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Faire feu de tout bois!

Longicorne noir Mâle

Longicorne mâle observé en juillet 2016 – remarquez la longueur de ses antennes!

Bravo à ceux qui ont deviné que l’antenne présentée dans le cadre de la dernière devinette appartenait à un longicorne! Ces insectes sont effectivement souvent munis d’antennes très longues comparativement à la taille de leur corps. C’est, sans surprise, ce qui leur a valu leur nom commun!

Plus précisément, le spécimen qui a fait l’objet de mon cliché est un longicorne noir, Monochamus scutellatus. Il s’agit d’un longicorne très commun au Québec qui est également facile à reconnaître. Il tire son nom de son scutellum apparent – le petit écusson qui se situe au point d’intersection entre les deux élytres. Ce dernier, de couleur blanche, contraste de façon évidente avec le reste de sa robe sombre. C’est un critère permettant de savoir, au premier coup d’œil, que l’on fait face à M. scutellatus.

Par ailleurs, les mâles et les femelles se distinguent également assez aisément. Les antennes des mâles font deux fois la longueur de leur corps, alors que celles des femelles sont égales ou légèrement plus longues que l’abdomen, sans plus. De même, les élytres de la femelle sont ponctués de mouchetures blanchâtres; en revanche, le mâle est plus uniformément noir.

Longicorne noir Scutellum_Moyen

Le scutellum du longicorne noir est blanc – ici vu au stéréomicroscope sur un spécimen qui m’a été donné (noter que le scutellum a jauni pendant la conservation)

Vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai nommé le présent billet « faire feu de tout bois »? Cette expression se voulait une référence à l’habitat privilégié par notre joli coléoptère. En effet, les femelles pondent leurs œufs sur les arbres morts ou endommagés – de préférence des pins ou des épinettes. Elles sont particulièrement attirées par les parcelles d’arbres brûlés. À ce qu’il semble, il y aurait une corrélation positive entre l’abondance du longicorne noir, la sévérité de récents feux pour un secteur donné, ainsi que l’abondance et la taille des arbres brûlés. La présence de forêts saines adjacentes aux parcelles brûlées est toutefois nécessaire, puisque les adultes se nourrissent des aiguilles de résineux et de l’écorce tendre des jeunes pousses ou des branches de conifères.

Longicorne noir Femelle

Femelle qui se baladait sur notre voiture près d’un parc national en Estrie (juillet 2004). La forêt nous entourait.

Longicorne noir

Une autre de mes premières observations de longicorne noir. Ce mâle m’a prise pour une piste d’atterrissage lors d’une randonnée en forêt (septembre 2004).

Les femelles déposent leurs œufs dans des cavités qu’elles grugent elles-mêmes. Étant donné le temps qu’elles passent à « creuser » leur nid, il arrive que certaines femelles préfèrent voler le nid d’autrui plutôt que de s’attarder à creuser leur nid elles-mêmes. Ayant de larges mandibules, elles s’affairent à tenter de couper les pattes ou les antennes de leurs consœurs! D’ailleurs, les adultes longicornes sont reconnus pour avoir de fortes mandibules… qui peuvent servir à mordre les doigts inquisiteurs! Vous en serez avertis!

Les larves évoluent d’abord immédiatement sous l’écorce, près de la surface, avant de s’enfoncer plus profondément à l’intérieur de l’arbre. J’ai déniché cette vidéo sur YouTube où l’on peut entendre, puis voir, tout un amas de larves de longicornes logées directement sous l’écorce d’un tronc coupé. Surprenant, n’est-ce pas? Saviez-vous d’ailleurs que l’on pouvait entendre les larves des longicornes ronger le bois mort?

Lorsqu’elles creusent leurs galeries, les larves entraînent avec elles des fongus susceptibles de décomposer le bois plus rapidement. De façon générale, elles sont bénéfiques, puisqu’elles contribuent à la réduction de la matière végétale morte en humus, ainsi qu’au recyclage des nutriments qui y sont associés. Toutefois, les compagnies forestières les apprécient moins. En effet, les troncs coupés, s’ils sont laissés sur place en période de reproduction du longicorne, peuvent se retrouver envahis de petites larves et des champignons qui les accompagnent. La qualité du bois peut s’en retrouver réduite, de même que sa valeur marchande. Là où ça fait mal, quoi!

