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DocBébitte en bref : Quel couvre-chef!

Drôle de couvre-chef

Drôle de couvre-chef

Et il bouge!

Et il bouge!

La fin de semaine dernière, je me suis affairée à nettoyer l’étang à poissons, comme je le fais chaque printemps. Il s’agit d’une tâche que j’aime bien exécuter : enfiler mes bottes-salopettes et jouer dans la boue, les algues et tout un tas de résidus végétaux! La raison pour laquelle je dois faire ce nettoyage est fort simple : si je laissais toute cette matière organique dans l’étang, les bactéries qui la décomposent engendreraient un manque en oxygène et une qualité de l’eau qui pourraient s’avérer nocifs pour mes poissons adorés – qui, il faut le dire, passent l’hiver dans des aquariums, bien au chaud à l’intérieur.

Bref, chaque année, cette activité devient en quelque sorte une chasse au trésor : quelques invertébrés bien spéciaux prennent refuge dans mon étang – outre les très communs moustiques, chironomes et Dixidae.

Cette année, ce sont deux naïades de libellules de la famille Aeshnidae que j’eus l’honneur de découvrir. Et, oh, surprise, l’une d’entre elles portait un couvre-chef très spécial… et vivant! Cette dernière s’avérait parasitée par une sangsue qui s’agitait alors que je manipulais ma belle naïade hors de l’eau.

C’est un mélange de curiosité et de pitié pour ces libellules que j’aime tant qui me conduisit à retirer la sangsue de la tête de la naïade. Tenant la sangsue dans une pince, ne tirant celle-ci que très légèrement, je fus surprise de voir qu’elle lâcha prise rapidement. Comme vous le savez, je préfère préserver uniquement les invertébrés trouvés déjà morts dans ma collection. Je me permis cependant une petite entorse à cette habitude afin de pouvoir examiner la sangsue de plus près, sous le stéréomicroscope. Cette dernière se retrouva par conséquent dans une fiole remplie d’alcool… et sous la loupe de mon appareil binoculaire!

Le résultat de l’examen approfondi vous est présenté parmi les photographies agrémentant la présente chronique. Il en est de même pour quelques photos et une vidéo de l’Aeshnidae portant fièrement son couvre-chef! Aviez-vous déjà vu quelque chose de tel?

 

Vidéo 1. Remarquez la sangsue qui s’agite sur la tête de la naïade!

 

Quelques autres photographies, pour le plaisir de vos yeux!

Vue dorsale

Vue dorsale

4. Gauche : la sangsue était très petite. Haut à droite : vue ventrale. Bas à droite : vue dorsale.

Gauche : la sangsue était très petite. Haut à droite : vue ventrale. Bas à droite : vue dorsale.

La belle, enfin libérée de son parasite!

La belle, enfin libérée de son parasite!

L’araignée des jardins

L’araignée des jardins femelle – face à face!

L’araignée des jardins femelle – face à face!

Femelle qui a capturé un bourdon

Femelle qui a capturé un bourdon

Avec le retour de la saison chaude apparaissent ça et là des toiles orbiculaires tissées par des araignées bien connues de tous : les araignées des jardins ou épeires diadèmes (Araneus diadematus). Ces araignées très communes sont faciles à reconnaître à cause des marques plus pâles en forme de croix qui flanquent leur abdomen. Leur nom anglais « Cross orbweaver » souligne d’ailleurs cette caractéristique, de même que le terme français « diadème ».

Bien que cet arachnide soit très commun et qu’on tende à le considérer comme un invertébré indigène, il en est tout autre! Notre jolie araignée est originaire d’Europe et a été introduite il y a au moins une centaine d’années. Elle se retrouve au nord-est de l’Amérique du Nord, ainsi que sur la côte ouest entre la Colombie-Britannique et la Californie. Elle semble cependant peu présente dans les plaines centrales.

Les épeires diadèmes tissent leurs toiles sur n’importe quels supports, qu’ils soient rapprochés ou distancés d’un mètre ou deux. Puisque ces derniers incluent des objets communs qui nous entourent – par exemple des poteaux de corde à linge, des haies, des murs de maisons, des tables et des chaises de patios –, il n’est pas surprenant que nous ayons tous déjà reçu une belle grosse épeire en plein visage en fonçant dans sa toile. Cela vous est-il déjà arrivé?

