Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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Concours de photo 2017 – Partie 1 : Le Vulcain qui émerge dans une maison, par Sylvie Benoit

Photographie gagnante représentant un Vulcain

Photographie gagnante représentant un Vulcain

C’est avec plaisir que je vous diffuse la première de deux chroniques au sujet des photographies gagnantes ex aequo du concours amical de photographie DocBébitte 2017. Comme je le mentionnais lors de la chronique révélant nos gagnants – et tel que promis chaque année – je me suis affairée à vous concocter la petite histoire derrière les clichés élus.

Cocon et exuvies des chenilles retrouvés au sous-sol

Cocon et exuvies des chenilles retrouvés au sous-sol

Chenille, également retrouvée dans la maison chez Sylvie

Chenille, également retrouvée dans la maison chez Sylvie

La chenille se tisse un nid douillet

La chenille se tisse un nid douillet

La photo transmise par Sylvie Benoit relate justement une rencontre inopinée avec un joli papillon commun nommé « Vulcain » (Vanessa atalanta). Ce lépidoptère appartient à la grande famille des nymphalidés. C’est un cousin du papillon Belle dame (Vanessa cardui) que vous connaissez sans doute, car il a fait les manchettes en septembre dernier, étant aperçu en vastes hardes un peu partout au Québec.

Le Vulcain se reconnait facilement par ses ailes sombres flanquées d’une bande orangée surmontée de taches blanches. Son nom scientifique, Vanessa atalanta, référerait à une héroïne grecque « Atalanta » ou « Atalante » qui, selon la légende, était une coureuse fort rapide. Le Vulcain aurait vraisemblablement hérité de ce nom à cause de son vol, reconnu pour être rapide.

Le cliché gagnant a été effectué à l’intérieur d’une demeure. Trois papillons de cette espèce y ont été retrouvés par surprise! Quelques recherches effectuées par les propriétaires des lieux leur ont permis de résoudre le mystère : les restes de chrysalides et d’exuvies de chenilles furent découverts au sous-sol. Des chenilles avaient été introduites à l’intérieur de la maison par le biais de plants d’orties, qui y avaient été amenés pour sécher. À cet effet, Sylvie me transmit gracieusement quelques photographies supplémentaires appuyant ces observations. Elles complètent la présente chronique.

La livrée de la chenille du Vulcain est variable. Selon Wagner (2005), certains individus sont plus pâles (couleur blanchâtre à jaune verdâtre), alors que d’autres arborent une robe nettement plus sombre. Les individus croqués sur le vif par notre gagnante représentent des spécimens foncés, également caractérisés par la présence de lignes blanchâtres parcourant les flancs. De plus, les chenilles sont munies de poils et d’épines acérés, s’élevant d’une protubérance orangée, ce qui leur donne une apparence très piquante! Qui osera y mettre les doigts?

Sans grande surprise, les chenilles se délectent de plantes appartenant à la famille Urticaceae, dont – eh oui – les orties! Elles se tissent un nid douillet dans le repli des feuilles, comme en témoigne une des photographies qui agrémentent la présente chronique.

Vulcain que j’avais pris en photo il y a quelques années

Vulcain que j’avais pris en photo il y a quelques années

Les adultes, quant à eux, sirotent le nectar de multiples espèces de fleurs; ils s’alimentent également de fruits et de détritus en décomposition. Comme ce sont de bons butineurs, il est facile de les voir dans nos jardins, particulièrement lors des mois de mi-mai à juillet (première génération) ou encore de mi-juillet à mi-septembre (deuxième génération). Les Vulcains aiment aussi se prélasser au soleil sur tout support situé au ras du sol (roche, tronc d’arbre, etc.), où l’on peut prendre le temps de les observer. C’est ainsi que j’avais pris quelques clichés de ce sympathique papillon, m’approchant peu à peu du sujet. Le Vulcain, pas trop nerveux, se laisse d’ailleurs approcher pour être admiré. La photographie de Sylvie en est un bel exemple! Bravo à notre première gagnante!

 

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Species Vanessa atalanta – Red Admiral – Hodges#4437. http://bugguide.net/node/view/448
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Espace pour la vie. Vulcain. http://espacepourlavie.ca/insectes-arthropodes/vulcain
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.

Élégant et commun, le papillon tigré!

Chaque année, quand l’été revient, j’ai tellement de sujets possibles sur lesquels rédiger mes chroniques que je ne sais plus où donner de la tête. Au courant des deux dernières semaines, j’ai pu observer un très grand nombre de papillons dans ma cour et dans mon quartier, à Québec, qui appartenaient tous à la même espèce. Je m’étais faite à l’idée qu’il s’agirait d’un bon sujet… idée qui fut cristallisée pas plus tard qu’hier, lors d’une promenade en kayak dans le secteur du Marais du Nord. La quantité de ces papillons voletant le long de la rivière que nous avions empruntée était en effet si grande qu’on les comptait par dizaines.

