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La petite leucorrhine nordique

En sortant du travail en une fin d’après-midi du début du mois de juin, j’ai eu la chance de voir se poser devant moi une toute petite libellule, laquelle se laissa, à ma grande surprise, manipuler allègrement. Je pus la photographier de tous bords, tous côtés, ainsi qu’enregistrer une vidéo. J’étais tellement absorbée par la sympathique tâche que je dus me secouer afin de ne pas rater mon autobus.

Leucorrhine hudsonienne mâle

Leucorrhine hudsonienne mâle

Leucorrhine mâle, vue de face

Leucorrhine mâle, vue de face

Leucorrhine mâle, vue de côté

Leucorrhine mâle, vue de côté

En fouillant dans Paulson (2011), je pus trouver rapidement de quelle espèce il s’agissait. À la fois la coloration et la très petite taille de l’individu s’avéraient des critères facilitant l’identification. La belle créature s’avérait être une leucorrhine hudsonienne (Leucorrhinia hudsonica). Un premier indice pointant vers cet individu était la couleur de son visage : tout blanc. En effet, les membres du genre Leucorrhinia sont nommés, en anglais, Whiteface, ce qui signifie « face blanche ». En second lieu, la couleur orangée et les motifs parcourant l’abdomen pointaient vers une poignée limitée d’espèces, dont une qui était qualifiée de particulièrement petite : la leucorrhine hudsonienne.

Toutefois, dans Paulson (2011), les motifs de l’abdomen des mâles présentés sont nettement rouges alors que ceux des femelles sont jaunes. J’étais embêtée par la coloration plutôt orangée de mon spécimen mâle – ni rouge ni jaune –, jusqu’à ce que je lise sur Bug Guide que cette coloration est typique des mâles immatures. Je faisais donc affaire à la bonne espèce; simplement, l’individu était immature. Par ailleurs, juste pour nous mêler davantage, les sources que j’ai consultées indiquent que certaines femelles préfèrent porter le rouge! Pour distinguer les mâles des femelles hors de tout doute, il faut par conséquent jeter un coup d’œil aux appendices situés au bout de l’abdomen des libellules. Ceux-ci sont différents entre les mâles et les femelles, ceux des mâles étant destinés à agripper les femelles par la tête.

Comble du bonheur! Dans la semaine qui suivit, je pus observer, non loin du lieu de ma première rencontre, une femelle de la même espèce. Cette dernière était fort moins coopérative et je ne pus prendre que trois ou quatre clichés de la dame au sol avant qu’elle ne s’envole. Les photographies prises – dont une qui agrémente la présente chronique – permettent tout de même de comparer les motifs et les couleurs avec le jeune mâle.

Une question réside : que faisaient donc ces deux insectes tout près de mon travail, en pleine ville à Québec? Il faut dire que mon travail se situe entre le fleuve Saint-Laurent et la rivière Saint-Charles, deux cours d’eau bordés par endroits de marais, des habitats propices pour cette espèce d’odonate. Il n’y a toutefois pas de milieux aquatiques très près du travail. Or, Paulson (2011) précise que les femelles L. hudsonica sont retrouvées assez loin de l’eau, où l’on peut les observer au sol ou encore perchées sur des branches et troncs des clairières. Cela pourrait expliquer pourquoi la femelle que j’ai observée était bien installée sur le trottoir asphalté; d’autres espèces d’odonates ne se seraient jamais permis un perchoir aussi bas! D’ailleurs, une passante me voyant prendre des photographies au sol s’arrêta pour me demander ce qui se passait. En voyant la libellule, elle s’exclama « Oh, je me demandais au juste ce que vous faisiez à photographier une craque du trottoir »!