Malgré la stupeur qui peut s’ensuivre, il faut savoir que les épeires sont peu agressives et préfèrent généralement prendre la fuite plutôt que de mordre. Lorsqu’elles ne sont pas dans une toile, ces dernières semblent d’ailleurs maladroites et mal à l’aise. Si, par malchance, vous vous faites mordre, les sources consultées suggèrent que l’effet ne sera guère pire qu’une piqûre de moustique ou qu’une légère piqûre d’abeille si elle se situe dans un endroit sensible.

Et que dire des toiles de ces championnes tisserandes? Il est fascinant d’observer une épeire s’affairant à bâtir sa toile. Il s’agit en effet d’une tâche qui prend beaucoup de minutie, comme le démontre cette vidéo tirée de YouTube, où l’on nous présente les étapes effectuées par l’araignée pour tisser sa toile. Aussi, plusieurs individus entretiennent leur toile sur une base quotidienne. Au lieu de se débarrasser de leur ancienne toile, ces derniers s’en nourrissent et recyclent ainsi les précieux nutriments qu’elle contient, avant de produire de la soie toute neuve!

À cet effet, les épeires produisent différents types de soies. Certaines sont très épaisses, tels des rubans, et servent à momifier tout insecte qui se retrouve captif de leur toile. J’avais justement déjà filmé une épeire en train de momifier un bourdon (vidéo ci-dessous). Voyez comme la soie est large et solide! Je n’aimerais franchement pas être de la taille du bourdon!

Une belle cachette pour déguster sa proie!

Une belle cachette pour déguster sa proie!

Épeire qui tisse sa toile

Épeire qui tisse sa toile

Hauteur parfaite pour recevoir une toile (et son épeire) en plein visage!

Hauteur parfaite pour recevoir une toile (et son épeire) en plein visage!

Sans vouloir être vulgaire, j’ai souvent entendu les araignées des jardins être baptisées « araignées à gros culs ». Cette appellation est sans nul doute associée à l’observation de femelles dont l’abdomen peut prendre des proportions impressionnantes, surtout vers la fin de l’été. Le dimorphisme sexuel est très répandu chez les araignées et les épeires ne font pas exception. Je trouvais d’ailleurs cette photographie tirée de BugGuide très parlante! Selon Bradley (2013), le mâle peut mesurer de 5,7 à 13 millimètres, alors que la femelle atteindrait entre 6,5 et 20 millimètres. Je dois avouer cependant avoir déjà observé, à l’automne, quelques femelles qui faisaient sans aucun doute plus de 20 mm de long!

De plus, ce sont généralement les femelles que l’on peut observer immobiles dans leur toile à l’affût d’une proie. Les mâles se font plus discrets. Ils sont notamment plus mobiles et se déplacent à la recherche d’une conquête convenable. Cela expliquerait également pourquoi ce sont surtout des mâles que je retrouve dans ma piscine. Je vous en avais déjà parlé : ma piscine est un piège-fosse géant dont je me sers pour collectionner mes invertébrés (je ne collecte que ce qui est déjà mort). Les mâles A. diadematus se promenant plus que les femelles, il est donc normal que j’en observe davantage dans ma piscine.

Paquin et Dupérré (2003) expliquent que les mâles de la famille Araneidae, dont font partie les épeires diadèmes, approchent les femelles avec précaution. Lorsqu’ils ont déniché une femelle à leur goût, ils titillent sa toile selon une séquence déterminée reconnue par la femelle. La femelle réceptive se met ainsi en position d’accouplement et laisse le mâle approcher. Cette manœuvre permet au mâle d’annoncer à la femelle qu’il n’est pas une proie – une bonne action à poser s’il ne veut pas se retrouver au menu!

Une fois fécondées, les grosses femelles chargées d’œufs fabriqueront un cocon protecteur dans lequel elles y déposeront leur progéniture. Bien que certaines espèces d’araignées prennent activement soin de leurs œufs et même de leurs jeunes lorsque éclos, cela ne semble pas être le cas des épeires diadèmes. Selon certaines des sources consultées, les femelles mourraient d’épuisement peu après avoir pondu leurs œufs et préparé leur cocon. Les œufs éclosent au printemps et libèrent des dizaines de toutes petites épeires déjà prêtes à tisser leur minuscule toile! Une observation que vous êtes peut-être en train de faire au moment même où je publie ces lignes!

 

Vidéo 1. Épeire diadème en train de momifier un bourdon.

 

Vidéo 2. Épeire diadème qui rapporte un bourdon vers sa cachette, après l’avoir momifié.

