Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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DocBébitte en bref : une autre araignée rescapée!

Lycosidae piscine_1

Jolie femelle Lycosidae rescapée

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La dame en question, tout juste avant qu’elle ne décide de se cacher sous mon bracelet de montre

Lycosidae piscine_3

Quelques instants après avoir été délogée, elle semblait me regarder droit dans les yeux… À quoi pouvait-elle bien penser?

Enfin, l’hiver semble bel et bien avoir fait place au temps plus chaud! Chaque année, dès que la piscine dégèle, j’observe une myriade d’arthropodes qui s’y retrouvent prisonniers, comme dans un piège-fosse géant!

En examinant le contenu de l’écumoire ce matin, j’y trouvai une araignée-loup (famille Lycosidae), particulièrement grosse… Du moins, pour une personne qui a déjà souffert d’arachnophobie! Depuis quatre ou cinq années, je m’efforce de prendre ces petites bêtes dans mes mains afin de diminuer ma peur. Je ne m’étais pas encore fait mordre et j’ai bien craint l’être ce matin.

Comme plusieurs invertébrés que je manipule, l’araignée en question décida de prendre refuge sous ma montre. Or, quelques-uns des individus qui ont tenté l’expérience dans le passé trouvaient l’endroit un peu trop exigu et décidaient de me mordre! J’eus donc peur que l’araignée – envers laquelle je dois avouer bien humblement avoir ressenti une certaine crainte – ne choisisse de planter ses crocs dans mon poignet. Ce ne fut pas le cas et je réussis à la déloger avec une petite brindille et continuer de la prendre en photo. Ouf, je l’ai échappé belle!

La leçon? Jusqu’à maintenant, les araignées que j’ai manipulées semblent assez dociles et, même coincées sous un bracelet ou harcelées par une entomologiste qui tente de les faire sortir de leur cachette, elles ne sont pas tentées de mordre!

Je serais curieuse de connaître vos anecdotes à ce sujet. Est-ce que je me trompe? Les araignées sont-elles bel et bien passives en général? Fait-on erreur en les craignant autant?

Au plaisir de connaître vos impressions! Bonne fin de semaine!

Ni un moustique ni une tipule : les Dixidae!

Dixidae Larve

Larve de Dixidae dans ma main; il s’agit de petits insectes

Dixidae Larve 2

Larve de Dixidae observée au microscope

Dixidae Larve 3

Larves de Dixidae prélevées dans mon étang; on voit leur position typique en « U »

En voyant les prévisions météorologiques des prochains jours, je me suis dit que ce serait une bonne idée de vous parler d’invertébrés aquatiques. Après tout, ce sont les seuls qui seront enchantés par la surabondance de pluie prévue!

Trêve de plaisanteries! Je compte en fait vous entretenir au sujet d’un groupe peu connu : la famille Dixidae. Il s’agit de petites mouches (ordre des diptères) dont les larves présentent des caractéristiques faciles à reconnaître. Naturellement, vous aurez deviné que ces dernières prennent naissance et passent la totalité de leur stade larvaire sous l’eau!

Je ne connaissais pas ce groupe lorsque j’échantillonnais les rivières du Québec méridional pendant ma maîtrise et mon doctorat. C’est plutôt grâce au petit étang à poissons situé sur ma propriété (voir cette chronique), que je fis leur connaissance. J’en trouvai également à quelques reprises dans la piscine, lorsque nous tardâmes à la démarrer parce qu’elle était brisée.

En effet, ces larves préfèrent les habitats où le courant est lent. En particulier, elles sont observées plus fréquemment dans les zones d’eau peu profonde, dominées par les herbiers de plantes aquatiques et situées en bordure de cours d’eau et de plans d’eau variés. Elles sont typiquement observées à la surface de l’eau, au repos, leur corps formant une sorte de U inversé : tête dans l’eau, milieu du corps légèrement au-dessus de l’eau et bout de l’abdomen frôlant la surface.

Leur mode de locomotion est double : parfois, elles nagent en pliant et dépliant rapidement leur abdomen. Elles sont aussi capables de ramper et de grimper sur des objets humides situés à la marge du milieu aquatique où elles évoluent. En ce qui concerne leurs habitudes alimentaires, leurs pièces buccales sont munies de franges poilues qui leur permettent de filtrer l’eau qu’elles font circuler près de leur bouche. C’est ainsi qu’elles parviennent à collecter des détritus de tous genres : algues, microorganismes, débris végétaux, etc. Les larves matures seraient également en mesure de brouter les algues et microorganismes qui se déposent sur les végétaux et les roches.

