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Concours de photo 2017 – Partie 2 : Le thomise variable par Céline Benoit Anderson

Photographie gagnante par Céline Benoit Anderson

Photographie gagnante par Céline Benoit Anderson

Chose promise, chose due, je vous présente cette semaine un billet portant sur la seconde photographie élue favorite ex aequo lors du concours amical de photographie d’insectes 2017.

L’invertébré mis en vedette est un joli thomise variable (Misumena vatia), une araignée de la famille Thomisidae. À noter que je lis « la thomise variable » sur Internet, alors qu’Antidote me signale que « thomise » est masculin. Vous en serez avertis!

Cela dit, les thomises sont plus communément connus sous le nom d’araignées-crabes. Ils doivent cette appellation à leur démarche latérale qui rappelle celle d’un crabe; par ailleurs, ces araignées sont munies de pattes antérieures plutôt larges qui, elles aussi, peuvent faire penser au crustacé en question.

Misumena vatia photographiée avec une proie

Misumena vatia photographiée avec une proie

Misumena vatia sur de l’asclépiade, en bordure d’une route

Misumena vatia sur de l’asclépiade, en bordure d’une route

Butineurs : attention!

Butineurs : attention!

Ce qui surprend du thomise variable, c’est sa capacité à moduler sa couleur en fonction de son environnement. Les individus peuvent opter pour une coloration blanchâtre ou jaunâtre afin de se fondre au décor et duper leurs proies. Une fois la bonne teinte obtenue, ils demeurent immobiles sur les pétales des fleurs de couleur similaire, attendant le passage d’un insecte butineur. Le pauvre insecte n’a souvent pas la chance d’apercevoir ce maître du camouflage avant qu’il ne soit trop tard!

Le spécimen photographié par Céline est une femelle. Ces dernières sont de bonne taille : 6 à 9 mm, contre seulement 2,9 à 4 mm pour le mâle. Le dimorphisme sexuel (différence de la taille du corps selon le sexe) est chose courante chez les araignées et les thomises ne font pas exception. Cela dit, l’abdomen de la femelle est fréquemment (quoique pas tout le temps) flanqué de deux bandes roses. Le reste de son corps est généralement uni (blanc ou jaune). Le mâle, de son côté, est plus sombre : son céphalothorax et ses deux paires de pattes antérieures sont brun foncé ou rouille, alors que les deux paires de pattes postérieures, ainsi que l’abdomen, sont plus pâles. L’abdomen comporte également deux bandes brun-rougeâtre (voir cet exemple tiré de Bug Guide).

Comme on peut s’y attendre, ces jolies araignées sont communément observées dans les plates-bandes ou dans les champs où de nombreuses espèces de fleurs bourgeonnent. J’en ai aperçu à quelques reprises dans des rudbeckies et des onagres ornant des plates-bandes résidentielles (comme la photographie gagnante), ainsi que sur des asclépiades poussant en bordure de routes de campagne. À ce qu’il semble, on peut aussi retrouver des individus dans les verges d’or – une plante que j’affectionne, car on y retrouve toute une panoplie d’autres invertébrés (voir notamment cette chronique).

L’aire de répartition de notre arachnide est très vaste : elle s’étend du sud du Canada jusqu’au Mexique, recouvrant l’ensemble des États-Unis. Selon Bradley (2013), on peut rencontrer le thomise variable du mois de mai au mois d’août. Wikpédia, de son côté, précise que les juvéniles d’une année donnée hivernent dans la litière au sol; une fois le printemps venu, ils muent à nouveau et terminent leur cycle de vie pendant cette seconde saison estivale. Fait intéressant : après la ponte, les femelles demeurent avec leur sac d’œufs, qu’elles attachent à divers objets (notamment des feuilles repliées). Elles ne se nourrissent point pendant cette période et, peu après l’émergence de leurs rejetons, elles meurent. Il s’agit de mamans dévouées!