 

Vidéo 3. Épeire diadème qui tisse sa toile.

 

Pour en savoir plus

DocBébitte en bref : une autre araignée rescapée!

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Jolie femelle Lycosidae rescapée

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La dame en question, tout juste avant qu’elle ne décide de se cacher sous mon bracelet de montre

Lycosidae piscine_3

Quelques instants après avoir été délogée, elle semblait me regarder droit dans les yeux… À quoi pouvait-elle bien penser?

Enfin, l’hiver semble bel et bien avoir fait place au temps plus chaud! Chaque année, dès que la piscine dégèle, j’observe une myriade d’arthropodes qui s’y retrouvent prisonniers, comme dans un piège-fosse géant!

En examinant le contenu de l’écumoire ce matin, j’y trouvai une araignée-loup (famille Lycosidae), particulièrement grosse… Du moins, pour une personne qui a déjà souffert d’arachnophobie! Depuis quatre ou cinq années, je m’efforce de prendre ces petites bêtes dans mes mains afin de diminuer ma peur. Je ne m’étais pas encore fait mordre et j’ai bien craint l’être ce matin.

Comme plusieurs invertébrés que je manipule, l’araignée en question décida de prendre refuge sous ma montre. Or, quelques-uns des individus qui ont tenté l’expérience dans le passé trouvaient l’endroit un peu trop exigu et décidaient de me mordre! J’eus donc peur que l’araignée – envers laquelle je dois avouer bien humblement avoir ressenti une certaine crainte – ne choisisse de planter ses crocs dans mon poignet. Ce ne fut pas le cas et je réussis à la déloger avec une petite brindille et continuer de la prendre en photo. Ouf, je l’ai échappé belle!

La leçon? Jusqu’à maintenant, les araignées que j’ai manipulées semblent assez dociles et, même coincées sous un bracelet ou harcelées par une entomologiste qui tente de les faire sortir de leur cachette, elles ne sont pas tentées de mordre!

Je serais curieuse de connaître vos anecdotes à ce sujet. Est-ce que je me trompe? Les araignées sont-elles bel et bien passives en général? Fait-on erreur en les craignant autant?

Au plaisir de connaître vos impressions! Bonne fin de semaine!

De miniatures oursons aquatiques

Il arrive parfois que l’on fasse des découvertes inattendues. J’avais souvent entendu parler de ces fameux tardigrades – que l’on appelle communément « oursons d’eau ». Je ne me doutais cependant pas que j’allais en observer en examinant sous le stéréomicroscope un filtre usé provenant d’un de mes aquariums.

Ce qu’il faut dire, c’est que les tardigrades sont des invertébrés microscopiques que l’on ne peut habituellement voir à l’œil nu. Selon les sources, la taille des adultes varie de 0,05 à 1,5 mm de long (moyenne de 250 à 500 microns), certaines espèces étant plus grandes que d’autres. À mon esprit, ils étaient si petits que je ne croyais pas en voir avec les outils que j’avais en main.

Filtre aquarium

Filtre usé qui a servi à filtrer l’eau d’un de mes aquariums; les fourreaux de chironomes sont visibles à l’œil nu

Si vous me connaissez, vous savez que j’adore le monde des invertébrés aquatiques. Je me suis donc amusée récemment à examiner un des filtres de mes aquariums que je venais de remplacer. Ce dernier était couvert de petits fourreaux construits par des chironomes et je m’attendais en fait à observer des larves de ces petites mouches (qui vivent dans les milieux aquatiques, comme je le mentionne dans cette chronique). Quelle ne fut pas ma surprise de voir, non pas des chironomes, mais tout un tas de petites masses blanches ramper sur la mousse du filtre. Au début, je me demandais s’il s’agissait de larves microscopiques d’autres insectes : en particulier, elles ressemblaient à de très petits trichoptères avec leur corps mou et leur paire de pattes situées au bout du dernier segment de l’abdomen. Tentant de mieux distinguer les petites formes rampantes, je pus éventuellement détecter la présence de huit courtes pattes qui semblaient non segmentées. De surcroit, les individus me faisaient penser à de petits rats (voire des oursons) chauves… je venais d’observer mes premiers tardigrades en direct!

J’ai agrémenté la présente chronique de deux courtes vidéos où l’on peut apercevoir de petites masses blanches globuleuses se déplacer lentement sur mon filtre. D’ailleurs, le terme « tardigrade » signifierait « marcheur lent ». Cela sied bien aux individus à démarche nonchalante que j’ai pu observer!

