Voici venu le moment de dévoiler la photographie gagnante du 14e concours amical de photographie d’invertébrés du Québec!
Cette année, 29 magnifiques clichés étaient en lice. Vous avez eu l’occasion d’admirer toutes sortes de petites bêtes, des papillons aux coléoptères, en passant par quelques insectes aquatiques. Et c’est une élégante demoiselle – à demi embusquée – qui a conquis vos cœurs et obtenu le plus de votes!
La photographie gagnante est celle d’une demoiselle à taches apicales (Calopteryx aequabilis), immortalisée par Raphaël Pratte au parc de la Gatineau. Toutes mes félicitations, Raphaël!
La photographie gagnante: demoiselle à taches apicales par Raphaël Pratte. Félicitations!!!
Mention honorable à Antoine Lantin pour la deuxième place!
Un immense merci également à tous les participants qui nous ont fait découvrir d’intrigants et beaux invertébrés, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont pris le temps de voter.
En particulier, j’offre une mention honorable pour la photographie d’un sphex à tache orangée (A. procera) par Antoine Lantin, qui s’est hissée sur la seconde marche du podium. La composition de la photo était splendide!
Chose promise, chose due : attardons-nous maintenant à l’insecte vedette!
Démasquée par la lumière!
Raphaël avait intitulé l’envoi de sa photo ainsi : « Démasquée par la lumière »!
Bien qu’une bonne partie de l’insecte soit cachée sur le cliché de Raphaël, on devine en effet une délicate libellule colorée.
La demoiselle à taches apicales (aussi retrouvée dans certains ouvrages sous le nom de caloptéryx tacheté) a en effet de quoi attirer le regard. Son corps possède des reflets métalliques verdâtres et ses ailes ont les extrémités foncées – une des sources consultées mentionne qu’on dirait qu’elles ont été trempées dans l’encre noire.
Elle appartient aux caloptérygidés, une famille de demoiselles (sous-ordre des zygoptères) composée de plusieurs individus arborant des reflets métalliques. J’avais déjà écrit sur l’une des espèces couramment rencontrées au Québec : la demoiselle bistrée (Calopteryx maculata).
D’une longueur d’environ cinq centimètres, la demoiselle à taches apicales compte parmi les plus grandes demoiselles que l’on peut observer au Québec.
Distinction entre le mâle (à gauche) et la femelle (à droite).
Il y a une différence de coloration entre le mâle et la femelle. Le mâle a un corps vert métallique éclatant, parfois d’apparence bleutée, et le bout de ses ailes est noir. La femelle, quant à elle, est généralement plus bronzée. Ses ailes sont ombrées et ponctuées de petites taches blanches situées près des extrémités. Leurs extrémités peuvent également être plus foncées, comme chez le mâle, mais le contraste est moins saisissant.
On rencontre cette charmante libellule principalement le long des rivières et des ruisseaux à courant lent à modéré. Les mâles y défendent de petits territoires, notamment aux endroits propices à la ponte.
En matière de séduction, le mâle ne se contente pas d’attendre passivement la visite d’une femelle. Il lui offre une véritable parade nuptiale, avec des vols de démonstration, des battements d’ailes et des soulèvements d’abdomen qui mettent en valeur ses couleurs. Voilà un prétendant qui sait se faire remarquer!
La femelle n’est pas en reste côté prouesses. Pour pondre ses œufs dans les tissus de végétaux aquatiques, elle peut s’immerger complètement et demeurer sous l’eau pendant cinquante minutes! C’est plutôt étonnant à voir, mais j’avais déjà observé une autre espèce de demoiselle en faire autant – vidéo à l’appui dans cette chronique sur la ponte des libellules. Elle réussit cette prouesse en s’entourant d’une fine couche d’air, qu’elle traîne avec elle sous l’eau, comme une bonbonne d’oxygène. Le mâle, lui, l’attend patiemment à la surface.
Une fois écloses, les naïades (stade juvénile) se mettent à chasser d’autres petits invertébrés aquatiques. Elles constituent de redoutables prédatrices aquatiques! Elles ont une forme allongée de telle sorte qu’elles font penser à des phasmes. Cela leur a d’ailleurs valu le nom de naïades phasmes!
