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Gagnant du concours amical de photographie d’insectes 2018 : Gomphe en émergence par Pierrot Busque

Photo gagnante : Gomphe en émergence, par Pierrot Busque

Photo gagnante : Gomphe en émergence, par Pierrot Busque

C’est avec un immense plaisir que je vous dévoile la photographie gagnante du concours amical DocBébitte 2018!

Étant donné que 8 des 21 photographies soumises cette année portaient sur des libellules, il n’est pas étonnant que notre cliché élu favori en soit un où figurent ces charmantes bêtes! Plus précisément, c’est la photographie d’un gomphe en émergence (famille Gomphidae), prise par Pierrot Busque, qui s’est avérée être la favorite des lecteurs! Cette observation – qui n’en est pas une que l’on effectue tous les jours – aura su capter la curiosité des électeurs.

Mention honorable à Enallagma civile sur plume par Peter Lane

Mention honorable à Enallagma civile sur plume par Peter Lane

Chose promise, chose due, ladite photo est mise en vedette dans la présente chronique et je m’affairerai à rédiger quelques lignes sur l’individu croqué sur le vif. Mais avant de commencer, j’aimerais remercier à nouveau tous les participants au concours, lesquels nous ont fait voir des photos hautes en couleur! En particulier, j’offre une mention honorable pour la photographie « Enallagma civile sur plume » de Peter Lane qui se retrouve en deuxième position. Les électeurs auront sans doute apprécié le côté artistique de ce cliché!

En outre, bravo à tous les participants, vos clichés ont été nettement appréciés… mais il fallait désigner un gagnant!

 

L’émergence du gomphe

Si vous me connaissez même un tant soit peu, vous savez probablement déjà que j’affectionne tout particulièrement les libellules et leurs naïades (stade aquatique de la nymphe). Le logo de DocBébitte représente d’ailleurs une naïade de libellule… l’aviez-vous deviné?

Sur la photographie de M. Busque, on voit en fait l’adulte de la libellule s’extirper progressivement de l’exuvie de la naïade – l’exuvie étant le squelette externe de tout insecte. Contrairement au papillon dont la chenille forme une chrysalide avant de se transformer en adulte, la métamorphose chez les libellules est dite simple. Il n’y a pas de stade comprenant la formation d’une chrysalide ou d’une pupe; l’adulte se forme directement à l’intérieur de la carcasse de la naïade.

Ainsi, quand la naïade sent qu’il est temps de se métamorphoser, elle rampe hors de l’eau et s’accroche à divers substrats. Selon les espèces et les milieux, il peut s’agir de roches (comme sur la photo de M. Busque), de troncs, de tiges, etc. Ensuite, l’adulte prêt à émerger fend l’exuvie au niveau du thorax et y émerge progressivement. Ce processus est assez long et nous laisse donc le temps d’admirer le phénomène.

La métamorphose ne se passe pas toujours comme prévu

La métamorphose ne se passe pas toujours comme prévu

Une fois extirpé, l’adulte doit se laisser sécher et prendre sa forme définitive avant de pouvoir s’envoler. Il est très vulnérable à ce moment. Un coup de vent ou une vague imprévue peut facilement le déformer et le rendre non opérationnel.

À plusieurs reprises dans les dernières années, j’ai observé des émergences de gomphes-cobras (Gomphus vastus) où je notais la présence de bon nombre d’individus « handicapés » (corps ou ailes déformés). La phase de métamorphose est non seulement énergivore pour nos belles libellules, elle est critique. Sans ailes fonctionnelles, notamment, nos adultes ne peuvent se déplacer afin de se nourrir et de se reproduire – leur objectif ultime!

Sur la photographie mise en vedette, on est en mesure de déterminer que l’individu est un gomphe (famille Gomphidae). Je suis capable d’identifier ce spécimen à la famille, pour ma part, à partir de l’exuvie. Les naïades et exuvies vides de gomphes sont faciles à identifier à cause de la forme de leurs antennes. J’avais déjà fait part des critères d’identification dans cette précédente chronique, si le sujet vous intéresse (je ne me répéterai pas ici)!