Malheureusement, la résolution de mon stéréomicroscope ne me permettait pas de vous présenter des images plus précises de ces minuscules invertébrés. Il existe cependant des photos et des vidéos bien plus nettes sur Internet, dont celle-ci où le rapprochement se fait de façon progressive sur le tardigrade. Ne trouvez-vous pas que ces bêtes ressemblent à de petits rats chauves? Ou encore, comme leur nom le suggère, à une sorte d’ourson?

Tardigrade sur filtre

C’est qu’ils sont petits, ces tardigrades! Agrandissement de 45x d’un tardigrade sur un fourreau de chironome.

Tardigrades_Thorp&Covich2001

Clichés de tardigrades tirés de Thorp et Covich (2001)

Ce qui est le plus étonnant chez ces petits animaux, c’est qu’ils sont extrêmement tolérants et résistent à des conditions qui tueraient tout autre animal. À titre d’exemple, des tardigrades ont été exposés au vide spatial… et ont survécu! Ceux-ci sont également très résistants aux rayonnements comme les rayons X ou les ultraviolets. Par ailleurs, ils peuvent survivre à une déshydratation extrême (passer d’une proportion d’eau corporelle de plus de 80% à moins de 3%), de même qu’à des températures extrêmement froides (-272 °C) ou chaudes (150 °C)!

Quel est leur secret? C’est la cryptobiose. Il s’agit d’un ralentissement prononcé du métabolisme où l’organisme cesse toute activité : croissance, reproduction et vieillissement sont mis sur pause. Différentes formes de cryptobioses sont décrites par Thorp et Covich (2001). Celle qui semble être la plus répandue – c’est du moins celle à laquelle on semble faire le plus souvent référence sur Internet, bien qu’on ne la nomme pas telle quelle – serait l’anhydrobiose. Dans ce cas, le tardigrade se roule en boule compacte et rétracte ses pattes et sa tête. Il se déshydrate presque entièrement de sorte à ne former qu’un petit « tonneau ». De plus, l’eau de son corps est remplacée par un sucre (le tréhalose), ce qui l’empêche de geler. On peut voir un tardigrade qui se déshydrate dans cette vidéo dénichée sur YouTube. Malgré les apparences, le tardigrade est bien vivant et peut « revenir à la vie » lorsque les conditions environnementales redeviennent propices. À  noter que ce ne sont pas toutes les espèces de tardigrades qui possèdent cette capacité étonnante; Thorp et Covich (2001) indiquent en effet que les espèces des milieux aquatiques seraient moins habiles en la matière que leurs consœurs plus « terrestres ».

À ce sujet, ces petites bêtes tolérantes sont retrouvées un peu partout autour du globe : des très hautes montagnes aux fosses océaniques, ainsi que des régions tropicales jusqu’aux régions polaires! On les retrouve particulièrement dans les mousses et les lichens, où elles se nourrissent d’algues, de petits invertébrés et de divers débris végétaux. Il n’est donc pas surprenant que j’en aie observé plusieurs dans la mousse de mon filtre… un habitat visiblement propice pour ces étranges animaux! Aussi, malgré leur nom « oursons d’eau », il semble qu’on ne retrouve pas les tardigrades uniquement sous l’eau. Les endroits à fort taux d’humidité, dont le substrat au sol, la litière de feuilles, ainsi que les mousses et lichens, semblent également constituer un milieu de vie adéquat. Une des sources consultées indique en fait que ces tardigrades seraient « limnoterrestres », c’est-à-dire qu’ils vivraient dans de minuscules poches d’eau interstitielle. Selon Thorp et Covich (2001), tous les tardigrades, quel que soit leur habitat, requièrent d’être recouverts d’une mince couche d’eau pour être actifs. Ils ont donc indubitablement besoin d’eau pour survivre!

Les tardigrades jouent un rôle important dans les chaînes alimentaires : ils sont à la base de l’alimentation de maints invertébrés aquatiques ou terrestres : nématodes, mites d’eau (hydrachnida), collemboles, larves d’insectes, araignées et autres tardigrades. S’ils ne sont pas dévorés, ils peuvent vivre de 3 à 30 mois (selon l’espèce). Naturellement, ils peuvent « vivre » encore plus longtemps s’ils interrompent leur développement par cryptobiose. Thorp et Covich (2001) relatent, à titre d’exemple, des spécimens qui seraient demeurés viables pendant 120 années sur des herbiers. D’autres sources consultées mentionnent quant à elles une viabilité pouvant se mesurer sur des milliers d’années pour des spécimens préservés dans la glace!

