Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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De miniatures oursons aquatiques

Il arrive parfois que l’on fasse des découvertes inattendues. J’avais souvent entendu parler de ces fameux tardigrades – que l’on appelle communément « oursons d’eau ». Je ne me doutais cependant pas que j’allais en observer en examinant sous le stéréomicroscope un filtre usé provenant d’un de mes aquariums.

Ce qu’il faut dire, c’est que les tardigrades sont des invertébrés microscopiques que l’on ne peut habituellement voir à l’œil nu. Selon les sources, la taille des adultes varie de 0,05 à 1,5 mm de long (moyenne de 250 à 500 microns), certaines espèces étant plus grandes que d’autres. À mon esprit, ils étaient si petits que je ne croyais pas en voir avec les outils que j’avais en main.

Filtre aquarium

Filtre usé qui a servi à filtrer l’eau d’un de mes aquariums; les fourreaux de chironomes sont visibles à l’œil nu

Si vous me connaissez, vous savez que j’adore le monde des invertébrés aquatiques. Je me suis donc amusée récemment à examiner un des filtres de mes aquariums que je venais de remplacer. Ce dernier était couvert de petits fourreaux construits par des chironomes et je m’attendais en fait à observer des larves de ces petites mouches (qui vivent dans les milieux aquatiques, comme je le mentionne dans cette chronique). Quelle ne fut pas ma surprise de voir, non pas des chironomes, mais tout un tas de petites masses blanches ramper sur la mousse du filtre. Au début, je me demandais s’il s’agissait de larves microscopiques d’autres insectes : en particulier, elles ressemblaient à de très petits trichoptères avec leur corps mou et leur paire de pattes situées au bout du dernier segment de l’abdomen. Tentant de mieux distinguer les petites formes rampantes, je pus éventuellement détecter la présence de huit courtes pattes qui semblaient non segmentées. De surcroit, les individus me faisaient penser à de petits rats (voire des oursons) chauves… je venais d’observer mes premiers tardigrades en direct!

J’ai agrémenté la présente chronique de deux courtes vidéos où l’on peut apercevoir de petites masses blanches globuleuses se déplacer lentement sur mon filtre. D’ailleurs, le terme « tardigrade » signifierait « marcheur lent ». Cela sied bien aux individus à démarche nonchalante que j’ai pu observer!

Malheureusement, la résolution de mon stéréomicroscope ne me permettait pas de vous présenter des images plus précises de ces minuscules invertébrés. Il existe cependant des photos et des vidéos bien plus nettes sur Internet, dont celle-ci où le rapprochement se fait de façon progressive sur le tardigrade. Ne trouvez-vous pas que ces bêtes ressemblent à de petits rats chauves? Ou encore, comme leur nom le suggère, à une sorte d’ourson?

Tardigrade sur filtre

C’est qu’ils sont petits, ces tardigrades! Agrandissement de 45x d’un tardigrade sur un fourreau de chironome.

Tardigrades_Thorp&Covich2001

Clichés de tardigrades tirés de Thorp et Covich (2001)

Ce qui est le plus étonnant chez ces petits animaux, c’est qu’ils sont extrêmement tolérants et résistent à des conditions qui tueraient tout autre animal. À titre d’exemple, des tardigrades ont été exposés au vide spatial… et ont survécu! Ceux-ci sont également très résistants aux rayonnements comme les rayons X ou les ultraviolets. Par ailleurs, ils peuvent survivre à une déshydratation extrême (passer d’une proportion d’eau corporelle de plus de 80% à moins de 3%), de même qu’à des températures extrêmement froides (-272 °C) ou chaudes (150 °C)!

