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Chenille ou imposteur ?

Les chenilles font partie des premiers insectes que l’on apprend à identifier. Généralement d’assez bonne taille, colorées et d’allure sympathique, elles figurent couramment dans les livres de contes pour enfants.

Malgré le fait qu’on ait l’impression de bien les connaître, il nous arrive tout de même de faire erreur et d’identifier à tort une chenille qui n’en est pas une. En effet, plusieurs autres invertébrés prennent une forme ressemblant aux chenilles lors de leur stade larvaire… et confondent petits et grands!

Chenille vs tenthrède

Ocelles (yeux simples) d’une chenille versus ocelles d’une larve de tenthrède

Chenille vs tenthrède_Pattes

Fausses pattes : chenille versus larve de tenthrède

Lors de la capsule de la semaine dernière, je vous soumettais plusieurs clichés sur lesquels on retrouvait divers insectes ressemblant à des chenilles. Êtes-vous parvenus à distinguer les « vraies » chenilles (qui sont des lépidoptères) des fausses? Avez-vous deviné à quels ordres d’insectes les autres individus appartenaient?

Il existe quelques trucs faciles qui nous permettent de savoir si l’on fait face à chenille – qui deviendra un papillon – ou à une larve d’un autre insecte. Le premier truc réside dans l’examen des yeux de la bête : les chenilles sont munies de plusieurs yeux simples latéraux (généralement six ocelles de chaque côté de la tête), ce qui n’est pas le cas des autres larves « sosies ». Il s’agit d’une bonne façon pour distinguer les chenilles de certaines larves d’hyménoptères appartenant au groupe des mouches à scie (sous-ordre Symphyta) comme les tenthrèdes, par exemple. Les larves des mouches à scie peuvent ressembler passablement aux chenilles, en arborant des couleurs vives et en étant munies de pseudopattes le long de leur abdomen. Toutefois, leur tête est flanquée de deux yeux simples bien distincts.

Le second truc est d’examiner la présence de fausses pattes. Il s’agit de protubérances retrouvées sous l’abdomen et qui aident à la locomotion; elles s’ajoutent aux trois paires de vraies pattes situées, quant à elles, à la hauteur du thorax. Selon Wagner (2005), la majorité des vraies chenilles possède quatre paires de fausses pattes ou moins situées le long des segments 3 à 6 de l’abdomen (sans compter les pseudopattes anales). Les mouches à scie, quant à elles, en auraient cinq ou plus (ou six ou plus, selon les sources consultées), qui sont visibles généralement dès le second segment (segment 2) de l’abdomen.

Asticot tête réduite

Tête réduite d’un asticot (larve de diptère)

De même, la base des fausses pattes des chenilles arbore des crochets qui sont absents des fausses pattes d’autres larves d’invertébrés, notamment les mouches à scie et divers diptères. Les fausses pattes des diptères qui ressemblent aux chenilles présentent aussi une disposition qui peut être différente : elles ne sont pas nécessairement situées tout le long de l’abdomen (voir la photo de la larve de chironome plus bas à cet effet). Cela inclut également l’absence totale de pseudopattes comme chez les larves de tipules. De plus, les larves de diptères ne portent pas de « vraies » pattes et, selon l’espèce concernée, la tête peut s’avérer être très réduite (comme une larve d’asticot, par exemple).

Finalement, certaines larves de coléoptères ou de neuroptères rampantes et de forme allongée pourraient faire penser à des chenilles, mais l’on peut habituellement voir assez rapidement par leur forme générale, ainsi que la présence d’autres attributs (des plaques thoraciques, des mandibules allongées, absence de pseudopattes, etc.), qu’il ne s’agit pas d’une chenille.

Seriez-vous maintenant prêts à distinguer une chenille d’un autre insecte aux allures similaires? Lors de la devinette du 25 octobre dernier, les participants ont réussi à bien identifier les quatre vraies chenilles qui faisaient partie du lot. Bien joué! Toutefois, ils ont aussi identifié un des imposteurs comme étant une chenille: la tenthrède de la photo #1. Ce dernier aura bien réussi son déguisement!

Vous pouvez voir les réponses à la devinette de la semaine dernière dans le tableau ci-dessous. Bon visionnement!

Qui est une chenille et qui ne l’est pas? Les réponses!
#1. Larve de tenthrède (Hyménoptère) Devinette 1_2015-10-24 #2. Larve de coccinelle (Coléoptère) Devinette 2_2015-10-24 #3. Chenille (Lépidoptère) Devinette 3_2015-10-24
#4. Larve de trichoptère Devinette 4_2015-10-24 #5. Larve de tenthrède (Hyménoptère) Devinette 5_2015-10-24 #6. Larve de tipule (Diptère) Devinette 6b_2015-10-24
#7. Chenille (Lépidoptère) Devinette 7_2015-10-24 #8. Larve de neuroptère Devinette 8_2015-10-24 #9. Chenille (Lépidoptère) Devinette 9_2015-10-24
#10. Larve de cimbicidé (Hyménoptère) Devinette 10_2015-10-24 #11. Larve de chironome (Diptère) Devinette 11_2015-10-24 #12. Chenille (Lépidoptère) Devinette 12_2015-10-24

 

Pour en savoir plus

 

L’élusive chrysope

Le monde des insectes est vaste et grand. Certains d’entre eux, très communs, peuplent abondamment nos cours et nos maisons. D’autres paraissent plus élusifs. C’est le cas, me semble-t-il, des chrysopes. Pour ma part, du moins, je ne vois tout au plus qu’un individu par été. Avez-vous eu plus de chance que moi?

