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DocBébitte en bref : Un nouveau livre sur les papillons!

Nouveau livre québécois par Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant

Nouveau livre québécois par Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant

Bonne nouvelle pour les entomologistes amateurs en cette saison qui s’amorce enfin, après un hiver qui ne semblait plus vouloir nous quitter! En effet, Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant, auteurs du livre Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes, récidivent avec un guide très attendu sur les papillons de nuit et leurs chenilles.

J’avais parlé du premier guide dans cette chronique datant de 2013. À l’époque, je précisais que ce dernier portait uniquement sur les espèces diurnes. Malheureusement, bon nombre de chenilles que je prenais en photo s’avéraient appartenir à des espèces nocturnes. À ma grande déception, je ne parvenais pas à les trouver dans le premier ouvrage de Leboeuf et Le Tirant – qui s’avérait être l’un des tout premiers livres entomologiques à figurer dans ma collection.

Quelle belle surprise j’eus donc ce printemps de tomber par hasard sur ce nouvel ouvrage en allant fureter dans une librairie près de chez moi!

Exemple de planche retrouvée dans le livre

Exemple de planche retrouvée dans le livre

Si vous possédez déjà le premier guide sur les papillons diurnes, vous ne serez pas déstabilisé par le format du second. Comme le premier ouvrage, il est constitué d’une première partie décrivant le cycle de vie, la diversité et la biologie de ces sympathiques organismes, de même que les méthodes d’observation et de capture. Il est composé de planches étalées sur deux pages pour chaque espèce. L’adulte et la chenille y sont illustrés, de même que l’aire de répartition. Une photo présentant tantôt l’adulte, tantôt la chenille ou encore les plantes hôtes est aussi présentée en médaillon.

Jolie chenille bariolée (Hétérocampe verdâtre)

Cette chenille d’hétérocampe verdâtre est retrouvée dans le guide

Les individus comme cet adulte de la célèbre chenille isie Isabelle sont illustrés sur chaque planche

Les individus comme cet adulte de la célèbre chenille isie Isabelle sont illustrés sur chaque planche

Les éléments descriptifs abondent, ce qui fera sans doute le plaisir des gens comme moi qui aiment écrire sur le sujet! On y apprend des notions quant à l’identification de l’espèce présentée (adulte et chenille), les périodes de vol, l’habitat, les plantes hôtes, ainsi que divers autres renseignements utiles.

Bref, il s’agit d’un bel ouvrage à avoir dans sa collection! Et hop! Vivement que l’été arrive afin que je prenne des clichés de nouveaux individus que je pourrai identifier à l’aide de Leboeuf et Le Tirant!

 

Pour en savoir plus

  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2018. Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes. 335 p.

Qui est la belle… dame?

L’hiver est à nos portes et le temps gris nous donne envie de rêver aux insectes colorés qui ont agrémenté notre été! Quoi de mieux que de vous parler d’un joli papillon qui a fait la une alors que l’été 2017 tirait à sa fin?

La belle dame (Vanessa cardui) a effectivement fait couler de l’encre, apparaissant par dizaines dans les jardins québécois aux mois d’août et de septembre. Ce lépidoptère, de la famille des Nymphalidae, est un cousin du vulcain dont je vous ai récemment parlé.

Belle dame

Belle dame

Belle dame, vue dorsale

Belle dame, vue dorsale

À nos latitudes, nous avons le loisir d’observer deux générations de belles dames par année : une première du mois de mai à la mi-juillet et une seconde de la troisième semaine de juillet jusqu’à la mi-octobre. L’abondance de la belle dame est cyclique : certaines années, elle se fait rare, alors qu’à d’autres, elle est observée en très grand nombre. Cette année était la bonne!

J’en ai moi-même observé à la pelletée en allant prendre mes marches régulières autour du parlement à Québec… et ce, jusqu’à tard au mois d’octobre. Chaque fois, je n’étais malheureusement munie que de mon iPhone, mais les bêtes étaient si abondantes que je pus tout de même capturer une poignée de clichés potables. Les individus semblaient particulièrement attirés par des fleurs orangées très vivement colorées, ce qui nous donne un petit « punch » de couleur supplémentaire pour contrer toute la présente grisaille!

