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Une punaise qui ne fait pas dans la dentelle!

Punaise réticulée, vue dorsale

Punaise réticulée, vue dorsale

Il y a quelques semaines de cela, j’explorais mon quartier armée d’un appareil photo, à la recherche de sympathiques insectes à photographier. Mon œil d’entomologiste amateur étant plutôt aiguisé, je fus intriguée par une petite irrégularité à l’endos d’une feuille… qui s’avéra bel et bien être un arthropode que je n’avais pas encore eu le loisir d’observer.

La bête en question faisait partie de l’ordre des hémiptères et, plus particulièrement, du genre Corythucha (famille Tingidae). En anglais, on surnomme ce groupe de punaises « Lace bugs », (punaises à dentelle), appellation attribuable à l’apparence de leur prothorax et de leurs ailes antérieures. Ces derniers sont en effet recouverts d’un vaste réseau de lignes sombres entrecroisées, donnant l’impression que les punaises ont été fabriquées par une savante tisserande.

La punaise est plate et la tête est cachée sous une section du prothorax nommée « ampoule »

La punaise est plate et la tête est cachée sous une section du prothorax nommée « ampoule »

On dirait qu’elle porte un casque trop grand pour elle!

On dirait qu’elle porte un casque trop grand pour elle!

Je m’attendais à voir apparaître le terme « punaise à dentelle » immédiatement lors de mes recherches sur les sites en français, mais c’est plutôt le surnom « tigre » qui s’imposa… à ma grande surprise! On en est loin de la dentelle! En particulier, je trouvai plusieurs références au « tigre du platane », un Tingidae qui semble faire passablement de ravages sur ce végétal. Par ailleurs, je vis également passer le nom « punaise réticulée », nom qui semble mieux convenir que « tigre ». Qu’en dites-vous?

Ce qu’il importe de savoir, c’est que les punaises réticulées se nourrissent essentiellement de la sève des plantes (arbres, arbustes et plantes herbacées). Cela est vrai tant pour les adultes que pour les nymphes. Elles tendent à s’agglutiner à l’endos des feuilles des arbres-hôtes qu’elles affectionnent afin d’en siroter les fluides à l’aide de leur rostre (appendice buccal ayant en quelque sorte l’apparence d’une paille). On les observe souvent en groupe, s’affairant à dévorer les feuilles, comme en témoignent les photographies affichées sur le site d’Entomofaune, cité dans la section Pour en savoir plus. Les feuilles attaquées finissent par prendre une teinte blanchâtre, jaunâtre ou même brune, puis tomber. Il semble que ces attaques répétées affaiblissent les végétaux touchés, les rendant par le même fait sensibles à d’autres maladies.

Aussi, mes recherches m’ont appris que ces insectes peuvent parfois tomber de leur support, atterrir sur des passants… et finir par les mordre! Mordre les gens, détruire certaines plantations… C’est dire que, bien que très jolies, nos punaises en dentelle sont loin d’être des soies! Cela dit, vous n’avez point à craindre les morsures de ces hémiptères… à moins que vous ne soyez une plante verte!

Notre punaise tout en dentelle est indigène à l’Amérique du Nord. Au Québec, Hébert et al. (2017) précise qu’on retrouve quatorze espèces de punaises réticulées, incluant la punaise réticulée de l’orme, du chêne et du noyer. Ce groupe a été introduit en Europe dans les années 1960 et il semble y être envahissant, n’y ayant pas d’ennemis naturels, si je me fie aux sources consultées (il était cependant surtout question du tigre du platane).

Les ailes translucides laissent passer la lumière du soleil!

Les ailes translucides laissent passer la lumière du soleil!

Certaines espèces retrouvées en Amérique du Nord semblent également être considérées comme des pestes et ne sont sans doute pas appréciées des jardiniers! Néanmoins, les dommages peuvent être limités pour les arbres matures, généralement assez résistants aux attaques de ces insectes. Pour ce qui est des arbustes et plantes ornementales, il est suggéré d’asperger les feuilles de savon insecticide commercial ou encore d’eau savonneuse. Personnellement, je ne suis pas du type à m’acharner sur des insectes phytophages : je m’amuse simplement à les observer et à les laisser faire leur œuvre. Bref, les punaises réticulées, même si elles ne font pas dans la dentelle, demeurent de sympathiques insectes à examiner! Qu’en pensez-vous?

 

Pour en savoir plus

Élégant et commun, le papillon tigré!

Chaque année, quand l’été revient, j’ai tellement de sujets possibles sur lesquels rédiger mes chroniques que je ne sais plus où donner de la tête. Au courant des deux dernières semaines, j’ai pu observer un très grand nombre de papillons dans ma cour et dans mon quartier, à Québec, qui appartenaient tous à la même espèce. Je m’étais faite à l’idée qu’il s’agirait d’un bon sujet… idée qui fut cristallisée pas plus tard qu’hier, lors d’une promenade en kayak dans le secteur du Marais du Nord. La quantité de ces papillons voletant le long de la rivière que nous avions empruntée était en effet si grande qu’on les comptait par dizaines.