Le longicorne noir est bien réparti en Amérique du Nord. Au nord, on l’observe de l’Alaska jusqu’à Terre-Neuve. Au sud-ouest, son aire s’étend jusqu’en Arizona et au Nouveau-Mexique, alors qu’on le retrouve jusqu’en Caroline du Nord vers l’est.

Aussi, pas besoin d’être en pleine forêt pour l’observer, malgré sa prédisposition à ronger les résineux. En effet, une des toutes premières demandes d’identification de ce coléoptère provenait de mes parents en juin 2012, qui résident en milieu urbain (le blogue DocBébitte n’existait pas encore à cette époque, mais on me demandait déjà « qu’est-ce que cette bébitte »!). Ainsi, il est possible de croiser ces coléoptères alors qu’ils sont sans doute en déplacement entre deux lieux d’alimentation, ou encore entre un lieu d’alimentation et un lieu de ponte. J’en ai moi-même photographié et filmé un dans ma cour l’été dernier, mais il faut dire que j’ai un boisé d’envergure qui longe le cap situé derrière ma demeure. Si le cœur vous en dit, vous pouvez visionner la vidéo que j’ai prise et qui présente ce sympathique coléoptère en action!

Larves xylophages

Larves de xylophages – plusieurs seraient des longicornes (famille Cerambycidae)

Pour terminer, le longicorne noir peut être vu aux lumières le soir. L’été dernier, j’en ai ainsi vu un partiellement enchevêtré dans une toile d’araignée bordant ma maison; il s’était malheureusement cassé une antenne en tentant de se déloger. J’en profitai pour le sortir du pétrin et le manipuler à ma guise. C’était seulement deux jours avant l’observation documentée sur vidéo ci-dessous, soit à la fin de juillet. Ainsi, plusieurs adultes différents circulaient autour de ma demeure à ce moment de l’année. D’ailleurs, une des sources consultées indique que la période d’émergence s’étend entre la mi-juin et la mi-août, sans toutefois préciser s’il y a une différence selon la latitude. Durant cette période, donc, surveillez les insectes qui approchent à vos lumières. Avec un peu de chance, vous pourriez voir ce joli longicorne, facile à reconnaître!

 

Vidéo 1. Longicorne noir mâle observé dans ma cour (27 juillet 2016).

 

Pour en savoir plus

Le peuple de l’asclépiade

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Petite punaise de l’asclépiade dont j’ai parlé récemment

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Monarque – Photo soumise lors du concours amical de photographie DocBébitte par Ludovic Leclerc en 2014

Arctiide asclépiade

Arctiide de l’asclépiade

Dans une de mes dernières chroniques, j’écrivais au sujet d’un sympathique hémiptère : la petite punaise de l’asclépiade. J’expliquais notamment que plusieurs insectes se nourrissant d’asclépiades arboraient le noir et l’orange (ou rouge). Pourquoi donc? Simplement pour prévenir les prédateurs qu’ils ont un goût désagréable. En effet, l’asclépiade produit un latex blanchâtre qui contient des substances toxiques pour la majorité des animaux. Il confère toutefois aux espèces qui sont capables de s’en nourrir un mauvais goût.

Cette petite incursion me donna envie de vous parler davantage d’espèces d’insectes que l’on peut retrouver sur l’asclépiade. Celles-ci sont nombreuses!

Hormis notre petite punaise de l’asclépiade (Lygaeus kalmii) dont j’ai déjà discuté et sa consœur, la grande punaise de l’asclépiade (Oncopeltus fasciatus), on retrouve notamment deux lépidoptères et deux coléoptères étroitement associés à cette plante.