La famille Gomphidae est fréquemment rencontrée au Québec. Les adultes, d’assez bonne taille (40 à 60 mm), aiment bien se percher et se laisser admirer! En Amérique du Nord, on recenserait un peu plus de 100 espèces. L’extrémité de l’abdomen est très souvent renflée, une caractéristique qui permet généralement de rattacher les individus observés à cette famille. C’est d’ailleurs elle qui a donné le nom anglais à cette famille : « clubtails » (queue en forme de club de golf). De plus, l’espacement plutôt large entre les yeux de l’adulte (au-dessus de la tête) serait aussi typique à ce groupe (voir cette photo tirée de Bug Guide).

J’ai écrit à plusieurs reprises des chroniques portant en tout ou en partie sur ce beau groupe de libellules (comme mentionné plus haut, j’ai un petit faible…). Si vous êtes curieux et que le cœur vous en dit, voici quelques chroniques que vous pouvez lire à ce sujet:

Je félicite encore Pierrot Busque pour nous avoir partagé ses belles observations de gomphes en émergence!

Pour en savoir plus

Combien de taches sur cette libellule?

La libellule à quatre taches – vue dorsale

La libellule à quatre taches – vue dorsale

Vue de face

Vue de face

Vue de côté

Vue de côté

Un petit congé forcé ce vendredi, à cause des manifestations anticipées près de mon lieu de travail en cette semaine du G7, ne m’a donné d’autres choix que de me balader un peu dans les environs. La vie est dure, n’est-ce pas? Je me suis ainsi retrouvée dans un magnifique lieu – le parc du Bois-de-Coulonges, à Québec.

À l’entrée de ce domaine sied un joli petit étang… autour duquel « bourdonnait » tout un tas de belles grosses libellules. Je reconnus la libellule quadrimaculée ou libellule à quatre taches, selon les sources (Libellula quadrimaculata), une espèce que je n’avais pas encore eu le loisir d’immortaliser sur photo.

Malheureusement, je n’étais munie que d’un petit appareil photo que j’utilise pour des plans rapprochés (mode « microscope »), mais qui n’est pas conçu pour zoomer des insectes qui ont la bougeotte et qui se posent à quelques mètres du photographe. Ne me décourageant point, je récidivai le lendemain, cette fois-ci armée d’un appareil adéquat. Bien que l’action était moins intense que la veille, je pus tout de même prendre des clichés fort raisonnables qui agrémentent la présente chronique.

Le vendredi, j’avais assisté à des débats amoureux variés : mâles qui se pourchassaient, ainsi que mâles et femelles qui s’adonnaient à la chose en plein vol. Je remarquai que, immédiatement après cet accouplement aérien, la femelle ne perdait pas son temps et procédait à la ponte de ses œufs, en donnant de petits coups à la surface de l’eau du bout de son abdomen. Tous ces comportements sont également rapportés dans Paulson (2011), qui précise notamment que les mâles de cette espèce sont très territoriaux. J’observai en effet que les mâles ne prenaient que peu de répit. Lors de ma seconde visite le samedi, je restai plusieurs minutes dans le même secteur de l’étang afin d’observer un mâle en particulier qui ne cessait de chasser les intrus hors de son territoire. La tâche ne semblait pas facile, puisque le nombre de compétiteurs faisant intrusion s’avérait fort élevé.

Les libellules se perchaient à de multiples endroits : végétation aquatique, végétation terrestre (vue ici) ou encore directement au sol

Les libellules se perchaient à de multiples endroits : végétation aquatique, végétation terrestre (vue ici) ou encore directement au sol