Sans surprise, ces araignées sont des prédateurs par excellence. Elles s’attaquent à toute proie de taille à être maîtrisée… ce qui constitue parfois des proies plus grosses qu’elles! Ainsi, comme toute araignée, il s’agit d’un invertébré bénéfique qui s’assure de réguler les populations d’insectes qui pourraient autrement s’avérer envahissants. Aussi, que vous aimiez les araignées ou non, ces individus colorés accrochent l’œil et sont agréables à regarder! Comme la photographie de notre seconde gagnante ex aequo!

 

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Bug Guide. Species Misumena vatia – Goldenrod Crab Spider. http://bugguide.net/node/view/6751
  • Evans, A.V. 2014. Beetles of Eastern North America. 560 p.
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.
  • Wikipédia. Misumena vatia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Misumena_vatia

L’araignée des jardins

L’araignée des jardins femelle – face à face!

L’araignée des jardins femelle – face à face!

Femelle qui a capturé un bourdon

Femelle qui a capturé un bourdon

Avec le retour de la saison chaude apparaissent ça et là des toiles orbiculaires tissées par des araignées bien connues de tous : les araignées des jardins ou épeires diadèmes (Araneus diadematus). Ces araignées très communes sont faciles à reconnaître à cause des marques plus pâles en forme de croix qui flanquent leur abdomen. Leur nom anglais « Cross orbweaver » souligne d’ailleurs cette caractéristique, de même que le terme français « diadème ».

Bien que cet arachnide soit très commun et qu’on tende à le considérer comme un invertébré indigène, il en est tout autre! Notre jolie araignée est originaire d’Europe et a été introduite il y a au moins une centaine d’années. Elle se retrouve au nord-est de l’Amérique du Nord, ainsi que sur la côte ouest entre la Colombie-Britannique et la Californie. Elle semble cependant peu présente dans les plaines centrales.

Les épeires diadèmes tissent leurs toiles sur n’importe quels supports, qu’ils soient rapprochés ou distancés d’un mètre ou deux. Puisque ces derniers incluent des objets communs qui nous entourent – par exemple des poteaux de corde à linge, des haies, des murs de maisons, des tables et des chaises de patios –, il n’est pas surprenant que nous ayons tous déjà reçu une belle grosse épeire en plein visage en fonçant dans sa toile. Cela vous est-il déjà arrivé?

Malgré la stupeur qui peut s’ensuivre, il faut savoir que les épeires sont peu agressives et préfèrent généralement prendre la fuite plutôt que de mordre. Lorsqu’elles ne sont pas dans une toile, ces dernières semblent d’ailleurs maladroites et mal à l’aise. Si, par malchance, vous vous faites mordre, les sources consultées suggèrent que l’effet ne sera guère pire qu’une piqûre de moustique ou qu’une légère piqûre d’abeille si elle se situe dans un endroit sensible.

Et que dire des toiles de ces championnes tisserandes? Il est fascinant d’observer une épeire s’affairant à bâtir sa toile. Il s’agit en effet d’une tâche qui prend beaucoup de minutie, comme le démontre cette vidéo tirée de YouTube, où l’on nous présente les étapes effectuées par l’araignée pour tisser sa toile. Aussi, plusieurs individus entretiennent leur toile sur une base quotidienne. Au lieu de se débarrasser de leur ancienne toile, ces derniers s’en nourrissent et recyclent ainsi les précieux nutriments qu’elle contient, avant de produire de la soie toute neuve!

À cet effet, les épeires produisent différents types de soies. Certaines sont très épaisses, tels des rubans, et servent à momifier tout insecte qui se retrouve captif de leur toile. J’avais justement déjà filmé une épeire en train de momifier un bourdon (vidéo ci-dessous). Voyez comme la soie est large et solide! Je n’aimerais franchement pas être de la taille du bourdon!

Une belle cachette pour déguster sa proie!

Une belle cachette pour déguster sa proie!