À l’instar d’un bon nombre d’espèces de moustiques (cette chronique), les jeunes Dixidae « respirent » sous l’eau en aspirant l’air présent au-dessus de l’eau à l’aide de stigmates situés au bout de leur abdomen. Toutefois, contrairement aux moustiques qui possèdent un tube respiratoire, les stigmates des Dixidae ne trônent pas au sommet d’une telle protubérance. J’ai pensé bon vous présenter une photographie où l’on peut comparer les deux mécanismes. On y voit notamment les stigmates du Dixidae – deux petits ronds sombres tels des « yeux ».

Dixidae vs Culicidae 1

Dixidae à gauche versus Culicidae (moustique) à droite

Quand vient le temps de se métamorphoser, les larves se hissent hors de l’eau et se transforment en pupe. Elles choisissent un endroit frais et à l’abri de toute dessiccation, habituellement très près du milieu aquatique d’origine.

L’adulte qui en émerge ressemble beaucoup à un maringouin, ou encore à une petite tipule. Tout petit (5 mm ou moins), son corps est allongé et est muni de longues pattes fines. Il ne pique pas et s’avère, par conséquent, inoffensif. En visionnant quelques photographies sur BugGuide d’adultes Dixidae, j’ai réalisé que j’en avais possiblement déjà pris en photographie, mais que je les avais confondus pour une petite espèce de tipule. J’observe annuellement de petits individus correspondant à ce signalement près de mon étang. Au moment de l’écriture du présent billet, je dois cependant vous avouer bien humblement que je ne me sens pas habilitée à identifier les adultes hors de tout doute et que j’ai encore beaucoup à apprendre. Les intéressés pourront néanmoins tenter leur chance à l’aide des précisions offertes par les diverses sources citées à la section « Pour en savoir plus ». Peut-être aurais-je moi-même l’occasion de vous en parler plus en détail lors d’une prochaine chronique!

Dixidae vs Culicidae 2

Les terminaisons de l’abdomen sont faciles à distinguer – Dixidae à gauche et Culicidae à droite

Les larves, en revanche, ne ressemblent à aucun autre diptère et il est aisé de les identifier d’un simple coup d’œil. Examinez attentivement le bout de leur abdomen : il est constitué de deux lobes bordés d’une frange de poils, lesquels encadrent un appendice pointu qui est, lui aussi, muni de plusieurs poils. Le corps a sensiblement le même diamètre du bout de l’abdomen à la tête, contrairement à la larve du maringouin dont les segments du thorax sont fusionnés pour former un segment nettement plus large que le reste du corps. Étant donné que ces deux groupes partagent les mêmes milieux de vie et qu’ils ont une allure similaire, ils risquent plus facilement d’être confondus!

Maintenant, il ne vous reste plus qu’à aller observer les insectes qui semblent flotter en marge d’étangs, de lacs ou de rivières calmes… lorsque la pluie aura cessé, bien sûr! Bonne fin de semaine malgré tout!

 

Vidéo 1. Larves de Dixidae observées au microscope. Vers le milieu de la vidéo, on peut voir le mouvement exercé par les pièces buccales d’un des individus.

 

Vidéo 2. Mouvement et position typique en « U » des larves de Dixidae.

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Bug Guide. Family Dixidae – Meniscus Midges. http://bugguide.net/node/view/193839
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Wikipedia. Dixidae. https://en.wikipedia.org/wiki/Dixidae

Festival des insectes 2017 : jamais deux sans trois!

Vous vous demandiez peut-être pourquoi je n’avais pas publié de chronique complète DocBébitte au courant des dernières semaines? J’étais affairée à préparer une conférence, ainsi que du matériel entomologique que je comptais présenter lors de la troisième édition du Festival des insectes à l’Aquarium du Québec.

Cet événement, organisé conjointement par La Bibitte Mobile et l’Aquarium du Québec, en est un très attendu dans la région chaque année. À l’instar de 2015 et de 2016, je vous brosse à nouveau le portrait des attractions dont on pouvait profiter.

