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Colorée, cette cicadelle!

Graphocephala sp.

Joli agencement de couleurs sur cette cicadelle

L’ordre des hémiptères, groupe qui inclut notamment les sympathiques punaises terrestres et les cigales, est composé de plusieurs autres familles au sujet desquelles je n’avais pas encore eu l’occasion d’écrire.

Graphocephala sp. 2

Les cicadelles du genre Graphocephala sont communes dans nos plates-bandes

Une de ces familles est celle des cicadelles (Cicadellidae), de petits insectes sauteurs mesurant généralement moins d’un centimètre. Elle comporte environ 2 500 espèces en Amérique du Nord, dont un individu à la robe colorée que j’ai eu la chance de photographier cet été et qui appartient au genre Graphocephala. Ce genre inclut une espèce nommée « Cicadelle multicolore » (Graphocephala coccinea, non retrouvée au Québec selon le site « Les hémiptères du Québec ») qui porte très bien son nom!

Comme de nombreux hémiptères, les cicadelles se nourrissent des fluides de diverses plantes à l’aide de leur rostre, qui leur sert de « paille ». Ce dernier comporte deux canaux : un premier servant à injecter la salive dans la plante et un second servant à aspirer la nourriture. L’injection de salive peut engendrer des dommages, allant d’une simple décoloration des plantes jusqu’à la mort. D’ailleurs, les habitudes alimentaires des cicadelles peuvent s’avérer être un vecteur de maladies. À l’instar d’une seringue non désinfectée, elles charrient en effet des pathogènes d’une plante à l’autre lorsqu’elles y plongent leur rostre.

Les cicadelles du genre Graphocephala seraient particulièrement attirées – selon l’espèce – par les framboisiers, les rosiers, les rhododendrons, ainsi que d’autres plantes ornementales qui bordent nos maisons. Ce n’est donc pas une surprise d’observer des individus de ce groupe près de nos demeures.

Osbornellus sp.

Les pattes postérieures de cette cicadelle (Osbornellus sp.) sont visibles et munies de rangées d’épines

Cercope aphrophora quadrinotata

Les pattes postérieures de ce cercope (Aphrophora sp.) sont bien cachées sous ses ailes

Les cicadelles et les cercopes (j’ai parlé des nymphes de cercopes dans cette précédente chronique) se ressemblent beaucoup. Une façon de les distinguer est d’examiner leurs pattes. Les pattes des cercopes sont plus discrètes et partiellement cachées sous leurs ailes, alors que celles des cicadelles sont plus apparentes. De plus, les tibias des pattes postérieures des cicadelles sont munis de rangées d’épines bien visibles. En revanche, ceux des cercopes ne possèdent qu’un amas d’épines à leur extrémité.

De même, les cicadelles arborent fréquemment des couleurs vives, par opposition aux cercopes qui portent une robe plus sobre. C’est le cas de notre cicadelle en vedette, dont les bandes vertes et rouges des ailes se marient avec  la couleur jaune de la tête et des pattes. Joli agencement de couleurs, n’est-ce pas?

Fait intéressant, les cicadelles, tout comme les cercopes, n’utilisent que leurs deux premières paires de pattes pour marcher. Elles maintiennent leurs pattes postérieures rangées le long du corps et s’en servent uniquement pour bondir lorsque venu le temps de s’envoler. D’ailleurs, le nom commun anglais des cicadelles est « leafhopper », un nom représentatif de leur propension à bondir à la dernière minute lorsque l’on tente de les approcher… ou de les prendre en photo!

 

Pour en savoir plus

 

Qui a craché sur mes plantes?

Cercopidae Bave

Cette « bave » que l’on retrouve fréquemment sur les plantes est produite par la larve d’un hémiptère

Vous est-il déjà arrivé de trouver un amas de ce qui ressemblait à de la bave sur vos plantes? Pour ma part, j’en retrouve à chaque année en bonne quantité dans mes plates-bandes (il faut dire que j’ai beaucoup de plates-bandes)!

Ce qui est responsable de cette « bave », c’est un insecte. Il s’agit en particulier d’un hémiptère de la famille des cercopidae. La bave, c’est une substance collante que la larve du cercopidae expulse d’abord de son arrière-train, pour ensuite la faire mousser en exerçant des rotations avec le bas de son corps. Elle s’enduit peu à peu de cette substance qui la protège des prédateurs. Fait intéressant, chez certaines espèces,  il arrive que plusieurs individus partagent le même « lit » mousseux. Le record de taille s’élèverait à un « tas de bave » de un pied de long, partagé par une centaine d’individus. Ouf, ça en fait du jus!!!

L’été dernier, alors que je procédais à un nettoyage de mes plates-bandes, je suis tombée sur une larve qui me semblait à un stade de développement assez avancé. Comme je venais d’arracher son hôte, je me devais de la relocaliser… tout en profitant de cette occasion pour la prendre en photo. Comparativement à la plupart des larves de cercopes que j’avais vues et qui étaient vertes, celle-ci comportait de jolies couleurs, comme en témoigne la photographie ci-dessous. La larve a également profité de l’occasion pour se « trotter » le long de la tige arrachée, ce qui me permit de la prendre sous plusieurs angles!

Cercopidae Larve 1

Larve de cercope que j’ai dû relocaliser!

Les cercopes – et les hémiptères en général – ne sont pas nécessairement appréciés des jardiniers, puisqu’ils s’attaquent aux plantes. Ils possèdent un rostre, long appendice buccal dont ils se servent pour sucer la sève de différents types de plantes. Pour ma part, je les trouve jolis et je les laisse vivre. D’autant plus que j’ai remarqué que les amas de bave étaient en quasi-totalité situés à la base de plantes indésirables – dans mon cas, une sorte de campanule très envahissante et une sorte de graminée également très déterminée à se disperser partout dans mes plates-bandes!

En ce qui concerne les adultes, vous en avez sûrement déjà vu. Il s’agit de petits individus (environ un centimètre), dans des teintes de brun ou de beige, qui bondissent comme des petits ressorts lorsqu’on les approche… Ou encore qui nous bondissent au visage lorsqu’on tente de les tenir dans nos mains… chose qui m’est arrivée plus d’une fois!

Cercopidae Larve 2

Autre larve de cercope

Enfin, si jamais vous remarquez la présence de « bave » sur vos plantes, je serais très curieuse de savoir de quelles plantes il s’agit. On identifie les cercopes comme étant des insectes potentiellement nuisibles, or s’ils se nourrissent en grande partie de nos « mauvaises herbes », ils deviennent davantage nos alliés, qu’en pensez-vous?

 

Pour en savoir plus :

  • Dubuc, Y.      2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
  • Informations et photographies – Famille des cercopidae (adultes et larves): http://bugguide.net/node/view/145
  • Court article sur les cercopes qui parle aussi de leurs préférences alimentaires pour des plantes fixatrices d’azote: http://crawford.tardigrade.net/bugs/BugofMonth21.html