Les naïades passeront au moins deux ans sous l’eau. La vie adulte, elle, ne durera pas plus de 28 jours. C’est donc dire que la vie de notre insecte vedette aura été bien plus aquatique qu’aérienne! Quelle chance – j’adore l’eau, moi aussi!
La prochaine fois que vous longerez un cours d’eau, ouvrez donc l’œil : une petite silhouette aux éclats métalliques et aux ailes sombres papillonnantes pourrait bien se poser à proximité! Merci à Raphaël de nous l’avoir fait découvrir et bravo encore pour la victoire!
Merci également à vous tous d’avoir, une fois de plus, célébré le fascinant monde des invertébrés du Québec avec moi!
Desroches J.-F. et Tanguay M. (2025). Les invertébrés du Québec et leurs noms français. En collaboration avec l’Office québécois de la langue française. Québec.
La période de soumission des photos pour le 14e concours amical est terminée. C’est maintenant à vous de voter!
Cette année, les lépidoptères (papillons et chenilles) et les coléoptères sont à l’honneur. Mais plusieurs autres groupes sont présents, y compris quelques insectes aquatiques et leurs stades adultes… vous savez que je les aime beaucoup, ceux-là!
Pas moins de 29 clichés se disputent la première place sur le podium.
Le prix? Une chronique mettant en vedette la photographie gagnante et son auteur!
Les clichés sont classés par ordre alphabétique d’invertébrés (de Coleoptera à Trichoptera) et numérotés en conséquence.
Retenez bien ce numéro, car c’est à vous de trancher pour votre photo « coup de cœur »! Que ce soit pour l’aspect artistique de la photographie, pour son caractère inusité, parce que vous avez un faible pour l’invertébré mis en vedette… ou tout simplement pour encourager le photographe associé, laissez libre cours à votre cœur !
Après tout, il s’agit d’un concours amical!
Chaque personne a droit à un vote – y compris les participants.
Comment voter ?
Remplissez le formulaire situé au bas de cette page (sous la galerie photo).
Date limite :vendredi 2 octobre 2026.
C’est maintenant à votre tour de jouer! Il ne vous reste plus qu’à admirer les photographies ci-dessous et soumettre votre vote. Bonne chance à tous!
Galerie Photo
Cliquez sur une photographie pour accéder à la galerie et visionner les photos pleine grandeur (en mode carrousel).
Notes concernant les identifications :
Plusieurs des identifications ont été fournies par les photographes lors de la soumission, comme il est parfois difficile d’identifier uniquement à partir de la photo soumise.
Les noms qui apparaissent sont, lorsque disponibles, les noms français. Sources : a) guide et répertoire Excel des noms français des invertébrés du Québec issus des travaux de Desroches et Tanguay; b) iNaturalist.ca.