Quel est leur secret? C’est la cryptobiose. Il s’agit d’un ralentissement prononcé du métabolisme où l’organisme cesse toute activité : croissance, reproduction et vieillissement sont mis sur pause. Différentes formes de cryptobioses sont décrites par Thorp et Covich (2001). Celle qui semble être la plus répandue – c’est du moins celle à laquelle on semble faire le plus souvent référence sur Internet, bien qu’on ne la nomme pas telle quelle – serait l’anhydrobiose. Dans ce cas, le tardigrade se roule en boule compacte et rétracte ses pattes et sa tête. Il se déshydrate presque entièrement de sorte à ne former qu’un petit « tonneau ». De plus, l’eau de son corps est remplacée par un sucre (le tréhalose), ce qui l’empêche de geler. On peut voir un tardigrade qui se déshydrate dans cette vidéo dénichée sur YouTube. Malgré les apparences, le tardigrade est bien vivant et peut « revenir à la vie » lorsque les conditions environnementales redeviennent propices. À  noter que ce ne sont pas toutes les espèces de tardigrades qui possèdent cette capacité étonnante; Thorp et Covich (2001) indiquent en effet que les espèces des milieux aquatiques seraient moins habiles en la matière que leurs consœurs plus « terrestres ».

À ce sujet, ces petites bêtes tolérantes sont retrouvées un peu partout autour du globe : des très hautes montagnes aux fosses océaniques, ainsi que des régions tropicales jusqu’aux régions polaires! On les retrouve particulièrement dans les mousses et les lichens, où elles se nourrissent d’algues, de petits invertébrés et de divers débris végétaux. Il n’est donc pas surprenant que j’en aie observé plusieurs dans la mousse de mon filtre… un habitat visiblement propice pour ces étranges animaux! Aussi, malgré leur nom « oursons d’eau », il semble qu’on ne retrouve pas les tardigrades uniquement sous l’eau. Les endroits à fort taux d’humidité, dont le substrat au sol, la litière de feuilles, ainsi que les mousses et lichens, semblent également constituer un milieu de vie adéquat. Une des sources consultées indique en fait que ces tardigrades seraient « limnoterrestres », c’est-à-dire qu’ils vivraient dans de minuscules poches d’eau interstitielle. Selon Thorp et Covich (2001), tous les tardigrades, quel que soit leur habitat, requièrent d’être recouverts d’une mince couche d’eau pour être actifs. Ils ont donc indubitablement besoin d’eau pour survivre!

Les tardigrades jouent un rôle important dans les chaînes alimentaires : ils sont à la base de l’alimentation de maints invertébrés aquatiques ou terrestres : nématodes, mites d’eau (hydrachnida), collemboles, larves d’insectes, araignées et autres tardigrades. S’ils ne sont pas dévorés, ils peuvent vivre de 3 à 30 mois (selon l’espèce). Naturellement, ils peuvent « vivre » encore plus longtemps s’ils interrompent leur développement par cryptobiose. Thorp et Covich (2001) relatent, à titre d’exemple, des spécimens qui seraient demeurés viables pendant 120 années sur des herbiers. D’autres sources consultées mentionnent quant à elles une viabilité pouvant se mesurer sur des milliers d’années pour des spécimens préservés dans la glace!

Vous avez un stéréomicroscope et souhaitez partir à la découverte de ces étranges créatures? Récoltez un peu de mousse terrestre ou aquatique, assurez-vous que ce substrat soit hydraté, et recherchez de petites masses qui se déplacent lentement! Bien que les tardigrades d’eau douce soient généralement blanchâtres ou peu colorés, certains tardigrades terrestres arborent une coloration brune, jaune, orange, rose, rouge ou verte. Sachez donc que les « masses » qui se meuvent nonchalamment peuvent exhiber des couleurs variées. Si vous possédez des aquariums comme moi, vous pouvez aussi recueillir des amas algaux ou simplement jeter un coup d’œil aux filtres usés qui sont, il faut le dire, un terrain fertile pour de nombreux petits invertébrés… je pourrai d’ailleurs vous faire part d’autres observations intrigantes dans le cadre d’une prochaine chronique!

 

Vidéo 1. Regardez attentivement, c’est petit! Il s’agit d’un tardigrade qui se promène sur un fourreau de chironome (agrandissement de 45 fois). Vers la seconde moitié de la vidéo, on peut deviner les deux pattes non articulées situées à l’arrière de l’individu. On voit également un petit nématode qui se déplace vers la droite du tardigrade.