À cet effet, le papillon belle dame se délecte du nectar d’une très grande variété de fleurs : centaurées, achillées, rudbeckies, phlox, myosotis, sedum, chardon et j’en passe! La chenille, quant à elle, ne fait pas la fine bouche non plus et se retrouverait sur au-delà d’une centaine de plantes-hôtes différentes – dont plusieurs astéracées incluant le chardon. Il s’agit d’une espèce qui affectionne tout particulièrement les milieux ouverts (jardins, champs, abords de routes) et il n’est donc pas étonnant de la surprendre dans des herbacées – ce qu’on appelle « mauvaises herbes » –, propres à ce type de milieu.

La chenille est plutôt poilue et épineuse. Sa coloration est variable et sa robe peut passer du jaune verdâtre au noir (voir cette page tirée de Bug Guide). Toutefois, sa tête est toujours noire. Elle produit de la soie et se concocte un petit nid douillet dans les plantes qu’elle affectionne, à l’instar du vulcain dont je vous avais déjà parlé (cette photo de Sylvie Benoit). Lors de pics de forte abondance, la chenille peut devenir une peste et dévorer les plants bien-aimés des cultivateurs et des jardiniers.

Photographie soumise dans le cadre du premier concours de photographie DocBébitte en 2013 et représentant une belle dame

Photographie soumise dans le cadre du premier concours de photographie DocBébitte en 2013 et représentant une belle dame

La belle dame est reconnue pour son puissant vol. Elle est une migratrice par excellence. Elle aurait été rencontrée jusqu’au Groenland et en Islande, rien de moins (je l’envie d’ailleurs, car j’ai déjà visité l’Islande et c’est une superbe contrée où se retrouver!). L’aire d’hivernage des individus rencontrés au Québec se situe au Mexique ou au sud des États-Unis. C’est habituellement en septembre qu’ils entreprennent leur périple vers des cieux plus cléments. Cependant, leur départ aurait été tardif en 2017 à cause de vents migratoires moins favorables liés à la belle période de chaleur que nous avons eue.

Il s’agirait par ailleurs du papillon diurne le plus connu mondialement, ce qui lui aurait valu le nom de « papillon cosmopolite ». Cette jolie bête s’est, par conséquent, retrouvée sur des timbres de quelques pays parsemés autour du globe : Îles Féroé, Arabie saoudite et Hongrie. Avis aux entomologistes qui s’avèrent aussi philatélistes à leurs heures (ou vice versa)!

Cela dit, il semble que tout pic d’abondance de la belle dame soit suivi d’une année de rareté. Il faudra donc peut-être patienter quelques années avant de pouvoir apprécier de nouveau cette belle connue!

 

Vidéo 1. Belle dame observée dans les jardins du parlement à Québec à la fin du mois d’août 2017.

 

Pour en savoir plus

Concours de photo 2017 – Partie 1 : Le Vulcain qui émerge dans une maison, par Sylvie Benoit

Photographie gagnante représentant un Vulcain

Photographie gagnante représentant un Vulcain

C’est avec plaisir que je vous diffuse la première de deux chroniques au sujet des photographies gagnantes ex aequo du concours amical de photographie DocBébitte 2017. Comme je le mentionnais lors de la chronique révélant nos gagnants – et tel que promis chaque année – je me suis affairée à vous concocter la petite histoire derrière les clichés élus.

Cocon et exuvies des chenilles retrouvés au sous-sol

Cocon et exuvies des chenilles retrouvés au sous-sol

Chenille, également retrouvée dans la maison chez Sylvie

Chenille, également retrouvée dans la maison chez Sylvie

La chenille se tisse un nid douillet

La chenille se tisse un nid douillet

La photo transmise par Sylvie Benoit relate justement une rencontre inopinée avec un joli papillon commun nommé « Vulcain » (Vanessa atalanta). Ce lépidoptère appartient à la grande famille des nymphalidés. C’est un cousin du papillon Belle dame (Vanessa cardui) que vous connaissez sans doute, car il a fait les manchettes en septembre dernier, étant aperçu en vastes hardes un peu partout au Québec.