De qui s’agit-il? Je vous présente notre insecte-vedette : le très joli papillon tigré du Canada (Papilio canadensis)!

Papillon tigré du Canada qui butine dans mes lilas

Papillon tigré du Canada qui butine dans mes lilas

Même individu, autre prise de vue

Même individu, autre prise de vue

Ce sympathique et flamboyant lépidoptère de la famille Nymphalidae arbore une robe à dominance jaune rayée de noir. Il mesure, selon les sources, de 5,3 à 9 cm d’envergure et a un vol qualifié par Handfield (2011) de lent et élégant. À cause de ces attributs, mais aussi parce qu’il aime bien se délecter du nectar de fleurs communes, incluant les lilas, épervières, trèfles et marguerites, il est fréquemment observé. Dans le Québec méridional, il s’agit d’un papillon très commun.

Selon Leboeuf et Le Tirant (2012), la seule espèce semblable avec laquelle on pourrait confondre le papillon tigré du Canada est le Machaon de la baie d’Hudson. Ce dernier porte également fièrement le jaune et le noir. Toutefois, ses ailes sont plus trapues, ses queues plus courtes et son aire de répartition est située nettement plus au nord et à l’ouest que celle de P. canadensis. Ainsi, si vous observez un grand papillon diurne jaune et noir à la hauteur du Québec méridional, il s’agit fort probablement d’un papillon tigré du Canada. Néanmoins, prudence est de mise : selon Handfield (2011), Papilio glaucus, un très proche parent américain dont les caractéristiques sont très similaires, pourrait s’observer au sud du Québec. Sa présence pourrait se faire de plus en plus sentir dans les années à venir, en particulier si le climat de nos latitudes se réchauffe.

Second spécimen – on voit une encoche dans son aile droite

Second spécimen – on voit une encoche dans son aile droite

Vue ventrale

Face ventrale des ailes

Miam miam, des excréments de canard!

Miam miam, des excréments de canard!

Les chenilles sont également remarquables. Le thorax bombé des chenilles matures est muni de deux ocelles qui imitent à merveille les yeux d’un prédateur – probablement ceux d’une couleuvre (voir cette photographie tirée de Bug Guide). Elles possèdent aussi un organe nommé osmeterium qui est situé derrière la tête. Si elles se sentent menacées, elles gonflent cet organe orangé en forme de fourche qui dégage une odeur nauséabonde. Une photographie de la chenille du papillon du céleri, un proche parent appartenant aussi au genre Papilio, exhibant cet organe, avait d’ailleurs été soumise dans un précédent concours amical de photographie DocBébitte (voir cette photographie de Sylvie Benoit).

Les chenilles immatures, de leur côté, ressemblent plutôt à une déjection d’oiseau : elles sont brunes et blanches. En revanche, lors du dernier stade larvaire, tout juste avant la métamorphose en chrysalide, la chenille prend une teinte brun beige ou brun rosé. La chrysalide qui sera formée, quant à elle, s’attachera solidement à une tige ou à une branche. Elle traversera les rigueurs de l’hiver sous cette forme, avant d’en émerger au printemps suivant.

Il est à noter que les plantes-hôtes privilégiées par les chenilles sont le peuplier faux-tremble, ainsi que le bouleau blanc. Peu difficiles, nos larves peuvent également coloniser une myriade d’arbres et d’arbustes tels que les frênes, lilas, autres peupliers et bouleaux, sorbiers et j’en passe! De façon similaire, l’adulte se rencontre dans une vaste palette d’habitats : boisés clairsemés, abords de lacs et de rivières, tourbières, jardins et boisés urbains.

Je vous mentionnais plus tôt que le papillon tigré du Canada se nourrit de nectar. Ce n’est pas tout. Cet insecte ne daigne pas les cadavres d’animaux ou encore le fumier, d’où il tire de précieux nutriments. Ma plus récente observation – qui date d’hier – portait justement sur un individu confortablement installé sur un excrément de canard (voir photographie à l’appui). Quelques instants plus tard, ils étaient deux à se disputer le butin – ce que je ne pus malheureusement capturer à l’aide de mon appareil photo. De façon similaire, il semble commun de voir des attroupements de ce papillon autour de mares boueuses le long des chemins de terre, souvent à la recherche de minéraux.

