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Araignée contre guêpe : à qui la victoire?

En fouillant dans mes archives de l’été dernier, je suis tombée sur un combat singulier entre une grosse araignée et une guêpe que je vous présente en vidéo et en photo ci-dessous.

Avant d’amorcer le « match », je dois avouer que, dans les deux cas, j’ai dû feuilleter mes guides d’identification et fureter sur Internet afin de m’assurer de l’identité des combattants mis en jeu.

Pour l’araignée, le motif moucheté de l’abdomen me semblait plus prononcé que ce que j’avais déjà observé chez des épeires diadèmes (espèce Araneus diadematus). En examinant du côté d’une espèce cousine, Araneus trifolium, cependant, j’éprouvais toujours des doutes. C’est dans le guide de Bradley (2013) que je trouvai quelques critères supplémentaires aidant à l’identification : les épeires diadèmes présentent sur la face dorsale de l’abdomen une zone centrale plus sombre dont les bordures sont ondulées (cet exemple tiré de Bug Guide). Cette zone peut être plus prononcée vers le bas de l’abdomen, selon les individus; c’est ce que j’observai sur mes photographies. Par ailleurs, le céphalothorax (tête et thorax qui sont joints chez les arachnides) est généralement uniforme.

En revanche, les membres de l’espèce Araneus trifolium présentent trois lignes foncées traversant le céphalothorax (au milieu et de chaque côté; voir ce cliché aussi tiré de Bug Guide), alors qu’il n’y a pas de zone plus sombre visible sur la face dorsale de l’abdomen. En comparant avec quelques photos issues de Bug Guide, toutefois, je m’interroge toujours à savoir si j’ai bien identifié mon spécimen. Me fiant aux critères de Bradley (2013), puis aux différents angles des photographies que j’ai prises (elles ne figurent naturellement pas toutes dans la présente chronique!), j’en conclus qu’il s’agirait d’une épeire diadème, mais je suis ouverte à vos commentaires à cet effet – et aux critères qui devraient faire l’objet d’examen plus précis, si nécessaire.

En ce qui concerne la guêpe, si je me fie aux nombreuses photographies que j’ai prises du combat (je vous en fais grâce encore une fois!), elle appartiendrait à l’espèce Eumenes verticalis. Mon doute réside dans le fait que les auteurs du site d’identification des Vespidae que j’ai utilisé (voir la section Pour en savoir plus) indiquent que cette espèce peut être confondue avec Eumenes crucifera. Comme je n’ai qu’une poignée de photographies en main et pas de spécimens, j’ai effectué l’identification de mon mieux, mais sous toutes réserves. Je suis encore une fois ouverte à vos commentaires.

Qu’à cela ne tienne, le combat entre ces deux arthropodes est intéressant à observer. L’issue n’était pas celle à laquelle je m’attendais. L’araignée était énorme comparativement à la guêpe. Or, cette dernière fut très combattive, tentant de piquer l’araignée à moult reprises à l’aide de son dard affilé. Lors du combat, la guêpe s’empara même d’une, puis de deux pattes de l’araignée… qui tentait étonnamment de se défiler!

Sur la vidéo que je vous offre dans la présente chronique, on voit l’araignée tenter tant bien que mal de mordre l’hyménoptère déchaîné. Sur les clichés qui suivent, on peut apprécier la suite du combat, où la guêpe s’empare d’une patte de l’épeire, qui affiche soudainement un air piteux. À la fin, la guêpe réussit à se déloger de la prison de soie que l’arachnide avait commencé à tisser autour d’elle. Elle prendra la poudre d’escampette, laissant notre épeire penaude et vaincue.

Visiblement, ce n’est pas la taille qui compte! Quand on est dans de beaux draps, la combativité peut toujours s’avérer récompensée! Guêpe : 1, Épeire : 0!

Vidéo 1. Début de la joute. L’araignée semble avoir le dessus et cherche à injecter son venin dans la pauvre guêpe enchevêtrée dans sa toile.

Photographies de la suite du combat!

 

La guêpe tient férocement une patte de l’araignée

La guêpe tient férocement une patte de l’araignée

Ne trouvez-vous pas que l’épeire semble piteuse? Elle a complètement cessé d’attaquer la guêpe et cherche simplement à ne pas se faire piquer!

Ne trouvez-vous pas que l’épeire semble piteuse? Elle a complètement cessé d’attaquer la guêpe et cherche simplement à ne pas se faire piquer!