Le Vulcain se reconnait facilement par ses ailes sombres flanquées d’une bande orangée surmontée de taches blanches. Son nom scientifique, Vanessa atalanta, référerait à une héroïne grecque « Atalanta » ou « Atalante » qui, selon la légende, était une coureuse fort rapide. Le Vulcain aurait vraisemblablement hérité de ce nom à cause de son vol, reconnu pour être rapide.

Le cliché gagnant a été effectué à l’intérieur d’une demeure. Trois papillons de cette espèce y ont été retrouvés par surprise! Quelques recherches effectuées par les propriétaires des lieux leur ont permis de résoudre le mystère : les restes de chrysalides et d’exuvies de chenilles furent découverts au sous-sol. Des chenilles avaient été introduites à l’intérieur de la maison par le biais de plants d’orties, qui y avaient été amenés pour sécher. À cet effet, Sylvie me transmit gracieusement quelques photographies supplémentaires appuyant ces observations. Elles complètent la présente chronique.

La livrée de la chenille du Vulcain est variable. Selon Wagner (2005), certains individus sont plus pâles (couleur blanchâtre à jaune verdâtre), alors que d’autres arborent une robe nettement plus sombre. Les individus croqués sur le vif par notre gagnante représentent des spécimens foncés, également caractérisés par la présence de lignes blanchâtres parcourant les flancs. De plus, les chenilles sont munies de poils et d’épines acérés, s’élevant d’une protubérance orangée, ce qui leur donne une apparence très piquante! Qui osera y mettre les doigts?

Sans grande surprise, les chenilles se délectent de plantes appartenant à la famille Urticaceae, dont – eh oui – les orties! Elles se tissent un nid douillet dans le repli des feuilles, comme en témoigne une des photographies qui agrémentent la présente chronique.

Vulcain que j’avais pris en photo il y a quelques années

Vulcain que j’avais pris en photo il y a quelques années

Les adultes, quant à eux, sirotent le nectar de multiples espèces de fleurs; ils s’alimentent également de fruits et de détritus en décomposition. Comme ce sont de bons butineurs, il est facile de les voir dans nos jardins, particulièrement lors des mois de mi-mai à juillet (première génération) ou encore de mi-juillet à mi-septembre (deuxième génération). Les Vulcains aiment aussi se prélasser au soleil sur tout support situé au ras du sol (roche, tronc d’arbre, etc.), où l’on peut prendre le temps de les observer. C’est ainsi que j’avais pris quelques clichés de ce sympathique papillon, m’approchant peu à peu du sujet. Le Vulcain, pas trop nerveux, se laisse d’ailleurs approcher pour être admiré. La photographie de Sylvie en est un bel exemple! Bravo à notre première gagnante!

 

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Species Vanessa atalanta – Red Admiral – Hodges#4437. http://bugguide.net/node/view/448
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Espace pour la vie. Vulcain. http://espacepourlavie.ca/insectes-arthropodes/vulcain
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.

Élégant et commun, le papillon tigré!

Chaque année, quand l’été revient, j’ai tellement de sujets possibles sur lesquels rédiger mes chroniques que je ne sais plus où donner de la tête. Au courant des deux dernières semaines, j’ai pu observer un très grand nombre de papillons dans ma cour et dans mon quartier, à Québec, qui appartenaient tous à la même espèce. Je m’étais faite à l’idée qu’il s’agirait d’un bon sujet… idée qui fut cristallisée pas plus tard qu’hier, lors d’une promenade en kayak dans le secteur du Marais du Nord. La quantité de ces papillons voletant le long de la rivière que nous avions empruntée était en effet si grande qu’on les comptait par dizaines.

De qui s’agit-il? Je vous présente notre insecte-vedette : le très joli papillon tigré du Canada (Papilio canadensis)!