Au Québec méridional, on peut observer notre arthropode en activité entre la fin mai et la fin juillet (voire jusqu’à la mi-août selon certaines sources). Pour ma part, ici à Québec, j’ai surtout observé de forts pics d’abondance au courant des dernières années vers la fin du mois de juin, en particulier dans les environs de la fête de la Saint-Jean-Baptiste. Comme nous sommes en plein à cette période de l’année, gardez l’œil ouvert pour cette bête peu discrète!

Pour terminer, une petite pensée pour les philatélistes parmi vous (dont ma maman!) : notre jolie créature a fait l’objet d’un timbre émis par Poste Canada le 4 juillet 1988. Photogénique comme elle est, cela n’est pas surprenant, n’est-ce pas?

 

Vidéo 1. Papillon tigré du Canada qui butine les fleurs d’un de mes lilas.

 

Pour en savoir plus

Une sympathique chenille, livrée pour vous!

Cette année, bon nombre d’entomologistes amateurs ont eu la chance d’observer de jolies chenilles bleues et poilues qui arpentaient – voire dévoraient – les arbres et arbustes croissant près de leurs demeures. Sur le site Facebook Photos d’insectes du Québec, plusieurs photographes ont effectivement fait part de clichés comprenant de tels insectes. Ces chenilles s’avéraient être, pour la plupart, des livrées des forêts (Malacosoma disstria). Il s’agit de notre insecte-mystère de la devinette de la semaine dernière.

M. disstria Chenille 1

Cette belle chenille bleue est une livrée des forêts

Je fis quelques observations moi-même au courant du mois de juin : la première fois dans un parc urbain à proximité du travail et les fois subséquentes dans ma propre cour, qui est bordée par une forêt. Je fus d’abord surprise de tomber sur des dizaines de spécimens dans un parc près du Complexe-G, où je travaille, et qui se situe en pleine ville de Québec! Non seulement de nombreuses chenilles étaient visibles, mais je pus également photographier des mues desdites chenilles présentes en amas sur plusieurs arbres. J’en récoltai quelques-unes que je pris ensuite le temps d’examiner sous la loupe de mon stéréomicroscope. Des photographies jointes à la présente chronique vous permettront d’apprécier ces dernières.

M. disstria Chenille 2

Livrée des forêts au milieu d’un amas de mues et de soie

M. disstria Chenille 3

Autre angle sur les exuvies multiples

M. disstria_peaux 2

Exuvies dans l’œil de mon stéréomicroscope!

Ces chenilles sont grégaires pendant les premiers stades de leur vie, expliquant pourquoi je trouvai des exuvies amassées en aussi grand nombre. Cela suggère qu’elles ont mué à proximité les unes des autres avant de se disperser. Malgré leur nom anglais « Forest tent caterpillars », les livrées des forêts ne construisent pas de toiles en forme de tente pour s’y regrouper. Néanmoins, j’appris en consultant des documents aux fins de la présente chronique qu’elles tissent un nid de soie – un peu à l’instar d’un matelas moelleux – où elles s’attroupent, en particulier lorsque vient le temps de muer. Elles s’y éloignent pour s’alimenter. Fait intéressant, ce lieu de rencontre serait imprégné de phéromones, facilitant le retour des chenilles vers celui-ci une fois qu’elles sont repues.

Une autre espèce de Lasiocampidae, Malacosoma americana (Livrée d’Amérique), elle aussi fort commune, est très connue pour sa propension à fabriquer des tentes. Ce serait d’ailleurs cette dernière qui serait à l’origine des nombreuses toiles que l’on peut voir défiler le long des routes au début de l’été. Elle arbore des teintes bleutées faisant en sorte qu’on peut la confondre avec la livrée des forêts. Toutefois, sa robe possède généralement des teintes plus orangées ou plus sombres (voir cet exemple). Les motifs parcourant la face dorsale de son abdomen sont également différents : ils forment une fine ligne blanche qui traverse, de façon ininterrompue, tout le centre du dos. En revanche, les motifs blancs sur le dos de la livrée des forêts s’apparentent à des « traces de pas » selon Marshall (2009). Si vous regardez attentivement, vous pourriez même y déceler un animal – fait qui a été souligné par Yves Dubuc sur le site Facebook Lesinsectes Duquebec. En effet, n’y voyez-vous pas… des pingouins?