Femelle observée quelques jours plus tard

Femelle observée quelques jours plus tard

Appendices terminaux de la femelle (gauche) et du mâle (droite)

Appendices terminaux de la femelle (gauche) et du mâle (droite)

Étant donné que les femelles s’éloignent des milieux aquatiques, je présume que cela explique également la présence du mâle que j’avais aperçu quelques jours plus tôt. L’accouplement des leucorrhines hudsoniennes se ferait d’ailleurs loin de l’eau. Toutefois, après l’accouplement, la femelle revient vers les milieux aquatiques afin de pondre ses œufs en frappant la surface de l’eau du bout de son abdomen. Le mâle demeure souvent à proximité et veille à ce qu’aucun autre mâle ne tente de se reproduire avec sa douce.

Comme tout odonate qui se respecte, les naïades des leucorrhines hudsoniennes grandissent et vivent sous l’eau. En particulier, les membres de cette espèce auraient un faible pour les marais et les étangs tourbeux et elles préféreraient vivement les milieux où la végétation aquatique est dense. Il s’agit de prédateurs hors pair qui sont très utiles, se nourrissant notamment de larves d’insectes indésirables comme les maringouins. Il en est de même pour les adultes, qui se délectent de maringouins et de mouche adultes, ainsi que d’une vaste palette d’invertébrés.

Sans grande surprise, la leucorrhine hudsonienne est une libellule nordique dont l’aire de répartition inclut la baie d’Hudson. Celle-ci est globalement observée, d’ouest en est, de l’Alaska jusqu’au Labrador. Elle couvre presqu’entièrement le Québec. Vers le sud, elle s’étend jusqu’en Virginie. Les adultes émergent à partir de la fin du mois de mai et on peut les rencontrer jusqu’à la fin août. Robert (1963) parle du début juin à la fin juillet au Québec; cette référence datant quelque peu, je ne suis cependant pas certaine du degré de précision actuel! Qu’à cela ne tienne, il est encore temps pour vous de partir à la recherche de cette sympathique libellule qui n’a pas peur du froid!

 

Vidéo 1. Ma toute première leucorrhine hudsonienne, observée à Québec le 9 juin 2017.

 

Pour en savoir plus

Chauliodes : un peigne ou un râteau?

C. rastricornis mâle_Bino

Voyez-vous les motifs noirs sur fond pâle (tête et thorax)?

Je dois vous avouer qu’aux fins de la présente chronique, j’avais commencé à me documenter au sujet d’une espèce très précise de mégaloptère : le chauliode parchemin (Chauliodes pectinicornis). Je croyais fermement que les individus que j’avais pris en photographie ces dernières années – dont un qu’on m’avait donné et qui fait maintenant partie de la ma collection – étaient de cette espèce…

Or, je fus étonnée de réaliser en effectuant quelques recherches que tous les spécimens que j’avais observés étaient plutôt de l’espèce Chauliodes rastricornis (je n’ai pas trouvé de nom commun pour cette dernière). On en apprend tous les jours!

Il faut dire que les deux espèces se ressemblent beaucoup au premier coup d’œil, surtout s’il s’agit de mâles. Selon Bug Guide, la meilleure façon de distinguer les mâles est d’examiner les motifs sur le dessus de la tête et du thorax. Chez C. rastricornis, les motifs sont foncés sur fond brun pâle, alors qu’ils sont brun pâle ou jaunâtres sur fond brun foncé chez C. pectinicornis. Les femelles C. rastricornis sont plus faciles à reconnaître : leurs antennes sont serrates (en forme de râteau), au lieu d’être pectinées (en forme de peigne) comme c’est le cas chez les mâles des deux espèces, ou encore chez la femelle C. pectinicornis.

C. rastricornis femelle

Femelle photographiée en 2015; voyez ses antennes qui ne sont pas pectinées

C. rastricornis mâle

Mâle C. rastricornis

Par conséquent, si l’on observe un chauliode aux antennes serrates, on peut être certain qu’il s’agit d’une femelle C. rastricornis. Autrement, il faut examiner plus attentivement les motifs sur la tête et le thorax. Dans le cas des individus photographiés, outre une femelle C. rastricornis facile à distinguer, tous mes spécimens présentaient des motifs foncés sur fond pâle. Cela me conduit à croire que je n’ai observé que des mégaloptères de l’espèce rastricornis. Qu’en dites-vous?