Habitat typique de notre insecte-vedette

Habitat typique de notre insecte-vedette

Je fus surprise par cette libellule qui se laissa prendre

Je fus surprise par cette libellule qui se laissa prendre

Cela dit, j’ai présumé que la majorité des individus que je voyais se pourchasser étaient des mâles, à cause de leur comportement territorial. Comme l’indique Paulson (2011), la libellule à quatre taches est l’une des rares libellules du genre Libellula où les deux sexes sont difficiles à distinguer sans examen plus approfondi. En effet, les mâles et les femelles portent une robe similaire : visage brun-beige, yeux bruns sur le dessus et verts sur le dessous (entièrement bruns chez les individus plus âgés), ainsi que thorax et abdomen majoritairement bruns et bordés de taches jaunâtres. Les ailes sont ornées de motifs foncés et ambrés. La caractéristique qui permet d’identifier l’espèce et qui lui a donné son nom, c’est la présence de quatre petites taches sombres : soit une sur le nodus de chaque aile (la zone située au centre-haut de l’aile). À vrai dire, cependant, on pourrait être porté à calculer l’ensemble des taches des ailes – elles comportent en fait une tache au nodus, mais aussi une près de l’extrémité. Une des sources consultées indique d’ailleurs qu’on ne devrait peut-être pas l’appeler libellule à quatre taches, car elle en porte bien plus en réalité!

Comme tous les odonates, les naïades de la libellule à quatre taches grandissent sous l’eau. Ce sont de voraces prédateurs qui se nourrissent d’une vaste palette d’invertébrés aquatiques (larves de maringouins, de mouches, d’éphémères, etc.) et même de quelques vertébrés comme des têtards et des petits poissons. Les naïades passent deux années sous l’eau, avant d’émerger comme adulte ailé prêt à se reproduire.

Comme la naïade, l’adulte est un prédateur par excellence. Excellent acrobate aérien, il parvient à attraper toute une gamme d’organismes – souvent la version adulte des larves qui étaient dévorées par la naïade! Ainsi, maringouins et mouches qui cherchent habituellement à nous piquer sont au menu. C’est qu’elles sont utiles, ces libellules!

Cet individu était à quelques centaines de mètres de l’étang, plus loin dans le parc

Cet individu était à quelques centaines de mètres de l’étang, plus loin dans le parc

L’espèce est bien répartie et couvre tout le Québec méridional. On la retrouve dans toutes les provinces canadiennes ainsi que dans une grande partie des états américains du centre et du nord (de l’atlantique jusqu’à l’Alaska). Son aire de répartition inclut également l’Europe et l’Asie du nord, allant du Royaume-Uni au Japon.

Pour terminer, vous pourrez observer cette espèce au Québec de la fin mai à la fin août près des milieux où les eaux sont stagnantes et plutôt bien fournies en végétation aquatique. Il peut s’agir d’étangs, mais aussi de zones d’eau calme en bordure de certains lacs ou rivières. Pour vous donner une idée d’un habitat type, je vous ai fourni une photographie de l’étang du parc du Bois-de-Coulonges. Je compte bien y retourner par intervalles car, qui sait, cet étang cache peut-être d’autres espèces de libellules tout aussi sympathiques!

 

Vidéo 1. Je ne pensais pas que cette libellule se laisserait prendre, puisque les autres individus étaient généralement nerveux lorsque je m’en approchais pour les photographier. Elle a gentiment monté sur ma main et y est restée pendant plusieurs minutes, à mon grand plaisir!

 

Vidéo 2. On peut voir cette libellule « respirer » en contractant son abdomen. À noter que les insectes ne respirent pas comme nous (voir cette chronique si vous êtes curieux d’en apprendre plus sur leur système respiratoire).

 

Pour en savoir plus

Une semaine et demie de biodiversité aquatique ou le bonheur selon DocBébitte!

Asellidae observé dans le lac Croche à la Station de biologie des Laurentides

Asellidae observé dans le lac Croche à la Station de biologie des Laurentides

Larve d’Hydropsychidae, un trichoptère présent en grand nombre dans l’exutoire du lac Croche

Larve d’Hydropsychidae, un trichoptère présent en grand nombre dans l’exutoire du lac Croche

Cette année, mes vacances ont été fortement teintées par un thème qui me tient à cœur : la biodiversité en milieu aquatique. Étant limnologiste de formation, j’ai un faible tout particulier pour les organismes vivant sous la surface de l’eau. On peut donc dire que j’ai filé le parfait bonheur pendant mon congé estival… qui lui a simplement filé trop vite!

