Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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Sors de ta coquille! Les mulettes d’eau douce.

Tout un tas de moules d’eau douce m’attendait au lac Bonny

Tout un tas de moules d’eau douce m’attendait au lac Bonny

Les chroniques DocBébitte font largement place aux arthropodes – soit les organismes invertébrés munis de pattes segmentées. Je vous parle moins souvent des autres formes d’invertébrés, souvent plus mystérieux et moins prisés des entomologistes amateurs. Pourtant, bon nombre d’entre eux sont connus et font partie de notre quotidien.

À titre d’exemple, si vous vivez aux abords d’un plan d’eau permanent (lac ou rivière) – ou encore que vous adorez patauger dans l’eau comme je tente de le faire chaque été –, vous connaissez sans aucun doute la bête dont je compte vous entretenir.

Il s’agit des grosses moules d’eau douce, communément appelées mulettes. Elles appartiennent à l’un de nos trois grands groupes de moules d’eau douce au Québec : les Unionidés. Ce groupe, qui comprend deux familles (Margaritiferidae et Unionidae), est facile à distinguer des deux autres groupes (Sphaeriidés et Dreissenidés). Alors que ces derniers sont relativement petits et font quelques centimètres (environ 2 à 5 cm selon le groupe), les Unionidés sont susceptibles d’atteindre une impressionnante taille de 20 à 25 cm!

Les mulettes sont des mollusques qui font partie de la classe des Bivalves. Comme le nom le suggère, il s’agit d’invertébrés dont le corps mou est protégé par deux coquilles ou « valves » coriaces qui se referment l’une sur l’autre. L’anatomie de la moule est différente de ce que l’on est habitué d’observer : le corps se constitue de systèmes digestif, circulatoire, reproductif et nerveux rassemblés en une masse; il est dépourvu de pattes ou d’organes sensoriels comme les yeux. Il est également constitué de muscles qui servent notamment à garder les deux coquilles fermées. De plus, les moules sont munies d’un « pied » qui ressemble à une sorte de langue qu’elles utilisent pour se déplacer sur le substrat ou encore pour s’y enfouir.

En effet, malgré leur apparence, les moules sont bien vivantes et capables de se mouvoir. L’été dernier, lors d’une escapade en chalet aux abords du lac Bonny, dans les Laurentides, j’eus le plaisir de jouer allègrement dans le lac… dont les rives vaseuses étaient infestées de larges moules d’eau douce. Je n’en avais jamais vu autant! Le fond du lac était zébré de nombreux sillons formés par les moules en déplacement.

Orifice inhalent (bas) et orifice exhalent (haut)

Orifice inhalent (bas) et orifice exhalent (haut)

Sillons générés par les moules

Sillons générés par les moules

Aussi, je pus observer et filmer plusieurs moules alors qu’elles s’affairaient à filtrer l’eau. Les mulettes se nourrissent et « respirent » en aspirant l’eau par un orifice servant de siphon. Plus précisément, elles sont munies de branchies qui absorbent l’oxygène contenu dans l’eau et qui servent également à filtrer les débris en suspension dans l’eau. Ainsi, les moules sont considérés comme des filtreurs : animaux et plantes microscopiques, détritus variés, bref tout ce qui flotte dans la colonne d’eau devient le dîner de mesdames!

La filtration de l’eau est aussi utile dans le cadre du cycle reproducteur. C’est en filtrant l’eau que la moule femelle capte le sperme du mâle… À noter que j’ai appris (peut-être tout comme vous ici) que les sexes des mulettes québécoises sont séparés. Cela dit, le cycle reproducteur des moules est tout à fait intrigant! Le développement des embryons se fait dans la moule, mais les larves – les glochidiums – doivent être éjectées par la mère afin de parasiter des poissons. Pour s’assurer que ses rejetons ont toutes les chances de survie, la mère utilisera différents stratèges. Un de ceux-ci consiste à agiter, tel un pêcheur, un paquet de glochidiums retenu par un filament comme s’il s’agissait d’un leurre. Les poissons qui osent jeter un regard de plus près se feront projeter au visage un tas de petites larves, prêtes à y élire domicile. Une autre tactique est d’attirer les poissons prédateurs en brandissant un appendice qui ressemble à une proie. Une étonnante démonstration peut être visionnée dans cette vidéo tirée de YouTube. Pour les gens qui, comme moi, sont fascinés par l’évolution, cette vidéo vous intéressera sans aucun doute!

