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De l’aide pour la lutte aux scarabées japonais?

À la mi-juillet, un des lecteurs DocBébitte – et collègue entomologiste – m’écrivait afin de me parler d’un parasitoïde de plus en plus répandu au Québec qui pourrait nous donner un souffle nouveau dans la lutte aux gourmands et abondants scarabées japonais. Ce lecteur me transmettait, dans le même message, un hyperlien vers un site qui décrivait davantage la situation (Les vivaces de l’Isle; voir section Pour en savoir plus).

Peu après la réception de ce commentaire, j’eus la chance d’observer moi-même deux scarabées parasités, dont un qui semblait mort. Je pus prendre des clichés et vidéos de ce dernier, qui semblait complètement figé sur place. À la suite de ces observations, j’effectuai quelques recherches supplémentaires et je souhaitais aujourd’hui vous partager mes trouvailles.

Scarabée japonais parasité

Scarabée japonais parasité

Tout d’abord, les traces du parasitoïde en question sont facilement visibles : elles consistent en un ou plusieurs œufs blancs pondus sur le thorax des scarabées, soit la partie verdâtre située tout juste derrière leur tête. Ces œufs sont celle d’une mouche – Istocheta aldrichi – qui origine elle aussi du Japon.

La larve qui émerge de l’œuf pénètre dans le scarabée et se nourrit de ses tissus internes. Le scarabée s’en retrouve rapidement paralysé. Ensuite, la larve bien nourrie forme une pupe et passe l’hiver sous cette forme, à l’abri, dans la carcasse vidée du scarabée. La carcasse immobile que je pus observer constituait sans doute de tels restes. Ce qui me surprit, cependant, c’est que le scarabée était bien fixé à la feuille et demeurait ainsi très visible. Un prédateur (oiseau?), aurait-il pu avaler le tout – scarabée et parasitoïde inclus? À ce que j’ai pu en lire, les scarabées infestés auraient plutôt tendance à s’enfouir. Avez-vous fait des observations qui diffèrent de ces dires, comme ce qui semble être mon cas?

Fait intéressant, les femelles sont davantage infestées que les mâles. Notre mouche profiterait en effet de la plus grande immobilité des femelles en période d’accouplement pour y pondre ses œufs. Et cela est d’autant plus intéressant – du point de vue de la lutte biologique –, car les femelles parasitées mourraient avant d’être en mesure de pondre leur précieuse cargaison (40 à 60) d’œufs. Cela étant dit, les mouches sont susceptibles de pondre jusqu’à une centaine d’œufs sur une période d’un mois. C’est que ça en fait beaucoup de scarabées potentiellement parasités!

Le coléoptère parasité était agglutiné à la feuille, immobile

Le coléoptère parasité était agglutiné à la feuille, immobile

L’œuf du parasitoïde vu de plus près

L’œuf du parasitoïde vu de plus près

Notre diptère allié a été introduit au New Jersey en 1922, pour des raisons de lutte biologique… justement contre le scarabée japonais qui y faisait ravage depuis 1912. Il est demeuré cependant très discret… trop sans doute pour ceux qui espéraient voir cette espèce décimer les populations de scarabées japonais. Les cas de parasitisme n’auraient été réellement recensés que plusieurs décennies plus tard, dans les années 1970. En effet, au New Jersey, le climat engendrait un décalage entre la mouche et le scarabée, rendant peu efficace son introduction. Néanmoins, la mouche est parvenue à s’établir plus au nord et – de toute évidence – à y proliférer. Au Canada, les premières observations de I. aldrichi sont très récentes et datent de 2013 ou 2014 (varie selon les sources), en Ontario.

Vous pouvez voir une très belle photo de cette mouche sur le site Le Jardinier paresseux (voir section Pour en savoir plus). Elle ne fait que 5 mm de longueur. Malgré sa petite taille, gardez l’œil ouvert : elle peut être observée dans nos plates-bandes, puisqu’elle se nourrit de nectar.

Plus précisément, deux des sites consultés énumèrent quelques plantes que notre mouche parasitoïde affectionne. Elles incluent de multiples plantes typiques de nos plates-bandes et jardins comme les asters, les marguerites, les rudbeckies, l’origan et la coriandre. Je vous suggère de jeter un coup d’œil à ces sites (Les vivaces de l’Isle, Le Jardinier paresseux), qui pourraient vous donner des idées si vous souhaitez prendre des mesures encourageant la présence de cette mouche parasitoïde.