Le coup d’envoi a été donné par le 44e congrès de l’Association des entomologistes amateurs du Québec, dont le thème cette année était la biodiversité. Dans le cadre de cette activité annuelle, j’ai eu la chance d’effectuer une présentation sur l’importance des insectes aquatiques comme indicateurs de biodiversité et de santé des milieux d’eau douce. De plus, le congrès se déroulait sur le territoire de la Station de biologie des Laurentides de l’Université de Montréal, un site que je connaissais déjà bien puisque je l’avais fréquenté à maintes reprises lors de mes études. Le territoire de cette station est parsemé d’une vaste quantité de lacs et de ruisseaux et s’avère donc un terrain de jeu de rêve pour tout limnologiste.

Lors de notre séjour, j’ai pu y visiter trois lacs (Croche, Cromwell et Triton), ainsi qu’une tourbière (lac Geai). J’ai pataugé dans l’un des lacs, armée de mon nouvel appareil photo Olympus Tough TG-5, un appareil conçu pour prendre des photos et des vidéos sous l’eau. Ce n’est cependant pas dans ce lac que j’ai observé la plus grande diversité d’invertébrés. En effet, je n’y ai capturé que des mites d’eau (Hydracarina), ainsi que quelques isopodes aquatiques (Asellidae), des cousins de nos cloportes terrestres. Il faut dire toutefois que je m’étais restreinte à une petite bande le long du littoral et que je ne me suis pas aventurée très loin dans le lac.

Un coup de filet dans une tourbière (lac Geai) révèle une grande diversité et abondance

Un coup de filet dans une tourbière (lac Geai) révèle une grande diversité et abondance

Naïade de libellule observée au lac Geai

Naïade de libellule observée au lac Geai

Moule d’eau douce photographiée au lac Bonny

Moule d’eau douce photographiée au lac Bonny

Quatuor d’insectes capturés au lac Bonny

Quatuor d’insectes capturés au lac Bonny

L’exutoire du lac – un petit ruisseau – comportait une bien plus grande diversité d’organismes : écrevisses, trichoptères, éphémères, mégaloptères, odonates et plécoptères, notamment, étaient au rendez-vous. Il en fut de même pour les abords de la tourbière : en quelques coups de filet, nous fûmes en mesure d’observer une grande diversité et densité d’organismes tels que libellules (zygoptères et anisoptères), corises (Corixidae) et larves de dytiques.

Après cette sortie, je passai ensuite une semaine complète aux abords d’un petit lac dans les Laurentides (lac Bonny). J’avais également amené avec moi mon filet troubleau et plusieurs pièces d’équipement destinées à observer et manipuler les invertébrés aquatiques capturés. Naturellement, ces derniers furent tous relâchés après que les observations aient été complétées. En plus de cela, j’ai allégrement barboté dans le lac et pris des photos et vidéos sous-marines à l’aide de ma caméra. Au menu de la semaine figurèrent bon nombre d’insectes, ainsi que plusieurs invertébrés : moules d’eau douce, mites d’eau, ranatres, naïades de libellules et d’éphémères, etc.!

Dans les prochaines semaines, je compte vous parler plus en détail de plusieurs des organismes rencontrés pendant mes vacances… incluant quelques surprises dont je ne fais pas mention ici pour l’instant! D’ici là, je vous souhaite une bonne poursuite de la saison estivale… et peut-être des découvertes aquatiques pour vous aussi?

La petite leucorrhine nordique

En sortant du travail en une fin d’après-midi du début du mois de juin, j’ai eu la chance de voir se poser devant moi une toute petite libellule, laquelle se laissa, à ma grande surprise, manipuler allègrement. Je pus la photographier de tous bords, tous côtés, ainsi qu’enregistrer une vidéo. J’étais tellement absorbée par la sympathique tâche que je dus me secouer afin de ne pas rater mon autobus.