Photo prise tout juste avant l’envol de la guêpe; elle n’est plus enrubannée dans la soie de l’épeire et sera libre dans quelques instants!

Photo prise tout juste avant l’envol de la guêpe; elle n’est plus enrubannée dans la soie de l’épeire et sera libre dans quelques instants!

Pour en savoir plus

La guêpe dominatrice

Détrompez-vous! Le titre de ma chronique ne fait pas référence au surnom que se serait donné une adepte d’un club S&M! Il porte plutôt sur une guêpe du genre Polistes, dont l’espèce « dominula » – nom qui laisse déjà présager une certaine dominance! – signifierait, selon les sources, « Maîtresse », « Petite maîtresse » ou « Femelle régnante ». Son nom français, quant à lui, réfère bien au contraire à un peuple qui ne se laissait franchement pas dominer, du moins si vous croyez aux fameuses histoires des séries Astérix : le poliste gaulois!

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Poliste gaulois mâle, vu de côté

J’ai décidé que je vous parlerais de cette espèce d’hyménoptère lorsque j’en observai bon nombre lors d’une visite chez mes parents au début du mois de septembre. Toute une colonie de ces arthropodes semblait avoir élu domicile dans un coin de leur remise. De nombreux individus se retrouvaient également en détresse dans leur piscine. Comme je ne recueille que les invertébrés déjà morts, je pus agrémenter ma collection de quelques-unes de ces guêpes qui s’étaient noyées et retrouvées dans le filtreur de la piscine. Certains individus furent plus chanceux : voyant qu’ils étaient en difficulté, je les rescapai à temps! Il y en a même deux qui se remirent à bouger alors qu’ils semblaient morts. C’est qu’elles sont faites fortes, ces guêpes! Ce fut d’ailleurs donnant-donnant, puisque les spécimens sauvés in extremis me permirent de les prendre en photo sous tous les angles possibles, le temps qu’ils se sèchent!

Ce n’est pas une surprise si nous avons observé tout un tas de P. dominula faisant l’aller-retour entre la corniche d’une remise et un quelconque lieu d’alimentation. Selon les sources consultées, cet hyménoptère a une vive préférence pour les supports d’origine anthropique, en particulier les toits et murs de nos demeures. Bref, il s’agit d’un arthropode qui vit en étroite proximité avec les humains. Bien que cette proximité puisse augmenter les probabilités de se faire piquer, les guêpes polistes sont – fort heureusement – reconnues comme étant moins agressives que leurs consœurs de la sous-famille Vespinae. Elles peuvent tout de même piquer, donc toute précaution est de mise!

Le poliste gaulois est une espèce récemment introduite en Amérique du Nord. Plus précisément, l’espèce a été introduite au Massachusetts vers la fin des années 1970 et a depuis largement étendu son aire de répartition. Les premières observations canadiennes notées dans le Canadien Journal of Arthropod Identification ne remontent qu’en 1997 pour l’Ontario et en 2003 pour la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique. Pour ce qui est du Québec, cette même source indiquait en 2008 qu’il était probable que la guêpe s’y retrouve déjà, mais il ne semblait pas encore, à ce moment, y avoir d’études le confirmant. Néanmoins, elle peuplerait maintenant l’entièreté des États-Unis et du Canada, selon une note récente (2016) inscrite sur Bug Guide.

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Poliste gaulois mâle, vu de dos

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L’on voit bien les antennes orange vif sur ce mâle

La capacité de cet insecte à peupler les milieux urbains et perturbés fait en sorte qu’il a remplacé, à certains endroits, les guêpes polistes indigènes. Il est notamment question de compétition avec Polistes fuscatus. À ce qu’il semble, P. dominula est plus compétitif, puisqu’il se nourrit d’une plus vaste palette d’aliments (plusieurs groupes d’insectes versus seulement des chenilles chez plusieurs autres Polistes sp.), possède un temps de développement plus court, est moins parasité et présente une plus forte productivité.

Son nom anglais « European paper wasp » illustre bien sa propension à ériger des nids en papier. Ces derniers sont construits à l’aide d’une mixture de salive et de fibres végétales (bois mort, tiges de plantes, etc.). Le terme « guêpe à papier » référerait d’ailleurs majoritairement aux guêpes de la sous-famille Polistinae, à laquelle appartient notre poliste gaulois. Toutefois, d’autres guêpes de la sous-famille Vespinae et Stenogastrinae sont également en mesure de bâtir de tels nids. Cela inclut deux espèces dont je vous ai déjà parlé : la guêpe à taches blanches (Dolichovespula maculata) et la guêpe commune (Vespula vulgaris). Fait intéressant, le nid des polistes gaulois ne possède pas d’enveloppe protectrice, faisant en sorte que l’on voit au premier coup d’œil les cellules dont le nid est constitué (voir les photos sur ce site de Guêpes et Frelons). C’est justement cette caractéristique qui expliquerait pourquoi ces hyménoptères affectionnent autant les dessous de corniches : le nid doit se situer dans un endroit chaud, car sa température est plus difficile à réguler.

