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Danger : chenilles ?!?

Qui aurait cru que l’on puisse associer les mots « chenille » et « danger »? Malheureusement, avec la venue de la chenille processionnaire (dite processionnaire du pin), cela semblait être le cas.

Cet article récent du Journal de Montréal, qui parlait de l’arrivée de la chenille processionnaire au Québec, a beaucoup circulé cet automne. Il a suscité maintes inquiétudes dans la population. Vous êtes d’ailleurs plusieurs lecteurs à m’avoir interrogée à cet effet.

Isia Isabella

Une chenille Isia isabelle (Pyrrharctia isabella) sur ma main

Je comptais vous dresser un portrait de cette fameuse chenille dans le cadre d’une de mes chroniques hebdomadaires. Or, comme il s’agissait d’une espèce nouvellement introduite, je ne trouvais rien à son sujet dans mes livres. J’ai donc entrepris de trouver le plus d’information possible sur l’Internet.

Or, coup de théâtre, mes recherches m’ont conduite vers des informations contradictoires sur la venue de cette chenille au Québec. On allait même jusqu’à complètement réfuter sa présence. Afin de vous fournir un portrait le plus juste possible de la situation, je me suis donc lancée dans des recherches plus approfondies.

Plus précisément, j’ai pris l’initiative de contacter des experts québécois en entomologie. Ce sont deux experts, M. Yves Dubuc, qui est notamment auteur du livre « Les insectes du Québec » (un livre dont je recommande l’achat pour Noël dans cette chronique!), ainsi qu’un spécialiste de l’Insectarium de Montréal, qui m’ont gentiment informée sur la situation réelle.

Alors voici le constat: n’ayez crainte, la chenille processionnaire n’a pas encore « débarqué » au Québec! Toutefois, oui, il existe bel et bien des chenilles québécoises susceptibles d’être à la source de réactions allergiques plutôt désagréables telles que celles dépeintes par les médias cet automne.

Diacrisie sur bras

Une chenille du Diacrisie de Virginie (Spilosoma virginica) grimpant le long de mon bras

Ce qu’il faut savoir, c’est que l’apparition de poils est l’une des multiples tactiques évolutives développées par les chenilles afin d’échapper aux prédateurs. Le fait d’être munies de poils les rend effectivement moins attrayantes. Essayez de manger quelque chose qui vous pique les babines… Pas très intéressant! De plus, certains individus ont poussé cette stratégie jusqu’à se munir de poils urticants, voire « venimeux ». Selon Wagner (2005), les poils creux de certaines espèces tropicales posséderaient suffisamment de poison pour tuer un humain!

Mais revenons à notre cas : le Québec.

Comment reconnaître les individus qui peuvent poser problème de ceux qui sont totalement inoffensifs? Un conseil que m’a donné le spécialiste de l’Insectarium est le suivant : « les chenilles poilues et/ou aux couleurs vives ne devraient pas être manipulées à moins de les connaître et de savoir qu’il n’y a pas de risque ». La couleur vive peut être un bon indice de la toxicité d’un organisme, bien que certaines chenilles non toxiques ou non urticantes puissent aussi présenter de telles couleurs (cas de mimétisme). À l’inverse, certaines chenilles poilues au « pelage » sobre peuvent également susciter des réactions.

Bref, la consigne est « si l’on ne connaît pas, on ne touche pas »!

Avant l’épineuse (!!) question de la chenille processionnaire, j’avais déjà lu que certaines chenilles étaient susceptibles de causer des démangeaisons et/ou des réactions variables selon les individus. C’était donc avec prudence que je manipulais toute nouvelle chenille poilue, en gardant l’œil ouvert sur tout symptôme potentiel. Je ne me souviens pas de toutes les chenilles que j’ai manipulées (il y a une époque où je ne possédais pas l’équipement pour les identifier), mais chose certaine, la Isia isabelle (woolly bear en anglais) et la Diacrisie de Virginie (yellow bear; voir cet article DocBébitte) n’ont suscité aucune réaction chez moi. Il s’agit de deux chenilles très communes que vous avez sans doute déjà vues. Bien sûr, je dois avouer ne pas avoir essayé de les mettre dans ma bouche. J’aime bien les insectes, mais pas à ce point!