Par ailleurs, les sources consultées indiquent que C. rastricornis est une espèce printanière, alors que C. pectinicornis émerge plus tard pendant l’été. Toutefois, à nos latitudes, il semble que la période d’émergence soit décalée. Ainsi, les individus que je pus observer à la mi-juin 2015, la mi-juillet 2015 et le début juillet 2016 étaient tous des C. rastricornis, reconnus pour émerger plus tôt dans les latitudes plus au sud. Bug Guide parle d’émergences s’étalant de mars à mai en Caroline du Nord, mais se produisant aussi tard qu’au début juillet dans la région du Massachusetts. Si l’on extrapole, on peut penser que, un peu plus au nord, il serait normal d’observer une période d’émergence en juin et juillet.

Qu’il s’agisse d’une ou l’autre des espèces de chauliodes, les deux groupes évoluent sous forme larvaire dans les milieux aquatiques. Il s’agit de redoutables prédateurs qui se nourrissent d’une myriade d’insectes et d’invertébrés aquatiques. Leurs mandibules de grande taille ne laissent d’ailleurs présager aucun doute sur leurs préférences alimentaires! Aussi, ces larves peuvent passer de deux à trois années sous l’eau avant d’émerger; elles atteignent des tailles impressionnantes! Bien que mes clichés de larves n’incluent pas d’individus du genre Chauliodes, ceux-ci donnent tout de même une bonne idée des caractéristiques générales de ces créatures aquatiques. Voir cette chronique pour plusieurs photographies, ainsi que le cliché joint au présent billet.

C. rastricornis femelle_miellée

Femelle C. rastricornis à la miellée

Nigronia sp.

Larve de Corydalidae (genre Nigronia); pour donner un aperçu de la forme générale d’une larve de cette famille

Les préférences des larves de chauliodes en matière d’habitat contrastent avec les autres membres de la famille Corydalidae, réputés être plutôt sensibles à la pollution (voir l’indice de Hilsenhoff dans Hauer et Lamberti 2007). En effet, contrairement aux autres genres, les chauliodes préfèrent les milieux où le courant est lent. Ils évoluent dans les milieux boueux et riches en matières organiques, où les concentrations d’oxygène peuvent s’avérer faibles. C’est pour cette raison qu’ils portent des tubes respiratoires assez longs situés près du bout de leur abdomen – un critère qui permet de les distinguer.

Cette particularité explique sans doute pourquoi j’ai observé des adultes pour la toute première fois lors d’une chasse entomologique de nuit aux abords du lac Saint-Augustin, un lac riche en matière organique et présentant des signes de dégradation. À cet effet, les individus observés étaient attirés par les lumières disposées autour du lac par des collègues entomologistes. Étonnamment, nous avons même observé que certains de ces mégaloptères étaient attirés par la miellée (substance sucrée utilisée pour attirer notamment les papillons de nuit), alors que les sources consultées indiquent qu’ils ne se nourrissent pas en tant qu’adultes. Bug Guide dénote le même comportement.

Lors de cette activité nocturne, je pus prendre une femelle en vidéo (voir ci-dessous). On peut apprécier la forme de ses antennes qui sont filiformes et en forme de « râteau », plutôt qu’en forme de peigne. Cette dernière cherchait également à mordre. Voyez-vous ses mandibules ouvrir et fermer? Pas contente, la dame!