La livrée des forêts ne fait pas la fine bouche et avale les feuilles d’un bon nombre d’arbres et d’arbustes : peupliers faux-tremble (serait son essence préférée), érables à sucre, saules, chênes, aulnes, autres espèces de peupliers, bouleaux, amélanchiers, etc. Ce lépidoptère peut s’avérer être un ravageur important et est par conséquent considéré comme une peste en période de forte abondance. Des épidémies de livrées des forêts ont d’ailleurs été recensées au Québec dans le passé. En particulier, Handfield (2011) relate une épidémie ayant eu lieu en Abitibi qui fut si intense que les routes se retrouvèrent couvertes de milliers de chenilles. Ces dernières, une fois écrasées par les voitures, rendirent les routes glissantes à un point tel qu’elles engendrèrent de nombreuses sorties de route!

M. disstria Chenille Close-up

Pingouins ou traces de pas?

M. disstria Chenille 4

Vue latérale – qui de la chenille ou de la personne qui la tient est la plus poilue?

M. disstria adulte

Fort probablement un adulte de la livrée des forêts

Les habitats privilégiés par cette espèce sont variés. Malgré son nom, la livrée des forêts se rencontre non seulement en forêt, mais aussi partout où ses plantes-hôtes croissent. Cela inclut les boisés urbains, ainsi que les parcs flanqués de quelques arbres ornementaux comme j’ai pu le constater près de mon lieu de travail.

La livrée des forêts se transforme en joli papillon de nuit brun de taille moyenne (25-45 millimètres d’envergure), dont l’abdomen est passablement poilu. C’est lors d’une chasse de nuit réalisée pendant le dernier congrès de l’AEAQ (Association des entomologistes amateurs du Québec) en juillet 2016 que j’observai plusieurs individus. Lors de la préparation de la présente chronique, je lus dans Handfield (2011) que l’adulte d’une autre espèce, la livrée du Nord (M. californica), peut être confondue avec la livrée des forêts. En effet, certaines formes des deux espèces se ressemblent à un point tel qu’il faudrait, selon Handfield, les disséquer afin de confirmer l’identité hors de tout doute. Toutefois, M. californica semble très rare au Québec, ce qui nous laisse croire que les individus aperçus en grand nombre étaient des livrées des forêts.

Les adultes sont attirés par les lumières, faisant en sorte qu’il est possible de les observer lors de chasses nocturnes (pour les entomologistes!) ou à proximité de nos demeures. Au printemps, ce sont d’abord les mâles qui sont rencontrés. Ces derniers s’affairent à dénicher une femelle – souvent encore dans son cocon. Les sources consultées suggèrent qu’elles émettraient déjà, à ce stade, des phéromones. Ainsi, les femelles s’assurent d’avoir un mâle à portée de main dès qu’elles émergent de leur cocon!

Une fois fécondées, les femelles pondent leurs œufs – jusqu’à 300 – en amas qu’elles recouvrent d’une matière visqueuse qui les protégera de la sécheresse et du froid. En effet, ces œufs devront survivre au froid hivernal avant d’éclore au retour du temps plus chaud. Les hivers très froids peuvent donc réduire les populations de livrées des forêts, alors que les hivers plus cléments pourraient favoriser de fortes abondances.

Selon le taux de survie, ce sont quelques dizaines à quelques centaines de petites chenilles qui verront le jour le printemps venu. Ces toutes petites larves ne tarderont pas à devenir les jolies chenilles bleues et poilues dont nous sommes plusieurs à avoir fait connaissance cette année!

 

Vidéo 1. Cette jolie chenille bleue et poilue est une livrée des forêts.

 

Vidéo 2. Livrée des forêts trouvée dans ma cour. Je l’ai amenée dans mon bureau afin de l’observer quelques instants sous mon microscope Celestron InfiniView. Elle fut remise en liberté sans heurts!

 

Pour en savoir plus

  • Beadle, D. et S. Leckie. 2012. Peterson field guide to moths of Northeastern North America. 611 p.
  • Bug Guide. Species Malacosoma disstria – Forest Tent Caterpillar Moth. http://bugguide.net/node/view/560
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.
  • Wikipedia. Forest tent caterpillar moth. https://en.wikipedia.org/wiki/Forest_tent_caterpillar_moth

Un beau gros papillon

Au début du mois de juin, je partageais avec vous sur la page Facebook DocBébitte quelques photographies d’une saturnie cécropia qui venait tout juste d’émerger d’un cocon que j’avais en ma possession. Chose promise, chose due, j’en suis maintenant à vous raconter l’histoire derrière le fort beau et gros lépidoptère présenté sur ces clichés.