#1. Luc Pouliot. Baris ondulé (charançon), Sainte-Thérèse.#2. Michel Pilon. Bupreste du tremble, Sherbrooke.#3. Luc Pouliot. Charançon (genre Betulapion), Sainte-Thérèse.#4. Christian Anderson. Doryphore de la pomme de terre, Salaberry-de-Valleyfield.#5. Jean-Michel Nadeau. Méloé, Blainville.#6. Claudia Bergeron. Moucheron commun (A. festivus), Neuville.#7. Christian Anderson. Éphémère de méandre, Salaberry-de-Valleyfield.#8. Mylène Roy. Escargot à lèvre blanche, Saint-Armand.#9. Céline Benoit Anderson. Acanalonide conique, Salaberry-de-Valleyfield.#10. Claudia Bergeron. Punaise embusquée, Québec.#11. Serge Benoit. Nid de guêpes à tache blanche, Saint-Étienne-de-Beauharnois.#12. Antoine Lantin. Sphex à tache orangée (A. procera), Marlinton (Virginie occidentale).#13. Jean-Michel Nadeau. Sphex jaune et noir d’Amérique, Montréal.#14. Alexia Toulouse. Chenille de la saturnie cécropia, Mirabel.#15. Nancy Caron. Chenille du coupe-feuille de l’érable, Saint-Calixte.#16. Céline Benoit Anderson. Croissant nordique, Plaisance.#17. Serge Benoit. Monarque, Saint-Étienne-de-Beauharnois.#18. Antoine Lantin. Papillon Anageshna primordialis, Saint-David-de-Falardeau.#19. Sylvie Benoit. Sphinx du tabac, Salaberry-de-Valleyfield.#20. Alexandre Roy. Teigne à étui, Port-au-Saumon.#21. Alexia Toulouse. Vanesse de Virginie, Mirabel.#22. Michel Pilon. Vanesse du chardon, Sherbrooke.#23. Mylène Roy. Polydesme à tache jaune, Saint-Armand.#24. Nancy Caron. Pseudomante rayée, St-Calixte.#25. Raphaël Pratte. Demoiselle à taches apicales, Parc de la Gatineau.#26. Sylvie Benoit. Criquet birayé, Plaisance.#27. Alexandre Roy. Grande perlide, Port-au-Saumon.#28. Nicolas Bousquet. Naïade de grande perlide (P. biloba), Eastman.#29. Nicolas Bousquet. Phrygane de la famille Helicopsychidae, Magog.
Formulaire de vote – SVP un seul vote par personne
LA PÉRIODE POUR LE VOTE EST TERMINÉE. MERCI POUR VOTRE INTÉRÊT!
Vous avez déjà aperçu un immense insecte aux longues pattes voleter maladroitement autour de vos plates-bandes ou de vos lumières?
« Un maringouin géant!? »
C’est une réaction que j’entends souvent…
Vous verrez ci-dessous dans ma nouvelle bande dessinée Boîte à mythes que cette bête intimidante est plutôt une tipule. Et bonne nouvelle pour les plus méfiants : elle ne cherche pas à nous vider de notre sang!
Si tipules et maringouins (moustiques) ont un air de famille, ce n’est pas un hasard. Les deux appartiennent à l’ordre des diptères, qui comprend les mouches, moustiques et compagnie. Certaines tipules atteignent toutefois des proportions plus impressionnantes que celles de nos maringouins habituels. Et c’est donc une bonne chose qu’elles ne s’attaquent pas à nous!
Les tipules : de vieilles connaissances
Ces sympathiques grandes mouches ont croisé ma route – et celle du blogue – à plusieurs reprises au fil des ans.
Vous voulez en savoir davantage à leur sujet? Lisez mes précédents billets!
Des maringouins géants? C’est justement le mythe auquel je m’étais attaquée dès 2013 : ressemblance avec les maringouins, provenance des larves – dont les milieux aquatiques que j’affectionne – et même des photos de tipules particulièrement imposantes!
Une tipule dans ma demeure… en janvier! Une tipule en plein hiver, dans la maison? Oui, ça arrive! Et l’explication se cache parfois dans un pot de fleurs ou du bois de chauffage entré à l’automne.
Je stipule que c’est une tipule! Et les larves, elles? Certaines vivent dans les cours d’eau, d’autres sur terre. Leur apparence fait difficilement deviner la grande bestiole aux longues pattes qu’elles deviendront.
Alors, la prochaine fois qu’un « maringouin géant » vous fera sursauter…
Regardez-y à deux fois avant de sortir la tapette à mouches.
Cette grande maladroite n’en a probablement pas après vous!
Eh non, Alex: les tipules ne cherchent pas à te vider de ton sang!
L’ironie du sort veut que j’aie commencé à vous préparer ce qui suit en séjour en chalet, sur le bout d’un quai, crémée d’une généreuse couche de chasse-moustique.
Le groupe de clavardage des piqueurs
J’ai souvent l’impression que les insectes piqueurs du Québec ont un groupe de clavardage.