Épeire qui tisse sa toile

Épeire qui tisse sa toile

Hauteur parfaite pour recevoir une toile (et son épeire) en plein visage!

Hauteur parfaite pour recevoir une toile (et son épeire) en plein visage!

Sans vouloir être vulgaire, j’ai souvent entendu les araignées des jardins être baptisées « araignées à gros culs ». Cette appellation est sans nul doute associée à l’observation de femelles dont l’abdomen peut prendre des proportions impressionnantes, surtout vers la fin de l’été. Le dimorphisme sexuel est très répandu chez les araignées et les épeires ne font pas exception. Je trouvais d’ailleurs cette photographie tirée de BugGuide très parlante! Selon Bradley (2013), le mâle peut mesurer de 5,7 à 13 millimètres, alors que la femelle atteindrait entre 6,5 et 20 millimètres. Je dois avouer cependant avoir déjà observé, à l’automne, quelques femelles qui faisaient sans aucun doute plus de 20 mm de long!

De plus, ce sont généralement les femelles que l’on peut observer immobiles dans leur toile à l’affût d’une proie. Les mâles se font plus discrets. Ils sont notamment plus mobiles et se déplacent à la recherche d’une conquête convenable. Cela expliquerait également pourquoi ce sont surtout des mâles que je retrouve dans ma piscine. Je vous en avais déjà parlé : ma piscine est un piège-fosse géant dont je me sers pour collectionner mes invertébrés (je ne collecte que ce qui est déjà mort). Les mâles A. diadematus se promenant plus que les femelles, il est donc normal que j’en observe davantage dans ma piscine.

Paquin et Dupérré (2003) expliquent que les mâles de la famille Araneidae, dont font partie les épeires diadèmes, approchent les femelles avec précaution. Lorsqu’ils ont déniché une femelle à leur goût, ils titillent sa toile selon une séquence déterminée reconnue par la femelle. La femelle réceptive se met ainsi en position d’accouplement et laisse le mâle approcher. Cette manœuvre permet au mâle d’annoncer à la femelle qu’il n’est pas une proie – une bonne action à poser s’il ne veut pas se retrouver au menu!

Une fois fécondées, les grosses femelles chargées d’œufs fabriqueront un cocon protecteur dans lequel elles y déposeront leur progéniture. Bien que certaines espèces d’araignées prennent activement soin de leurs œufs et même de leurs jeunes lorsque éclos, cela ne semble pas être le cas des épeires diadèmes. Selon certaines des sources consultées, les femelles mourraient d’épuisement peu après avoir pondu leurs œufs et préparé leur cocon. Les œufs éclosent au printemps et libèrent des dizaines de toutes petites épeires déjà prêtes à tisser leur minuscule toile! Une observation que vous êtes peut-être en train de faire au moment même où je publie ces lignes!

 

Vidéo 1. Épeire diadème en train de momifier un bourdon.

 

Vidéo 2. Épeire diadème qui rapporte un bourdon vers sa cachette, après l’avoir momifié.

 

Vidéo 3. Épeire diadème qui tisse sa toile.

 

Pour en savoir plus

L’araignée qui se prend pour une fourmi

Aviez-vous deviné ce qui figurait sur la photographie-mystère de la semaine dernière? Un abdomen de fourmi, certains diront-ils? Si tel est le cas, vous avez été dupés par une araignée qui appartient à une famille habile dans les déguisements : les Corinnidae.

C. cingulata

Castianeira cingulata femelle sous la loupe de mon stéréomicroscope

C. cingulata_2

C. cingulata que j’avais retrouvé dans mon sous-sol; je l’ai libéré dans ma cour

En particulier, l’araignée en question est dite myrmécomorphe, c’est-à-dire qu’elle adopte une apparence qui ressemble à une fourmi. Comme l’indique Paquin et Dupérré (2003), c’est le cas des Corinnidae du genre Castianeira, dont fait partie l’invertébré examiné cette semaine.