L’espèce la plus connue est sans contredit le monarque. Bien que l’adulte se nourrisse du nectar d’une vaste palette de plantes, la chenille a un menu plus limité basé majoritairement sur les asclépiades (diverses espèces). Les femelles pondent leurs œufs sur les plants en question, où évoluent les larves qui deviendront de jolies chenilles rayées de noir, jaune et blanc (voir cette photographie tirée de Bug Guide).

La chenille de l’arctiide de l’asclépiade se développe elle aussi – comme son nom le suggère – sur les plants d’asclépiades. Elle ne daigne pas, non plus, les feuilles d’apocyne. Ces jolies chenilles poilues sont capables de dévorer les feuilles de talles d’asclépiades, en particulier lors de leurs premiers (1 à 3) stades de vie, où elles sont grégaires. Il s’agit d’une espèce que j’observe régulièrement quand je m’amuse à regarder sous les feuilles d’asclépiades au mois d’août. Elle est visiblement commune, du moins dans la grande région de Québec où j’habite. Cela dit, Wikipédia suggère que les personnes plus sensibles pourraient réagir aux poils de ces petites chenilles. Pour ma part, j’en ai manipulé à plusieurs reprises sans aucune réaction.

Deux coléoptères fort colorés sont aussi fréquemment observés sur les plants d’asclépiades. La chrysomèle de l’asclépiade (Labidomera clivicollis) est un coléoptère très commun que je vois systématiquement chaque été lorsque j’arpente les champs et les rivages bordés de « mauvaises herbes ». Ce sont à la fois les adultes et les larves de cette chrysomèle qui se nourrissent des feuilles des différentes espèces d’asclépiades. Les premières photographies que j’ai de cette espèce remontent à l’automne 2006, alors que j’observais des larves et des adultes en bon nombre sur une colonie d’asclépiades au marais Léon-Provancher. J’étais intriguée par ces assez gros (8-11 mm) coléoptères qui sont plutôt tape-à-l’œil avec leur coloration orange et noir irisé (reflets parfois verts, parfois bleus) et leur forme toute ronde. Ils sont en effet fort jolis, ne trouvez-vous pas?

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Ma toute première observation documentée de chrysomèles de l’asclépiade (2006)

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Même moment en 2006 : on voit ici une larve de la chrysomèle de l’asclépiade

Le second coléoptère – le longicorne de l’asclépiade (Tetraopes tetrophthalmus) – est également fort mignon. Bien que Bug Guide indique que cette espèce est très commune là où l’on retrouve des asclépiades, je n’en ai pour ma part j’avais vu de mes propres yeux. Mon père m’a toutefois transmis une photo d’un individu qu’il a pu observer l’été dernier – le chanceux! L’individu se baladait tout simplement dans la cour de mes parents – qui est ornementée de bien des fleurs, mais pas d’asclépiades. Les larves de ce longicorne se nourrissent des racines d’asclépiades et d’apocynes. L’adulte, quant à lui, se délecte des feuilles. Tout comme j’ai pu le lire pour la chrysomèle de l’asclépiade et la chenille du monarque, le longicorne de l’asclépiade coupe d’abord les veines principales des feuilles avant de commencer à les dévorer, de sorte qu’il ne se retrouve pas submergé par le latex produit par les plants endommagés.

Une myriade d’autres espèces sont également attirées par les fleurs des asclépiades, qui produisent un nectar alléchant (lequel n’est pas toxique, contrairement aux feuilles). Ainsi, papillons, abeilles, guêpes, mouches et coléoptères de toutes sortes peuvent être observés butinant sur ces plantes.

Finalement, qui dit insectes (et proies) en grand nombre dit aussi prédateurs abondants! Il n’est pas rare de trouver divers invertébrés prédateurs à l’affut sur les plants d’asclépiades. À titre d’exemple, punaises assassines, coléoptères prédateurs et araignées s’y installent avec l’espoir de dégoter un repas facile. L’été dernier, j’eus ainsi l’occasion de photographier un joli thomise variable (araignée-crabe de l’espèce Misumena vatia) qui attendait patiemment le passage d’une proie. En me documentant aux fins du présent billet, j’entrevis également quelques photographies de différentes espèces d’hémiptères prédateurs dévorant des chenilles de monarque (comme celle-ci).