« Elle est dehors. »
« Parfait. J’arrive. »
« J’amène les brûlots. »
« Je préviens les mouches noires. »
Pendant ce temps, autour de moi, les autres personnes vivent une soirée d’été tout à fait normale. Elles jasent. Elles rient. Elles contemplent la nature. Elles disent même parfois des choses très provocantes comme : « Ah bon, il y a des moustiques? »
Oui. Il y a des moustiques. Ils sont sur moi.
La scène se répète : au chalet, en randonnée, près d’un feu ou pendant une tentative naïve de manger dehors sans servir moi-même de repas. Les autres humains du groupe semblent profiter d’une relation relativement pacifique avec la faune volante. Moi, je constate qu’une mouche noire peut localiser le derrière de mon oreille avec la précision d’un GPS militaire.
D’où la grande question, formulée avec toute la dignité qu’il me reste, le visage tout boursouflé : pourquoi les bébittes me trouvent-elles si délicieuse?
Vous sentez-vous comme moi? Oui: certains humains attirent bel et bien plus les mouches piqueuses que d’autres!
Délicieuse, ou simplement repérable?
Commençons par une petite déception : les moustiques, mouches noires, brûlots et mouches à chevreuil ne me choisissent probablement pas parce que mon sang est délicieux.
En effet, avant de boire notre sang, ces diptères doivent d’abord nous trouver. Pour cela, ils utilisent une série de signaux : le dioxyde de carbone que nous expirons, les odeurs que nous émanons, la chaleur de notre corps, l’humidité qui nous entoure, nos mouvements, nos vêtements et notre emplacement dans la nature.
Autrement dit, je ne suis peut-être pas plus délicieuse. Simplement plus facile à repérer.
Ces « signaux » ne sont pas identiques d’une personne à l’autre. Nous ne respirons pas tous exactement de la même façon. Nous n’avons pas tous la même chaleur corporelle, la même odeur de peau, la même transpiration, les mêmes bactéries cutanées, les mêmes vêtements ou les mêmes habitudes de camping.
Bref : chaque humain traîne autour de lui une petite « aura » chimique, thermique et visuelle bien à lui.
Le CO₂ : quand respirer nous trahit
Nous expirons du CO₂ à chaque respiration. C’est normal… et généralement recommandé! Malheureusement, le CO₂ constitue un indice très intéressant pour plusieurs insectes piqueurs : il annonce qu’il y a un animal vivant qui respire.
Chez les moustiques (famille Culicidae), le CO₂ peut déclencher ou orienter le comportement de recherche d’un hôte. Il n’agit pas seul, mais il met l’insecte en alerte. J’ai été surprise de lire que les moustiques peuvent repérer notre panache de CO₂ à une distance de 60 mètres. Maintenant je comprends pourquoi des hordes de ces bêtes finissent par me suivre lors d’une marche en forêt!
Du côté des mouches noires (famille Simuliidae), de petites mouches robustes associées à l’eau courante où leurs larves se développent, le CO₂ semble aussi jouer un rôle. Certaines études ont observé que le CO₂ expiré contribuait aux différences entre des personnes plus ou moins attirantes pour des femelles en recherche de sang.
Ce minuscule point sur mon bras, c’est un brûlot!
Les brûlots (famille Ceratopogonidae) – de minuscules moucherons piqueurs dont j’ai parlé dans Quelle mouche t’a piquée? – réagissent également à des signaux comme le CO₂ qui, parfois combiné à d’autres odeurs, agit comme un aimant.
Quant aux mouches à chevreuil et aux mouches à cheval (famille Tabanidae), ces grosses mouches qui nous harcèlent et nous saignent littéralement, elles ne se fient pas seulement au CO₂, bien qu’il participe à la détection d’un hôte. Leur vision compte pour beaucoup. Nous le verrons plus tard.
Bref : une activité aussi banale que respirer nous rend déjà plus visibles.
Et il y a plus.
L’odeur de peau : à chacun son parfum
Nous dégageons – volontairement ou pas – une odeur qui nous est unique : celle produite par la peau, la sueur, le sébum et les microbes qui vivent sur nous.
Les femelles moustiques détectent ces composés odorants grâce à des récepteurs spécialisés, notamment sur leurs antennes.