Vous avez un stéréomicroscope et souhaitez partir à la découverte de ces étranges créatures? Récoltez un peu de mousse terrestre ou aquatique, assurez-vous que ce substrat soit hydraté, et recherchez de petites masses qui se déplacent lentement! Bien que les tardigrades d’eau douce soient généralement blanchâtres ou peu colorés, certains tardigrades terrestres arborent une coloration brune, jaune, orange, rose, rouge ou verte. Sachez donc que les « masses » qui se meuvent nonchalamment peuvent exhiber des couleurs variées. Si vous possédez des aquariums comme moi, vous pouvez aussi recueillir des amas algaux ou simplement jeter un coup d’œil aux filtres usés qui sont, il faut le dire, un terrain fertile pour de nombreux petits invertébrés… je pourrai d’ailleurs vous faire part d’autres observations intrigantes dans le cadre d’une prochaine chronique!

 

Vidéo 1. Regardez attentivement, c’est petit! Il s’agit d’un tardigrade qui se promène sur un fourreau de chironome (agrandissement de 45 fois). Vers la seconde moitié de la vidéo, on peut deviner les deux pattes non articulées situées à l’arrière de l’individu. On voit également un petit nématode qui se déplace vers la droite du tardigrade.

 

Vidéo 2. Deux tardigrades se meuvent lentement sur cette vidéo. Voyez-vous les deux masses blanches qui se promènent?

 

Pour en savoir plus

Le peuple de l’asclépiade

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Petite punaise de l’asclépiade dont j’ai parlé récemment

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Monarque – Photo soumise lors du concours amical de photographie DocBébitte par Ludovic Leclerc en 2014

Arctiide asclépiade

Arctiide de l’asclépiade

Dans une de mes dernières chroniques, j’écrivais au sujet d’un sympathique hémiptère : la petite punaise de l’asclépiade. J’expliquais notamment que plusieurs insectes se nourrissant d’asclépiades arboraient le noir et l’orange (ou rouge). Pourquoi donc? Simplement pour prévenir les prédateurs qu’ils ont un goût désagréable. En effet, l’asclépiade produit un latex blanchâtre qui contient des substances toxiques pour la majorité des animaux. Il confère toutefois aux espèces qui sont capables de s’en nourrir un mauvais goût.

Cette petite incursion me donna envie de vous parler davantage d’espèces d’insectes que l’on peut retrouver sur l’asclépiade. Celles-ci sont nombreuses!

Hormis notre petite punaise de l’asclépiade (Lygaeus kalmii) dont j’ai déjà discuté et sa consœur, la grande punaise de l’asclépiade (Oncopeltus fasciatus), on retrouve notamment deux lépidoptères et deux coléoptères étroitement associés à cette plante.

L’espèce la plus connue est sans contredit le monarque. Bien que l’adulte se nourrisse du nectar d’une vaste palette de plantes, la chenille a un menu plus limité basé majoritairement sur les asclépiades (diverses espèces). Les femelles pondent leurs œufs sur les plants en question, où évoluent les larves qui deviendront de jolies chenilles rayées de noir, jaune et blanc (voir cette photographie tirée de Bug Guide).

La chenille de l’arctiide de l’asclépiade se développe elle aussi – comme son nom le suggère – sur les plants d’asclépiades. Elle ne daigne pas, non plus, les feuilles d’apocyne. Ces jolies chenilles poilues sont capables de dévorer les feuilles de talles d’asclépiades, en particulier lors de leurs premiers (1 à 3) stades de vie, où elles sont grégaires. Il s’agit d’une espèce que j’observe régulièrement quand je m’amuse à regarder sous les feuilles d’asclépiades au mois d’août. Elle est visiblement commune, du moins dans la grande région de Québec où j’habite. Cela dit, Wikipédia suggère que les personnes plus sensibles pourraient réagir aux poils de ces petites chenilles. Pour ma part, j’en ai manipulé à plusieurs reprises sans aucune réaction.