 

Vidéo 2. Deux tardigrades se meuvent lentement sur cette vidéo. Voyez-vous les deux masses blanches qui se promènent?

 

Pour en savoir plus

Le peuple de l’asclépiade

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Petite punaise de l’asclépiade dont j’ai parlé récemment

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Monarque – Photo soumise lors du concours amical de photographie DocBébitte par Ludovic Leclerc en 2014

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Arctiide de l’asclépiade

Dans une de mes dernières chroniques, j’écrivais au sujet d’un sympathique hémiptère : la petite punaise de l’asclépiade. J’expliquais notamment que plusieurs insectes se nourrissant d’asclépiades arboraient le noir et l’orange (ou rouge). Pourquoi donc? Simplement pour prévenir les prédateurs qu’ils ont un goût désagréable. En effet, l’asclépiade produit un latex blanchâtre qui contient des substances toxiques pour la majorité des animaux. Il confère toutefois aux espèces qui sont capables de s’en nourrir un mauvais goût.

Cette petite incursion me donna envie de vous parler davantage d’espèces d’insectes que l’on peut retrouver sur l’asclépiade. Celles-ci sont nombreuses!

Hormis notre petite punaise de l’asclépiade (Lygaeus kalmii) dont j’ai déjà discuté et sa consœur, la grande punaise de l’asclépiade (Oncopeltus fasciatus), on retrouve notamment deux lépidoptères et deux coléoptères étroitement associés à cette plante.

L’espèce la plus connue est sans contredit le monarque. Bien que l’adulte se nourrisse du nectar d’une vaste palette de plantes, la chenille a un menu plus limité basé majoritairement sur les asclépiades (diverses espèces). Les femelles pondent leurs œufs sur les plants en question, où évoluent les larves qui deviendront de jolies chenilles rayées de noir, jaune et blanc (voir cette photographie tirée de Bug Guide).

La chenille de l’arctiide de l’asclépiade se développe elle aussi – comme son nom le suggère – sur les plants d’asclépiades. Elle ne daigne pas, non plus, les feuilles d’apocyne. Ces jolies chenilles poilues sont capables de dévorer les feuilles de talles d’asclépiades, en particulier lors de leurs premiers (1 à 3) stades de vie, où elles sont grégaires. Il s’agit d’une espèce que j’observe régulièrement quand je m’amuse à regarder sous les feuilles d’asclépiades au mois d’août. Elle est visiblement commune, du moins dans la grande région de Québec où j’habite. Cela dit, Wikipédia suggère que les personnes plus sensibles pourraient réagir aux poils de ces petites chenilles. Pour ma part, j’en ai manipulé à plusieurs reprises sans aucune réaction.

Deux coléoptères fort colorés sont aussi fréquemment observés sur les plants d’asclépiades. La chrysomèle de l’asclépiade (Labidomera clivicollis) est un coléoptère très commun que je vois systématiquement chaque été lorsque j’arpente les champs et les rivages bordés de « mauvaises herbes ». Ce sont à la fois les adultes et les larves de cette chrysomèle qui se nourrissent des feuilles des différentes espèces d’asclépiades. Les premières photographies que j’ai de cette espèce remontent à l’automne 2006, alors que j’observais des larves et des adultes en bon nombre sur une colonie d’asclépiades au marais Léon-Provancher. J’étais intriguée par ces assez gros (8-11 mm) coléoptères qui sont plutôt tape-à-l’œil avec leur coloration orange et noir irisé (reflets parfois verts, parfois bleus) et leur forme toute ronde. Ils sont en effet fort jolis, ne trouvez-vous pas?

