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Un scorpion se cache dans nos demeures?

Il existe bien des endroits autour de la planète où le fait de retrouver un scorpion dans la maison n’est pas un fait inusité. Au Québec, à part bien sûr s’il s’agit d’un scorpion domestiqué, on ne s’attend pas à observer de telles bêtes.

Pseudoscorpion Dos

Vue dorsale du pseudoscorpion trouvé par ma collègue de travail

Pour dire vrai, nous n’avons pas de scorpions en tant que tels au Québec, mais plutôt des pseudoscorpions. Bien que tout petits, ils peuvent, à première vue, nous faire croire qu’il y a un danger imminent! N’ayez crainte! Ces petits invertébrés ne possèdent pas d’aiguillon venimeux comme les scorpions et sont inoffensifs… du moins pour nous humains.

Comme leurs confrères scorpions, les pseudoscorpions font partie de la classe des arachnides. Ils se distinguent cependant au niveau de l’ordre : Pseudoscorpiones (ou Pseudoscorpionida selon les sources) versus Scorpiones.

Je n’avais pas encore eu l’occasion d’observer cet invertébré lorsque, un matin, une collègue de travail vint me montrer sa trouvaille : une toute petite bête retrouvée chez elle et qui s’avérait être un pseudoscorpion! J’eus la chance d’amener l’invertébré à la maison afin de l’examiner de plus près sous la loupe de mon stéréomicroscope. Les photographies présentées dans cette chronique en témoignent! Pour voir un spécimen vivant, vous pouvez vous référer aux références citées ci-dessous et, entre autres, à cette photographie.

Pseudoscorpion Ventral

Vue ventrale du même pseudoscorpion – sans doute Chelifer cancroides

Comme tout arachnide qui se respecte, les pseudoscorpions sont munis de huit pattes. Les individus sont petits, leur envergure variant entre 2 à 8 millimètres. Le bout de leur abdomen est arrondi et ils possèdent de longs appendices qui ressemblent à des pinces. Plus précisément, pour répondre à la devinette de la semaine dernière, ces appendices sont en fait des pédipalpes dont le dernier segment est modifié. Celui-ci se caractérise par une partie mobile qui contient une glande à venin servant à immobiliser les proies. Il prend aussi la forme d’une pince afin d’aider à saisir les proies. Comme les pseudoscorpions ne possèdent pas de mandibules pour mâcher, ils dévorent leurs proies en liquéfiant leurs tissus à l’aide d’enzymes digestifs, puis en aspirant les fluides ainsi formés.

Vous aurez compris que les pseudoscorpions sont des prédateurs. L’espèce que l’on retrouve habituellement dans les maisons – Chelifer cancroides – est considérée comme bénéfique. Elle se nourrit des invertébrés indésirables comme les larves d’acariens et les mites des vêtements. Comme cette espèce est toute petite, elle n’est pas observée fréquemment, mais ne serait pas rare pour autant! De plus, malgré leur petitesse, ces organismes peuvent vivre jusqu’à quatre ans! Dire que j’ai peut-être un pseudoscorpion qui me pend au bout du nez dans ma maison sans ne jamais l’avoir vu! Cela dit, l’espèce Chelifer cancroides affectionne les milieux humides. Si vous êtes à la recherche de cet individu, fouillez dans les recoins humides de vos demeures comme les salles de bains.

D’autres espèces – il y en aurait au moins 26 au Canada – peuvent aussi être retrouvées, mais, cette fois, à l’extérieur de la maison. Elles se cachent notamment sous la litière, les roches, les troncs d’arbres, ainsi que dans les nids de certains animaux. Certaines d’entre elles peuvent être observées sur d’autres insectes, entre autres sous les élytres de certains coléoptères. Elles s’affairent à dévorer les mites qui parasitent ces derniers… Ou se paient un transport gratuit vers de nouveaux milieux à coloniser (voir également cette photo d’une mouche qui transporte un pseudoscorpion).

Pseudoscorpion Taille

Pseudoscorpion au fond d’un pilulier – oui, il s’agit d’une toute petite bête!

Les pseudoscorpions sont munis de glandes leur permettant de tisser des cocons dont ils se servent pour muer, hiverner et élever les jeunes. Une fois éclos, ces derniers vivent d’ailleurs sur le dos de leur mère pendant une courte période. Selon les sources, une portée peut comprendre environ de 20 à 50 jeunes. Fait étonnant que j’ai lu tout récemment : certaines mères pseudoscorpions peuvent aller jusqu’à se sacrifier pour nourrir leur progéniture. Des chercheurs ont effectivement étudié une espèce de pseudoscorpion au Brésil où la mère se donnait littéralement en pâté à ses rejetons lors de pénurie de nourriture. C’est en donnant un signal particulier à ses jeunes qu’elle leur indique qu’ils peuvent se nourrir d’elle. Ils s’exécutent en perçant l’exosquelette de leur mère (souvent dans les joints des pattes), puis en sirotant ses fluides (lire cet article pour plus de détails). Tout un sacrifice!

Pour terminer, il semble que les pseudoscorpions parcourent notre planète depuis très longtemps. Le plus vieux fossile connu daterait d’il y a 380 millions d’années. Déjà à cette époque, l’invertébré présentait toutes les caractéristiques des individus observés aujourd’hui. À croire que notre pseudoscorpion a trouvé une formule gagnante depuis belle lurette!

PS – Merci à Lyne d’avoir partagé sa découverte!

 

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