De qui s’agit-il? Je vous présente notre insecte-vedette : le très joli papillon tigré du Canada (Papilio canadensis)!

Papillon tigré du Canada qui butine dans mes lilas

Papillon tigré du Canada qui butine dans mes lilas

Même individu, autre prise de vue

Même individu, autre prise de vue

Ce sympathique et flamboyant lépidoptère de la famille Nymphalidae arbore une robe à dominance jaune rayée de noir. Il mesure, selon les sources, de 5,3 à 9 cm d’envergure et a un vol qualifié par Handfield (2011) de lent et élégant. À cause de ces attributs, mais aussi parce qu’il aime bien se délecter du nectar de fleurs communes, incluant les lilas, épervières, trèfles et marguerites, il est fréquemment observé. Dans le Québec méridional, il s’agit d’un papillon très commun.

Selon Leboeuf et Le Tirant (2012), la seule espèce semblable avec laquelle on pourrait confondre le papillon tigré du Canada est le Machaon de la baie d’Hudson. Ce dernier porte également fièrement le jaune et le noir. Toutefois, ses ailes sont plus trapues, ses queues plus courtes et son aire de répartition est située nettement plus au nord et à l’ouest que celle de P. canadensis. Ainsi, si vous observez un grand papillon diurne jaune et noir à la hauteur du Québec méridional, il s’agit fort probablement d’un papillon tigré du Canada. Néanmoins, prudence est de mise : selon Handfield (2011), Papilio glaucus, un très proche parent américain dont les caractéristiques sont très similaires, pourrait s’observer au sud du Québec. Sa présence pourrait se faire de plus en plus sentir dans les années à venir, en particulier si le climat de nos latitudes se réchauffe.

Second spécimen – on voit une encoche dans son aile droite

Second spécimen – on voit une encoche dans son aile droite

Vue ventrale

Face ventrale des ailes

Miam miam, des excréments de canard!

Miam miam, des excréments de canard!

Les chenilles sont également remarquables. Le thorax bombé des chenilles matures est muni de deux ocelles qui imitent à merveille les yeux d’un prédateur – probablement ceux d’une couleuvre (voir cette photographie tirée de Bug Guide). Elles possèdent aussi un organe nommé osmeterium qui est situé derrière la tête. Si elles se sentent menacées, elles gonflent cet organe orangé en forme de fourche qui dégage une odeur nauséabonde. Une photographie de la chenille du papillon du céleri, un proche parent appartenant aussi au genre Papilio, exhibant cet organe, avait d’ailleurs été soumise dans un précédent concours amical de photographie DocBébitte (voir cette photographie de Sylvie Benoit).

Les chenilles immatures, de leur côté, ressemblent plutôt à une déjection d’oiseau : elles sont brunes et blanches. En revanche, lors du dernier stade larvaire, tout juste avant la métamorphose en chrysalide, la chenille prend une teinte brun beige ou brun rosé. La chrysalide qui sera formée, quant à elle, s’attachera solidement à une tige ou à une branche. Elle traversera les rigueurs de l’hiver sous cette forme, avant d’en émerger au printemps suivant.

Il est à noter que les plantes-hôtes privilégiées par les chenilles sont le peuplier faux-tremble, ainsi que le bouleau blanc. Peu difficiles, nos larves peuvent également coloniser une myriade d’arbres et d’arbustes tels que les frênes, lilas, autres peupliers et bouleaux, sorbiers et j’en passe! De façon similaire, l’adulte se rencontre dans une vaste palette d’habitats : boisés clairsemés, abords de lacs et de rivières, tourbières, jardins et boisés urbains.

Je vous mentionnais plus tôt que le papillon tigré du Canada se nourrit de nectar. Ce n’est pas tout. Cet insecte ne daigne pas les cadavres d’animaux ou encore le fumier, d’où il tire de précieux nutriments. Ma plus récente observation – qui date d’hier – portait justement sur un individu confortablement installé sur un excrément de canard (voir photographie à l’appui). Quelques instants plus tard, ils étaient deux à se disputer le butin – ce que je ne pus malheureusement capturer à l’aide de mon appareil photo. De façon similaire, il semble commun de voir des attroupements de ce papillon autour de mares boueuses le long des chemins de terre, souvent à la recherche de minéraux.

Au Québec méridional, on peut observer notre arthropode en activité entre la fin mai et la fin juillet (voire jusqu’à la mi-août selon certaines sources). Pour ma part, ici à Québec, j’ai surtout observé de forts pics d’abondance au courant des dernières années vers la fin du mois de juin, en particulier dans les environs de la fête de la Saint-Jean-Baptiste. Comme nous sommes en plein à cette période de l’année, gardez l’œil ouvert pour cette bête peu discrète!

Pour terminer, une petite pensée pour les philatélistes parmi vous (dont ma maman!) : notre jolie créature a fait l’objet d’un timbre émis par Poste Canada le 4 juillet 1988. Photogénique comme elle est, cela n’est pas surprenant, n’est-ce pas?

 

Vidéo 1. Papillon tigré du Canada qui butine les fleurs d’un de mes lilas.

 

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