À la suite de cette activité, l’on m’offrit un des spécimens capturés pendant la soirée, dont une photo figure dans la présente chronique. Ses antennes en forme de peigne nous avaient initialement laissé croire qu’il s’agissait d’un chauliode parchemin… mais les motifs qui flanquent sa tête suggèrent plutôt que c’est bel et bien un C. rastricornis mâle. La leçon à retenir? Que les antennes soient en forme de râteau ou de peigne, il faut aller plus loin sans son investigation quand l’on fait face à un chauliode!

 

Vidéo 1. Femelle C. rastricornis, qui n’est pas très contente de se faire observer de près! Je l’ai relâchée peu de temps après!

 

Pour en savoir plus

La petite géante

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Punaise d’eau géante du genre Belostoma retrouvée dans la piscine de mes parents

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Taille de Lethocerus (gauche) versus Belostoma (droite) – on voit ma main en comparaison

Aviez-vous deviné que l’insecte-mystère de la semaine dernière était une punaise d’eau géante (famille Belostomatidae)? Plus particulièrement, il s’agit d’un hémiptère du genre Belostoma, une sorte de punaise d’eau géante… mais pas aussi grosse que les individus du genre Lethocerus. On peut donc dire d’elle que c’est une petite géante!

La taille de cette punaise d’eau est un bon critère permettant d’identifier le genre. Selon Merritt et Cummins (1996), trois genres sont retrouvés en Amérique du Nord : Lethocerus, Belostoma et Abedus. Les membres du premier genre font 40 mm et plus de longueur, alors que ceux appartenant aux deux autres genres mesurent 37 mm et moins (26 mm et moins pour le genre Belostoma). Les individus du genre Abedus sont toutefois retrouvés plus au sud de l’Amérique du Nord, faisant en sorte que l’on ne recense finalement que deux genres au Québec.

S’il réside un doute lors de l’identification, malgré la différence de taille, vous pouvez examiner les pattes et le rostre des spécimens capturés ou photographiés. Les tibias et tarses des pattes postérieures du léthocère sont plus larges et aplatis que ceux des autres pattes, alors qu’on voit peu de variation dans la forme des différentes pattes chez le genre Belostoma. Par ailleurs, le premier segment du rostre diffère également chez les deux genres : celui de Lethocerus est plus court (la moitié de la longueur du second segment), alors que celui de Belostoma est plus long (environ la même longueur que le second segment).

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Lethocerus sp. (A et B) versus Belostoma sp. (C et D). En A, le tibia et le tarse de la patte arrière est plus large que les autres pattes, alors que les différentes pattes en C ont une forme plus similaire. En B, le segment 2 est plus long que le segment 1, alors que les deux segments en D sont de longueur similaire.

Et parlons-en de ce rostre! Les punaises d’eau géantes sont de voraces prédateurs. C’est à l’aide de leur rostre affilé qu’elles empalent leurs proies pour y injecter des sucs digestifs. Une fois l’intérieur des proies liquéfié, les punaises n’ont qu’à siroter leur repas! Toute proie de taille à être maîtrisée est digne de faire partie du menu : autres insectes, petits poissons, têtards et grenouilles. Rien ne leur échappe! Selon les sources consultées, des léthocères auraient même été observés se nourrissant de petits oiseaux et de canetons!

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Oups, je n’avais pas prévu l’avoir sur la main!

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On voit bien son long rostre sous sa tête

De plus, les punaises d’eau géantes sont connues pour piquer les doigts inquisiteurs. Sur Bug Guide, un des noms communs de ces punaises est « Toe Biter » – soit « mordeur d’orteil »! À ce qu’il semble, la piqûre est douloureuse. Je ne fus donc pas très brave lorsque je manipulai une de ces punaises – une Belostoma – que j’avais retrouvée coincée dans l’écumoire de la piscine de mes parents. N’étant pas habituée à manipuler ces bêtes (je me fiais à des vidéos que j’avais vues sur Internet), l’individu m’échappa pour se balader tranquillement sur mon pouce. Je retins mon souffle quelques instants, mais réalisai rapidement que la bête ne me portait aucun intérêt. Elle préféra plutôt amorcer un étrange mouvement de « pompe » avec son thorax. Ayant déjà senti un dytique vibrer dans ma main avant de prendre son envol (cette chronique), je présumai qu’il pouvait s’agir d’une sorte d’échauffement avant le décollage. Je pris le tout sur vidéo – que vous pourrez visionner ci-dessous. À mon grand plaisir, la punaise prit effectivement son envol. Quelle observation intrigante, ne trouvez-vous pas?