Ces stratégies ont toutefois leurs limites : non seulement les poissons doivent s’approcher suffisamment de la mère, mais l’espèce à laquelle ils appartiennent doit être compatible avec cette dernière. Néanmoins, les larves qui parviennent à s’accrocher passeront d’un à six mois sur l’hôte choisi. Après cette période de parasitisme, elles se laisseront tomber au fond du lac, où elles grandiront de façon très rapide pendant environ six ans. Si les conditions sont favorables, nos moules pourraient vivre quelques dizaines d’années, voire jusqu’à cent ans selon l’espèce.

Parlant de conditions favorables, les mulettes constituent des organismes particulièrement sensibles à la pollution du milieu qu’elles habitent, étant donné qu’elles filtrent les polluants qui se retrouvent dans la colonne d’eau. D’ailleurs, malgré leur présence historique dans nos eaux, il semble malheureusement que plusieurs moules soient en danger de disparition. Parmi les principaux suspects au banc des accusés, nommons la pollution organique liée aux différentes activités humaines (agriculture intensive, industries, rejets urbains, etc.), ainsi que la dégradation de l’habitat par l’érection de barrages qui modulent non seulement l’écoulement de l’eau, mais peuvent altérer les communautés de poissons-hôtes.

Coquilles recueillies aux abords du fleuve Saint-Laurent – elles sont de bonne taille!

Coquilles recueillies aux abords du fleuve Saint-Laurent – elles sont de bonne taille!

L’introduction des moules zébrées pose aussi un grave problème pour la diversité et l’abondance de nos grandes moules. La moule zébrée (famille des Dreissenidés) est une espèce exotique envahissante qui a en effet une capacité de colonisation que je qualifierais d’hallucinante! Selon une des sources consultées, la densité des moules zébrées dans le fleuve Saint-Laurent peut atteindre quelque 20 000 individus par mètre carré! Les pauvres mulettes, qui offrent une belle surface de colonisation, se retrouvent rapidement envahies et étouffées par ces concurrentes exotiques. L’ouvrage de Paquet et al. (2005) réfère à une étude dans la rivière Rideau, en Ontario, où les mulettes recueillies portaient en moyenne… 809 moules zébrées chacune!

Pour terminer, connaissez-vous le bateau-laboratoire de l’Université du Québec à Trois-Rivières baptisé Lampsilis? Quel est le lien avec la présente chronique, me direz-vous? Eh bien, j’ai eu l’honneur de faire partie du comité de sélection du nom de ce fameux bateau qui sillonne le Saint-Laurent à des fins de collecte de données scientifiques… et le nom qui lui fut donné tire son origine d’une moule! La moule Lampsilis (genre) donna également son nom au célèbre lac qui prit la place de la mer de Champlain lorsque les eaux salées devinrent douces. Ce serait notamment par la découverte des restes de moules Lampsilis éparpillés sur la terre ferme que les chercheurs auraient déterminé l’étendue géographique de cet ancien lac.

Si vous voulez en savoir plus sur les moules d’eau douce (il y en aurait encore beaucoup à dire), je vous conseille de jeter un coup d’œil aux différentes sources citées. En particulier, j’ai beaucoup aimé l’article rédigé par des collègues québécois travaillant au secteur Faune et publié dans le Naturaliste canadien (Paquet et al. 2005). Je m’en suis grandement inspirée pour vous concocter la présente chronique, car il était très riche en information et faisait un bel éclairage sur la situation des mulettes au Québec. Bonne lecture!

 

Vidéo 1. Lors de mon escapade au lac Bonny, j’ai observé, touché et… ri un peu des moules qui se refermaient rapidement lorsque je leur touchais (on peut m’entendre rire sur la vidéo)!

 

Pour en savoir plus

Des arachnides sous l’eau

Plus tôt cet été, je vous avais brièvement relaté un fantastique épisode dans le cadre duquel j’avais pu patauger à volonté dans quelques lacs et rivières de la région des Laurentides (cette capsule). Je vous avais alors promis de vous parler plus en détail de quelques-uns des invertébrés rencontrés.

Chose promise, chose due, je compte aujourd’hui vous entretenir au sujet d’un tout petit arachnide aquatique peu connu de la population générale. Si vous êtes toutefois amateur de la photographie d’insectes, vous avez peut-être déjà vu cette bête accrochée à quelques spécimens d’envergure comme des libellules. Notre invertébré vedette est, en fait, une « mite d’eau » – nommée Hydrachnidia ou Hydracarina. À noter que, selon Voshell (2002), ces deux termes ne représentent pas un groupe taxonomique précis et ont été conçus par des entomologistes afin de pouvoir mieux désigner ce vaste groupe composé d’individus aux mœurs variées. En outre, ils regroupent l’ensemble des acariformes aquatiques.