Cécropia 1

Une surprise m’attendait à mon retour du boulot le 2 juin dernier

Cécropia 2

Un aquarium vide et quelques éléments de plus suffisent pour former un habitat d’émergence

Cécropia 3

Ce papillon est docile et s’est laissé manipuler abondamment

L’histoire commence au Salon des insectes de Montréal le 31 octobre dernier, où je me fis offrir un cocon de saturnie cécropia (Hyalophora cecropia) par M. Dave Clermont de la ferme Gaïa Nature, accompagné d’une fiche « FAQ sur les trousses d’émergences – Saturniidaes ». C’était la première fois que j’avais l’occasion « d’élever » – en toute petite partie, certes – un papillon. Le cocon en main, il ne me restait plus qu’à entreposer ce dernier au froid, dans ma remise, et d’attendre que le printemps revienne pour pouvoir assister à la « naissance » du papillon en question.

Je mis le cocon dans un pot Masson, lui-même disposé dans une poubelle en métal où je garde les graines d’oiseaux, étant donné que ma remise est assiégée l’hiver par des souris. Mignonnes… mais dévastatrices! À ce qu’il paraît, mon cocon aurait pu servir de repas à ces dernières s’il n’avait pas été protégé.

Le cocon des saturnies cécropia est de couleur brunâtre et il se camoufle bien avec la végétation hivernale (branches et brindilles). D’ailleurs, il est habituellement bien fixé aux branches d’une plante-hôte. Ceci est visible sur la photographie du cocon que j’ai prise (galerie photo et vidéo ci-dessous). Pour ce qui est du contenu du cocon, il est surprenant… Outre l’exosquelette de la chrysalide que le papillon a laissé derrière lui, on retrouve aussi sa vieille peau de chenille. Celle-ci est écrasée en un petit disque, un peu à l’instar d’une pièce de vêtement qu’on aurait laissé s’échouer par terre après l’avoir enlevée. C’est en fait ce qui s’est passé : la vieille peau a été délaissée!

Une fois le printemps venu, je m’affairai à préparer une petite volière dans laquelle mon papillon allait pouvoir émerger. Suivant quelques recommandations de collègues entomologistes, je préparai la petite habitation de mon futur colocataire. Essentiellement, il me fallait attacher le cocon afin de permettre au papillon de s’accrocher et de se faire sécher les ailes convenablement, recouvrir le fond de l’habitat avec du papier journal, puis m’assurer que le papillon était en mesure de remonter vers le haut de la « cage » s’il tombait au fond de cette dernière – ce que je fis en insérant trois branches allant du fond de l’abri jusqu’au grillage qui lui servait de couvercle. Le papier journal, quant à lui, servait à recevoir les fluides éjectés par le papillon après son émergence. Ceux-ci se nomment le « méconium ». Selon Gaïa Nature, il s’agit du liquide résiduel de la transformation complexe du papillon alors qu’il est dans sa chrysalide. Une fois émergé, donc, le papillon éjecte de son arrière-train ce liquide en surplus.

Deux semaines et demie se sont écoulées entre le moment où je sortis le cocon de la remise et celui où le papillon fit son apparition. C’est le jeudi 2 juin que j’eus le loisir de constater, une fois de retour du travail, que j’avais un beau papillon tout neuf à la maison! Ce dernier se faisait sécher les ailes; on peut d’ailleurs voir sur la première vidéo ci-dessous une gouttelette rougeâtre perler sur ses ailes encore un peu fripées. Afin d’éviter de l’abîmer, j’attendis au lendemain avant de le manipuler. C’est le surlendemain, un samedi de congé, que je pus me charger de relâcher l’individu à la brunante. Je pus ainsi voir « mon » cécropia prendre son envol et disparaître derrière le boisé qui borde ma cour.

Cécropia 4

La saturnie cécropia est de bonne taille

Cécropia 5

Antennes plumeuses et absence de rostre sont ici visibles

Cécropia mue chenille

La vieille « peau » de la chenille était présente dans le cocon

Selon Gaïa Nature, les papillons Saturniidae ont une durée de vie moyenne de deux à trois semaines. Je peux donc espérer que ma saturnie cécropia aura eu le temps de se trouver une femelle à proximité afin de compléter son cycle de vie! Fait intéressant, les individus appartenant à cette famille ne se nourrissent pas après s’être métamorphosés. Ils utilisent plutôt les réserves qu’ils se sont constituées alors qu’ils étaient encore des chenilles. On voit d’ailleurs sur les photographies que le papillon ne possède pas de rostre – l’appendice qui ressemble à une trompe – comme c’est le cas chez les autres groupes de lépidoptères.

L’individu que j’ai eu le plaisir de voir évoluer était un mâle. On le reconnaît sur les photographies par ses grandes antennes plumeuses. La femelle possède également des antennes plumeuses, mais ces dernières sont de moins grande envergure. Les larges antennes des mâles leur servent à capter les phéromones émises par les femelles. Ces dernières « appellent » typiquement les mâles entre 3h30 et 5h du matin. C’est qu’elles sont matinales, ces dames! Aussi, les mâles parviennent à capter ces signaux d’une distance allant d’un demi à un kilomètre à la ronde. Quel flair!