Dans la même veine, les experts recommandent d’éviter de tuer les scarabées qui sont parasités. En outre, il semble que les insecticides soient plus nocifs pour les mouches (que l’on veut voir se multiplier) que pour nos coléoptères ravageurs.

En tant qu’écologiste, je dois enfin me garder une petite réserve. Cette mouche, bien qu’utile dans la lutte aux scarabées japonais, pourrait-elle s’avérer nocive pour des insectes indigènes que l’on cherche à protéger? Souvent, lorsque l’on introduit une espèce exotique, on se retrouve avec des effets imprévus sur les organismes qui étaient déjà présents dans l’environnement… Espérons que la venue de cette mouche dans nos jardins sera uniquement synonyme de saine lutte biologique! Je garderai certainement un œil ouvert pour la suite des événements!

Pour votre information : Espace pour la vie a émis une publication sur sa page Facebook au mois de juin et invite les personnes qui observent des œufs sur le thorax des scarabées japonais à signaler leurs observations par le biais de son site Internet : https://monespace.espacepourlavie.ca/en/identify-insect

 

Vidéo 1. Scarabée japonais immobile (et sans doute mort) que j’ai filmé à la fin du mois de juillet 2018, en Montérégie.

 

Pour en savoir plus

Petites mouches, grosses piqûres!

Lors de la précédente publication DocBébitte, je vous présentais de mystérieux insectes munis de deux appendices plumeux faisant penser à des antennes paraboliques. Non, ce n’était pas une structure conçue pour obtenir un plus grand nombre de canaux télévisés! Il s’agissait plutôt de panaches de soies flanqués sur la tête de deux larves de Simuliidae – les fameuses mouches noires!

Petite, mais terrifiante! Avant et après mon don de sang!

Petite, mais terrifiante! Avant et après mon don de sang!

Les adultes Simuliidae sont sans contredit bien connus des humains, puisqu’ils s’en délectent. Comme chez les autres diptères piqueurs (notamment les maringouins), ce ne sont que les femelles qui piquent. Elles s’offrent un repas de sang riche en protéines avant de pondre leurs œufs dans un milieu aquatique adjacent. Ce sang favorise le sain développement des œufs. Ainsi, malgré qu’elles soient peu aimées à cause de leurs habitudes alimentaires, il s’agit de bonnes mères qui prennent tous les moyens nécessaires pour s’assurer que leurs rejetons ont les meilleures chances de survie!

Notez le rond rouge qui se forme déjà sur le site de la morsure

Notez le rond rouge qui se forme déjà sur le site de la morsure

Je réagis fortement aux piqûres des Simuliidae

Je réagis fortement aux piqûres des Simuliidae

Ce n’est pas un hasard si j’ai choisi de vous parler des simulies à ce moment-ci. Au mois de juillet, nous avons passé une semaine dans un chalet situé entre un lac et une rivière (j’en parlais ici). Le secteur était en outre très marécageux et les différents diptères piqueurs québécois y proliféraient en grand nombre : moustiques, simulies et Tabanidae (mouches à chevreuil et mouches à cheval). Il ne manquait (heureusement) que les brûlots (Ceratopogonidae).

Pendant ce séjour, je me suis constituée une vaste collection de piqûres de toutes sortes. J’ai également pris des photographies et une vidéo d’une simulie à l’œuvre, en train de me croquer! Ce que je notai, c’est que je réagissais nettement plus aux piqûres de ces simulies, les Tabanidae – pourtant beaucoup plus gros – venant en deuxième et les maringouins, en dernière position. La morsure des simulies produisait chez moi un petit point très rouge, lequel devenait rapidement entouré d’une zone enflée de la taille d’une pièce de 2 dollars. Le tout piquait pendant 2 à 3 jours, avec une sensation d’échauffement omniprésent pendant les premières 24 heures. L’application de deux différents produits « anti-démangeaison » n’apportait que très peu de soulagement.

Je savais que les gens réagissaient différemment aux piqûres de ces insectes depuis que j’en avais rencontré en vaste abondance en faisant du terrain lors de ma maîtrise et de mon doctorat. Je notai assez rapidement que mes collègues étaient nettement moins incommodés que moi par les piqûres – qui ne laissaient chez eux que peu ou pas d’irritation. Par ailleurs, j’avais aussi noté que les simulies étaient particulièrement attirées par moi; c’est dire que j’ai du bon sang! Trêve de plaisanteries, je serais curieuse de connaître votre perception à ce sujet : à quel type de diptère piqueur réagissez-vous le plus? Avez-vous déjà noté une différence?