Dans les sources consultées, j’ai appris que les personnes qui attirent les moustiques possèdent davantage d’un type d’acides gras, appelés acides carboxyliques, dans les émanations de leur peau. Et la quantité de ces acides varie d’une personne à l’autre. National Geographic (2025) précise que l’odeur de ces acides « est parfois comparée à celle du beurre ou du fromage rance ». Bon appétit!
L’importance de l’odeur est cependant moins bien documentée chez les autres insectes piqueurs rencontrés au Québec. Chaque groupe a ses propres outils sensoriels et ses propres préférences!
Les moustiques (maringouins) sont de loin les plus étudiés. Ici: encore moi qui fait un don de sang!
Chaleur, humidité et sueur : le halo de mammifère
Autre signal qui nous trahit : nous produisons de la chaleur. À cela s’ajoutent l’humidité de notre respiration et de notre peau, ainsi que la transpiration.
Chez les moustiques, la chaleur et l’humidité aident à confirmer qu’un hôte potentiel est tout près. Le CO₂ attire l’attention à distance, les odeurs donnent des informations supplémentaires, puis, à courte portée, la chaleur et l’humidité deviennent des indices clés. Il s’agit d’une approche en plusieurs étapes et non pas d’un unique panneau publicitaire lumineux qui mène directement à nous.
La sueur contribue au portrait. Elle contient des composés que les microbes de la peau peuvent transformer en odeurs détectables. De plus, elle accompagne typiquement l’effort, la chaleur et une respiration plus forte. Cela explique pourquoi certaines activités comme la randonnée ou la course transforment notre corps en message très lisible : « mammifère chaud et odorant disponible ».
Les mouches à chevreuil coupent la peau, puis lapent le sang qui s’écoule. Un exemple de blessure associée chez mon conjoint.
Bouger et contraster avec le décor
Parlant de bouger dehors : plusieurs mouches piqueuses utilisent des indices visuels.
Chez les moustiques, la vision travaille de pair avec les autres sens. Une fois qu’ils ont détecté du CO₂ et des odeurs humaines, ils utilisent ensuite des contrastes, des formes ou des couleurs pour s’orienter davantage vers leur cible.
Les indices visuels sont particulièrement importants pour les mouches à chevreuil et les mouches à cheval (famille Tabanidae). Ces grosses mouches diurnes sont souvent attirées par les silhouettes, les mouvements et les surfaces unies qui se détachent du décor. De plus, plusieurs espèces montrent une préférence pour les objets foncés et brillants – qui ressemblent aux reflets des milieux aquatiques là où elles se reproduisent. On comprend donc pourquoi elles s’intéressent vivement à des véhicules sombres, des personnes qui marchent… ou encore qui battent des bras!
Quand notre panneau clignote plus fort
Certains facteurs peuvent modifier temporairement notre détectabilité.
L’exercice, par exemple, augmente la respiration, la chaleur corporelle et la transpiration. Pour un insecte qui cherche un hôte, cela peut rendre le signal plus fort.
La grossesse est un autre facteur susceptible d’amplifier le signal, notamment parce qu’elle peut s’accompagner de changements dans la respiration, la température corporelle et les odeurs émises. Il faut toutefois éviter les raccourcis : la grossesse n’attire pas automatiquement tous les insectes piqueurs. C’est plutôt qu’elle peut modifier plusieurs signaux auxquels certains moustiques sont sensibles.
La bière a aussi été associée à une augmentation de l’attractivité, mais les changements (odeurs corporelles, métabolisme, etc.) qui en sont responsables restent mal connus. Une étude (Lefèvre et collab. 2010) a néanmoins pris soin de mesurer la température corporelle et le CO2 émis et a conclu que l’attractivité après consommation de bière ne pouvait être expliquée par ces deux facteurs.
Enfin, les savons, parfums et produits corporels peuvent également changer temporairement notre odeur. Comme pour tout le reste, l’effet peut varier selon le produit, la personne et l’espèce de moustique. Tantôt, ils peuvent augmenter l’attraction, tantôt, ils la diminuent. Cela ne signifie donc pas de ne plus vous laver!