La chenille de la saturnie cécropia ne fait pas la fine bouche et se nourrit d’une vaste palette d’arbustes et d’arbres décidus : érable, bouleau, tremble, chêne, saule, frêne, peuplier, amélanchier, arbres à fruits divers, etc.! Elle est spectaculaire : faisant de 8 à 10 cm de longueur, elle est munie de protubérances colorées ornées de petites épines noires (voir ces photos sur LesinsectesduQuébec.com). Elle marie à merveille le vert, le bleu, le jaune et l’orange.

Ce n’est pas une surprise si la chenille devient aussi grosse : elle se fait précurseure du plus gros papillon retrouvé en Amérique du Nord! Avec son envergure maximale de 15,2 centimètres, notre saturnie cécropia écrase effectivement toute compétition. Bien sûr, quelques collègues Saturniidae s’en approchent, comme le Polyphème d’Amérique (jusqu’à 15 cm selon Beadle et Leckie 2012). Il n’en demeure pas moins que notre sympathique cécropia sait se faire remarquer!

Selon les sources consultées, beaucoup de chenilles et de chrysalides sont parasitées et ne se rendent pas au stade adulte. Selon Wagner (2005), c’est en particulier une mouche de la famille Tachinidae (Compsilura concinnata), initialement introduite pour contrôler la spongieuse (Lymantria dispar – voir cette chronique), qui fait beaucoup de dommages. Ce dernier relate un taux de parasitisme de 82% dans une étude conduite dans une forêt du Massachusetts. Toujours selon ce dernier, les cécropias seraient en déclin pour cette raison.

Malgré cette tache plus sombre au tableau, notre insecte-vedette serait encore un papillon relativement commun, quoique généralement observé en faible nombre à la fois. Il ne craint pas les milieux urbains ou pollués et peut, par conséquent, être observé tant en pleine ville que dans des secteurs boisés, voire forestiers. De même, il peut être attiré par les lumières de nos chaumières le soir venu. Il ne vous reste donc plus qu’à ouvrir l’œil pour voir passer ce plus gros de nos papillons!

 

Galerie photo et vidéos

Vidéo 1. Saturnie cécropia fraîchement émergée de son cocon.

Vidéo 2. Même individu dans ma main.

Vidéo 3. Dernière vidéo une fois dehors, avant l’envol.

Cécropia 7

Vue faciale

Cécropia 8

Dernière photographie prise à l’extérieur, avant l’envol!

Cocon Cécropia 1

Cocon

Cocon Cécropia 2

De gauche à droite : cocon, mue de la chenille et chrysalide

Pour en savoir plus

La vie de mon jardin – Partie 2 : les ennemis

Hanneton adulte

Sympathique coléoptère… mais la larve est sans pitié pour nos pelouses!

Hanneton larve stigmates

Larve de hanneton – le fameux « Ver blanc »

Scarabée japonais

Scarabée japonais à l’œuvre dans un framboisier

Vous venez de nettoyer vos plates-bandes ou encore vous vous apprêtez à faire votre jardin, comme à chaque année? Et bien, sachez qu’il y a une foule d’invertébrés qui ont aussi hâte que vous d’avoir à portée de pattes une belle gamme de fleurs, de plantes ornementales et de légumes frais!

Heureusement, vous avez des alliés pour vous aider à réguler les populations d’invertébrés affamés, ce dont j’ai parlé dans la dernière chronique… Néanmoins, les invertébrés phytophages usent de toutes sortes de tactiques pour pouvoir mettre la dent sur une belle pièce de laitue et sont par conséquent nettement moins appréciés des jardiniers! Dans le cadre de la rédaction de la présente chronique, je me suis inspirée du livre « Solutions écologiques en horticulture » pour identifier quelques ravageurs dont je voulais vous brosser un portrait plus détaillé. J’avais certes déjà quelques idées en tête, mais je n’avais pas réalisé à quel point il y a une multitude d’invertébrés susceptibles de croquer nos belles plantes. Notez donc que les quelques cas cités ci-dessous sont loin d’être exhaustifs et que je vous recommande, comme la semaine dernière, de vous référer aux sources citées à la section « Pour en savoir plus » si vous voulez davantage d’information.