Les hydracariens peuvent être très petits

Les hydracariens peuvent être très petits

Ce spécimen, plus gros, était un bon nageur (voir la vidéo 1 ci-dessous)

Ce spécimen, plus gros, était un bon nageur (voir la vidéo 1 ci-dessous)

Les mites d’eau sont très abondantes dans les milieux d’eau douce. Or, leur taille généralement petite (moins de 1 mm à 7 mm) fait en sorte qu’elles passent inaperçues. Ces minuscules arachnides peuvent se mouvoir avec aise dans la colonne d’eau, certaines espèces étant plus habiles à la nage que d’autres. Avec huit pattes pour se propulser, plusieurs sont en mesure de se déplacer rapidement, comme en témoignent les vidéos que j’ai prises et qui accompagnent le présent billet. Les espèces moins « sportives », quant à elles, déambulent paisiblement sur le substrat au fond des lacs et rivières, ainsi que le long des plantes submergées… ou encore se creusent un nid douillet sous les sédiments déposés au fond de l’eau.

Ces organismes se reconnaissent facilement, pourvu qu’ils se laissent observer! Leur corps est majoritairement constitué d’un gros abdomen bien rond, le céphalothorax étant pratiquement imperceptible. Huit pattes sont visibles (six seulement chez les larves), ainsi que deux pédipalpes protubérants situés à l’avant de la tête. Ils peuvent être de coloration variable. Certains portent le brun ou le noir pour bien se fondre à leur environnement. D’autres arborent des couleurs plus vives comme le rouge, l’orange, le jaune, le vert ou le bleu. Les sources consultées suggèrent que le rouge vif serait synonyme d’un goût désagréable, faisant en sorte que les individus portant cette couleur seraient moins sujets à la prédation par les poissons.

Comme tout arachnide digne de ce nom, nos mites sont munies de chélicères armées de crocs, qui servent à percer les tissus et siroter les fluides de divers animaux et plantes. Les différentes espèces d’hydracariens présentent un comportement alimentaire fort varié : herbivores, prédateurs, collecteurs-filtreurs, charognards, toute méthode est bonne! Certaines constituent des parasites externes d’autres insectes. Fait intéressant, quel que soit le mode d’alimentation des adultes, toutes les larves s’avèrent être des parasites d’invertébrés aquatiques. Ces dernières s’accrochent à une pléiade d’insectes, notamment les libellules, les punaises d’eau géantes, les plécoptères, les corises et les dytiques, que l’on peut plus facilement observer. Elles s’attaquent aussi à maintes larves d’insectes aquatiques (entre autres maringouins et chironomes), crustacés et mollusques qui demeurent tapis sous l’eau et qui sont, par conséquent, moins connus. J’ai, pour ma part, photographié quelques individus cramponnés à des demoiselles (Odonata), ainsi qu’à une punaise d’eau du genre Belostoma.

Voyez-vous les nombreuses mites accrochées à l’abdomen du mâle?

Voyez-vous les nombreuses mites accrochées à l’abdomen du mâle?

Plusieurs mites parasites étaient fixées sur cette punaise

Plusieurs mites parasites étaient fixées sur cette punaise

Le parasitisme associé aux mites d’eau semble jouer un rôle important dans la régulation des populations de divers organismes aquatiques. Dans les milieux où elles sont foisonnantes, elles contribueraient à diminuer de façon notable l’abondance de leurs proies préférées. Aussi, les larves d’insectes fortement touchées peuvent, une fois émergées en tant que femelles, être suffisamment affaiblies de sorte à pondre un moins grand nombre d’œufs. Naturellement, le taux de survie des individus vivement assaillis diminue au fur et à mesure qu’augmente l’intensité du parasitisme.

Les mites d’eau sont retrouvées dans des milieux aquatiques fort variés où elles prolifèrent en grande abondance. Selon Thorp et Covich (2001), un seul mètre carré de substrat localisé dans la zone littorale bien fournie en végétation aquatique d’un lac eutrophe (état de santé d’un lac qui s’avère enrichi par la matière organique, les algues et les plantes) peut soutenir jusqu’à quelque 2000 individus – un minimum de 25 genres et de 75 espèces! C’est en nageant parmi les herbiers poussant à un mètre de profondeur aux abords d’un petit lac l’été dernier que je pus en effet filmer quelques individus en action et les capturer pour mieux les examiner (tous ont ensuite été relâchés sans dommage!). C’était vraiment étonnant de voir de petites taches rouges se déplacer rapidement autour de moi sous l’eau.