À chaque mouche sa méthode
Il est tentant de mettre tous les insectes piqueurs dans le même panier. Or, les moustiques, les mouches noires, les brûlots et les mouches à chevreuil appartiennent chacun à une famille distincte. Et ils ne cherchent pas tous leurs hôtes exactement de la même manière.
Les moustiques sont les mieux étudiés. On sait qu’ils utilisent une combinaison d’indices chimiques et physiques : CO₂, odeurs de peau, chaleur, humidité, signaux visuels. Qui plus est, l’importance de ces signaux peut varier entre les espèces.
Chez les mouches noires et les brûlots, le CO₂ et les différences entre individus semblent être des facteurs importants, mais les données sont moins abondantes que chez les moustiques.
Mouche noire qui me dévore. Me restera-t-il du sang d’ici la fin de cette chronique?
En ce qui concerne les mouches à chevreuil et les mouches à cheval, la vision joue un rôle évident dans leur recherche d’hôtes : mouvement, forme, contraste, couleur foncée. Elles combinent entre autres ces signaux au CO₂ et aux odeurs. Fait intéressant : les motifs lignés ou à pois leur sont moins attrayants. Pourquoi pas un manteau zébré pour mieux se protéger, alors? De plus, ces gros diptères préféreraient des proies plus chaudes et… situées en plein soleil!
Pour résumer, si je semble attirer plusieurs types de piqueurs, ce n’est pas nécessairement parce que je possède une mystérieuse essence universelle délectable. Je produis plusieurs signaux intéressants à la fois : je respire, je chauffe, je bouge, je sens quelque chose, je porte du foncé et je me tiens au mauvais endroit au mauvais moment. Genre, près des milieux aquatiques que j’aime tant.
Bref, j’existe dehors avec un peu trop d’enthousiasme biologique!
Mythes et autres légendes de feu de camp
Quand je dis que je me fais piquer beaucoup plus que la moyenne des gens, on me dit parfois : « Ah, tu dois manger beaucoup de bananes ». Ou encore que ce pourrait être mon groupe sanguin.
Bien que je mange effectivement des bananes tous les matins, je doute que ce soit la meilleure explication.
Qu’en est-il vraiment?
Premier mythe : les insectes nous préfèrent parce qu’on a le sang sucré. Eh non! Malheureusement, comme vous l’avez compris, ces derniers ne commencent pas leur recherche en goûtant notre sang. Ils doivent d’abord nous localiser. Et, pour ce faire, ils se fient aux signaux accessibles avant le repas : respiration, odeurs, chaleur, humidité, mouvement. Mythe déboulonné!
Deuxième hypothèse : le groupe sanguin. Quelques études ont observé des préférences dans certaines conditions. Par exemple, certaines espèces de moustiques préféreraient des personnes du groupe O. Comment est-ce possible sans avoir préalablement goûté au sang? Il a notamment été suggéré que ces insectes seraient en mesure de détecter indirectement des substances associées au groupe sanguin dans les sécrétions des personnes. Toutefois, les résultats varient selon les espèces et la méthodologie employée. En revanche, d’autres études n’ont trouvé aucun effet. Le groupe sanguin ne constitue donc pas, à lui seul, une explication bien établie et son effet demeure incertain.
Mes multiples dons de sang!
Même constat pour l’alimentation. Les bananes, l’ail, certaines vitamines et plusieurs autres suspects ont été accusés au fil du temps. Nos choix alimentaires peuvent peut-être modifier légèrement nos odeurs corporelles, mais les preuves restent à faire. À prendre, donc… avec un grain de sel!
Maintenant, une question que je me pose depuis longtemps : est-ce que le stress joue un rôle? Pour ceux qui ne me connaissent pas… eh oui, je suis une personne nerveuse! Alors, est-ce que cela expliquerait pourquoi j’attire beaucoup plus les mouches hématophages que les autres? Peut-être! Je n’ai pas mis la main sur une étude qui fait le lien direct entre le stress et les piqûres, mais on peut inférer ce qui suit : quand je suis stressée, je sue davantage, je respire différemment et la température de ma peau change. Il pourrait donc s’agir d’une piste.