L’individu observé sous la loupe de mon stéréomicroscope s’avère plus spécifiquement être une femelle de l’espèce Castianeira cingulata que j’ai trouvée morte dans ma piscine. Cette espèce peut également se reconnaître facilement à partir de photographies, sans examen détaillé sous le microscope. En effet, la première partie de son abdomen, située immédiatement après le céphalothorax, est munie de deux bandes blanches, alors que les autres espèces en portent plus de deux ou aucune. Son nom anglais est d’ailleurs le Twobanded antmimic, soit l’imitateur de fourmis à deux bandes (traduction maison)! C’est ainsi que j’ai pu confirmer que j’avais aussi quelques clichés de spécimens de C. cingulata dans ma banque – tous observés également dans ma cour. Visiblement, il semble que ma cour soit un environnement d’intérêt pour cette espèce!

Cela n’est pas surprenant pour deux raisons : la première concerne l’habitat et la seconde, le fait que j’ai beaucoup de fourmis sur mon terrain… l’une n’excluant sans doute pas l’autre!

Côté habitat, la documentation que j’ai consultée indique que les Castianeira se retrouvent au sol, dans les forêts et les champs, arpentant la litière de feuilles et les pierres. Étant donné que nous avons un boisé dans notre cour et que les parois de nos plates-bandes sont faites de centaines de pierres naturelles empilées les unes sur les autres, il semble que cet habitat soit tout à fait convenable pour nos jolies araignées.

C. cingulata_3

C. cingulata rescapé de ma piscine – dans ma main, pour un ordre de grandeur

C. cingulata_4

Autre vue sur C. cingulata rescapé de ma piscine

Par ailleurs, nous retrouverons beaucoup de nids de fourmis dans nos plates-bandes et notre terrain est constamment sillonné par ces dernières. Difficile de se faire dorer au soleil, couchés au sol, sans se faire chatouiller par d’innombrables petites fourmis! Selon Paquin et Dupérré (2003), les Castianeira sont fréquemment observés en compagnie de fourmis. Ils ne se contentent pas de les imiter sur le plan morphologique : ils adoptent aussi un comportement faisant penser à des fourmis. En effet, nos arachnides imitent même les faits et gestes des fourmis : ils effectuent des déplacements rapides et saccadés, en changeant brusquement de direction, à la manière d’une fourmi. De plus, ils poussent la ruse jusqu’à étirer et onduler leurs pattes au-dessus de leur tête, de sorte qu’elles ressemblent à des antennes!

Pourquoi, vous demandez-vous sans doute, est-ce que ces araignées ont « choisi » de ressembler à des fourmis? L’hypothèse la plus probable, selon Paquin et Dupérré (2003), est que les araignées diminuent ainsi le risque de prédation. Selon l’espèce en cause, les fourmis peuvent mordre, piquer ou encore éjecter un acide – appelé acide formique – qui n’a pas particulièrement bon goût. Bref, c’est une bonne idée de ressembler à une fourmi si l’on ne veut pas se retrouver sur le menu d’un prédateur!

En regardant les photographies que j’ai prises de ce groupe d’araignées, je n’ai pas l’impression qu’elles ressemblent tant à des fourmis. Toutefois, en effectuant des recherches sur Internet, je suis tombée sur quelques clichés de Corinnidae (pas nécessairement C. cingulata, cependant) qui étaient plutôt éloquents. Voir notamment cette photographie tirée de PBase. L’araignée se mêle fort bien aux fourmis, ne trouvez-vous pas?

Dernier fait intéressant : en 2003, Paquin et Dupérré écrivaient que C. cingulata était une espèce connue seulement de l’extrême sud de la province de Québec. Je ne sais pas si « l’extrême sud » signifiait aussi loin que la région de Québec, mais je peux confirmer que, en 2014 (date de collecte et de prise de mes photos), il y avait déjà plusieurs individus sillonnant une cour boisée dans le secteur ouest de la ville de Québec! Peut-être, après la lecture de la présente chronique, réaliserez-vous également que vous avez observé, près de chez vous, cette jolie araignée qui se prend pour une fourmi!