Les rivières ne sont pas en reste : toujours selon Thorp et Covich (2001), le substrat rocheux des ruisseaux et des rivières à courant rapide s’avère, lui aussi, un habitat de choix. Un mètre carré de ce substrat peut comprendre 5000 spécimens appartenant à plus de 30 genres et 50 espèces. C’est donc dire que ces petites bêtes sont omniprésentes!

La capacité des invertébrés à respirer sous l’eau constitue un sujet qui m’a toujours fascinée (voir cette chronique). Les tactiques employées par les invertébrés aquatiques (quels qu’ils soient), sont multiples, incluant l’utilisation de tubes respiratoires, de branchies externes et de branchies cachées dans une chambre où l’eau peut circuler. Chez les hydracariens, la respiration s’effectue simplement par diffusion de l’oxygène contenu dans l’eau à travers les parois de l’exosquelette. Chez les individus munis d’un exosquelette plus rigide, on peut noter la présence de pores dispersés au travers des « plaques » qui facilitent davantage la diffusion des gaz.

Bien que l’été nous ait déjà quittés depuis un petit moment, j’ai une suggestion d’activité que vous pourriez mettre à votre agenda lorsque la chaleur sera de retour (ouf, je ne passerai pas l’hiver si j’ai déjà hâte à l’été prochain!). En effet, je vous propose de vous munir de lunettes de plongée et d’un tuba afin de sillonner les herbiers de plantes aquatiques qui jonchent le littoral d’un lac que vous aurez choisi (pour des suggestions, vous pouvez toujours communiquer avec moi!). En ouvrant l’œil attentivement, vous devriez pouvoir observer quelques hydracariens se déplaçant habilement dans la colonne d’eau… et peut-être même plus!

 

Vidéo 1. Cet été, je me suis amusée à donner quelques coups de filet dans un lac des Laurentides (lac Bonny). On peut d’abord voir une mite d’eau rouge nager dans un petit contenant. Ensuite, je vous transporte vers un bol plus gros contenant de nombreuses mites qui se déplacent vivement. Le bol représente le contenu de quelques coups de filet donnés en zone littorale du lac.

 

Vidéo 2. Mite d’eau capturée dans le lac Cromwell à l’été 2017, sur le territoire de la Station de Biologie des Laurentides. Celle-ci est brune.

 

Vidéo 3. Lors d’une petite sortie en apnée, j’ai pu filmer ces deux mites rouges à la nage, au fond du lac. La mise au point n’est pas idéale (difficile de garder sa stabilité dans une masse d’eau en mouvement!), mais l’on peut bien voir les deux « points » rouges se mouvoir.

 

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Hydrachnidia – Water Mites. https://bugguide.net/node/view/729566
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Concours de photo 2017 – Partie 2 : Le thomise variable par Céline Benoit Anderson

Photographie gagnante par Céline Benoit Anderson

Photographie gagnante par Céline Benoit Anderson

Chose promise, chose due, je vous présente cette semaine un billet portant sur la seconde photographie élue favorite ex aequo lors du concours amical de photographie d’insectes 2017.

L’invertébré mis en vedette est un joli thomise variable (Misumena vatia), une araignée de la famille Thomisidae. À noter que je lis « la thomise variable » sur Internet, alors qu’Antidote me signale que « thomise » est masculin. Vous en serez avertis!

Cela dit, les thomises sont plus communément connus sous le nom d’araignées-crabes. Ils doivent cette appellation à leur démarche latérale qui rappelle celle d’un crabe; par ailleurs, ces araignées sont munies de pattes antérieures plutôt larges qui, elles aussi, peuvent faire penser au crustacé en question.

Misumena vatia photographiée avec une proie

Misumena vatia photographiée avec une proie

Misumena vatia sur de l’asclépiade, en bordure d’une route

Misumena vatia sur de l’asclépiade, en bordure d’une route

Butineurs : attention!

Butineurs : attention!

Ce qui surprend du thomise variable, c’est sa capacité à moduler sa couleur en fonction de son environnement. Les individus peuvent opter pour une coloration blanchâtre ou jaunâtre afin de se fondre au décor et duper leurs proies. Une fois la bonne teinte obtenue, ils demeurent immobiles sur les pétales des fleurs de couleur similaire, attendant le passage d’un insecte butineur. Le pauvre insecte n’a souvent pas la chance d’apercevoir ce maître du camouflage avant qu’il ne soit trop tard!