Ce printemps, comme chaque année, j’ai trouvé bon nombre de hannetons adultes cachés sous la litière de feuilles. Bien qu’il s’agisse de gros coléoptères fort sympathiques en apparence, leurs larves sont à l’origine d’importants dommages. Vous connaissez probablement déjà ces dernières, que l’on appelle communément « vers blancs ». Ces larves qui vivent sous terre tendent à ronger les racines des plantes et, en particulier, de la pelouse. Cette dernière finit par dépérir et jaunir, au grand dam de tous ceux qui désirent préserver une pelouse verte et parfaite. Le hanneton n’est pas le seul scarabée retrouvé au Québec qui fasse l’objet de haine de la part des jardiniers! Plus dommageable encore est le scarabée japonais, une espèce exotique envahissante que l’on peut retrouver en très grand nombre dans le sud du Québec. Les larves se nourrissent des racines de graminées, de plantes potagères et de légumineuses, alors que les adultes transforment en gruyère suisse les feuilles de plusieurs herbacées, arbres et arbustes dont les framboisiers sur lesquels ils sont souvent aperçus. Une façon écologique de combattre ces deux coléoptères est l’utilisation de nématodes dits entomopathogènes qui contrôlent les populations de larves. Je relate également d’autres trucs dans deux précédentes chroniques sur les hannetons et les scarabées japonais, respectivement.

Criocère du lis

Beau coléoptère d’un rouge vif… mais mauvais pour les lis!

Piéride du chou_Chenille

Chenille de la piéride du chou

Piéride du chou_Adulte

Adulte de la piéride du chou

Plusieurs autres coléoptères s’attaquent à nos végétaux et se nourrissent en particulier des parties aériennes. Par exemple, le criocère du lis constitue un très joli coléoptère rouge et noir qui, comme son nom l’indique, effectue une grande portion de son cycle de vie sur les lis. À la fois les larves et les adultes se nourrissent des feuilles, des fleurs et des graines des lis et autres plantes de cette famille. Les larves optent pour une stratégie intrigante servant à se protéger des prédateurs : elles forment, tout autour de leur corps, un abri de mucus et d’excréments qu’elles traînent en permanence, peu importe où elles se rendent. Cet abri, d’une couleur plutôt noirâtre, est assez facile à détecter sur ou sous les feuilles des lis. À l’intérieur se cache une larve de couleur orangée (voir cette photo tirée de Bug Guide). Le contrôle de ces ravageurs s’effectue en collectant les insectes à la main et en vaporisant les plants touchés (et les larves en particulier) avec une préparation de pyréthrine. Le plus facile demeure d’éviter de planter des lis en grande quantité et de se tourner vers d’autres plantes semblables qui ne sont pas attaquées. Je pense aux hémérocalles qui sont d’ailleurs très jolies et nécessitent peu – voire pas du tout – d’entretien. Hodgson (2006), quant à lui, propose une solution assez radicale dans Les 1500 trucs du jardinier paresseux que je cite : « Un seul traitement logique : arrachez vos lis! ».

L’ordre des lépidoptères est un autre groupe d’insectes qui comprend de nombreux individus susceptibles de s’en prendre à nos plantes bien-aimées. Les chenilles sont de vraies gloutonnes et peuvent engloutir une biomasse de végétaux impressionnante. Leur seul objectif : croître le plus vite possible… et donc manger le plus possible! Saviez-vous à cet effet que certaines espèces de chenilles peuvent multiplier leur taille jusqu’à 3000 fois en quelques semaines? La piéride du chou est sans contredit un des papillons les plus communs. Petite, je voyais souvent voleter dans la cour familiale ce joli papillon blanc ou légèrement jaunâtre, ponctué de quelques taches ou zones noires. D’ailleurs, en écrivant la présente chronique confortablement assise à l’extérieur en cette fin du mois de mai, je ne cesse de voir passer des membres de cette espèce. Les plantes hôtes de la piéride du chou incluent une vaste gamme de plantes alimentaires, ornementales, naturalisées ou indigènes de la famille des crucifères. Cela inclut par exemple le chou, le navet et le brocoli. Les chenilles de couleur verte se fondent à merveille aux plants favoris… Parlez-en à mon père qui a fait une aversion au brocoli après avoir réalisé que les pousses fraîchement cueillies du jardin qu’il mangeait étaient truffées de ces petites chenilles (après en avoir mangé, bien sûr)! Une bonne source de protéine, quoi!

D’autres chenilles, plus grosses et flamboyantes, risquent moins de se faire croquer en même temps que les plants cultivés. Elles font tout de même des dommages et ne sont pas toujours appréciées des jardiniers. C’est le cas de la chenille du papillon du céleri (Papilio polyxenes) dont un joli spécimen a été pris en photo l’été dernier par ma tante – qui a tout un jardin dans sa cour, il faut le dire! Ce lépidoptère a notamment un faible pour le céleri, les carottes et le fenouil. Attention à votre jardin! Heureusement, vous pouvez compter sur plusieurs prédateurs invertébrés (comme mentionné la semaine passée), mais aussi vertébrés pour vous aider à réguler les populations de chenilles de vos plates-bandes. Entre autres, les oiseaux et les crapauds vont se faire un grand plaisir à dévorer une grosse chenille bien juteuse. N’hésitez pas à les attirer!