 

Vidéo 1. Courte vidéo d’un individu C. cingulata que j’ai rescapé de ma piscine. Si vous êtes fins observateurs, vous noterez que la vidéo s’arrête brusquement lorsque je réalise que l’araignée court très vite pour remonter le long de mon bras vers mon cou. Je l’avoue, bien que j’aime manipuler ces bêtes, je souffre d’une arachnophobie modérée et je les préfère quand je suis en mesure de les voir!

 

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Bug Guide. Species Castianeira cingulata – Twobanded Antmimic. http://bugguide.net/node/view/39889
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.
  • Wikipédia. Castianeirahttps://fr.wikipedia.org/wiki/Castianeira

Saute, saute, saute, petite araignée!

Eris militaris microscope

L’invertébré de la semaine dernière était une araignée sauteuse de l’espèce Eris militaris (mâle).

Eris militaris femelle

Eris militaris femelle : elle me regarde droit dans les yeux!

Lors de la dernière publication, je vous offrais une devinette au sujet d’un invertébré possédant de grands et jolis yeux. Aviez-vous deviné qu’il s’agissait d’une araignée et, plus particulièrement, d’une araignée sauteuse (Salticidae)?

Les salticides ou saltiques constituent une famille bien connue tant des profanes que des entomologistes plus aguerris. Elles sont communes et sont habituellement considérées comme étant plutôt jolies… pour des araignées! Leur corps compact, leur petite taille, ainsi que leurs grands yeux charmeurs y sont sans doute pour quelque chose.

D’ailleurs, la taille et la disposition des yeux sont uniques à cette famille. C’est par conséquent un attribut qui vous permettra de les distinguer sans faute des autres familles. Plus spécifiquement, parmi les huit yeux qui couronnent la tête des saltiques, les deux yeux antérieurs médians sont très grands et positionnés bien à l’avant de la capsule céphalique, là où on s’y attendrait pour d’autres types d’animaux comme des mammifères. C’est peut-être d’ailleurs cette similarité avec nous qui les rend si sympathiques? La paire d’yeux postérieurs médians, quant à elle, est à peine visible et située entre les deux autres paires d’yeux restants. J’ai trouvé ce schéma sur Internet qui illustre la disposition des yeux de cette famille. Êtes-vous en mesure d’identifier tous ces yeux sur la première photo de la présente chronique (mâle Eris militaris sous mon
stéréomicroscope)? Regardez attentivement!

La question que vous vous posez sans doute est « pourquoi possèdent-elles d’aussi grands yeux comparativement à d’autres familles d’araignées ? ». C’est pour mieux voir leurs proies, bien sûr! En effet, les araignées sauteuses sont des chasseuses hors pair. Contrairement à d’autres araignées qui attendent patiemment qu’une proie s’empêtre dans leur toile, les salticides chassent activement, que ce soit au sol, sur les murs de nos demeures ou sur tout autre support approprié. Une vue exceptionnelle est donc de mise si elles souhaitent viser juste et bondir sur la proie qui est dans leur mire.

Salticus scenicus femelle

La Salticus scenicus (ici une femelle) est couramment observée autours des maisons.

Naphrys pulex probable 1

Femelle Naphrys pulex. Quels jolis yeux!

Ce qui m’amène à vous parler d’un autre de leurs attributs : les salticides sont championnes dans les sauts en hauteur et en longueur. Si vous avez déjà pris le temps d’observer ces dernières se déplacer, ne serait-ce que quelques instants, il est certain que vous les avez vues bondir. Pour ma part, j’éprouve même de la difficulté à les photographier, car elles finissent toujours par sauter sur l’objectif de mon appareil. Mon hypothèse est qu’elles y voient leur reflet et qu’elles viennent enquêter de plus près, mais je n’en ai pas la certitude. Toutefois, cela m’arrive tellement souvent (au moins le deux tiers des individus que j’ai photographiés) que je serais curieuse d’en connaître la réponse. En auriez-vous une idée, chers lecteurs?