Heureusement, nous sommes chanceux au Québec. Bien que désagréable, la morsure des simulies ne conduit pas à de graves conséquences… Bug Guide indique cependant qu’une victime d’attaques soutenues peut présenter, entre autres, des maux de tête et des nausées, ce que je ne savais pas!

En voyage en Islande, nous étions assaillis par les mouches noires (voir autour de ma tête)

En voyage en Islande, nous étions assaillis par les mouches noires (voir autour de ma tête)

Il n’en est pas de même partout dans le monde. En effet, les mouches noires sont d’importants vecteurs de maladies chez les humains et le bétail dans les pays tropicaux. Elles sont notamment responsables de la transmission du nématode Onchocerca volvulus qui est à l’origine d’une maladie appelée « cécité des rivières » (onchocercose). Entre vingt et quarante millions de personnes (selon les sources) sont présumées souffrir de cette affliction qui, comme son nom le suggère, cause notamment la cécité. Cela dit, ce ne sont pas toutes les espèces de simulies qui s’attaquent aux humains. Par exemple, certaines sont spécialisées dans les oiseaux, alors que d’autres ne se nourriraient simplement pas de sang. Cela pourrait expliquer une observation particulière que nous avions effectuée en voyage en Islande : lors d’une excursion, nous nous sommes retrouvés entourés d’une très grande quantité de mouches noires. Pourtant, bien qu’omniprésentes, elles ne semblaient simplement pas nous piquer. Peut-être étaient-elles attirées par notre chaleur et notre odeur… mais que nous ne constituions pas un mets de choix?

Vous avez sans doute remarqué qu’on retrouve les simulies près des milieux aquatiques. Ce qu’il faut savoir, c’est que les larves évoluent sous l’eau. Plus précisément, les larves de simulies abondent dans les cours d’eau où il y a une certaine circulation (milieux dits lotiques). Selon l’espèce, on peut les observer dans de petits cours d’eau frais et rapides, ou encore dans de plus grandes rivières où le courant est plus lent. Dans ces milieux, les larves parviennent à s’attacher au substrat à l’aide d’une ventouse disposée tout au bout de leur abdomen et entourée d’un cercle de petits crochets. Elles y ajoutent un peu de soie collante, qu’elles produisent à l’aide de leurs pièces buccales.

Larves de Simuliidae

Larves de Simuliidae

Abdomen d’une larve – notez l’anneau de crochets

Abdomen d’une larve – notez l’anneau de crochets

1.Est-ce pour obtenir plus de canaux que ces insectes portent de telles structures?

Les deux larves figurant sur la devinette de la semaine dernière – et leurs panaches de soies!

La soie qu’elles produisent peut également servir de ligne de sécurité, dans le cas où elles se retrouveraient délogées par le courant. Cela leur permet de retrouver le chemin vers leur position d’origine. J’avais remarqué cette capacité des larves à tisser de la soie lors de mes études. En revenant d’une sortie sur le terrain, nous avions mis les sacs d’invertébrés capturés au réfrigérateur. Le lendemain, en voulant trier les organismes, nous nous sommes rapidement retrouvés enchevêtrés dans de petits fils que les larves tissaient… Il faut dire que celles-ci sont très tolérantes au froid (ce que je ne savais pas avant ce moment-là!) et qu’elles reprenaient vie alors que l’on tentait de les manipuler.

Les larves possèdent d’autres caractéristiques étonnantes. Comme je le présentais dans la devinette de la semaine dernière, elles sont munies d’un étrange éventail, situé de chaque côté de la bouche, appelé labial fan par les sources anglophones que j’ai consultées. Je me demandais quelle pouvait bien être la traduction française de ce terme lorsque je tombai sur Moisan (2010) qui les qualifie de « panaches de soies ». Me voilà maintenant plus instruite!

Ces deux appendices servent à capturer les diverses particules en suspension dans l’eau. Nos larves se délectent donc de tout ce que le courant peut leur amener de bon : fines particules de détritus variés, microorganismes algues et bactéries. C’est une fois que les particules ont été capturées dans leurs panaches qu’elles amènent ces derniers vers leur bouche, de sorte à en déguster le contenu.