En outre, les talles d’asclépiades constituent tout un trésor pour l’entomologiste à l’affut d’invertébrés de toutes sortes. Malheureusement, cette plante est malaimée et elle est considérée comme une « mauvaise herbe ». On tend à la bannir de nos plates-bandes, alors qu’elle nous permettrait d’observer une vaste variété d’insectes et même d’oiseaux – car, à ce qu’il semble, les asclépiades attirent aussi les colibris! L’éradication de l’asclépiade en milieu urbain (par exemple, le long des routes ou simplement pour faire place à un stationnement!) et agricole (à cause de l’usage des pesticides, notamment) serait même identifiée comme une cause des fluctuations récentes des populations de papillons monarques. Dans son livre publié en 2004, Schappert mentionnait déjà que les pronostics à l’égard de l’état de santé des populations du monarque nord-américain pour les 20 prochaines années ne sont pas très encourageants. La fragmentation de l’habitat et l’isolement des plants d’asclépiades étaient entre autres pointés du doigt.

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Longicorne de l’asclépiade que mon père a eu la chance de photographier

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Voyez-vous ce thomise variable à l’affut d’une proie?

Pour ma part, je continue de m’amuser chaque été à sillonner les champs de mauvaises herbes et d’asclépiades à la recherche de nouvelles observations. Aussi, je laisse maintenant pousser ça et là les quelques plants d’asclépiades qui se sont semés naturellement dans mes plates-bandes… dans l’espoir éventuel d’y photographier de sympathiques membres du grand peuple de l’asclépiade!

 

Pour en savoir plus

Un coléoptère campagnard

Clyte des champs

Clyte des champs confortablement installé sur une feuille de hosta

Clyte des champs dos

Individu retrouvé mort dans ma piscine : les motifs sur les élytres sont fort jolis!

Les longicornes sont des coléoptères généralement de bonne taille garnis de couleurs variées. Ce n’est pas pour rien qu’ils plaisent à tant d’entomologistes amateurs ou aguerris. Au courant de la dernière semaine, je me suis affairée à étaler et photographier un longicorne que j’avais retrouvé noyé dans ma piscine l’été dernier. Il s’agissait d’un clyte des champs (Clytus ruricola).

Le clyte des champs est un insecte de taille moyenne (10 à 15 millimètres) dont la robe combine à merveille le jaune et le noir. On dit de lui qu’il est vespiforme, soit qu’il fait penser à une guêpe. La vue de côté et de dessous de ce coléoptère peut effectivement donner l’impression que l’on est devant un hyménoptère : ses flancs et son abdomen sont rayés de jaune et de noir. Il s’agit sans aucun doute d’un déguisement permettant à notre longicorne d’échapper à certains prédateurs qui, pensant faire affaire à une guêpe, veulent éviter de se faire piquer!

Selon Evans (2014), les adultes s’observent souvent au printemps et à l’été alors qu’ils sont au repos sur le feuillage de différentes plantes. C’est d’ailleurs de cette façon que j’ai pu observer et photographier mon premier spécimen vivant à l’été 2014 : ce dernier était confortablement installé sur une large feuille d’un de mes plants d’hostas.

De façon plus générale, les clytes des champs se retrouvent, comme leur nom le suggère, dans les champs, mais aussi dans les boisés et les forêts où croissent des feuillus. Les larves de ce longicorne grandissent dans les troncs d’arbre en décomposition et affectionnent particulièrement les essences dures comme l’érable. Il est donc fréquent de rencontrer des clytes des champs dans les érablières. Compte tenu de la présence de nombreux érables dans le boisé bordant ma cour, il n’est pas surprenant que j’aie observé quelques individus à proximité de la maison (dont celui retrouvé dans ma piscine).

