée à un buffet ouvert!

En outre, il semble que ces tout petits éphémères ne jouent pas seulement un rôle important dans les écosystèmes aquatiques, mais qu’ils soutiennent également les chaînes alimentaires terrestres. Ce sera un plaisir de les observer à nouveau – dans l’eau ou dans les airs – lors du retour de la saison chaude!

Vidéo 1. Naïade de Caenidae se déplaçant dans le sable à marée basse. Utiliser le mode « haute définition » pour une meilleure qualité d’image.

 

Vidéo 2. Caenidae adulte qui mue instantanément sur l’épaule de mon conjoint. Utiliser le mode « haute définition » pour une meilleure qualité d’image.

 

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