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Ma toute première observation documentée de chrysomèles de l’asclépiade (2006)

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Même moment en 2006 : on voit ici une larve de la chrysomèle de l’asclépiade

Le second coléoptère – le longicorne de l’asclépiade (Tetraopes tetrophthalmus) – est également fort mignon. Bien que Bug Guide indique que cette espèce est très commune là où l’on retrouve des asclépiades, je n’en ai pour ma part j’avais vu de mes propres yeux. Mon père m’a toutefois transmis une photo d’un individu qu’il a pu observer l’été dernier – le chanceux! L’individu se baladait tout simplement dans la cour de mes parents – qui est ornementée de bien des fleurs, mais pas d’asclépiades. Les larves de ce longicorne se nourrissent des racines d’asclépiades et d’apocynes. L’adulte, quant à lui, se délecte des feuilles. Tout comme j’ai pu le lire pour la chrysomèle de l’asclépiade et la chenille du monarque, le longicorne de l’asclépiade coupe d’abord les veines principales des feuilles avant de commencer à les dévorer, de sorte qu’il ne se retrouve pas submergé par le latex produit par les plants endommagés.

Une myriade d’autres espèces sont également attirées par les fleurs des asclépiades, qui produisent un nectar alléchant (lequel n’est pas toxique, contrairement aux feuilles). Ainsi, papillons, abeilles, guêpes, mouches et coléoptères de toutes sortes peuvent être observés butinant sur ces plantes.

Finalement, qui dit insectes (et proies) en grand nombre dit aussi prédateurs abondants! Il n’est pas rare de trouver divers invertébrés prédateurs à l’affut sur les plants d’asclépiades. À titre d’exemple, punaises assassines, coléoptères prédateurs et araignées s’y installent avec l’espoir de dégoter un repas facile. L’été dernier, j’eus ainsi l’occasion de photographier un joli thomise variable (araignée-crabe de l’espèce Misumena vatia) qui attendait patiemment le passage d’une proie. En me documentant aux fins du présent billet, j’entrevis également quelques photographies de différentes espèces d’hémiptères prédateurs dévorant des chenilles de monarque (comme celle-ci).

En outre, les talles d’asclépiades constituent tout un trésor pour l’entomologiste à l’affut d’invertébrés de toutes sortes. Malheureusement, cette plante est malaimée et elle est considérée comme une « mauvaise herbe ». On tend à la bannir de nos plates-bandes, alors qu’elle nous permettrait d’observer une vaste variété d’insectes et même d’oiseaux – car, à ce qu’il semble, les asclépiades attirent aussi les colibris! L’éradication de l’asclépiade en milieu urbain (par exemple, le long des routes ou simplement pour faire place à un stationnement!) et agricole (à cause de l’usage des pesticides, notamment) serait même identifiée comme une cause des fluctuations récentes des populations de papillons monarques. Dans son livre publié en 2004, Schappert mentionnait déjà que les pronostics à l’égard de l’état de santé des populations du monarque nord-américain pour les 20 prochaines années ne sont pas très encourageants. La fragmentation de l’habitat et l’isolement des plants d’asclépiades étaient entre autres pointés du doigt.

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Longicorne de l’asclépiade que mon père a eu la chance de photographier

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Voyez-vous ce thomise variable à l’affut d’une proie?

Pour ma part, je continue de m’amuser chaque été à sillonner les champs de mauvaises herbes et d’asclépiades à la recherche de nouvelles observations. Aussi, je laisse maintenant pousser ça et là les quelques plants d’asclépiades qui se sont semés naturellement dans mes plates-bandes… dans l’espoir éventuel d’y photographier de sympathiques membres du grand peuple de l’asclépiade!

 

Pour en savoir plus

DocBébitte en bref : (Encore) des insectes dans ma bouffe!

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Nitidule à quatre points, vivant, dans mon chou-fleur

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Limace, elle aussi cachée dans le même chou-fleur

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Deux larves de mouches (diptères) trouvées dans mes bleuets

Il y a de cela quelques années déjà, je vous entretenais sur le fait que l’on mange quotidiennement plusieurs invertébrés à notre insu (cette chronique). Pire encore, je vous expliquais que les normes canadiennes et américaines tolèrent une assez vaste palette d’arthropodes dans les aliments qui nous sont vendus. En outre, la quantité de ces petites bêtes que l’on engouffre accidentellement chaque année se chiffre entre 1 à 2 livres, rien de moins!