Par ailleurs, en visionnant mes photographies aux fins du présent billet, je notai plusieurs petits points rouges sur le corps de ma jolie punaise. Celle-ci était parasitée, probablement par de petits acariens aquatiques que l’on nomme Hydrachnidae (cette photo).

Comme son nom l’indique, la punaise d’eau géante passe une bonne partie de son temps sous l’eau. On retrouve typiquement les adultes dans les milieux où le courant est faible, tête vers le bas. Le bout de leur abdomen, quant lui, pointe légèrement hors de l’eau. Il est muni de deux appendices (nommés « air straps » en anglais) qui servent à la respiration. Ces organes sont rétractables contrairement aux longs siphons apparents qu’arborent les Nepidae (voir cette chronique sur les ranatres). À cause de leur préférence pour les habitats lentiques, ces jolies punaises se retrouvent souvent dans les piscines – tout comme les dytiques, d’autres insectes qui affectionnent les milieux peu turbulents. C’est en particulier pendant la période de reproduction que ces insectes se déplaceront davantage d’un plan d’eau à un autre – ou d’une piscine à l’autre! C’est aussi à cette époque que l’on peut les observer près de nos demeures. En effet, un de leur nom anglais est  « Electric light bugs ». À ce qu’il semble, leur propension à se retrouver aux lumières les soirs d’été leur a valu ce surnom.

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Vue dorsale de la Belostoma sp. trouvée dans la piscine de mes parents

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Plusieurs parasites étaient fixés sur la punaise

Le comportement parental des punaises d’eau géantes (genres Belostoma et Abedus) est intéressant. Chez ces deux groupes, les mâles jouent un rôle déterminant dans la survie des rejetons. En effet, les femelles pondent leurs œufs sur le dos des mâles, où ils sont solidement collés. Les mâles ont ensuite la lourde tâche de protéger les œufs des prédateurs et de s’assurer qu’ils sont oxygénés et humidifiés adéquatement. Une fois les œufs menés à maturité, les jeunes punaises écloront directement sur le dos de leur père.

Bien que la distinction entre les deux genres de Belostomatidae présents au Québec semble aisée selon Merritt et Cummins (1996), je suis tombée sur quelques incohérences qui me font croire que beaucoup confondent ces deux groupes apparentés. Par exemple, sur le site Wikipédia en français, la photographie présentée sous « Belostoma » au moment de l’écriture de la présente chronique (décembre 2016) était en fait un Lethocerus – on le voit par la taille et la forme du corps de l’insecte, ainsi que de ses pattes. De même, j’avais acheté une punaise d’eau géante naturalisée lors d’un précédent Salon des insectes de Montréal, laquelle était identifiée « Belostoma sp. »… Mais cette dernière possède toutes les caractéristiques de Lethocerus sp. J’en comprends donc que ce n’est pas parce qu’un insecte est une punaise d’eau géante qu’il faut immédiatement l’identifier comme étant un genre précis. Il faut prendre le temps de jeter un coup d’œil à ses caractéristiques – lesquelles sont heureusement visibles à l’œil nu. Une bonne chose pour ceux qui, comme moi, préfèrent prendre leurs spécimens en photographie plutôt que les tuer!