Le poliste gaulois est facile à distinguer des autres espèces que l’on peut retrouver au Québec. Après avoir récolté mes spécimens, j’utilisai le guide électronique du Canadian Journal of Arthropod Identification portant sur les Vespidae afin de les identifier correctement. Toutefois, j’appris qu’un critère bien précis – facilement visible sur une photographie d’amateur et ne nécessitant pas d’avoir recours à un guide – permettait de confirmer l’espèce : la disposition des couleurs sur les antennes. Effectivement, P. dominula arbore des antennes dont la base est orange et noire, alors que les trois quarts restants, environ, sont d’un orange vif (voir cette photographie). Selon les sources consultées, aucun autre Vespidae ne possèderait de telles antennes!

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Vue de face d’un mâle au stéréomicroscope – spécimen retrouvé noyé

Dans le cas des individus que j’observai (photos, vidéos et individus retrouvés noyés), il s’agissait tous de mâles. Cela n’est pas surprenant puisque, selon les sources consultées, c’est à la fin de l’été que la colonie s’affaire surtout à produire des mâles et des futures reines pour la prochaine génération. Pourquoi est-ce que je sais qu’il s’agit de mâles? Non, je n’ai pas regardé sous les jupons, je vous le jure! En fait, ce sont les motifs du visage qui nous indiquent rapidement le sexe! Les mâles ont le visage entièrement jaune, comme c’est le cas sur mes photographies (voir aussi ce cliché). Les femelles, quant à elles, affichent des motifs jaunes et noirs (cette photo). Ces derniers font un peu penser à une tête de mort – petit truc qui pourrait vous être utile! Et pour ceux qui me croyaient brave de manipuler ces guêpes à mains nues, il faut savoir que les mâles ne piquent pas! Remarquez que je sauve régulièrement des femelles hyménoptères de la noyade à mains nues; les individus en détresse semblent plus concentrés à se sauver de la noyade qu’à piquer la main qui les sort de là!

Quoiqu’on en dise, le poliste gaulois constitue une fort jolie guêpe avec ses antennes orange vif. Dominatrice ou non, il s’agit d’une espèce qui sait se faire remarquer! Qu’en dites-vous?

 

Vidéo 1. Poliste gaulois mâle rescapé de la piscine chez mes parents.

 

Pour en savoir plus

La piqûre des guêpes communes!

Sans doute êtes-vous plusieurs lecteurs à avoir, tout comme moi, la piqûre des insectes. Il y a deux semaines, mon conjoint a eu la piqûre d’une guêpe commune… littéralement!

Vespula vulgaris 2

Vue latérale de la guêpe qui a piqué mon conjoint

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Vue dorsale du même individu

Ce matin-là, ce n’est pas le réveille-matin qui me sortit de mon sommeil, mais bien mon conjoint, un pot Masson à la main. Il souhaitait que j’identifie la bête qu’il venait d’attraper et qui l’avait piqué trois fois plutôt qu’une. Il s’agissait d’une guêpe commune (Vespula vulgaris).

Comment en était-il arrivé à se faire piquer? Alors qu’il était sorti à l’extérieur pour nourrir les poissons (si vous ne le savez pas encore, nous avons un étang à poissons dans lequel j’observe toutes sortes de bestioles), il sentit un insecte le frapper de plein fouet. Pensant que l’insecte était reparti, il revint dans la maison pour éventuellement sentir que la bête en question s’était retrouvée coincée sous son polo et tentait désespérément d’en sortir – en le piquant à plusieurs reprises.

Les guêpes peuvent piquer plus d’une fois, car elles ne perdent pas leur dard contrairement aux abeilles. Pour une abeille, piquer un humain s’avère fatal, puisque son dard est pourvu de barbules qui l’empêchent de ressortir de la peau. En revanche, le dard de la guêpe est lisse.