Cela dit, ce ne sont pas toutes les espèces qui possèdent des panaches de soies. Celles qui n’en sont pas munies se contentent de brouter les algues et les détritus qui poussent et se déposent sur le substrat auquel elles sont accrochées. Et justement, quel substrat constitue un bon habitat pour une mouche noire en devenir? Selon les sources consultées : tout ce qui est solide! Non seulement les larves colonisent les substrats naturels comme les pierres, les troncs, les branches et la végétation aquatique, on les retrouve également sur les supports anthropiques comme les poutres en bois, le béton, le plastique et le métal.

Leur capacité de coloniser un milieu est impressionnante : les larves sont parfois présentes en si grande densité qu’elles recouvrent presque toute la parcelle du cours d’eau examiné. Chez certaines espèces territoriales, une certaine distance est respectée entre les individus. Lorsqu’un voisin s’aventure trop près, la larve qui veille à son territoire tentera de le mordre afin qu’il rebrousse chemin. Chez d’autres espèces, cependant, les individus peuvent s’entasser à un point tel que l’on ne voit qu’un amas noir tapissant le fond de l’eau. Fait intéressant, dans les « colonies » très denses, les simulies profitent de la proximité de leurs voisins pour filtrer et s’alimenter… de leurs excréments! Voilà une source de nourriture facile à récupérer!

Pour terminer, je ne pourrais compléter cette chronique sans vous parler de l’aspect « santé » des cours d’eau – de mes dadas! De façon générale, la famille Simuliidae est identifiée comme étant assez tolérante à la pollution. Voshell (2002) précise cependant que cette sensibilité varie entre les différentes espèces : plusieurs sont en effet tolérantes, alors que certaines sont plus sensibles. Selon ce dernier, l’abondance des larves tend à augmenter lorsque l’on retrouve un peu plus de polluants amenant des détritus et de la nourriture (algues et microorganismes) en suspension. Toutefois, une trop grande charge de nutriments qui conduirait à la prolifération d’algues sur le substrat ou à la réduction des concentrations en oxygène aurait plutôt un effet négatif sur les populations de simulies. Cela est notamment dû au fait que les larves éprouveront de la difficulté à s’attacher au substrat si ce dernier est recouvert d’algues et de détritus. Ironiquement, donc, c’est le long des cours d’eau plutôt propres – ceux auprès desquels on veut s’installer en été – que l’on risque de rencontrer de vastes nuées de mouches noires prêtes à nous croquer!

 

Vidéo 1. Je me suis laissée dévorer tout rond, simplement pour pouvoir vous présenter cette vidéo! Je me suis sacrifiée pour vous! Vous pouvez monter le volume pour entendre certains commentaires que j’émets pendant la vidéo – et mettre en définition HD!

 

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Family Simuliidae – Black Flies. http://bugguide.net/node/view/16613
  • Hauer, F.R., et G.A. Lamberti. 2007. Methods in stream ecology. 877 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Wikipédia. Onchocercose. https://fr.wikipedia.org/wiki/Onchocercose

Ni un moustique ni une tipule : les Dixidae!

Dixidae Larve

Larve de Dixidae dans ma main; il s’agit de petits insectes

Dixidae Larve 2

Larve de Dixidae observée au microscope

Dixidae Larve 3

Larves de Dixidae prélevées dans mon étang; on voit leur position typique en « U »

En voyant les prévisions météorologiques des prochains jours, je me suis dit que ce serait une bonne idée de vous parler d’invertébrés aquatiques. Après tout, ce sont les seuls qui seront enchantés par la surabondance de pluie prévue!

Trêve de plaisanteries! Je compte en fait vous entretenir au sujet d’un groupe peu connu : la famille Dixidae. Il s’agit de petites mouches (ordre des diptères) dont les larves présentent des caractéristiques faciles à reconnaître. Naturellement, vous aurez deviné que ces dernières prennent naissance et passent la totalité de leur stade larvaire sous l’eau!

Je ne connaissais pas ce groupe lorsque j’échantillonnais les rivières du Québec méridional pendant ma maîtrise et mon doctorat. C’est plutôt grâce au petit étang à poissons situé sur ma propriété (voir cette chronique), que je fis leur connaissance. J’en trouvai également à quelques reprises dans la piscine, lorsque nous tardâmes à la démarrer parce qu’elle était brisée.