Le spécimen photographié par Céline est une femelle. Ces dernières sont de bonne taille : 6 à 9 mm, contre seulement 2,9 à 4 mm pour le mâle. Le dimorphisme sexuel (différence de la taille du corps selon le sexe) est chose courante chez les araignées et les thomises ne font pas exception. Cela dit, l’abdomen de la femelle est fréquemment (quoique pas tout le temps) flanqué de deux bandes roses. Le reste de son corps est généralement uni (blanc ou jaune). Le mâle, de son côté, est plus sombre : son céphalothorax et ses deux paires de pattes antérieures sont brun foncé ou rouille, alors que les deux paires de pattes postérieures, ainsi que l’abdomen, sont plus pâles. L’abdomen comporte également deux bandes brun-rougeâtre (voir cet exemple tiré de Bug Guide).

Comme on peut s’y attendre, ces jolies araignées sont communément observées dans les plates-bandes ou dans les champs où de nombreuses espèces de fleurs bourgeonnent. J’en ai aperçu à quelques reprises dans des rudbeckies et des onagres ornant des plates-bandes résidentielles (comme la photographie gagnante), ainsi que sur des asclépiades poussant en bordure de routes de campagne. À ce qu’il semble, on peut aussi retrouver des individus dans les verges d’or – une plante que j’affectionne, car on y retrouve toute une panoplie d’autres invertébrés (voir notamment cette chronique).

L’aire de répartition de notre arachnide est très vaste : elle s’étend du sud du Canada jusqu’au Mexique, recouvrant l’ensemble des États-Unis. Selon Bradley (2013), on peut rencontrer le thomise variable du mois de mai au mois d’août. Wikpédia, de son côté, précise que les juvéniles d’une année donnée hivernent dans la litière au sol; une fois le printemps venu, ils muent à nouveau et terminent leur cycle de vie pendant cette seconde saison estivale. Fait intéressant : après la ponte, les femelles demeurent avec leur sac d’œufs, qu’elles attachent à divers objets (notamment des feuilles repliées). Elles ne se nourrissent point pendant cette période et, peu après l’émergence de leurs rejetons, elles meurent. Il s’agit de mamans dévouées!

Sans surprise, ces araignées sont des prédateurs par excellence. Elles s’attaquent à toute proie de taille à être maîtrisée… ce qui constitue parfois des proies plus grosses qu’elles! Ainsi, comme toute araignée, il s’agit d’un invertébré bénéfique qui s’assure de réguler les populations d’insectes qui pourraient autrement s’avérer envahissants. Aussi, que vous aimiez les araignées ou non, ces individus colorés accrochent l’œil et sont agréables à regarder! Comme la photographie de notre seconde gagnante ex aequo!

 

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Bug Guide. Species Misumena vatia – Goldenrod Crab Spider. http://bugguide.net/node/view/6751
  • Evans, A.V. 2014. Beetles of Eastern North America. 560 p.
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.
  • Wikipédia. Misumena vatia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Misumena_vatia

Deux gagnantes ex æquo pour le concours amical de photos d’invertébrés 2017

Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous laisse, chaque année, l’ingrate tâche de voter pour vos photographies préférées? Et bien, le résultat de cette année offre une bonne explication. Les deux clichés gagnants ont été croqués sur le vif par deux sœurs… en l’occurrence ma tante et ma mère! Y a-t-il eu une conspiration familiale au sein des électeurs? Quoi qu’il en soit, je suis bien heureuse d’avoir préservé mon chapeau d’impartialité et de ne pas m’en être mêlée!

Chose promise, chose due, je m’affairerai dans les prochaines semaines à dresser le portrait plus complet de nos deux arthropodes qui ont fait fureur. Le premier cliché par Sylvie Benoit nous racontera l’histoire d’un Vulcain qui a émergé dans une maison, par hasard. Le second, pris par Céline Benoit Anderson, mettra en vedette le joli thomise variable – un invertébré que j’affectionne particulièrement!

Cela dit, je souhaite remercier vivement tous les participants au concours de cette année. Plusieurs photographies se sont retrouvées dans le peloton de tête et nous avons même failli avoir trois photos ex æquo! Vos photos n’ont pas remporté le concours? Qu’à cela ne tienne! Elles ont sans aucun doute constitué un plaisir pour les yeux des lecteurs DocBébitte! Bravo et merci à tous!