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Motifs sur les élytres du clyte

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Vue rapprochée des motifs sur les élytres

Clyte des champs dessous 1

Vue latérale – on dirait presque une guêpe

Clyte des champs dessous 2

Vue ventrale

Ce joli coléoptère est bien réparti dans le nord-est de l’Amérique du Nord. Selon Evans (2014), son aire de répartition s’étale des provinces des maritimes jusqu’au Manitoba (au nord), ainsi que de la Caroline du Sud au Tennessee (au sud).

En effectuant des recherches, j’ai appris qu’une autre espèce de longicorne pouvait ressembler à notre insecte de la semaine : soit l’espèce Xylotrechus insignis dont certaines variantes s’approchent grandement du clyte des champs (voir cette photo tirée de Bug Guide). Il importe donc d’examiner attentivement les motifs sur les élytres afin de s’assurer que l’on fait bien face à un clyte des champs. Cela dit, les recherches que j’ai réalisées suggèrent que l’aire de distribution de X. insignis se situerait plutôt sur la côte ouest de l’Amérique du Nord (Arnett et Jacques 1981), un fait qui peut être fort aidant pour s’assurer de ne pas faire d’erreur sur la personne! Surtout si vos observations sont effectuées au Québec!

Quoi qu’il en soit, cela ne nous empêchera pas de continuer d’observer et d’apprécier les jolies couleurs de nos sympathiques longicornes! Pour terminer la présente chronique, je vous offre plusieurs  photographies prises à partir de mon stéréomicroscope ou encore par le biais d’une « boîte lumineuse » que je me suis confectionnée afin de prendre des photographies macroscopiques des spécimens que je m’amuse à étudier. Les photos ci-présentes constituent mes premiers essais à cet effet! Bon visionnement!

 

Pour en savoir plus

De quel bois je me chauffe : portrait de quelques insectes xylophages

Larves xylophages

Larves et pupes de xylophages en « démonstration » lors du congrès

Le thème du congrès de l’AEAQ de cette année portait sur les insectes xylophages – c’est-à-dire qui se nourrissent du bois des arbres morts ou vifs. Il s’agit d’un groupe d’insectes que je connais très peu. Jusqu’à maintenant, je n’avais parlé que des longicornes (cette chronique) qui sont considérés comme des xylophages, puisque les larves croissent dans le bois et s’y nourrissent.

Dans le cadre du congrès, j’ai pu apprendre de nombreux faits intéressants au sujet de plusieurs espèces. J’ai choisi de faire un bref survol de trois d’entre elles : le longicorne étoilé ou longicorne asiatique (Anoplophora glabripennis), l’agrile du frêne (Agrilus planipennis) et le tremex (Tremex columba). Ce sont messieurs Jean Lanoie et Serge Laplante qui, pendant le congrès, nous ont entretenus sur ces espèces et plus encore – je tiens donc à les remercier pour ces apprentissages! Naturellement, je me suis aussi permis de fouiller dans mes livres et sur Internet pour en savoir davantage. Alors, je me lance!

Agriles du frêne_Réduit

Agriles du frêne vus de mon stéréomicroscope (gracieuseté de Stéphane Dumont, lors du congrès)

Agrile et longicorne étoilé_Réduit

Cartes qui indiquent la taille et la forme des trous d’émergence de l’agrile du frêne et du longicorne étoilé (mon pouce en référence!)

Le longicorne étoilé est un coléoptère de la famille des Cerambycidae. Ce longicorne constitue une espèce introduite en Amérique du Nord qui suscite maintes inquiétudes. Il est considéré comme envahissant et s’attaque à des arbres en santé, provoquant la mort de populations d’intérêt. En particulier, il affectionne les érables et divers feuillus comme les peupliers, les bouleaux et les saules. Dans le livre « Les insectes du Québec », Yves Dubuc indiquait que l’espèce n’avait pas encore été recensée au Québec au moment de la publication du guide en 2007. Cette dernière est cependant présente en Ontario où des mesures sont prises pour éviter sa propagation. Ce longicorne est assez facile à identifier : tout noir, il est orné de taches blanches qui font penser à des étoiles. À noter que la femelle du longicorne noir lui ressemble passablement. Comme cette dernière est commune au Québec, il faut s’assurer de bien identifier les individus avant de crier au loup! Pour plus de détails, comparez cette photo de longicorne noir (femelle) avec cette photo de longicorne étoilé.