Leucorrhine hudsonienne mâle

Leucorrhine hudsonienne mâle

Leucorrhine mâle, vue de face

Leucorrhine mâle, vue de face

Leucorrhine mâle, vue de côté

Leucorrhine mâle, vue de côté

En fouillant dans Paulson (2011), je pus trouver rapidement de quelle espèce il s’agissait. À la fois la coloration et la très petite taille de l’individu s’avéraient des critères facilitant l’identification. La belle créature s’avérait être une leucorrhine hudsonienne (Leucorrhinia hudsonica). Un premier indice pointant vers cet individu était la couleur de son visage : tout blanc. En effet, les membres du genre Leucorrhinia sont nommés, en anglais, Whiteface, ce qui signifie « face blanche ». En second lieu, la couleur orangée et les motifs parcourant l’abdomen pointaient vers une poignée limitée d’espèces, dont une qui était qualifiée de particulièrement petite : la leucorrhine hudsonienne.

Toutefois, dans Paulson (2011), les motifs de l’abdomen des mâles présentés sont nettement rouges alors que ceux des femelles sont jaunes. J’étais embêtée par la coloration plutôt orangée de mon spécimen mâle – ni rouge ni jaune –, jusqu’à ce que je lise sur Bug Guide que cette coloration est typique des mâles immatures. Je faisais donc affaire à la bonne espèce; simplement, l’individu était immature. Par ailleurs, juste pour nous mêler davantage, les sources que j’ai consultées indiquent que certaines femelles préfèrent porter le rouge! Pour distinguer les mâles des femelles hors de tout doute, il faut par conséquent jeter un coup d’œil aux appendices situés au bout de l’abdomen des libellules. Ceux-ci sont différents entre les mâles et les femelles, ceux des mâles étant destinés à agripper les femelles par la tête.

Comble du bonheur! Dans la semaine qui suivit, je pus observer, non loin du lieu de ma première rencontre, une femelle de la même espèce. Cette dernière était fort moins coopérative et je ne pus prendre que trois ou quatre clichés de la dame au sol avant qu’elle ne s’envole. Les photographies prises – dont une qui agrémente la présente chronique – permettent tout de même de comparer les motifs et les couleurs avec le jeune mâle.

Une question réside : que faisaient donc ces deux insectes tout près de mon travail, en pleine ville à Québec? Il faut dire que mon travail se situe entre le fleuve Saint-Laurent et la rivière Saint-Charles, deux cours d’eau bordés par endroits de marais, des habitats propices pour cette espèce d’odonate. Il n’y a toutefois pas de milieux aquatiques très près du travail. Or, Paulson (2011) précise que les femelles L. hudsonica sont retrouvées assez loin de l’eau, où l’on peut les observer au sol ou encore perchées sur des branches et troncs des clairières. Cela pourrait expliquer pourquoi la femelle que j’ai observée était bien installée sur le trottoir asphalté; d’autres espèces d’odonates ne se seraient jamais permis un perchoir aussi bas! D’ailleurs, une passante me voyant prendre des photographies au sol s’arrêta pour me demander ce qui se passait. En voyant la libellule, elle s’exclama « Oh, je me demandais au juste ce que vous faisiez à photographier une craque du trottoir »!

Femelle observée quelques jours plus tard

Femelle observée quelques jours plus tard

Appendices terminaux de la femelle (gauche) et du mâle (droite)

Appendices terminaux de la femelle (gauche) et du mâle (droite)

Étant donné que les femelles s’éloignent des milieux aquatiques, je présume que cela explique également la présence du mâle que j’avais aperçu quelques jours plus tôt. L’accouplement des leucorrhines hudsoniennes se ferait d’ailleurs loin de l’eau. Toutefois, après l’accouplement, la femelle revient vers les milieux aquatiques afin de pondre ses œufs en frappant la surface de l’eau du bout de son abdomen. Le mâle demeure souvent à proximité et veille à ce qu’aucun autre mâle ne tente de se reproduire avec sa douce.