Les araignées sauteuses sont généralement de petite taille, soit aux environs de 3 à 7 millimètres. Cependant, je fus surprise de rencontrer l’été dernier un membre d’un genre de grande taille : l’araignée devait bien faire huit fois la taille en volume des individus communément rencontrés. Il s’agissait du genre Phidippus, le genre incluant la plus grosse espèce retrouvée au Québec selon Paquin et Dupérré (2003), P. purpuratus, d’une taille se chiffrant à plus de un centimètre. Selon les vérifications subséquentes que j’ai effectuées, mon spécimen serait justement une femelle de cette espèce. Aussi, comme à l’habitude, cette dernière jugea bon de bondir sur mon appareil photo lorsque je la pris en cliché et décida qu’elle y était bien à l’aise. J’eus de la difficulté à la déloger et décidai finalement de photographier ma caméra « assiégée » à l’aide de mon iPhone pour en témoigner! Ce cliché permet également d’apprécier la taille de la bête par rapport à l’objectif de ma caméra. Jolie, n’est-ce pas?

Phidippus purpuratus femelle

La Phidippus purpuratus (ici une femelle) est la plus grosse saltique du Québec. Je me sens jaugée!

Phidippus purpuratus femelle_2

Oh non, pas encore! Les Salticidae ont cette étrange manie de sauter sur mon appareil photo.

Phidippus purpuratus femelle_3

Même femelle P. purpuratus qui ne veut pas « lâcher » mon appareil photo.

Comme toutes les araignées, nos sympathiques saltiques sont des invertébrés bénéfiques : elles se nourrissent des autres insectes et invertébrés néfastes qui habitent autour de nos demeures. Leur menu est tellement vaste que je n’ai trouvé aucun détail à cet effet dans les sources consultées – comme si on les considérait comme des prédateurs, point final! Sans doute sont-elles en mesure de se nourrir de n’importe quel invertébré de taille à être maîtrisé!

Bien qu’elles ne tissent pas de toile comme les araignées tisseuses (toiles orbiculaires, en entonnoir, etc.; voir cette chronique), elles produisent tout de même de la soie. Elles s’ancrent généralement à leur support à l’aide d’un fil de soie avant de s’élancer. De même, j’ai été témoin à deux reprises de l’évasion d’un salticidé qui, pour échapper de mes mains, expulsa un fil de soie dans lequel le vent prit. Dans les deux cas, les individus s’échappèrent en s’envolant à l’aide de leur « parachute »! Bref, ils devaient en avoir assez de mes grands doigts inquisiteurs! Enfin, les saltiques utilisent leur soie pour se tisser des retraites où elles s’abritent pendant la nuit ou encore pour y pondre leurs œufs.

L’acuité visuelle des saltiques est telle qu’elles détecteraient même les mouvements exercés derrière elles. Elles auraient une vue de 360 degrés, rien de moins! C’est pour cette raison, comme le disent si bien Paquin et Dupérré (2003), qu’elles tendent à faire face à leur observateur et, par conséquent, qu’elles nous donnent l’impression qu’elles nous suivent des yeux. Je dois avouer que j’aime particulièrement ce comportement des araignées sauteuses. J’ai l’impression qu’elles sont intelligentes et qu’elles me jaugent… ou encore qu’elles m’écoutent quand je leur parle (oui, je fais cela)!

Pour terminer, la famille Salticidae est celle qui comprend le plus grand nombre d’espèces autour du globe. Au Québec, 43 espèces étaient répertoriées en 2003 par Paquin et Dupérré. Plusieurs de ces espèces sont très communes autour de nos demeures et affectionnent les murs et les fenêtres, comme par exemple Salticus scenicus, l’araignée sauteuse zébrée (traduction libre du nom anglais « zebra jumper »). Profitez-en pour les observer… et vous pourrez les voir vous observer en retour!