Pour terminer, en ces temps plus froids, vous vous demandez sans doute que font au juste les punaises d’eau géantes? Afin de passer à travers les rigueurs de l’hiver, nos sympathiques hémiptères déménagent vers des plans d’eau plus profonds où ils « s’emmitouflent » dans la boue. Une fois le printemps venu, ils s’envoleront pour rejoindre à nouveau les étangs peu profonds et les rivières… ou encore nos piscines, où l’on pourra les observer avec plaisir!

 

Vidéo 1. Punaise d’eau géante du genre Belostoma. Celle-si s’échappa de mes doigts pour se promener sur ma main. Heureusement, elle n’était pas intéressée à me piquer! Vous pouvez mettre le son si vous voulez entendre les commentaires que j’ai effectués sur le vif!

 

Vidéo 2. Étrange mouvement de « pompe » effectué par cette punaise d’eau géante. Il s’agissait sans doute d’une façon de s’échauffer avant de prendre son envol. Qu’en pensez-vous?

 

Pour en savoir plus

 

Un bijou de libellule pour la 200e chronique DocBébitte!

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Femelle demoiselle bistrée photographiée sur le bord de mon étang à poissons

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Autre plan de la même femelle

Les jeux sont faits! Lors d’une précédente chronique, je vous offrais de choisir l’invertébré qui allait faire l’objet de la 200e publication DocBébitte. Vous avez opté pour une jolie libellule nommée « demoiselle bistrée » ou « caloptéryx bistré ».

Les libellules ont la cote et la demoiselle bistrée (Calopteryx maculata) n’y échappe pas! Elle sait se faire remarquer avec sa robe vert métallique et ses ailes noires luisantes. La femelle se distingue du mâle par ses ailes légèrement plus pâles ponctuées d’une tache blanche bien visible. Les mâles sont faciles à reconnaître, car il s’agit de la seule espèce québécoise de caloptéryx dont le mâle possède des ailes entièrement noires. La femelle, par contre, peut être confondue avec la femelle du caloptéryx à taches apicales (Calopteryx aequabilis), une autre espèce que l’on retrouve au Québec. Toutefois, selon Paulson (2011), les ailes des individus femelles de cette deuxième espèce sont typiquement plus pâles, un peu moins larges et un peu plus longues.

Néanmoins, en furetant sur Internet (notamment Bug Guide), je dois avouer être tombée sur des photographies d’individus identifiés comme étant C. maculata qui ressemblaient davantage à C. aequabilis, selon les critères de Paulson… et vis-versa! Il semble donc y avoir des formes aux ailes plus ou moins foncées chez chaque espèce qui puissent confondre l’œil amateur. Après quelques échanges instructifs sur Photos d’insectes du Québec (merci à Roxanne S. Bernard et Gilles Arbour), il est probable que l’individu photographié soit bien une demoiselle bistrée. Une bonne façon de m’en assurer aurait été d’examiner la coloration des pièces buccales – ce que je ne vois malheureusement pas clairement sur mes photographies. Je saurai quels angles photographier la prochaine fois – en espérant que cela vous soit également aidant!

Cela dit, la demoiselle bistrée appartient à la famille Calopterygidae qui ne comprend que deux genres et 4 espèces au Québec selon les sources consultées. Les individus appartenant à ce groupe sont de relativement grande taille, ce qui contribue sans doute au fait qu’ils sont facilement remarqués!

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Mâle photographié dans la cour chez mes parents

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Photo d’un mâle soumise lors du concours de photographie 2013

Étant donné que la naïade (stade juvénile) de cette libellule est aquatique, il n’est pas surprenant de retrouver les adultes à proximité des étangs et des cours d’eau. C’est justement aux abords de mon petit étang à poissons que j’ai eu le loisir d’observer, voire photographier, quelques individus au courant des dernières années. La demoiselle bistrée semble particulièrement attirée par les cours d’eau à courant lent et où la végétation aquatique est abondante. Il s’agit d’ailleurs d’un habitat propice à la ponte. En effet, la femelle, une fois fécondée, s’affairera à pondre ses œufs dans la végétation aquatique, sur les troncs submergés ou encore directement à la surface de l’eau. Paulson (2011) précise que certaines femelles peuvent se plonger entièrement sous l’eau afin de déposer leurs précieux œufs sur un substrat adéquat.