Au courant des deux dernières semaines, j’eus l’opportunité moi-même de contribuer à cette statistique… et de voir comment il était facile d’ingurgiter des invertébrés sans vraiment le vouloir.

Première observation : après avoir entamé un chou-fleur frais acheté du marché public, j’observai plusieurs invertébrés morts ou vivants qui parsemaient ce dernier. Ma première découverte fut un nitidule à quatre points bien vivant qui aurait été difficile à rater. Après avoir remis le chou-fleur au frigo, je notai lors d’une deuxième utilisation que celui-ci abritait également une sympathique limace, qui s’activa à la chaleur de la pièce, ainsi que plusieurs petites mouches mortes. Outre les petites mouches,  il est probable que j’aurais vu le nitidule et la limace à temps avant de les consommer. Or, ce ne fut pas le cas de ma seconde observation…

En effet, la semaine dernière, je me délectais de façon distraite de bleuets frais tout en travaillant. À un certain moment, je m’aperçus de la présence d’une petite larve de mouche qui déambulait sur ma collation. Je la mis de côté afin de l’observer au stéréomicroscope une fois de retour à la maison, en tâchant de la garder vivante. Je poursuivis ma collation en examinant plus attentivement la surface de mes bleuets, jusqu’à ce qu’il me vienne à l’esprit que les larves n’étaient pas nécessairement SUR les bleuets, mais DANS ceux-ci. Immédiatement, j’ouvrir un premier bleuet – au lieu de le croquer… et devinez ce qui s’y trouvait? Eh oui, il y avait une seconde larve. Ou bien j’avais la main chanceuse pour trouver une larve du premier coup, ou bien suffisamment de mes bleuets contenaient des larves pour que je tombe sur l’une d’entre elles. Comme j’avais déjà mangé une vaste quantité de ces bleuets, j’aurais préféré la première option. D’un point de vue purement statistique, cependant, la seconde option était bien plus plausible. Bref, j’avais probablement avalé beaucoup de petites larves… Et moi qui croyais qu’une collation de fruits comportait peu de protéines!

Et vous, chers lecteurs, avez-vous quelques anecdotes croustillantes du même genre? Qu’on le veuille ou non, les arthropodes se retrouvent partout… même dans notre assiette!

 

Vidéo 1. Cette jolie limace était bien cachée dans mon chou-fleur. Il était déjà bien entamé quand je l’aperçus sur les restes du feuillage. Aurait-elle pu se retrouver dans mon assiette?

 

Vidéo 2. Cette larve de diptère (mouche) a été retrouvée dans mes bleuets… Et elle n’était pas seule! (Mettre en HD pour une meilleure définition)

Une tétragnathe riveraine

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Vue dorsale d’une femelle T. elongata

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Vue latérale d’une femelle T. elongata

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Autre prise de vue, même individu

Plus tôt en juillet, j’eus le plaisir de séjourner en chalet sur le bord d’un lac pendant une semaine. Je fis maintes observations entomologiques et pris moult photographies et vidéos d’invertébrés aquatiques ou riverains. Parmi les individus rencontrés figuraient de très nombreuses araignées de la famille Tetragnathidae.

Les araignées appartenant à cette famille sont nommées en anglais « long-jawed orb-weaving spiders », ce qui se traduirait en français par tisseuses de toile orbiculaire à larges mâchoires. Comme ce surnom le suggère, nos tétragnathes possèdent des chélicères généralement proéminentes qui sont faciles à voir sur les plus gros spécimens à l’œil nu. Elles tissent fréquemment des toiles de forme orbiculaire qui sont disposées à l’horizontale, contrairement aux araignées des jardins (épeires diadèmes) dont la toile est construite sur le plan vertical (voir cette chronique).