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Spécimens vivants et naturalisés se côtoient

Festival2017_Victor

Comme à chaque année, Victor l’Insecteur charme l’auditoire

Festival2017_Volière

Volière à papillons

Comme chaque année, un kiosque de dégustation d’insectes permettait aux audacieux de croquer quelques arthropodes cuisinés. Pour ma part, j’ai engouffré quelques grillons à la lime, ainsi que deux morceaux de galette aux grillons. J’aurais volontiers dégusté les grillons au chocolat et au caramel, mais je dus passer mon tour à cause de restrictions alimentaires temporaires pour petits problèmes de santé (oui, vivre sans chocolat semble possible!). J’ai particulièrement aimé la galette – d’où la récidive!

Une quantité impressionnante d’invertébrés naturalisés était également étalée pour le plaisir de nos yeux. Certains individus étaient même en vente pour les participants avides d’augmenter la taille de leur propre collection.

De plus, il était possible d’observer et de manipuler diverses espèces d’invertébrés bien vivants. C’est ainsi que je pus constater que la force des pinces d’un scorpion équivaut à celle d’une écrevisse québécoise! Le scorpion que j’avais entre les mains ne voulait visiblement pas quitter une DocBébitte aussi chaleureuse! Ce dernier s’accrocha effectivement avec force à mon doigt lorsque le bénévole responsable des manipulations tenta de le reprendre par le bout de l’abdomen. Heureusement, cette petite aventure me permet maintenant de dire aux gens qui ont peur de se faire pincer qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir! J’ai survécu!

Malgré les risques très faibles d’incidents, des insectes un peu moins intimidants étaient tout de même disponibles aux fins de manipulation : chenilles, ténébrions et papillons qui, pour leur part, se laissaient admirer dans une volière où l’on pouvait circuler à souhait. La volière à papillons était située dans un bâtiment où il était aussi possible d’épingler ses propres insectes ou encore de confectionner des colliers à l’aide d’insectes naturalisés.

Pour couronner le tout, des conférences enrichissantes et divertissantes étaient offertes en rotation sous un chapiteau. Je dois avouer avoir été charmée par le dynamisme et l’aisance des différents conférenciers de milieux et d’âges variés. J’ai beaucoup appris. En outre, saviez-vous que certains insectes se font exploser la tête pour protéger leur colonie, qu’un ver coupé en deux ne forme pas deux vers contrairement à ce qu’en dit le mythe associé… Ou encore que certains entomologistes ont passablement peur des araignées? Je ne nommerai personne! Votre humble chroniqueuse faisait partie de la distribution. Je me suis en effet amusée à entretenir les visiteurs sur mon dada : les invertébrés aquatiques!

Je vous invite à jeter un coup d’œil à la galerie photos qui offre quelques souvenirs de l’événement. J’en reviens personnellement énergisée… et prête pour la 4e édition! À l’année prochaine!

 

Galerie photos

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Présentation sur les papillons de la famille Saturnidae, par Yves Dubuc

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Jean-Michel Béland nous a fait découvrir les super pouvoirs des insectes!

Festival2017_ACotton-Gagnon

Anne Cotton-Gagnon brise plusieurs mythes sur les invertébrés

Festival2017_LLeclerc

Ludovic Leclerc parle du mimétisme et des techniques de défense

Festival2017_NBedard

Nicolas Bédard relate son voyage au Costa-Rica

Festival2017_POOuellet

Sous le thème « perles de volcans, explosions de couleurs structurales », Pierre-Olivier Ouellet nous parle des « bijoux » d’invertébrés!

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DocBébitte en pleine action! Merci à Gilles Arbour pour ce cliché!

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L’impressionnante mygale Goliath de Victor L’Insecteur

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Scorpion que j’ai pu manipuler (avant qu’il ne me pince!)

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Kiosque de dégustation

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Grillons à la lime ou galette aux grillons? Seriez-vous tentés?

Joyeuses Pâques 2017!

Le printemps pointe tranquillement le bout du nez et avec lui reviennent nos insectes et invertébrés bien-aimés! Pâques marque souvent ce moment où la neige se retire pour faire place aux plates-bandes et aux fleurs qui les composent… et qui dit fleurs dit, bien sûr, pollinisateurs et prédateurs associés!

C’est donc sur quelques photos printanières que je vous souhaite de passer de très joyeuses Pâques 2017!