Acronicta superans

Une chenille de la famille des noctuidés (Acronicta superans) sur le bout de mon doigt

Lors de mes recherches, j’ai trouvé quelques autres chenilles identifiées comme n’étant pas problématiques – pourvu qu’on ne les mette pas dans notre bouche – dont la chenille épineuse de l’orme. En revanche, ce billet de l’Insectarium de Montréal offre une liste d’espèces pour lesquelles il est préférable de prendre des précautions. Il ajoute que certaines chenilles, incluant la Isia isabelle dont j’ai parlé ci-dessus, ne sont généralement pas problématiques, mais que certaines personnes plus sensibles peuvent réagir à leur contact.

Si vous avez manipulé des chenilles poilues sans ressentir d’effets négatifs, j’apprécierais si vous pouviez partager votre expérience, ici ou sur la page Facebook DocBébitte (le nom et/ou la photographie). C’est en échangeant sur nos expériences que l’on pourra prévenir plutôt que guérir!

Pour terminer, je vous propose de passer le mot : il n’y a pas de chenilles processionnaires au Québec… mais on y retrouve quand même quelques espèces qu’il faut au minimum éviter de se mettre dans la bouche et – dans la mesure du possible – connaître avant de manipuler! En cas de doute, vous n’êtes tout de même pas obligés de ne vous empêcher de les observer: prenez-les à l’aide d’un bâton, d’une branche ou de tout ce qui peut remplacer vos doigts!

 

Pour en savoir plus

5 thoughts on “Danger : chenilles ?!?

  1. Michel Savard

    Bonjour,

    Je suis médecin en santé publilque et j’ai déjà été très actif dans le domaine de l’entomologie (carabidae) (coléoptères). Pendant,ces activités, j’ai souvent eu à toucher des chenilles poillues sans effets ressenties, ici au Québec, même si cela s’écartait des coléoptères.

    Je vous avoue, que les chenilles n’étaient pas dans mon environnement immédiat, même si les papillons et les libellules m’intéressaient beaucoup.

    Je n’ai jamais eu de signalement de personnes affectées par des chenilles dans ma pratique médicale pendant plus de 30 ans, mais cela ne veut pas dire qu’il n’est rien arrivé ….

    Mes connaissances sont plus que très, très limitées en chenilles, mais je serais intéressé à suivre la situation si des cas sérieux seraient rapportés.

    Si vous avez des informations « crédibles » en ce sens, au Québec, je serais très intéressé à suivre la situation …

    Au plaisir un jour de vous rencontrer,

  2. Dany Houde

    Petit correctif, La chenille Isia isabelle (Pyrrharctia isabella) n’était pas une espèce nouvellement introduite au Québec tel que mentionnée dans votre article au moment de l’écrire parce qu’en fait elle est commune dans le sud du Québec ou je demeure et ce depuis mes premieres observations dans les années 70…en fait elle a toujours été la plus observée dans nos campagnes étant donné ses longs poils, sa grosseur et sa couleur. On l’observe régulièrement sur les surfaces asphaltés, les gazons, les fondations de maison et j’en passe. Dailleurs je l’ai très souvent manipulé et elle est sans risque aucun. Si jamais vous avez besoin des services d’un connaisseur en anthomologie concernant les espèces du sud du Québec et de nos campagnes québécoises, n’hésitez pas à me contacter je vous laisserai ses coordonées, il sagit d’une connaissance à moi.

    • DocBebitte

      Bonjour Monsieur Houde,
      Merci pour votre commentaire. Je crois cependant malheureusement que vous avez confondu mon propos qui portait sur la chenille processionnaire avec l’une des photographies qui agrémentent l’article et qui porte sur une Isia isabelle (parce que je parle, plus loin dans l’article, des chenilles dotées de poils). Je ne mentionne en aucun moment que la chenille Isia isabelle est nouvellement introduite – ce propos concerne la présumée chenille processionnaire. Par ailleurs, je prends soin de documenter chaque chronique que je rédige et je n’invente aucune donnée. J’espère que ces précisions vous auront été utiles!

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