Papillon tigré du Canada qui butine dans mes lilas

Papillon tigré du Canada qui butine dans mes lilas

Même individu, autre prise de vue

Même individu, autre prise de vue

Ce sympathique et flamboyant lépidoptère de la famille Nymphalidae arbore une robe à dominance jaune rayée de noir. Il mesure, selon les sources, de 5,3 à 9 cm d’envergure et a un vol qualifié par Handfield (2011) de lent et élégant. À cause de ces attributs, mais aussi parce qu’il aime bien se délecter du nectar de fleurs communes, incluant les lilas, épervières, trèfles et marguerites, il est fréquemment observé. Dans le Québec méridional, il s’agit d’un papillon très commun.

Selon Leboeuf et Le Tirant (2012), la seule espèce semblable avec laquelle on pourrait confondre le papillon tigré du Canada est le Machaon de la baie d’Hudson. Ce dernier porte également fièrement le jaune et le noir. Toutefois, ses ailes sont plus trapues, ses queues plus courtes et son aire de répartition est située nettement plus au nord et à l’ouest que celle de P. canadensis. Ainsi, si vous observez un grand papillon diurne jaune et noir à la hauteur du Québec méridional, il s’agit fort probablement d’un papillon tigré du Canada. Néanmoins, prudence est de mise : selon Handfield (2011), Papilio glaucus, un très proche parent américain dont les caractéristiques sont très similaires, pourrait s’observer au sud du Québec. Sa présence pourrait se faire de plus en plus sentir dans les années à venir, en particulier si le climat de nos latitudes se réchauffe.

Second spécimen – on voit une encoche dans son aile droite

Second spécimen – on voit une encoche dans son aile droite

Vue ventrale

Face ventrale des ailes

Miam miam, des excréments de canard!

Miam miam, des excréments de canard!

Les chenilles sont également remarquables. Le thorax bombé des chenilles matures est muni de deux ocelles qui imitent à merveille les yeux d’un prédateur – probablement ceux d’une couleuvre (voir cette photographie tirée de Bug Guide). Elles possèdent aussi un organe nommé osmeterium qui est situé derrière la tête. Si elles se sentent menacées, elles gonflent cet organe orangé en forme de fourche qui dégage une odeur nauséabonde. Une photographie de la chenille du papillon du céleri, un proche parent appartenant aussi au genre Papilio, exhibant cet organe, avait d’ailleurs été soumise dans un précédent concours amical de photographie DocBébitte (voir cette photographie de Sylvie Benoit).

Les chenilles immatures, de leur côté, ressemblent plutôt à une déjection d’oiseau : elles sont brunes et blanches. En revanche, lors du dernier stade larvaire, tout juste avant la métamorphose en chrysalide, la chenille prend une teinte brun beige ou brun rosé. La chrysalide qui sera formée, quant à elle, s’attachera solidement à une tige ou à une branche. Elle traversera les rigueurs de l’hiver sous cette forme, avant d’en émerger au printemps suivant.

Il est à noter que les plantes-hôtes privilégiées par les chenilles sont le peuplier faux-tremble, ainsi que le bouleau blanc. Peu difficiles, nos larves peuvent également coloniser une myriade d’arbres et d’arbustes tels que les frênes, lilas, autres peupliers et bouleaux, sorbiers et j’en passe! De façon similaire, l’adulte se rencontre dans une vaste palette d’habitats : boisés clairsemés, abords de lacs et de rivières, tourbières, jardins et boisés urbains.

Je vous mentionnais plus tôt que le papillon tigré du Canada se nourrit de nectar. Ce n’est pas tout. Cet insecte ne daigne pas les cadavres d’animaux ou encore le fumier, d’où il tire de précieux nutriments. Ma plus récente observation – qui date d’hier – portait justement sur un individu confortablement installé sur un excrément de canard (voir photographie à l’appui). Quelques instants plus tard, ils étaient deux à se disputer le butin – ce que je ne pus malheureusement capturer à l’aide de mon appareil photo. De façon similaire, il semble commun de voir des attroupements de ce papillon autour de mares boueuses le long des chemins de terre, souvent à la recherche de minéraux.

Au Québec méridional, on peut observer notre arthropode en activité entre la fin mai et la fin juillet (voire jusqu’à la mi-août selon certaines sources). Pour ma part, ici à Québec, j’ai surtout observé de forts pics d’abondance au courant des dernières années vers la fin du mois de juin, en particulier dans les environs de la fête de la Saint-Jean-Baptiste. Comme nous sommes en plein à cette période de l’année, gardez l’œil ouvert pour cette bête peu discrète!