Enfin, j’ai été étonnée de lire dans l’une des sources (Lyimo et Ferguson, 2009) que le sang anémique est plus facile à digérer par les moustiques. Est-ce que cela pourrait les attirer davantage? Je fais de l’anémie légère depuis bien des années. Intrigant, mais ça n’enlève pas le fait que je dois d’abord être détectée avant « l’effet anémie ». Un pensez-y-bien.
En outre, il faut résister à la tentation d’opter pour une seule cause. La réalité est multifactorielle : il y a un ensemble de petits signaux, certains durables, d’autres temporaires, qui s’additionnent dans un contexte donné et qui nous trahissent. Si vous êtes curieux, jetez un coup d’œil à la section Pour en savoir plus : vous y trouverez encore plus d’hypothèses!
Comment devenir une personne moins délicieuse
Peut-on changer sa petite aura de mammifère? Non.
Mais on peut rendre la tâche plus difficile aux insectes piqueurs.
Un bon point de départ, c’est de porter des vêtements longs, pâles et difficiles à percer. Ils réduisent l’accès à la peau, diminuent les contrastes et protègent mécaniquement contre plusieurs piqûres ou morsures. Les vêtements pâles nous rendent également moins chauds. D’autres barrières physiques sont précieuses, comme les moustiquaires et les chapeaux à filet.
Chez les mouches à chevreuil et à cheval, les couleurs et les motifs comptent : Krčmar et collab. (2014) ont démontré que les pièges noirs, bruns, bordeaux, rouges et bleus attiraient beaucoup plus ces mouches que les pièges verts, lilas, blancs, oranges et jaunes. Comme mentionné plus haut, les rayures et les pois pourraient aussi les confondre. Et moi qui porte majoritairement du noir et du bleu foncé (uni) en rando! Oust de mon garde-robe, vêtements foncés!
Les chasse-moustiques homologués figurent parmi les outils les plus utiles. Faites des essais pour voir ce qui vous convient le mieux, car leur efficacité et leur durée de protection varient selon l’ingrédient actif et sa concentration. En effet, le produit idéal pour vous ne l’est peut-être pas pour les autres. Par exemple, la citronnelle, qui protégeait bien ma collègue lorsque nous faisions des échantillonnages sur le terrain, n’avait aucun effet dissuasif une fois sur moi : je me faisais dévorer!
Le vent aussi peut aider. Les petits insectes volants ont plus de difficulté à nous rejoindre quand l’air bouge. Profitez allégrement des endroits exposés à la brise!
Bien sûr, il importe de tenir compte du moment et de l’endroit où l’on se trouve. Les abords de milieux aquatiques, les sous-bois, les périodes sans vent, ainsi que le matin et le soir peuvent favoriser les rencontres, selon les espèces. Si on ne peut éviter ces situations, on peut néanmoins s’y préparer.
Vêtements pâles, chapeau et filet moustiquaire: mes tentatives pour être moins délicieuse tout en profitant du plein air!
Je respire, donc on me trouve
La réponse à ma question initiale est à la fois rassurante… et un peu vexante.
Les insectes ne me trouvent probablement pas délicieuse au sens gastronomique. Ils ne se réunissent pas vraiment dans un groupe de clavardage pour coordonner leurs attaques.
Ils me repèrent parce que j’existe d’une manière détectable. Je respire. Je chauffe. Je bouge. Je transpire. Ma peau et mes microbes émettent une signature chimique. Mes vêtements contrastent peut-être avec le décor. Je me situe souvent au mauvais endroit, au mauvais moment : en pleine nature, que j’adore!
Bref, ce n’est pas personnel : c’est sensoriel.
Qu’on le veuille ou non, on doit reconnaître une chose : ces minuscules insectes sont remarquablement doués pour capter les messages que notre corps envoie… malgré lui!
Horvath, G. et collab. 2020. Horsefly reactions to black surfaces: attractiveness to male and female tabanids versus surface tilt angle and temperature. Arthropods and medical entomology 119: 2399-2409. En ligne: https://link.springer.com/content/pdf/10.1007/s00436-020-06702-7.pdf (page consultée le 2 août 2026).