Pour parvenir à identifier l’espèce de guêpe qui a piqué mon conjoint, je pris plusieurs photos d’angles divers afin d’avoir une bonne vue frontale, dorsale et latérale de l’insecte. Comme les guêpes sont de gros individus, il est assez facile de les identifier à partir de bonnes photographies sans avoir à les préserver dans une collection. Si vous avez des guêpes à identifier, vous pouvez recourir comme moi à l’Atlas électronique d’identification des Vespidae (famille à laquelle appartiennent les guêpes) du Canadian Journal of Arthropod Identification (voir la section « Pour en savoir plus » ci-dessous). Comme certaines espèces possèdent des attributs très similaires, il est préférable d’examiner plusieurs critères avant de confirmer l’identité du spécimen en question.

L’aire de distribution de la guêpe commune est très étendue. Elle est rencontrée dans toutes les provinces canadiennes hormis le Nunavut. On la retrouve aussi ailleurs en Amérique du Nord (États-Unis et Mexique), dans plusieurs pays d’Europe et d’Asie, ainsi qu’en Nouvelle-Zélande et en Australie.

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Cette autre guêpe commune s’est laissé manipuler sans piqûres!

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Vue frontale d’une guêpe commune retrouvée morte

Elle est d’assez bonne taille, les ouvrières mesurant de 12 à 17 millimètres, alors que la reine peut atteindre les 20 millimètres de long. Cet insecte est un omnivore et se nourrit non seulement de nectar et de fruits, mais aussi de divers arthropodes qu’ils soient morts ou vifs. Les insectes capturés sont fréquemment rapportés au nid afin de nourrir les larves en développement.

D’ailleurs, la guêpe commune vit au sein d’une colonie fondée par une reine. La reine choisit un endroit propice pour démarrer sa colonie. Il peut s’agir d’un creux dans le tronc d’un arbre, d’un trou au sol (comme un ancien terrier) ou de tout espace convenable associé à des constructions humaines (un creux entre deux murs, par exemple). Les nids peuvent également être aériens (accrochés à des arbres ou à des bâtiments).

L’érection du nid est amorcée par la reine, puis poursuivie par les ouvrières au fur et à mesure qu’elles atteignent le stade adulte. C’est alors que la reine se dévoue uniquement à la ponte et à l’élevage, alors que les ouvrières s’occupent de nourrir les larves, ainsi que de nettoyer et de réparer le nid. Fait intrigant, après tout ce travail – et en particulier après que de nouvelles reines aient été conçues –, la reine meurt pour laisser derrière elle un nid désorganisé. Les ouvrières s’adonnent progressivement au cannibalisme, abandonnent le nid ou meurent simplement gelées en demeurant dans un nid déserté.

Pour terminer, il semble que les capacités d’adaptation de cette espèce de guêpe fassent d’elle un insecte qui côtoie de près les humains et qui est reconnu pour des piqûres fréquentes un peu partout dans le monde. Mon conjoint n’aura donc pas été le seul à avoir la piqûre pour cette jolie guêpe!

 

Pour en savoir plus

 

Une belle grosse guêpe!

Jusqu’à ce jour, je vous ai très peu parlé des hyménoptères (ordre regroupant fourmis, abeilles et guêpes) dans le cadre de mes chroniques. C’est que, il faut le dire, cet ordre riche en individus de toutes sortes en est un que je connais encore très peu.

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Guêpe à taches blanches attirée par une lumière extérieure de ma maison

Depuis l’été 2013, j’ai commencé à collectionner des invertébrés que je retrouvais morts (dans des piscines, au sol, dans des toiles d’araignées, etc.). Parmi ces derniers se retrouvaient plusieurs guêpes (famille Vespidae). Vers la fin de l’été 2014, je mis la main sur un guide d’identification visuel des Vespidae disponible sur Internet (suivre ce lien), ce qui me donna la motivation de tenter d’identifier quelques spécimens que j’avais récoltés.

La majorité des individus que j’avais recueillis appartenait à deux espèces communes de guêpes : la guêpe à taches blanches (Dolichovespula maculata) et la guêpe de l’Est (Vespula maculifrons). Les guêpes à taches blanches que j’avais entre les mains étaient surprenantes à regarder, comparativement aux guêpes de l’Est : ces premières étaient en effet beaucoup plus grosses (peuvent dépasser 15 millimètres de longueur).