Pour terminer, une petite pensée pour les philatélistes parmi vous (dont ma maman!) : notre jolie créature a fait l’objet d’un timbre émis par Poste Canada le 4 juillet 1988. Photogénique comme elle est, cela n’est pas surprenant, n’est-ce pas?

 

Vidéo 1. Papillon tigré du Canada qui butine les fleurs d’un de mes lilas.

 

Pour en savoir plus

Une sympathique chenille, livrée pour vous!

Cette année, bon nombre d’entomologistes amateurs ont eu la chance d’observer de jolies chenilles bleues et poilues qui arpentaient – voire dévoraient – les arbres et arbustes croissant près de leurs demeures. Sur le site Facebook Photos d’insectes du Québec, plusieurs photographes ont effectivement fait part de clichés comprenant de tels insectes. Ces chenilles s’avéraient être, pour la plupart, des livrées des forêts (Malacosoma disstria). Il s’agit de notre insecte-mystère de la devinette de la semaine dernière.

M. disstria Chenille 1

Cette belle chenille bleue est une livrée des forêts

Je fis quelques observations moi-même au courant du mois de juin : la première fois dans un parc urbain à proximité du travail et les fois subséquentes dans ma propre cour, qui est bordée par une forêt. Je fus d’abord surprise de tomber sur des dizaines de spécimens dans un parc près du Complexe-G, où je travaille, et qui se situe en pleine ville de Québec! Non seulement de nombreuses chenilles étaient visibles, mais je pus également photographier des mues desdites chenilles présentes en amas sur plusieurs arbres. J’en récoltai quelques-unes que je pris ensuite le temps d’examiner sous la loupe de mon stéréomicroscope. Des photographies jointes à la présente chronique vous permettront d’apprécier ces dernières.

M. disstria Chenille 2

Livrée des forêts au milieu d’un amas de mues et de soie

M. disstria Chenille 3

Autre angle sur les exuvies multiples

M. disstria_peaux 2

Exuvies dans l’œil de mon stéréomicroscope!

Ces chenilles sont grégaires pendant les premiers stades de leur vie, expliquant pourquoi je trouvai des exuvies amassées en aussi grand nombre. Cela suggère qu’elles ont mué à proximité les unes des autres avant de se disperser. Malgré leur nom anglais « Forest tent caterpillars », les livrées des forêts ne construisent pas de toiles en forme de tente pour s’y regrouper. Néanmoins, j’appris en consultant des documents aux fins de la présente chronique qu’elles tissent un nid de soie – un peu à l’instar d’un matelas moelleux – où elles s’attroupent, en particulier lorsque vient le temps de muer. Elles s’y éloignent pour s’alimenter. Fait intéressant, ce lieu de rencontre serait imprégné de phéromones, facilitant le retour des chenilles vers celui-ci une fois qu’elles sont repues.

Une autre espèce de Lasiocampidae, Malacosoma americana (Livrée d’Amérique), elle aussi fort commune, est très connue pour sa propension à fabriquer des tentes. Ce serait d’ailleurs cette dernière qui serait à l’origine des nombreuses toiles que l’on peut voir défiler le long des routes au début de l’été. Elle arbore des teintes bleutées faisant en sorte qu’on peut la confondre avec la livrée des forêts. Toutefois, sa robe possède généralement des teintes plus orangées ou plus sombres (voir cet exemple). Les motifs parcourant la face dorsale de son abdomen sont également différents : ils forment une fine ligne blanche qui traverse, de façon ininterrompue, tout le centre du dos. En revanche, les motifs blancs sur le dos de la livrée des forêts s’apparentent à des « traces de pas » selon Marshall (2009). Si vous regardez attentivement, vous pourriez même y déceler un animal – fait qui a été souligné par Yves Dubuc sur le site Facebook Lesinsectes Duquebec. En effet, n’y voyez-vous pas… des pingouins?