Isberg, E. et collab. 2017. Evaluation of host-derived volatiles for trapping Culicoides biting midges (Diptera: Ceratopogonidae). Journal of Chemical Ecology 43(7): 662-669. En ligne : https://link.springer.com/content/pdf/10.1007/s10886-017-0860-x.pdf (page consultée le 1 août 2026).
Lefèvre, T. et collab. 2010. Beer consumption increases human attractiveness to malaria mosquitoes. PLoS One 5(3): 1-8. En ligne : pone.0009546 1..8 (page consultée le 1 août 2026).
Lyimo, I. N., et H. M. Ferguson. 2009. Ecological and evolutionary determinants of host species choice in mosquito vectors. Trends in Parasitology 25(4) : 189-196.
McMeniman, C. J., et collab. 2014. Multimodal integration of carbon dioxide and other sensory cues drives mosquito attraction to humans. Cell (156) : 1060-1071. En ligne : https://www.cell.com/cell/pdfExtended/S0092-8674(14)00155-X (page consultée le 1 août 2026).
Schofield, S. W. et J. F. Sutcliffe. 1996. Human individuals vary in attractiveness for host-seeking black flies (Diptera: Simuliidae) based on exhaled carbon dioxide. Journal of Medical Entomology 33(1): 102-108.
L’été se pointe le bout des antennes et avec lui revient une tradition bien vivante : le concours annuel de photographies!
C’est le moment parfait pour sortir vos appareils photo, fouiller les fleurs du regard, inspecter les feuilles, vous pencher près du sol et partir à la rencontre des fascinants invertébrés du Québec.
Pour une 14e année, je vous invite à me transmettre vos clichés coup de cœur : insectes, arachnides, mollusques, et autres petites bêtes du genre. Tout ce qui rampe, vole ou grouille mérite sa place!
Un concours amical, ouvert à tous
Que vous soyez entomologiste amateur ou expert, photographe en herbe ou aguerri, ce concours est pour vous! Et comme chaque année, ce sont les lecteurs de DocBébitte qui voteront, à la fin de l’été, pour leur photo préférée.
Le prix?
Simple, mais gratifiant : la photo gagnante sera mise en vedette dans une chronique dédiée à l’invertébré photographié – avec vos crédits photo, bien sûr!
Comment participer?
Critères d’admissibilité
Le sujet photographié doit être un invertébré présent au Québec (dont l’aire de répartition inclut le Québec);
Les personnes reconnaissables sur vos photos doivent avoir donné leur consentement, puisque les photos seront publiées sur le blogue DocBebitte.com;
Vos photos peuvent avoir été prises à n’importe quel moment (peu importe l’année).
Envoi de vos photos
Soumettre un maximum de deux (2) photos par participant;
Avoir une résolution minimale de 1200 pixels sur le bord le plus long;
Fournir, pour chaque photo :
Le prénom et le nom de l’auteur de la photographie;
L’endroit où la photo a été prise (exemple : Trois-Rivières, Québec);
Le nom de l’invertébré, si connu.
Vous pouvez ajouter votre signature sur la photo, sinon je l’ajouterai moi-même;
Envoyer vos photos à Docbebitte@outlook.fr avant le 11 septembre 2026 à 23h59. Indiquer « Concours de photo 2026 » comme objet. Un accusé de réception vous sera envoyé par la suite – prévoyez quelques jours.
Que se passe-t-il après?
Après la date limite, un appel aux votes sera lancé auprès des lecteurs de DocBébitte.
La photo ayant reçu le plus de votes sera mise en vedette dans une chronique dédiée, avec les crédits photo inclus.
Les autres clichés pourraient être utilisés dans de futures publications DocBébitte, avec mention du nom du photographe, bien sûr.
À vos marques, prêts, photographiez!
Je suis impatiente de découvrir vos plus belles trouvailles, peu importe leur nombre de pattes!
DocBébitte à la recherche des petites bêtes à photographier! Faites comme elle!