En effet, ces larves préfèrent les habitats où le courant est lent. En particulier, elles sont observées plus fréquemment dans les zones d’eau peu profonde, dominées par les herbiers de plantes aquatiques et situées en bordure de cours d’eau et de plans d’eau variés. Elles sont typiquement observées à la surface de l’eau, au repos, leur corps formant une sorte de U inversé : tête dans l’eau, milieu du corps légèrement au-dessus de l’eau et bout de l’abdomen frôlant la surface.

Leur mode de locomotion est double : parfois, elles nagent en pliant et dépliant rapidement leur abdomen. Elles sont aussi capables de ramper et de grimper sur des objets humides situés à la marge du milieu aquatique où elles évoluent. En ce qui concerne leurs habitudes alimentaires, leurs pièces buccales sont munies de franges poilues qui leur permettent de filtrer l’eau qu’elles font circuler près de leur bouche. C’est ainsi qu’elles parviennent à collecter des détritus de tous genres : algues, microorganismes, débris végétaux, etc. Les larves matures seraient également en mesure de brouter les algues et microorganismes qui se déposent sur les végétaux et les roches.

À l’instar d’un bon nombre d’espèces de moustiques (cette chronique), les jeunes Dixidae « respirent » sous l’eau en aspirant l’air présent au-dessus de l’eau à l’aide de stigmates situés au bout de leur abdomen. Toutefois, contrairement aux moustiques qui possèdent un tube respiratoire, les stigmates des Dixidae ne trônent pas au sommet d’une telle protubérance. J’ai pensé bon vous présenter une photographie où l’on peut comparer les deux mécanismes. On y voit notamment les stigmates du Dixidae – deux petits ronds sombres tels des « yeux ».

Dixidae vs Culicidae 1

Dixidae à gauche versus Culicidae (moustique) à droite

Quand vient le temps de se métamorphoser, les larves se hissent hors de l’eau et se transforment en pupe. Elles choisissent un endroit frais et à l’abri de toute dessiccation, habituellement très près du milieu aquatique d’origine.

L’adulte qui en émerge ressemble beaucoup à un maringouin, ou encore à une petite tipule. Tout petit (5 mm ou moins), son corps est allongé et est muni de longues pattes fines. Il ne pique pas et s’avère, par conséquent, inoffensif. En visionnant quelques photographies sur BugGuide d’adultes Dixidae, j’ai réalisé que j’en avais possiblement déjà pris en photographie, mais que je les avais confondus pour une petite espèce de tipule. J’observe annuellement de petits individus correspondant à ce signalement près de mon étang. Au moment de l’écriture du présent billet, je dois cependant vous avouer bien humblement que je ne me sens pas habilitée à identifier les adultes hors de tout doute et que j’ai encore beaucoup à apprendre. Les intéressés pourront néanmoins tenter leur chance à l’aide des précisions offertes par les diverses sources citées à la section « Pour en savoir plus ». Peut-être aurais-je moi-même l’occasion de vous en parler plus en détail lors d’une prochaine chronique!

Dixidae vs Culicidae 2

Les terminaisons de l’abdomen sont faciles à distinguer – Dixidae à gauche et Culicidae à droite

Les larves, en revanche, ne ressemblent à aucun autre diptère et il est aisé de les identifier d’un simple coup d’œil. Examinez attentivement le bout de leur abdomen : il est constitué de deux lobes bordés d’une frange de poils, lesquels encadrent un appendice pointu qui est, lui aussi, muni de plusieurs poils. Le corps a sensiblement le même diamètre du bout de l’abdomen à la tête, contrairement à la larve du maringouin dont les segments du thorax sont fusionnés pour former un segment nettement plus large que le reste du corps. Étant donné que ces deux groupes partagent les mêmes milieux de vie et qu’ils ont une allure similaire, ils risquent plus facilement d’être confondus!

Maintenant, il ne vous reste plus qu’à aller observer les insectes qui semblent flotter en marge d’étangs, de lacs ou de rivières calmes… lorsque la pluie aura cessé, bien sûr! Bonne fin de semaine malgré tout!

 

Vidéo 1. Larves de Dixidae observées au microscope. Vers le milieu de la vidéo, on peut voir le mouvement exercé par les pièces buccales d’un des individus.

 

Vidéo 2. Mouvement et position typique en « U » des larves de Dixidae.

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Bug Guide. Family Dixidae – Meniscus Midges. http://bugguide.net/node/view/193839
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Wikipedia. Dixidae. https://en.wikipedia.org/wiki/Dixidae

Abracadabra! Apparitions-surprises d’insectes!