 

Vidéo 1. Femelle Naphrys pulex. On la voit bien regarder autour d’elle, utilisant ses yeux aiguisés et bougeant sa tête pour évaluer son environnement.

Pour en savoir plus

 

La tisseuse d’entonnoirs

A. potteri mâle 1

Agelenopsis potteri mâle

Pédipalpes

La toile en entonnoir caractéristique des Agelenidae

C’est avec enthousiasme que je vous entretiens cette semaine au sujet d’une famille d’araignées que j’ai bien à cœur : les Agelenidae. J’avais envie de vous parler de ce groupe d’arachnides depuis déjà belle lurette et l’occasion se présente enfin!

Pourquoi un tel enthousiasme pour des araignées qui, il faut le dire, ne figurent habituellement pas au top 10 des invertébrés les plus appréciés? D’une part, il s’agit du premier groupe d’araignées que j’ai appris à identifier à l’espèce. D’autre part, c’est une famille qui est omniprésente et pour laquelle j’ai moult anecdotes à raconter – incluant un retour en enfance lorsque j’habitais chez mes parents!

Commençons donc!

Que vous soyez spécialiste ou profane, vous connaissez sans aucun doute les agélénidés, et ce, pour deux raisons. Tout d’abord, les individus appartenant au genre Tegenaria – que l’on nomme communément « tégénaires » – sont associés aux habitations humaines. Ils s’abritent dans nos maisons où ils sont actifs pendant la majorité de l’année. Les tégénaires sont cosmopolites et sont retrouvées dans de nombreux pays autour du globe; elles sont donc bien connues des humains, qu’elles ont suivi dans leurs déplacements. Deuxièmement, les membres du genre Agelenopsis sont très communs autour de nos maisons. Leurs toiles en forme d’entonnoir sont caractéristiques et tapissent nos haies, clôtures et murs extérieurs. Bref, les Agelenidae nous côtoient de près.

C’est surtout ce second genre – Agelenopsis – que je connais davantage. Lorsque j’étais petite, les haies de thuyas entourant la maison familiale étaient parsemées de petites toiles en forme d’entonnoir. Je m’amusais alors à jeter de petits bouts de gomme sur la plate-forme bordant le creux de l’entonnoir afin de voir sortir, à grande vitesse, une araignée croyant attraper une proie. L’araignée déçue avait vite fait de décrocher mon bout de gomme et de le jeter par terre, puis de retourner dans son antre en attendant patiemment une vraie proie!

A. potteri mâle 2

A. potteri mâle – bien que rapides, les agélénidés peuvent être manipulés!

Agelenidae toile

Tout support est bon pour une toile d’Agelenidae

Fait que je ne savais pas à ce moment, la soie tissée par les Agelenidae n’est pas collante. Plutôt que de baser leur tactique de chasse sur une toile collante où leur proie reste coincée, ces araignées se fient à leur vitesse d’exécution. Ainsi, elles attendent patiemment, tapies dans leur retraite en forme d’entonnoir, qu’un insecte tombe dans leur toile. Vites comme l’éclair, elles bondissent sur l’individu en question. Il faut dire que leurs pattes sont munies de fins poils qui sont très sensibles aux vibrations – ce qui leur permet de réagir rapidement à tout stimulus! Cela inclut, bien sûr, des bouts de gomme jetés sur la toile!