Chrysope 2012

Chrysope observée dans ma cour en 2012

Chrysope aile

Ailes d’une chrysope que j’ai trouvée séchée dans une toile d’araignée

Les chrysopes font partie de l’ordre des neuroptères (Neuroptera; famille des Chrysopidae). Vêtues de vert vif, elles sont faciles à reconnaître. Elles se distinguent également par de longues ailes translucides et fortement nervurées, qu’elles maintiennent en toit au-dessus de leur abdomen lorsqu’au repos. D’ailleurs, le terme « neuroptère » réfère aux nombreuses nervures qu’arborent les ailes. De plus, les chrysopes sont munies de grands yeux globuleux et iridescents, fréquemment dans les teintes de jaune ou de rouge métallique.

On retrouve les chrysopes un peu partout en Amérique du Nord, comme le témoigne une de mes photographies prise à Badwater basin, à Death Valley en Californie. Il s’agit de l’endroit le plus bas en Amérique du Nord, situé 282 pieds sous le niveau de la mer. Les quelques autres fois où j’ai pu en observer, c’était ici à Québec (un peu moins exotique, je sais!).

Les chrysopes sont des insectes bénéfiques. Les larves, en particulier, constituent de voraces prédateurs. Les adultes pondent les œufs au printemps, habituellement à proximité d’une source de nourriture (par exemple, une colonie de pucerons). Les œufs ont une curieuse apparence : tous blancs, ils sont suspendus à une tige rigide et mince, de sorte à être hors d’atteinte des prédateurs – notamment leurs propres frères et sœurs. Ils ressemblent en quelque sorte à une moitié de Q-tips miniature (voir cette photographie).

Comme mentionné, les larves ont un appétit tellement vorace qu’elles sont susceptibles de manger leurs propres parents. Elles ne font pas la fine bouche et consomment aussi une myriade d’autres invertébrés : pucerons, mites, thrips, larves de mouches et divers invertébrés au corps mou. Ce sont de vraies gloutonnes : selon les sources consultées, elles peuvent consommer 10 pucerons à l’heure, 30 à 50 acariens rouges du pommier à l’heure, jusqu’à 200 insectes par semaine, ou encore 200 à 500 individus pendant la durée de leur stade larvaire (environ dix-huit jours). Imaginez-les débarrasser vos plantes de leurs pucerons à la vitesse de l’éclair!

Les larves ont une allure bien particulière qui me fait penser à une sorte de dragon miniature (photographie à l’appui). Elles sont notamment dotées de fines mandibules allongées dont elles se servent pour injecter des enzymes digestifs dans leurs proies. Elles n’ont ensuite qu’à siroter les tissus liquéfiés! Une de mes sources précise que ce « venin », également produit par les adultes, est suffisamment fort pour induire des démangeaisons, voire des douleurs chez les humains. Doigts trop curieux s’abstenir! Étrangement, certaines larves agglutinent les exosquelettes de leurs proies et/ou divers débris sur leur dos, de sorte à se camoufler. Elles se retrouvent ainsi incognito, au beau milieu de leur garde-manger! À cet effet, je vous recommande d’aller voir cette première photographie, ainsi que cette seconde. Impressionnant, n’est-ce pas?

Chrysope Death Valley

Chrysope observée à Death Valley, en Californie

Chrysope 2009

Chrysope observée dans ma cour en 2009

Les adultes, de leur côté, adoptent une diète plus variée. Certains sont prédateurs (ils aiment bien les pucerons en particulier), alors que d’autres se délectent de nectar et de pollen. Certaines espèces optent pour les deux! D’ailleurs, selon le livre Solutions écologiques en horticulture, on peut attirer les chrysopes adultes dans notre cours en y laissant pousser des fleurs riches en nectar et en pollen (camomille, échinacée, pissenlit et tournesol, pour n’en nommer que quelques-unes), ainsi qu’en prévoyant la présence d’un point d’eau comme un bain d’oiseau. Évidemment, la présence de colonies de pucerons ne nuit pas… quoiqu’on ne fasse habituellement pas exprès pour encourager leur prolifération!

Fait intéressant, les sources que j’ai consultées indiquent que les chrysopes adultes sont susceptibles de dégager une odeur désagréable lorsqu’elles sont manipulées. Cela ne s’est pas produit pour ma part. Est-ce parce qu’elles sont à l’aise avec mon approche? Il faut préciser que je ne les capture pas au sens propre : je les laisse simplement grimper sur mes doigts. D’un autre côté, est-ce parce que je n’ai pas un bon odorat? Je ne suis pas en mesure de vous le confirmer à ce point, mais je serais ravie de vous entendre sur vos expériences en la matière!

Pour terminer, les sources consultées mentionnent que les adultes seraient plutôt nocturnes. Certains d’entre eux seraient d’ailleurs en mesure de détecter les ultrasons émis par les chauves-souris à l’aide de veines ultrasensibles situées sur leurs ailes! Bref, le mode de vie nocturne des chrysopes expliquerait sans doute pourquoi je n’ai pas eu la chance d’en observer fréquemment. Vous pouvez compter sur moi pour commencer à attirer et observer des insectes nocturnes l’été prochain. Peut-être tomberais-je sur l’élusive chrysope et d’autres découvertes du genre!

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Brisson, J.D. et al. 1992. Les insectes prédateurs : des alliés dans nos jardins. Fleurs Plantes et Jardins : Collection no. 1. 44 p.
  • Chaumeton, H., Directeur. 2001. Insectes. 384 p.
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
  • Smeesters, E. et al. 2005. Solutions écologiques en horticulture. 198 p.
  • Bug Guide. Family Chrysopidae – Green lacewings. http://bugguide.net/node/view/140