Certaines espèces de Tetragnathidae – mais pas toutes – sont aussi caractérisées par un abdomen très long. C’était le cas des individus retrouvés sur le bord du lac que j’ai visité. Il s’agissait d’ailleurs d’un critère m’aidant à identifier plus précisément à quel groupe j’avais affaire. Parmi les critères utilisés, j’examinai sur mes photographies la forme et la taille des chélicères, du céphalothorax, ainsi que de l’abdomen, de même que la disposition des yeux. Afin de parvenir à une identification excluant tout doute, il aurait été préférable que je puisse examiner les organes reproducteurs des spécimens en question, mais cela n’était pas possible à partir des photographies que j’avais prises. Néanmoins, les individus figurant sur mes clichés présentaient des caractéristiques très typiques de l’espèce Tetragnatha elongata – une espèce fréquentant les bords de cours d’eau et de lacs si je me fie aux sources consultées. Également, quelques comparaisons supplémentaires sur Bug Guide (Bugguide.net) m’aidèrent à cristalliser mon identification.

Paquin et Dupérré (2003) confirment que cette espèce est une spécialiste des habitats riverains. Cela explique pourquoi nous en voyions en si grande quantité. Ces dernières étaient présentes à un point tel qu’elles faisaient leurs toiles sur les pédalos, les canots et les kayaks que nous utilisions quotidiennement. Il n’était pas surprenant qu’une d’entre elles grimpe sur notre jambe ou notre bras pendant que nous effectuions une promenade sur l’eau. Toutefois, comme je pus en témoigner en manipulant plusieurs de ces bêtes, celles-ci n’étaient aucunement agressives. Pourtant, la longueur des chélicères et des crocs qu’elles portent sont plutôt intimidants! Il n’en demeure pas moins qu’elles étaient très douces et dociles lorsque manipulées!

Étant donné l’abondance de mâles et de femelles côtoyant les mêmes milieux, il me fut possible de filmer une séance de copulation. La vidéo est disponible ci-dessous; vous pourrez voir le mâle féconder la femelle à l’aide de ses pédipalpes qu’il met en contact avec l’épigyne de cette dernière (pour un petit rappel sur les organes reproducteurs des araignées, voir cet article). Les pédipalpes du mâle sont très allongés et bien visibles sur la vidéo. De plus, vous pourrez y voir à quel point le mâle et la femelle sont différents en forme et en coloration. C’est ce qu’on appelle le dimorphisme sexuel. Dans le présent cas, c’est la femelle qui est nettement plus grosse que le mâle.

Fait intéressant selon Paquin et Dupérré (2003) : les mâles du genre Tetragnatha sont munis de chélicères armées d’épines. Ces dernières leur permettraient de bloquer les chélicères de la femelle au moment de l’accouplement… permettant au mâle d’éviter de devenir le repas du jour! C’est qu’elle n’est pas toujours commode, la dame!

T. elongata Pédalo

Ces tétragnathes étaient abondantes sur nos pédalos et kayaks

T. elongata Copulation

Accouplement de deux T. elongata (femelle à gauche, mâle à droite)

Bien que bon nombre de membres de la famille Tetragnathidae aient une affinité pour la végétation près des cours d’eau, il semble que T. elongata soit encore plus étroitement associée aux habitats riverains. Selon Bradley (2013), cette espèce n’a été retrouvée jusqu’à maintenant qu’en bordure de plans d’eau. Dondale et al. (2003), ainsi que Gillespie (1987) ajoutent que cet arachnide requière un accès régulier à l’eau, sans quoi il se déshydraterait facilement. Une bonne façon de voir cette belle grosse tétragnathe serait donc de longer les rives boisées à leur recherche; les branches des arbustes qui ploient à quelques centimètres de l’eau semblent être un parfait habitat pour elles. D’ailleurs, une des journées où j’explorais le lac, à la recherche de libellules, j’accrochai à quelques reprises des tas de broussailles et d’arbustes poussant le long des rives – il faut dire que c’était une journée venteuse et que je peinais à stabiliser mon embarcation tout en prenant des photos! Mon kayak se retrouva chaque fois envahi d’une grande quantité de tétragnathes.