Deux photos gagnantes ex æquo cette année, prises par deux sœurs!

Deux photos gagnantes ex æquo cette année, prises par deux sœurs!

Une semaine et demie de biodiversité aquatique ou le bonheur selon DocBébitte!

Asellidae observé dans le lac Croche à la Station de biologie des Laurentides

Asellidae observé dans le lac Croche à la Station de biologie des Laurentides

Larve d’Hydropsychidae, un trichoptère présent en grand nombre dans l’exutoire du lac Croche

Larve d’Hydropsychidae, un trichoptère présent en grand nombre dans l’exutoire du lac Croche

Cette année, mes vacances ont été fortement teintées par un thème qui me tient à cœur : la biodiversité en milieu aquatique. Étant limnologiste de formation, j’ai un faible tout particulier pour les organismes vivant sous la surface de l’eau. On peut donc dire que j’ai filé le parfait bonheur pendant mon congé estival… qui lui a simplement filé trop vite!

Le coup d’envoi a été donné par le 44e congrès de l’Association des entomologistes amateurs du Québec, dont le thème cette année était la biodiversité. Dans le cadre de cette activité annuelle, j’ai eu la chance d’effectuer une présentation sur l’importance des insectes aquatiques comme indicateurs de biodiversité et de santé des milieux d’eau douce. De plus, le congrès se déroulait sur le territoire de la Station de biologie des Laurentides de l’Université de Montréal, un site que je connaissais déjà bien puisque je l’avais fréquenté à maintes reprises lors de mes études. Le territoire de cette station est parsemé d’une vaste quantité de lacs et de ruisseaux et s’avère donc un terrain de jeu de rêve pour tout limnologiste.

Lors de notre séjour, j’ai pu y visiter trois lacs (Croche, Cromwell et Triton), ainsi qu’une tourbière (lac Geai). J’ai pataugé dans l’un des lacs, armée de mon nouvel appareil photo Olympus Tough TG-5, un appareil conçu pour prendre des photos et des vidéos sous l’eau. Ce n’est cependant pas dans ce lac que j’ai observé la plus grande diversité d’invertébrés. En effet, je n’y ai capturé que des mites d’eau (Hydracarina), ainsi que quelques isopodes aquatiques (Asellidae), des cousins de nos cloportes terrestres. Il faut dire toutefois que je m’étais restreinte à une petite bande le long du littoral et que je ne me suis pas aventurée très loin dans le lac.

Un coup de filet dans une tourbière (lac Geai) révèle une grande diversité et abondance

Un coup de filet dans une tourbière (lac Geai) révèle une grande diversité et abondance

Naïade de libellule observée au lac Geai

Naïade de libellule observée au lac Geai

Moule d’eau douce photographiée au lac Bonny

Moule d’eau douce photographiée au lac Bonny

Quatuor d’insectes capturés au lac Bonny

Quatuor d’insectes capturés au lac Bonny

L’exutoire du lac – un petit ruisseau – comportait une bien plus grande diversité d’organismes : écrevisses, trichoptères, éphémères, mégaloptères, odonates et plécoptères, notamment, étaient au rendez-vous. Il en fut de même pour les abords de la tourbière : en quelques coups de filet, nous fûmes en mesure d’observer une grande diversité et densité d’organismes tels que libellules (zygoptères et anisoptères), corises (Corixidae) et larves de dytiques.

Après cette sortie, je passai ensuite une semaine complète aux abords d’un petit lac dans les Laurentides (lac Bonny). J’avais également amené avec moi mon filet troubleau et plusieurs pièces d’équipement destinées à observer et manipuler les invertébrés aquatiques capturés. Naturellement, ces derniers furent tous relâchés après que les observations aient été complétées. En plus de cela, j’ai allégrement barboté dans le lac et pris des photos et vidéos sous-marines à l’aide de ma caméra. Au menu de la semaine figurèrent bon nombre d’insectes, ainsi que plusieurs invertébrés : moules d’eau douce, mites d’eau, ranatres, naïades de libellules et d’éphémères, etc.!

Dans les prochaines semaines, je compte vous parler plus en détail de plusieurs des organismes rencontrés pendant mes vacances… incluant quelques surprises dont je ne fais pas mention ici pour l’instant! D’ici là, je vous souhaite une bonne poursuite de la saison estivale… et peut-être des découvertes aquatiques pour vous aussi?