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Lorsque je sortis ce pilulier de ma sacoche, je ne m’attendais pas à voir trois organismes… Spongieuse desséchée et deux pupes de parasites.

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Ces taches collées sur le pourtour de mon pilulier sont des pupes de Phoridae

Vous êtes plusieurs à le savoir : je collecte les invertébrés que je trouve déjà morts. Cela me conduit par moments à des découvertes un peu surprenantes – non pas que ça n’arrive jamais avec des invertébrés fraîchement récoltés, mais disons que j’augmente mes chances avec ma méthode bien particulière.

De quel genre de découverte est-ce que je parle? Du genre où l’on se retrouve avec plus d’insectes dans les piluliers de récolte que ce que l’on croyait avoir récupéré à l’origine!

Je m’explique : cela fait deux fois que je ramasse un insecte que je laisse traîner dans un pilulier (il faut dire que j’ai énormément de retard sur mon identification et mon épinglage!) pour découvrir ensuite qu’il était parasité par plusieurs autres insectes.

La première observation remonte à juin 2015. J’avais trouvé une jolie chenille de spongieuse (voir cette chronique si vous voulez en savoir un peu plus sur cette espèce) morte sous un arbre. Normalement, je mets les chenilles rapidement dans l’alcool, mais j’avais oublié celle-ci dans un pilulier disposé dans ma sacoche. Lorsque je sortis ledit contenant, je réalisai que la chenille – plutôt desséchée – était maintenant accompagnée de deux pupes de je ne sais quelle espèce d’insecte. Malheureusement, ces pupes ne se métamorphosèrent jamais en adulte, ne me permettant pas d’étudier plus longuement les spécimens en question. Cela dit, les chenilles de spongieuses sont reconnues pour être parasitées par certains diptères et hyménoptères; les mouches Tachinidae en particulier seraient de fréquents parasites selon les sources consultées et il se pourrait bien qu’il s’agisse de ce groupe.

Ma seconde observation ne date que de quelques mois. Lors d’une randonnée en terrain montagneux en septembre, je fus très heureuse de tomber sur un bousier mort en plein milieu du sentier. Il s’agit d’un sympathique scarabée de grosseur moyenne (environ 15 mm de long) que j’ai pu ultérieurement identifier comme étant Geotrupes balyi, un géotrupe très commun au Québec selon Hardy (2014). Je le mis dans un pilulier, dans lequel j’ajoutai, quelques heures plus tard, une guêpe qui s’était retrouvée noyée dans ma piscine. Je mis le pot de côté pour me rendre compte, quelques jours plus tard, que ses parois étaient tachetées de petites pupes brun-orangé. Au fond du contenant se retrouvaient également plusieurs petites mouches jaunâtres. En posant quelques questions à des collègues entomologistes, on m’indiqua qu’il s’agissait de Phoridae.

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Mouches inattendues accompagnent maintenant mon bousier et ma guêpe!

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Ces mouches étaient des Phoridae

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Vue de près d’un Phoridae

Il s’agit de petits diptères connus pour pondre leurs larves dans différentes matières, incluant les cadavres. Toutefois, certaines espèces sont aussi des parasites. À cause de mon mode de capture (et de mon incapacité pour l’instant à connaître l’espèce exacte de Phoridae), je ne suis pas en mesure de confirmer à ce stade-ci si les fameuses mouches parasitaient mon joli coléoptère ou si elles ont simplement colonisé ce dernier une fois qu’il était déjà mort. Si vous connaissez la réponse, n’hésitez surtout pas à m’en faire part! À noter que je présume fortement que les mouches viennent du bousier, ce dernier étant maintenant « troué » (trous par lesquels les larves se seraient possiblement extirpées avant de se métamorphoser), alors que la guêpe semble parfaitement intacte.

Fait intéressant: j’ai pu lire, en préparant la présente chronique, que certaines espèces de Phoridae sont connues pour parasiter des fourmis. Plus étrange encore : le genre Apocephalus se développerait dans la tête des fourmis, provoquant parfois la chute de la tête, alors que le corps continue encore de bouger! Cela me fait penser à la reine de cœur dans Alice au pays des merveilles avec son fameux « Qu’on lui coupe la tête »!