L’agrile du frêne est un autre coléoptère introduit en Amérique du Nord et de nature envahissante. Il fait partie de la famille Buprestidae. Ce joli bupreste porte une robe aux reflets métalliques où le vert domine, mais il ne faut pas se laisser séduire par cette beauté. Il s’agit en effet d’un redoutable xylophage capable de décimer des populations de frênes. Contrairement au longicorne étoilé, l’agrile du frêne a été détecté à plusieurs endroits au Québec (voir cette carte pour les zones réglementées).

Pour éviter la propagation du longicorne étoilé et de l’agrile du frêne, l’Agence canadienne d’inspection des aliments recommande fortement de ne pas déplacer le bois de chauffage. Celui-ci est un vecteur de dispersion de ces deux espèces envahissantes. Ce sont en particulier les larves qui rongent le bois et qui risquent davantage d’être déplacées vers de nouveaux sites à coloniser. Aussi, l’Agence suggère d’être attentif aux signes d’invasion par ces coléoptères. Au congrès de l’AEAQ, on nous a remis deux cartes sur lesquelles on peut voir la forme et la taille du trou taillé dans les arbres par les deux espèces respectives. J’ai photographié ces dernières à titre informatif, mais vous pourrez en savoir plus en consultant le site de l’Agence. Enfin, les ornithologues amateurs seront heureux de savoir qu’ils peuvent encourager les pics à visiter leur terrain, puisque ce sont des prédateurs naturels des larves de xylophages.

Tremex columba

Tremex columba photographié lors du congrès

Finalement, j’ai fait la connaissance de Tremex columba, un hyménoptère à l’allure particulière. Le corps robuste et cylindrique, le tremex  n’a pas l’apparence d’un hyménoptère traditionnel à la taille de guêpe. Il s’agit en fait d’un membre du sous-ordre Symphyta, caractérisé par un abdomen fortement réuni au thorax. Le tremex photographié lors du congrès est une femelle. On voit bien son ovipositeur. C’est de cet appendice que se servent les femelles pour pondre leurs œufs dans le bois. Elles favorisent les feuillus tels les érables, les chênes et les hêtres. Contrairement aux deux individus précédents, le tremex est une espèce native. De plus, il préfère les arbres mourants ou morts. Ces deux caractéristiques font en sorte qu’il ne s’agit pas d’une espèce préoccupante. Elle peut même s’avérer bénéfique, puisqu’elle contribue à la décomposition du bois.

Ce portrait de quelques xylophages est très bref et il y en aurait encore beaucoup à dire… peut-être dans le cadre de prochaines chroniques, qui sait! D’ici là, pour les plus curieux, je vous conseille de jeter un coup d’œil à certaines des sources citées dans la section « Pour en savoir plus ».

 

Pour en savoir plus

 

Les longicornes : Pas sortis du bois!

Cyllène du robinier

Cyllène du robinier

Connaissez-vous les longicornes? Il s’agit de fort jolis coléoptères de la famille Cerambycidae qui sont dotés d’antennes particulièrement longues. Les tailles et les couleurs des membres de cette famille sont très variables, certains individus étant plutôt sombres, alors que d’autres arborent des teintes plus vives. Selon Marshall 2009, les longicornes sont particulièrement populaires auprès des collectionneurs d’insectes amateurs non seulement à cause de leur beauté, mais aussi parce qu’ils sont relativement faciles à identifier. Les combinaisons de couleurs et de formes feraient effectivement en sorte que les individus se distinguent assez aisément. C’est ce que j’ai constaté en tentant d’identifier les spécimens que j’avais photographiés.