La livrée des forêts ne fait pas la fine bouche et avale les feuilles d’un bon nombre d’arbres et d’arbustes : peupliers faux-tremble (serait son essence préférée), érables à sucre, saules, chênes, aulnes, autres espèces de peupliers, bouleaux, amélanchiers, etc. Ce lépidoptère peut s’avérer être un ravageur important et est par conséquent considéré comme une peste en période de forte abondance. Des épidémies de livrées des forêts ont d’ailleurs été recensées au Québec dans le passé. En particulier, Handfield (2011) relate une épidémie ayant eu lieu en Abitibi qui fut si intense que les routes se retrouvèrent couvertes de milliers de chenilles. Ces dernières, une fois écrasées par les voitures, rendirent les routes glissantes à un point tel qu’elles engendrèrent de nombreuses sorties de route!

M. disstria Chenille Close-up

Pingouins ou traces de pas?

M. disstria Chenille 4

Vue latérale – qui de la chenille ou de la personne qui la tient est la plus poilue?

M. disstria adulte

Fort probablement un adulte de la livrée des forêts

Les habitats privilégiés par cette espèce sont variés. Malgré son nom, la livrée des forêts se rencontre non seulement en forêt, mais aussi partout où ses plantes-hôtes croissent. Cela inclut les boisés urbains, ainsi que les parcs flanqués de quelques arbres ornementaux comme j’ai pu le constater près de mon lieu de travail.

La livrée des forêts se transforme en joli papillon de nuit brun de taille moyenne (25-45 millimètres d’envergure), dont l’abdomen est passablement poilu. C’est lors d’une chasse de nuit réalisée pendant le dernier congrès de l’AEAQ (Association des entomologistes amateurs du Québec) en juillet 2016 que j’observai plusieurs individus. Lors de la préparation de la présente chronique, je lus dans Handfield (2011) que l’adulte d’une autre espèce, la livrée du Nord (M. californica), peut être confondue avec la livrée des forêts. En effet, certaines formes des deux espèces se ressemblent à un point tel qu’il faudrait, selon Handfield, les disséquer afin de confirmer l’identité hors de tout doute. Toutefois, M. californica semble très rare au Québec, ce qui nous laisse croire que les individus aperçus en grand nombre étaient des livrées des forêts.

Les adultes sont attirés par les lumières, faisant en sorte qu’il est possible de les observer lors de chasses nocturnes (pour les entomologistes!) ou à proximité de nos demeures. Au printemps, ce sont d’abord les mâles qui sont rencontrés. Ces derniers s’affairent à dénicher une femelle – souvent encore dans son cocon. Les sources consultées suggèrent qu’elles émettraient déjà, à ce stade, des phéromones. Ainsi, les femelles s’assurent d’avoir un mâle à portée de main dès qu’elles émergent de leur cocon!

Une fois fécondées, les femelles pondent leurs œufs – jusqu’à 300 – en amas qu’elles recouvrent d’une matière visqueuse qui les protégera de la sécheresse et du froid. En effet, ces œufs devront survivre au froid hivernal avant d’éclore au retour du temps plus chaud. Les hivers très froids peuvent donc réduire les populations de livrées des forêts, alors que les hivers plus cléments pourraient favoriser de fortes abondances.

Selon le taux de survie, ce sont quelques dizaines à quelques centaines de petites chenilles qui verront le jour le printemps venu. Ces toutes petites larves ne tarderont pas à devenir les jolies chenilles bleues et poilues dont nous sommes plusieurs à avoir fait connaissance cette année!

 

Vidéo 1. Cette jolie chenille bleue et poilue est une livrée des forêts.

 

Vidéo 2. Livrée des forêts trouvée dans ma cour. Je l’ai amenée dans mon bureau afin de l’observer quelques instants sous mon microscope Celestron InfiniView. Elle fut remise en liberté sans heurts!

 

Pour en savoir plus

  • Beadle, D. et S. Leckie. 2012. Peterson field guide to moths of Northeastern North America. 611 p.
  • Bug Guide. Species Malacosoma disstria – Forest Tent Caterpillar Moth. http://bugguide.net/node/view/560
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.
  • Wikipedia. Forest tent caterpillar moth. https://en.wikipedia.org/wiki/Forest_tent_caterpillar_moth