Quelques jours plus tard, en rentrant à la maison alors qu’il faisait noir, j’eus l’heureuse surprise de voir une très grosse guêpe se promener près d’une lumière située à l’extérieur de la porte d’entrée. En y jetant un coup d’œil de plus près, je reconnus la guêpe à taches blanches. Celle-ci est effectivement facile à reconnaître. Non seulement elle est très grosse, mais ses pattes sont plus noires que les autres espèces, alors que son abdomen très noir est ponctué de quelques marques qui semblent plus blanches que jaunes. Son visage allongé et blanchâtre est aussi reconnaissable. Le guide cité ci-dessus offre davantage de détails sur les façons de distinguer cette guêpe des autres membres de la famille Vespidae, si le sujet vous intéresse.

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Vue faciale de la guêpe à taches blanches

La guêpe à taches blanches construit des nids en papier qui prennent la forme de gros ballons (on parle de ballons de football dans Evans 2008). Ils se situent le plus fréquemment dans les arbres, sur des rochers ou après des structures artificielles. À ce qu’il semble, ces guêpes préfèrent construire leur nid un peu plus haut que ce que font d’autres espèces (jusqu’à 20 mètres du sol). Par conséquent, elles constituent moins une nuisance que les guêpes qui construisent leur nid à des hauteurs qui interfèrent avec nos activités. Cela est une chance, car la guêpe à taches blanches est capable de piquer si elle se sent menacée. Par ailleurs, un nid peut contenir de 100 à 400 individus… Bonne chose, donc, que ces nids soient généralement hors de notre portée!

Cette espèce peut être considérée comme étant omnivore. Elle se nourrit non seulement d’autres insectes (guêpes, araignées et mouches font partie du menu), mais elle se délecte aussi de nectar, de sève et de fruits. De plus, les adultes prédigèrent des insectes qu’ils offrent ensuite en repas aux larves. Il importe de préciser que ces hyménoptères vivent en colonies structurées autour d’une reine et beaucoup d’efforts sont consacrés au soin des larves.

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Guêpe encore vivante, mais gelée, bougeant à peine

Je mentionnais d’emblée que cette guêpe est commune. On la retrouve effectivement partout au Canada et dans la plupart des états américains (sauf dans les régions plus arides). Je n’avais pas réalisé à quel point elle est commune avant de pouvoir la reconnaître. Cet automne, alors que les nuits devenaient de plus en plus fraîches, il m’est arrivé fréquemment, le matin venu, de voir bon nombre de ces guêpes paralysées au sol par le froid. Cela me permit d’en prendre quelques-unes dans mes mains et de les observer de plus près. Bien sûr, je ne recommande pas de prendre des guêpes en tout temps dans vos mains – une piqûre n’est vraiment pas une chose agréable. Or, le fait d’apprendre à reconnaître les individus, leur comportement et leurs habitudes est toujours utile pour en être moins effrayé. Ainsi, bien que la guêpe à taches blanches puisse faire peur par sa grosseur, il ne s’agirait pas d’une des guêpes les plus agressives. Profitons-en donc pour l’observer : elle est si jolie!

 

Pour en savoir plus

 

Avoir une taille d’hyménoptère

L’ordre des hyménoptères constitue un groupe d’insectes à la fois très commun, mais également méconnu. Les hyménoptères sont omniprésents dans nos plates-bandes et nos cours. Ils jouent d’importants rôles dans les écosystèmes terrestres. En revanche, ils sont très nombreux et fort diversifiés. Nous n’en connaissons qu’une infime partie. Il me semble en effet plus facile de se procurer des livres et des guides sur les flamboyants papillons ou coléoptères, alors que les hyménoptères demeurent davantage dans l’ombre.

Bourdon_Pollinisateur

Bourdon se délectant de nectar

La question que certains d’entre vous vous posez est sans doute « qui sont les hyménoptères »? Tout d’abord, sachez que le terme hyménoptère signifie « ailes membraneuses» ou « ailes mariées », selon les sources. Ce nom fait référence au fait que les deux paires d’ailes des hyménoptères sont liées par de petits crochets, en plus d’être membraneuses et faiblement veinées. C’est notamment en observant la présence de ces deux paires d’ailes que l’on peut distinguer les hyménoptères de certaines mouches (diptères) qui prennent plaisir à les imiter (voir cette chronique). Les mouches ne possèdent effectivement qu’une seule paire d’ailes.

Ce n’est toutefois pas par les ailes que l’on reconnaît habituellement la majorité des hyménoptères, mais plus souvent par leur forme. En effet, beaucoup d’hyménoptères (ceux appartenant au sous-ordre Apocrita) ont une fine taille créée par une dépression entre le deuxième et le troisième segment abdominal (le premier étant fusionné au thorax) – d’où l’expression avoir une taille de guêpe. Les familles qui possèdent ces attributs et qui nous sont les plus familières sont les vespidae (guêpes), les formicidae (fourmis), ainsi que les apidae (abeilles et bourdons). Ce groupe inclut aussi les pélécinides (pelecinidae), qui ont fait l’objet d’une précédente chronique, ainsi que moult individus moins connus.