Les mâles, de leur côté, ne quittent pas leur territoire – ni leurs femelles – des yeux. À ce qu’il semble, un même mâle peut surveiller plusieurs femelles avec lesquelles il copulera. Il arrive par conséquent souvent de voir des congrégations de plusieurs de ces libellules affairées à la reproduction et à la ponte – habituellement un mâle et ses femelles.

Les rejetons, eux, évoluent entièrement sous l’eau. Les naïades préfèrent les eaux courantes où le débit n’est pas trop élevé. On les retrouve plus particulièrement accrochées aux débris végétaux et aux racines des arbres et arbustes bordant les cours d’eau, ou encore dans les herbiers de plantes aquatiques. Une bonne façon d’en collecter est donc de racler les bordures érodées des cours d’eau où les racines et les débris abondent. Toutefois, il faudra bien ouvrir l’œil, car les jeunes caloptéryx se confondent bien aux débris végétaux : filiformes et bruns, ils ressemblent à de petites brindilles.

Si vous réussissez à les capturer, il vous sera ensuite facile de les identifier. Ces odonates possèdent en effet des antennes distinctes des autres familles de zygoptères : le premier segment est très long et plutôt épais. On s’en aperçoit même à l’œil nu!

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Naïade de Calopteryx sp. Notez le premier segment des antennes.

Comme les adultes, les naïades de la demoiselle bistrée sont des prédateurs hors pair. Elles se nourrissent d’une vaste palette d’insectes, qui peuvent inclure des larves de maringouins ou de mouches noires. C’est qu’elles sont utiles, ces naïades!

Voshell (2002) indique que les naïades de Calopterygidae sont plutôt tolérantes face à la pollution de leur milieu. Je me suis amusée à regarder où j’en avais capturé lors de mes études et il s’agissait de sites en rivière moyennement à assez fortement perturbés par des activités d’origine humaine (surtout de l’agriculture), mais où il y avait tout de même un courant continu (petites chutes à proximité). Aussi, j’avais observé à quelques reprises des congrégations de ces libellules le long de la rivière du Cap-Rouge à Québec, une autre rivière qui peut s’avérer moyennement à hautement perturbée (zones urbaines et agricoles) selon les secteurs.

En outre, notre jolie libellule qui brille comme un bijou ne semble pas trop difficile en matière d’habitat. Cela est sans doute une bonne nouvelle, puisqu’on peut ainsi profiter de sa présence le long de nos rivières urbaines et même la voir voleter dans nos cours. À noter effectivement que toutes les photographies de libellules adultes qui agrémentent la présente chronique ont été prises dans les cours des photographes! Pas besoin d’aller bien loin pour rencontrer ce bijou d’insecte!

 

Pour en savoir plus

Identifier les libellules en devenir : nouvelle clé québécoise!

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Nouvelle clé québécoise d’identification!

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Diverses naïades d’odonates prêtes à être identifiées

Quoi de mieux pour vous faire patienter d’ici la 200e chronique DocBébitte (dont un vote est en cours) que de vous parler de libellules? Mieux encore, il sera ici question d’un ouvrage tout fraîchement concocté et mettant à contribution plusieurs entomologistes québécois! Il s’agit de « Naïades et exuvies des libellules du Québec : clé de détermination des genres » dont les principaux auteurs sont Messieurs Raymond Hutchinson et Benoît Ménard.

J’ai déjà parlé à quelques reprises des naïades d’odonates, que j’affectionne particulièrement (notamment dans cette chronique). Vous avez bien deviné : il s’agit d’insectes aquatiques, ce qui explique mon enthousiasme face à la publication de Hutchinson et Ménard.