Comme tout odonate qui se respecte, les naïades des leucorrhines hudsoniennes grandissent et vivent sous l’eau. En particulier, les membres de cette espèce auraient un faible pour les marais et les étangs tourbeux et elles préféreraient vivement les milieux où la végétation aquatique est dense. Il s’agit de prédateurs hors pair qui sont très utiles, se nourrissant notamment de larves d’insectes indésirables comme les maringouins. Il en est de même pour les adultes, qui se délectent de maringouins et de mouche adultes, ainsi que d’une vaste palette d’invertébrés.

Sans grande surprise, la leucorrhine hudsonienne est une libellule nordique dont l’aire de répartition inclut la baie d’Hudson. Celle-ci est globalement observée, d’ouest en est, de l’Alaska jusqu’au Labrador. Elle couvre presqu’entièrement le Québec. Vers le sud, elle s’étend jusqu’en Virginie. Les adultes émergent à partir de la fin du mois de mai et on peut les rencontrer jusqu’à la fin août. Robert (1963) parle du début juin à la fin juillet au Québec; cette référence datant quelque peu, je ne suis cependant pas certaine du degré de précision actuel! Qu’à cela ne tienne, il est encore temps pour vous de partir à la recherche de cette sympathique libellule qui n’a pas peur du froid!

 

Vidéo 1. Ma toute première leucorrhine hudsonienne, observée à Québec le 9 juin 2017.

 

Pour en savoir plus

DocBébitte en bref : Quel couvre-chef!

Drôle de couvre-chef

Drôle de couvre-chef

Et il bouge!

Et il bouge!

La fin de semaine dernière, je me suis affairée à nettoyer l’étang à poissons, comme je le fais chaque printemps. Il s’agit d’une tâche que j’aime bien exécuter : enfiler mes bottes-salopettes et jouer dans la boue, les algues et tout un tas de résidus végétaux! La raison pour laquelle je dois faire ce nettoyage est fort simple : si je laissais toute cette matière organique dans l’étang, les bactéries qui la décomposent engendreraient un manque en oxygène et une qualité de l’eau qui pourraient s’avérer nocifs pour mes poissons adorés – qui, il faut le dire, passent l’hiver dans des aquariums, bien au chaud à l’intérieur.

Bref, chaque année, cette activité devient en quelque sorte une chasse au trésor : quelques invertébrés bien spéciaux prennent refuge dans mon étang – outre les très communs moustiques, chironomes et Dixidae.

Cette année, ce sont deux naïades de libellules de la famille Aeshnidae que j’eus l’honneur de découvrir. Et, oh, surprise, l’une d’entre elles portait un couvre-chef très spécial… et vivant! Cette dernière s’avérait parasitée par une sangsue qui s’agitait alors que je manipulais ma belle naïade hors de l’eau.

C’est un mélange de curiosité et de pitié pour ces libellules que j’aime tant qui me conduisit à retirer la sangsue de la tête de la naïade. Tenant la sangsue dans une pince, ne tirant celle-ci que très légèrement, je fus surprise de voir qu’elle lâcha prise rapidement. Comme vous le savez, je préfère préserver uniquement les invertébrés trouvés déjà morts dans ma collection. Je me permis cependant une petite entorse à cette habitude afin de pouvoir examiner la sangsue de plus près, sous le stéréomicroscope. Cette dernière se retrouva par conséquent dans une fiole remplie d’alcool… et sous la loupe de mon appareil binoculaire!

Le résultat de l’examen approfondi vous est présenté parmi les photographies agrémentant la présente chronique. Il en est de même pour quelques photos et une vidéo de l’Aeshnidae portant fièrement son couvre-chef! Aviez-vous déjà vu quelque chose de tel?

 

Vidéo 1. Remarquez la sangsue qui s’agite sur la tête de la naïade!

 

Quelques autres photographies, pour le plaisir de vos yeux!

Vue dorsale

Vue dorsale

4. Gauche : la sangsue était très petite. Haut à droite : vue ventrale. Bas à droite : vue dorsale.

Gauche : la sangsue était très petite. Haut à droite : vue ventrale. Bas à droite : vue dorsale.

La belle, enfin libérée de son parasite!

La belle, enfin libérée de son parasite!