Abeille cotonnière

Abeille cotonnière (Famille : Megachilidae)

Le second sous-ordre (Symphyta) comprend bon nombre d’individus avec lesquels nous sommes généralement moins familiers. Bien qu’ils ne possèdent pas de taille plus fine, ils ressemblent tout de même à de petites abeilles ou guêpes. Les femelles appartenant à ce groupe sont munies d’un ovipositeur dont elles se servent pour pondre leurs œufs dans des plantes et des arbres. Les larves, qui ressemblent à des chenilles, se nourrissent de ces plantes-hôtes. C’est à cause de ce comportement que certaines d’entre elles sont d’ailleurs considérées comme des pestes. Un groupe sans doute connu des jardiniers (je pense à quelques membres de ma famille qui ont notamment des rosiers!) et appartenant au sous-ordre Symphyta est celui des tenthrèdes.

Les espèces comprises dans le sous-ordre Apocrita, quant à elles, présentent une plus grande variété dans leurs comportements et préférences alimentaires : on y retrouve des prédateurs, des parasitoïdes et des pollinisateurs.

Chrysididae

Guêpe-coucou, un petit parasitoïde d’un joli bleu-vert métallique

Plusieurs familles d’Apocrita sont des parasitoïdes externes ou internes d’autres invertébrés. Les pélécinides en sont un bon exemple. Les femelles parviennent à atteindre les larves de hanneton, enfouies sous la terre, à l’aide de leur long ovipositeur pour y pondre leurs œufs. Les larves de pélécinides qui s’y développent se nourrissent de la chair des larves de hannetons. Les ichneumonidés, une autre famille qui a adopté cette stratégie, sont également très impressionnants (voir cette photo en exemple). Ils sont munis d’un très long ovipositeur servant à percer l’écorce des arbres afin de rejoindre les larves de divers insectes, incluant celles d’hyménoptères du sous-ordre Symphyta.

Plusieurs espèces de guêpes et de fourmis sont des prédateurs. Certaines guêpes, par exemple, rapportent au nid des insectes variés et servent une recette d’insectes prémâchés à leurs larves. Ces guêpes et fourmis peuvent parfois compléter leur régime avec du pollen ou encore avec du miellat, une substance collante et sucrée produite par les pucerons. J’avais déjà parlé plus en détail de l’association entre des fourmis et des pucerons (à cause du miellat) dans cette précédente chronique. Certaines fourmis ont aussi développé l’art de cultiver des champignons, quoiqu’on ne les retrouverait pas tout à fait jusqu’ici (la littérature parle d’une limite nordique dans les environs de New York).

Dolichovespula maculata

Guêpe à taches blanches, un hyménoptère prédateur bien répandu

Fourmi 2

Fourmi noire

Les abeilles et les bourdons, quant à eux, se nourrissent de pollen. Ce sont des pollinisateurs par excellence et c’est pourquoi ils jouent un rôle très important dans les écosystèmes terrestres. Sans eux, beaucoup de fruits, de légumes et de céréales que nous mangeons ne seraient tout simplement pas (ou beaucoup moins) fertilisés.

L’ordre des hyménoptères comprend plusieurs insectes sociaux, qui vivent en colonies complexes. C’est le cas de plusieurs espèces de guêpes, d’abeilles, de bourdons et de fourmis. Ces sociétés invertébrées sont matriarcales. La reine fonde la colonie : elle donne naissance à des femelles stériles dont les rôles peuvent varier. Bon nombre sont des ouvrières qui se chargent notamment de prendre soin des rejetons, de trouver de la nourriture et de faire l’entretien de la colonie. Chez certaines espèces, l’on retrouve également des soldats dont le rôle est de défendre la colonie.

En somme, l’ordre des hyménoptères est très diversifié et je dois bien humblement avouer que j’en connais moi-même très peu à leur sujet. Les lectures que j’ai effectuées afin de préparer la présente chronique m’ont convaincue que j’avais encore beaucoup de choses à vous raconter. Je compte donc bel et bien vous faire le portrait de certains individus au fur et à mesure que je les rencontrerai! On se dit donc « à suivre »!

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Wikipédia. Hymenoptera. http://fr.wikipedia.org/wiki/Hymenoptera