Ce qui fait la réputation des longicornes, ce ne sont pas que les adultes : les larves font également couler de l’encre. De nombreuses espèces se nourrissent du bois des arbres, qu’ils soient malades ou en santé, et y creusent des galeries. Ainsi, certaines larves causent des dommages notables et ne sont pas appréciées des forestiers. C’est le cas d’une espèce introduite, le longicorne étoilé (ou capricorne asiatique), qui est considéré comme une peste. Il suscite beaucoup d’inquiétudes, car il aurait notamment le potentiel de détruire les érablières.

Lepture Thorax orangé

Lepture au thorax orangé

Longicorne noir

Longicorne noir qui s’est posé sur mon bras lors d’une randonnée en forêt

Fait intéressant, comme le bois n’est pas une source de nourriture très nutritive, les larves de certaines espèces de longicornes peuvent prendre plusieurs années à se développer (Marshall 2009 parle de dizaines d’années pour les grosses espèces croissant dans le bois mort). En revanche, les adultes vivent beaucoup moins longtemps – quelques semaines seulement.

Près de 350 espèces de cérambycidés ont été recensées dans l’est de l’Amérique du Nord. À l’échelle mondiale, ce sont plus de 20 000 espèces qui sont connues. Bien que les longicornes trouvés ailleurs dans le monde puissent parvenir à quelques 150 millimètres de long, les longicornes de l’est de l’Amérique du Nord atteignent également une taille appréciable allant jusqu’à 60 millimètres. Cela ajoute sans doute à leur popularité!

Le comportement alimentaire des adultes est varié. Leur menu inclut notamment du bois (branches et écorce), des feuilles, de la sève, des fruits, des champignons, du nectar et du pollen. Les individus qui visitent les fleurs sont souvent très colorés et vont même jusqu’à imiter l’apparence des guêpes. C’est le cas, par exemple, du Cyllène du robinier et du Clyte des champs. Il s’agit d’une forme de mimétisme visant à passer pour un individu potentiellement menaçant (ici une guêpe) afin de ne pas se faire attaquer par un prédateur (voir aussi cette chronique).

Clyte des champs

Clyte des champs

Saperde du peuplier

Saperde du peuplier, un longicorne attiré par les lumières le soir

On ne peut pas dire que les longicornes passent inaperçus, tant du point de vue visuel que du point de vue auditif. En effet, les larves et les adultes sont reconnus pour les sons qu’ils sont capables d’émettre. Certains cérambycidés, lorsque manipulés, peuvent produire un son visant sans doute à décontenancer le « manipulateur » (voir cette première vidéo ou cette seconde). De même,  certaines larves produisent un son particulier lorsqu’elles creusent le bois. On peut entendre le bruit que fait la larve du longicorne gris (Monochamus notatus) sur le CD « Les sons de nos forêts » (Centre de conservation de la faune ailée de Montréal 1991). Il s’agit d’une sorte de grincement qui peut être entendu dans un rayon d’une centaine de mètres.

Bien que certaines espèces de longicornes aient été introduites et qu’elles suscitent maintes inquiétudes, la disparition des espèces indigènes devrait être tout aussi préoccupante. Il faut dire que de nombreuses espèces de longicornes sont bénéfiques, car elles contribuent à décomposer le bois mort et les arbres mourants. Elles jouent par conséquent un rôle dans le recyclage de la matière organique, processus essentiel à la régénération des forêts. À cet effet, Marshall 2009 rapporte qu’une étude ontarienne récente a noté la disparition probable de 30 de ses 214 espèces de longicornes. Ces 30 espèces n’ont effectivement pas été capturées ou observées depuis 1950. La perte et la fragmentation d’habitats forestiers dues aux activités humaines sont pointées du doigt. En outre, les longicornes ne sont pas les seuls organismes affectés par le développement humain, puisqu’une panoplie d’autres animaux (oiseaux, reptiles et mammifères) qui se nourrissent eux-mêmes d’insectes et qui comptent sur les habitats forestiers pour s’abriter sont également menacés.

 

Pour en savoir plus