Caroline, alias DocBébitte!

Morio printemps

Les Morios sont parmi les premiers insectes à sortir de leur abri hivernal

Zelus luridus_2016

Réveil printanier pour ce réduve qui a passé l’hiver sous la couverture de feuilles

Coccinelle à sept points 3

Coccinelle à sept points sur un bourgeon de lilas

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Les bombyles peuvent être observés assez tôt en avril-mai

Comme un poisson dans l’eau!

Notonecte

Cette notonecte se sent comme un poisson dans l’eau!

C’est le Poisson d’avril! Moi qui cherchais justement une autre raison pour vous entretenir au sujet des insectes aquatiques! Me voilà servie! En cette journée thématique, pourquoi ne pas vous parler de quelques stratégies utilisées par nos fameux arthropodes pour se mouvoir sous l’eau? Le tout, bien sûr, agrémenté de plusieurs vidéos!

Première méthode au menu : les rames! Plusieurs insectes possèdent des pattes bordées de longs poils dont ils se servent telles des rames. C’est le cas notamment des notonectes et des dytiques. Dans la vidéo ci-dessous, on peut observer un dytique adulte à l’œuvre. Voyez comment il se propulse en donnant de vigoureux coups de ses pattes postérieures!

 

Deuxième mode de déplacement : le jet d’eau! Les naïades de libellules du sous-ordre Anisoptera ont une façon bien originale de se déplacer rapidement. Elles possèdent une cavité abdominale qui sert de chambre pour protéger leurs branchies (qui sont, de toute évidence, internes!). Elles pompent l’eau du milieu environnant dans cette chambre par le biais de leur rectum, rien de moins… L’oxygène présent dans l’eau est diffusé vers les branchies; dans un second temps, l’eau dépouillée d’oxygène est expulsée par le même orifice, générant un jet d’eau. Fait intéressant, la naïade se sert de ce jet, qu’elle éjecte avec plus ou moins de vigueur, pour se propulser sous l’eau.

 

Troisième cas : le poisson! À l’instar des poissons qui les entourent, certains insectes se déplacent sous l’eau en donnant des « coups de queue ». C’est le cas de certaines naïades d’éphémères qui utilisent leur abdomen, qu’elles plient et déplient vivement, à cette fin. Aidées de leur longue « queue » (cerques et filament médian), ce mouvement les propulse efficacement à travers la colonne d’eau. Certains de ces taxons sont d’ailleurs appelés « Minnow mayfly » – soit « éphémère-méné » (traduction libre DocBébitte!). On peut voir ce mouvement effectué par un des individus au début de la courte vidéo ci-dessous.

 

Quatrième mode : le tortillement! Parfois, il n’est pas nécessaire de nager de façon très gracieuse pour se déplacer. Certains insectes gigotent et se tortillent si rapidement qu’ils parviennent à changer de localisation, voire s’échapper de quelque prédateur qui serait à leur trousse. Les larves de chironomes en sont un bon exemple : elles s’agitent tellement qu’elles parviennent à s’élever et se mouvoir dans la colonne d’eau. J’avais pris une vidéo, il y a quelques années, alors que ma piscine était brisée et qu’elle s’était retrouvée colonisée par plusieurs espèces d’invertébrés aquatiques. On peut y voir des chironomes (et quelques autres diptères) y nager en très grande quantité. Les voyez-vous se tortiller?

 

Cinquième cas : les piètres nageurs! Certains insectes vivant sous l’eau ne seront jamais des champions olympiques. Il s’agit souvent de prédateurs qui peuvent chasser immobiles, à l’affut, et qui n’ont pas besoin de fuir rapidement. Un bon exemple est la ranatre, dont les longues pattes effilées ne sont pas adaptées à la nage. Elle préfère de loin se déplacer lentement parmi les débris végétaux, comme en témoigne cette dernière vidéo.

 

Cette chronique ne se voulait pas exhaustive quant à l’ensemble des moyens utilisés par les insectes pour se déplacer sous l’eau. J’ose espérer qu’elle vous aura tout de même permis d’en savoir un peu plus au sujet de ces sympathiques arthropodes qui, dans nos lacs et rivières, se sentent comme un poisson dans l’eau!

 

Pour en savoir plus

  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Hauer, F.R., et G.A. Lamberti. 2007. Methods in stream ecology. 877 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.