Tisser sa toile en bordure des milieux aquatiques comporte des avantages. En plus de bénéficier d’une source d’eau en permanence, les milieux aquatiques constituent des écosystèmes riches en invertébrés de toutes sortes. À titre d’exemple, lors de mon séjour d’une semaine, je pus voir un très grand nombre d’insectes aquatiques en émergence : chironomes, maringouins, mouches à chevreuil et à cheval, libellules (zygoptères et anisoptères), tipules, éphémères et trichoptères… rien de moins! Plusieurs de ces insectes sont de taille à s’enchevêtrer dans les toiles et à être capturés par nos tétragnathes. C’est peut-être pour cette raison que je trouvais qu’elles étaient bien dodues! Il faut dire aussi que l’espèce T. elongata peut atteindre 13 millimètres de longueur (femelle), ce que je qualifierais de taille moyenne pour une araignée.

En outre, il semble facile de repérer cette tétragnathe dont le milieu de vie est intimement lié aux écosystèmes aquatiques. Tout comme les limnologistes de ce monde – dont je fais partie –, elles savent apprécier la richesse des habitats riverains!

 

Vidéo 1. Couple de T. elongata qui s’adonne à la chose! Le dimorphisme sexuel est apparent entre la femelle (à gauche) et le mâle (à droite).

 

Vidéo 2. Femelle T. elongata qui récupère progressivement sa toile (voir la « boule » formée près de ses pattes avant). Gillespie (1987) avait observé un fort taux de construction (ou reconstruction) de toiles par cette espèce en situation de forte densité de proies. Quotidiennement, les individus observés refaisaient leur toile.

 

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Bug Guide. Species Tetragnatha elongatahttp://bugguide.net/node/view/417412
  • Dondale, C.D., Redner, J.H., Paquin, P. Et H.W. Levi. 2003. The insects and arachnids of Canada Part 23 – The Orb-Weaving Spiders of Canada and Alaska.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Gillespie, R.G. 1987. The mecanism of habitat selection in the long-jawed orb-weaving spider Tetragnatha elongata (Araneae, Tetragnathidae). Journal of Arachnology 15 : 81-90.
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.
  • Wikipedia. Tetragnatha elongata. https://en.wikipedia.org/wiki/Tetragnatha_elongata

DocBébitte en bref : rencontre avec un ver gordien (Nematomorpha)

En ce début de saison estivale, je me retrouve à effectuer beaucoup plus de découvertes entomologiques que j’ai de temps pour vous les partager! J’ai donc pensé bon entrecouper mes chroniques habituelles avec de plus courtes capsules liées à l’observation de faits inusités. J’espère que vous apprécierez cette nouvelle formule après trois années et demie de DocBébitte!

J’ouvre le bal avec une observation réalisée cet après-midi même. En ce samedi ensoleillé, je me suis offert une sortie entomologique à marée basse. Cherchant nymphes de libellules et d’éphémères, j’étais loin de me douter que j’allais faire la rencontre d’un ver gordien (Nematomorpha). Ce dernier se tortillait au soleil, probablement surpris par la baisse des eaux. Je pus prendre des photographies et des vidéos de la bête, dont quelques-unes que je vous partage ci-dessous.

Je vous avais déjà décrit plus longuement ce groupe d’invertébré dans cette chronique que vous pourrez lire si le cœur vous en dit!

Dernier mot: cœurs sensibles s’abstenir! Oui, il s’agit bien de ces fameux « vers » parasites que l’on peut voir s’extirper de toute leur longueur hors d’araignées et de mantes religieuses!

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Nématomorphe observé

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Ma main à proximité donne une idée de sa longueur

Vidéo 1. Nématomorphe dans un bol que j’avais amené spécialement pour l’observation d’invertébrés aquatiques. Je ne me doutais pas que j’allais croiser ce type d’insecte.

Vidéo 2. Même individu que je remets à l’eau. Regardez comment il nage!