Les Agelenopsis sont de taille moyenne et peuvent atteindre une longueur frôlant les 2 centimètres. Ces araignées se reconnaissent non seulement par les toiles en forme d’entonnoir qu’elles tissent, mais aussi par leur morphologie distincte : corps plutôt allongé, longues filières et, chez les mâles, longue spirale visible à l’œil nu ornant la partie ventrale des pédipalpes. Bien que d’autres familles d’araignées comprennent des individus tissant des toiles en forme d’entonnoir, ce seraient les agélénidés qui seraient les plus communs selon Bradley (2013). Si vous êtes attentifs aux différentes caractéristiques citées ci-dessus, vous devriez être en mesure de confirmer que les espèces observées sont ou non des Agelenidae.

La retraite en forme d’entonnoir est munie d’une seconde issue située à l’arrière de la toile. Cela permet à l’araignée de fuir de potentiels prédateurs. J’ai d’ailleurs pu observer un individu du genre Agelenopsis fuir une guêpe parasitoïde de cette façon. J’ai tout juste eu le temps de prendre une courte vidéo de la situation, que vous pouvez visionner à la fin de la présente chronique.

A. potteri mâle 3_Détails

Quelques trucs pour identifier un Agelenopsis

A. potteri versus A. utahana

A. potteri versus A. utahana

Les deux genres d’Agelenopsis présents au Québec sont Agelenopsis potteri et Agelenopsis utahana. Ces deux genres se côtoient dans la portion méridionale et sud de la province. A. utahana est cependant un peu plus nordique que A. potteri et se retrouverait jusqu’à la forêt boréale. À noter que, selon Paquin et Dupérré (2003), deux autres espèces pourraient aussi être retrouvées à l’extrême sud de la province : A. actuosa et A. emertoni. Avec les changements climatiques et l’extension d’aire vers le nord observée pour de nombreuses espèces animales et végétales, peut-être seront-elles de plus en plus remarquées dans le futur.

Pour ma part, je retrouve des membres de A. potteri et A. utahana régulièrement autour de ma demeure (à la hauteur de la ville de Québec). Ce sont d’ailleurs ces deux espèces d’araignées que j’ai appris à identifier en premier. En effet, j’ai commencé à recueillir les invertébrés qui tombaient dans ma piscine à la fin de l’été 2013. J’ai vite réalisé que les mois d’août et de septembre étaient des mois où les Agelenopsis – en particulier les mâles – se promenaient beaucoup au sol. En se déplaçant, ces derniers tombaient dans ma piscine qui est située à la hauteur du sol et s’y noyaient.

Comme mentionné plus tôt, les mâles arborent des structures en forme de spirale sous leurs pédipalpes qui s’avèrent représentatives du genre Agelenopsis. Chez A. potteri, la spirale est plus épaisse et se termine par une pointe recourbée qui fait penser à un petit crochet. On peut même apercevoir cette courbure sur les photographies d’individus vivants si l’on est attentifs. J’ai également remarqué que les individus A. utahana étaient généralement plus jaunâtres et n’arboraient pas de lignes brunes aussi distinctes que  A. potteri sur le céphalothorax. Il n’en demeure pas moins que Paquin et Dupérré (2003) précisent que la coloration peut être variable chez ces individus… La meilleure façon de les identifier à l’espèce sans avoir de doute est par conséquent d’examiner les pédipalpes. Pour ce qui est des femelles, la tâche est plus complexe et il faut préférablement les examiner sous une loupe stéréoscopique!

Si vous apercevez des araignées dans des toiles en forme d’entonnoir, vous saurez maintenant quelles caractéristiques examiner afin de savoir à quel individu vous faites face! Si le fait d’approcher ces araignées vous fait un peu peur, je peux vous rassurer : bien qu’ils soient rapides et plutôt voraces, toutes les sources que j’ai consultées s’entendent pour dire que les Agelenidae sont inoffensifs. Ils préféreront prendre la fuite avant d’attaquer! Comme l’adage le veut : les petites bêtes ne mangent pas les grosses!

 

Vidéo 1. Agelenopsis qui a fui par l’issue arrière de sa retraite alors qu’une guêpe parasitoïde tente de l’attraper en entrant par la partie avant. Échappée belle!

Pour en savoir plus