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Cette jolie chenille du papillon du céleri fait des ravages dans les potagers!

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Grégaires, les pucerons s’attaquent en masse à nos végétaux

Escargot proche

Sympathiques escargots… mais qui trouent nos salades!

Autre insecte phytophage qui ne nécessite pas de présentation : les pucerons! Ces tout petits hémiptères sucent la sève de divers végétaux à l’aide de leur rostre et, par le même fait, conduisent à leur dépérissement. Lorsqu’ils trouvent un plant digne d’un dîner, les pucerons s’agglomèrent par centaines pour partager le goûter, ce qui est d’autant plus nuisible à la plante en question. Il arrive que ces colonies soient protégées par des fourmis qui sont attirées par le miellat, un liquide sucré sécrété par les pucerons (voir cet article). Encore une fois, il n’est pas facile de se débarrasser de ces insectes lorsqu’ils s’attaquent à nos végétaux en aussi grand nombre, mais vous pouvez trouver plusieurs conseils dans les livres d’horticulture ou sur Internet en matière de contrôle. En outre, des concoctions à base de savons doux ou de vinaigre semblent être des solutions couramment suggérées. Par ailleurs, plusieurs prédateurs vous aideront dans le contrôle des pucerons, notamment les larves et les adultes coccinelles.

Finalement, les limaces et les escargots, bien qu’ayant l’air lents et inoffensifs, peuvent également faire des ravages dans vos plates-bandes! Ce sont des brouteurs par excellence qui chiquent sans problème les jolies feuilles de nos plantes ornementales. Je mentionnais dans cette précédente chronique que j’en retrouve passablement sur mes hostas, mais aussi dans mon compost (les limaces en particulier). Dans mon cas, j’ai beaucoup d’hostas et d’herbacées variées dans mes plates-bandes, ce qui dilue l’effet des escargots et des limaces. Les « trous », bien qu’assez nombreux, sont répartis entre bon nombre de spécimens. Fait intéressant, Hodgson (2006) indique que les escargots retrouvés à nos latitudes seraient davantage bénéfiques que nuisibles. Ces derniers préféreraient en effet les végétaux jaunis ou en décomposition plutôt que le feuillage vert. Néanmoins, si les escargots et les limaces demeurent un problème dans votre cour, sachez que plusieurs prédateurs vous aideront à contrôler leurs populations : carabes, oiseaux, crapauds, couleuvres et j’en passe! De plus, Smeesters et al. (2005) suggèrent notamment de mettre du paillis dans vos plates-bandes et d’y installer quelques roches plus grosses. Le paillis ralentira, voire découragera, la progression des escargots et des limaces. Les individus qui préfèrent la matière en décomposition risquent même de s’arrêter au paillis pour s’y nourrir et ne s’attaqueront pas aux plantes saines. Enfin, les roches offriront une bonne cachette aux prédateurs qui se chargeront du reste du travail.

Bien sûr, je n’ai brossé qu’un portrait très succinct de la vaste diversité d’invertébrés prêts à dévorer vos plantes et vos salades… Ils sont très nombreux à attendre avec hâte que vous fassiez votre jardin! Profitez de leur retour pour les photographier et apprendre à les identifier afin de distinguer les invertébrés bénéfiques de ceux qui posent une réelle menace. Au plaisir de faire la découverte d’autres ennemis ou alliés du jardinier au cours de cette nouvelle saison qui s’amorce enfin!

 

Pour en savoir plus

  • Brisson, J.D. et al. 1992. Les insectes prédateurs : des alliés dans nos jardins. Fleurs Plantes et Jardins : Collection no. 1. 44 p.
  • Bug Guide. Species Lilioceris lilii – Lily Leaf Beetle. http://bugguide.net/node/view/20177
  • DocBébitte. Avoir une faim de… chenille! http://www.docbebitte.com/2013/02/18/avoir-une-faim-de-chenille/
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Hardy, M. 2014. Guide d’identification des Scarabées du Québec (Coleoptera: Scarabaeoidae). Entomofaune du Québec (EQ) inc., Saguenay. 166 pages.
  • Hodgson, L. 2006. Les 1 500 trucs du jardinier paresseux. 704 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Smeesters, E. et al. 2005. Solutions écologiques en horticulture. 198 p.