Vous êtes peu familiers avec les termes utilisés pour désigner cette nouvelle clé? Sachez d’abord que le terme « libellule » englobe ici ce que nous appelons dans le jargon commun « libellules » (Anisoptères), mais aussi « demoiselles » (Zygoptères). Ce sont donc tous les groupes taxonomiques d’odonates qui sont visés. « Naïade » désigne la nymphe de la libellule; il constitue le stade de développement juvénile de la bête. En anglais, on tend à utiliser le mot « larva » (larve) – terme que vous allez sans doute voir dans quelques-unes de mes plus anciennes chroniques. À ma défense, je n’avais pas accès à de la documentation francophone comme il y en a maintenant au moment où j’ai effectué mes études et j’ai par conséquent pris de mauvais plis! Pour être plus précis, « Larve » s’emploie habituellement pour les insectes qui subissent une métamorphose complexe, comme le papillon, par exemple, dont la chenille se transforme en pupe (chrysalide) avant de devenir l’adulte ailé bien connu. Cela n’est pas le cas des odonates. Ainsi, lorsque l’on parle de libellules en devenir, le bon usage serait nymphe ou, encore mieux, naïade. Pour terminer, le terme « exuvie » réfère à la mue que laisse derrière la naïade lorsqu’elle émerge pour se métamorphoser en adulte. Voilà! Votre petit cours de français est terminé!

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Quelques exuvies collectées cet été

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Même cette exuvie plutôt mal en point fut identifiable!

Revenons à la clé de Hutchinson et Ménard (2016). Celle-ci a l’avantage d’être accessible aux néophytes qui désirent se lancer dans l’identification. En effet, elle est bien illustrée et les descriptions sont relativement simples (il faut toutefois prendre soin de lire les premières pages du livre pour bien se familiariser avec les termes anatomiques). De plus, divers trucs et astuces sont fournis au début du guide au sujet de la collecte et de la préservation des spécimens.

Je me suis amusée à comparer les instructions de la clé avec mon guide favori d’identification depuis mes études, soit Merritt et Cummins (1996), Aquatic insects of North America. Je me sens personnellement à l’aise avec les deux clés, bien que l’ouvrage de Merritt et Cummins soit en anglais et comporte de nombreux ordres d’insectes. C’est une plus grosse clé qui est, proportionnellement, plus dispendieuse. Par conséquent, elle peut s’avérer moins attrayante pour les débutants ou encore pour ceux qui ne s’intéressent qu’aux libellules.

De même, la clé de Hutchinson et Ménard permet l’identification des exuvies. Le livre de Merritt et Cummins se consacre aux naïades matures et nous conduit parfois à devoir examiner des critères qui sont peu visibles, voire figés sur une exuvie. En simplifiant certains critères à examiner, Hutchinson et Ménard nous permettent d’identifier plus aisément les exuvies. C’est ce que je pus noter en tentant d’identifier une exuvie mal en point dont je n’étais pas parvenue à déterminer le genre à l’aide de mes outils habituels. Ce fut nettement plus facile avec notre nouvelle clé québécoise!

Finalement, je me suis bien amusée à amorcer l’identification de naïades qui me furent données par des collègues de bureau, ainsi que d’un amas d’exuvies que j’ai collectées moi-même tout au long de l’été. Fait intéressant, la collecte d’exuvies constitue une méthode non destructive permettant d’apprendre sur le comportement et la distribution des espèces, puisqu’on ne collecte que des mues que les insectes ont laissées derrière eux. Si le sujet vous intéresse, je vous invite à vous procurer ce sympathique guide disponible sur le site d’Entomofaune Québec. Amusez-vous bien à identifier vos spécimens!

 

Pour en savoir plus

  • Hutchinson, R. et B. Ménard. 2016. Naïades et exuvies des libellules du Québec: clé de détermination des genres. 71 pages.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.