Deux coléoptères fort colorés sont aussi fréquemment observés sur les plants d’asclépiades. La chrysomèle de l’asclépiade (Labidomera clivicollis) est un coléoptère très commun que je vois systématiquement chaque été lorsque j’arpente les champs et les rivages bordés de « mauvaises herbes ». Ce sont à la fois les adultes et les larves de cette chrysomèle qui se nourrissent des feuilles des différentes espèces d’asclépiades. Les premières photographies que j’ai de cette espèce remontent à l’automne 2006, alors que j’observais des larves et des adultes en bon nombre sur une colonie d’asclépiades au marais Léon-Provancher. J’étais intriguée par ces assez gros (8-11 mm) coléoptères qui sont plutôt tape-à-l’œil avec leur coloration orange et noir irisé (reflets parfois verts, parfois bleus) et leur forme toute ronde. Ils sont en effet fort jolis, ne trouvez-vous pas?

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Ma toute première observation documentée de chrysomèles de l’asclépiade (2006)

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Même moment en 2006 : on voit ici une larve de la chrysomèle de l’asclépiade

Le second coléoptère – le longicorne de l’asclépiade (Tetraopes tetrophthalmus) – est également fort mignon. Bien que Bug Guide indique que cette espèce est très commune là où l’on retrouve des asclépiades, je n’en ai pour ma part j’avais vu de mes propres yeux. Mon père m’a toutefois transmis une photo d’un individu qu’il a pu observer l’été dernier – le chanceux! L’individu se baladait tout simplement dans la cour de mes parents – qui est ornementée de bien des fleurs, mais pas d’asclépiades. Les larves de ce longicorne se nourrissent des racines d’asclépiades et d’apocynes. L’adulte, quant à lui, se délecte des feuilles. Tout comme j’ai pu le lire pour la chrysomèle de l’asclépiade et la chenille du monarque, le longicorne de l’asclépiade coupe d’abord les veines principales des feuilles avant de commencer à les dévorer, de sorte qu’il ne se retrouve pas submergé par le latex produit par les plants endommagés.

Une myriade d’autres espèces sont également attirées par les fleurs des asclépiades, qui produisent un nectar alléchant (lequel n’est pas toxique, contrairement aux feuilles). Ainsi, papillons, abeilles, guêpes, mouches et coléoptères de toutes sortes peuvent être observés butinant sur ces plantes.

Finalement, qui dit insectes (et proies) en grand nombre dit aussi prédateurs abondants! Il n’est pas rare de trouver divers invertébrés prédateurs à l’affut sur les plants d’asclépiades. À titre d’exemple, punaises assassines, coléoptères prédateurs et araignées s’y installent avec l’espoir de dégoter un repas facile. L’été dernier, j’eus ainsi l’occasion de photographier un joli thomise variable (araignée-crabe de l’espèce Misumena vatia) qui attendait patiemment le passage d’une proie. En me documentant aux fins du présent billet, j’entrevis également quelques photographies de différentes espèces d’hémiptères prédateurs dévorant des chenilles de monarque (comme celle-ci).

En outre, les talles d’asclépiades constituent tout un trésor pour l’entomologiste à l’affut d’invertébrés de toutes sortes. Malheureusement, cette plante est malaimée et elle est considérée comme une « mauvaise herbe ». On tend à la bannir de nos plates-bandes, alors qu’elle nous permettrait d’observer une vaste variété d’insectes et même d’oiseaux – car, à ce qu’il semble, les asclépiades attirent aussi les colibris! L’éradication de l’asclépiade en milieu urbain (par exemple, le long des routes ou simplement pour faire place à un stationnement!) et agricole (à cause de l’usage des pesticides, notamment) serait même identifiée comme une cause des fluctuations récentes des populations de papillons monarques. Dans son livre publié en 2004, Schappert mentionnait déjà que les pronostics à l’égard de l’état de santé des populations du monarque nord-américain pour les 20 prochaines années ne sont pas très encourageants. La fragmentation de l’habitat et l’isolement des plants d’asclépiades étaient entre autres pointés du doigt.

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Longicorne de l’asclépiade que mon père a eu la chance de photographier

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Voyez-vous ce thomise variable à l’affut d’une proie?

Pour ma part, je continue de m’amuser chaque été à sillonner les champs de mauvaises herbes et d’asclépiades à la recherche de nouvelles observations. Aussi, je laisse maintenant pousser ça et là les quelques plants d’asclépiades qui se sont semés naturellement dans mes plates-bandes… dans l’espoir éventuel d’y photographier de sympathiques membres du grand peuple de l’asclépiade!

 

Pour en savoir plus