Autre fait intriguant : saviez-vous que les bousiers continuent de sentir cette chose qui leur donne leur surnom, même lorsqu’ils sont naturalisés depuis un certain temps? En ouvrant le pilulier pour prendre les photographies agrémentant la présente chronique, puis en un deuxième temps pour identifier le bousier, je fus surprise par l’odeur qui s’y dégageait. J’ai demandé à des collègues entomologistes plus expérimentés si cela était normal et on m’a signalé que oui. Les bousiers, donc, sentent la merde même longtemps après qu’ils aient cessé d’y évoluer! Vous serez avertis!

Pour conclure, il peut arriver, lorsque l’on collectionne des invertébrés, que l’on se retrouve avec quelques surprises! Quoique pas toujours ragoûtantes – pensons par exemple aux fameux « vers gordiens », des parasites impressionnants (voir cette chronique, ainsi que celle-ci) – ces découvertes nous permettent souvent d’en apprendre plus sur le monde fascinant des insectes!

Que 2017 soit riche en découvertes de toutes sortes! Bon début d’année entomologique!

 

Pour en savoir plus

DocBébitte en bref : (Encore) des insectes dans ma bouffe!

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Nitidule à quatre points, vivant, dans mon chou-fleur

limace_chou-fleur

Limace, elle aussi cachée dans le même chou-fleur

larves-dipteres-bleuets

Deux larves de mouches (diptères) trouvées dans mes bleuets

Il y a de cela quelques années déjà, je vous entretenais sur le fait que l’on mange quotidiennement plusieurs invertébrés à notre insu (cette chronique). Pire encore, je vous expliquais que les normes canadiennes et américaines tolèrent une assez vaste palette d’arthropodes dans les aliments qui nous sont vendus. En outre, la quantité de ces petites bêtes que l’on engouffre accidentellement chaque année se chiffre entre 1 à 2 livres, rien de moins!

Au courant des deux dernières semaines, j’eus l’opportunité moi-même de contribuer à cette statistique… et de voir comment il était facile d’ingurgiter des invertébrés sans vraiment le vouloir.

Première observation : après avoir entamé un chou-fleur frais acheté du marché public, j’observai plusieurs invertébrés morts ou vivants qui parsemaient ce dernier. Ma première découverte fut un nitidule à quatre points bien vivant qui aurait été difficile à rater. Après avoir remis le chou-fleur au frigo, je notai lors d’une deuxième utilisation que celui-ci abritait également une sympathique limace, qui s’activa à la chaleur de la pièce, ainsi que plusieurs petites mouches mortes. Outre les petites mouches,  il est probable que j’aurais vu le nitidule et la limace à temps avant de les consommer. Or, ce ne fut pas le cas de ma seconde observation…

En effet, la semaine dernière, je me délectais de façon distraite de bleuets frais tout en travaillant. À un certain moment, je m’aperçus de la présence d’une petite larve de mouche qui déambulait sur ma collation. Je la mis de côté afin de l’observer au stéréomicroscope une fois de retour à la maison, en tâchant de la garder vivante. Je poursuivis ma collation en examinant plus attentivement la surface de mes bleuets, jusqu’à ce qu’il me vienne à l’esprit que les larves n’étaient pas nécessairement SUR les bleuets, mais DANS ceux-ci. Immédiatement, j’ouvrir un premier bleuet – au lieu de le croquer… et devinez ce qui s’y trouvait? Eh oui, il y avait une seconde larve. Ou bien j’avais la main chanceuse pour trouver une larve du premier coup, ou bien suffisamment de mes bleuets contenaient des larves pour que je tombe sur l’une d’entre elles. Comme j’avais déjà mangé une vaste quantité de ces bleuets, j’aurais préféré la première option. D’un point de vue purement statistique, cependant, la seconde option était bien plus plausible. Bref, j’avais probablement avalé beaucoup de petites larves… Et moi qui croyais qu’une collation de fruits comportait peu de protéines!

Et vous, chers lecteurs, avez-vous quelques anecdotes croustillantes du même genre? Qu’on le veuille ou non, les arthropodes se retrouvent partout… même dans notre assiette!

 

Vidéo 1. Cette jolie limace était bien cachée dans mon chou-fleur. Il était déjà bien entamé quand je l’aperçus sur les restes du feuillage. Aurait-elle pu se retrouver dans mon assiette?

 

Vidéo 2. Cette larve de diptère (mouche) a été retrouvée dans mes bleuets… Et elle n’était pas seule! (Mettre en HD pour une meilleure définition)