Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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Élégant et commun, le papillon tigré!

Chaque année, quand l’été revient, j’ai tellement de sujets possibles sur lesquels rédiger mes chroniques que je ne sais plus où donner de la tête. Au courant des deux dernières semaines, j’ai pu observer un très grand nombre de papillons dans ma cour et dans mon quartier, à Québec, qui appartenaient tous à la même espèce. Je m’étais faite à l’idée qu’il s’agirait d’un bon sujet… idée qui fut cristallisée pas plus tard qu’hier, lors d’une promenade en kayak dans le secteur du Marais du Nord. La quantité de ces papillons voletant le long de la rivière que nous avions empruntée était en effet si grande qu’on les comptait par dizaines.

De qui s’agit-il? Je vous présente notre insecte-vedette : le très joli papillon tigré du Canada (Papilio canadensis)!

Papillon tigré du Canada qui butine dans mes lilas

Papillon tigré du Canada qui butine dans mes lilas

Même individu, autre prise de vue

Même individu, autre prise de vue

Ce sympathique et flamboyant lépidoptère de la famille Nymphalidae arbore une robe à dominance jaune rayée de noir. Il mesure, selon les sources, de 5,3 à 9 cm d’envergure et a un vol qualifié par Handfield (2011) de lent et élégant. À cause de ces attributs, mais aussi parce qu’il aime bien se délecter du nectar de fleurs communes, incluant les lilas, épervières, trèfles et marguerites, il est fréquemment observé. Dans le Québec méridional, il s’agit d’un papillon très commun.

Selon Leboeuf et Le Tirant (2012), la seule espèce semblable avec laquelle on pourrait confondre le papillon tigré du Canada est le Machaon de la baie d’Hudson. Ce dernier porte également fièrement le jaune et le noir. Toutefois, ses ailes sont plus trapues, ses queues plus courtes et son aire de répartition est située nettement plus au nord et à l’ouest que celle de P. canadensis. Ainsi, si vous observez un grand papillon diurne jaune et noir à la hauteur du Québec méridional, il s’agit fort probablement d’un papillon tigré du Canada. Néanmoins, prudence est de mise : selon Handfield (2011), Papilio glaucus, un très proche parent américain dont les caractéristiques sont très similaires, pourrait s’observer au sud du Québec. Sa présence pourrait se faire de plus en plus sentir dans les années à venir, en particulier si le climat de nos latitudes se réchauffe.

Second spécimen – on voit une encoche dans son aile droite

Second spécimen – on voit une encoche dans son aile droite

Vue ventrale

Face ventrale des ailes

Miam miam, des excréments de canard!

Miam miam, des excréments de canard!

Les chenilles sont également remarquables. Le thorax bombé des chenilles matures est muni de deux ocelles qui imitent à merveille les yeux d’un prédateur – probablement ceux d’une couleuvre (voir cette photographie tirée de Bug Guide). Elles possèdent aussi un organe nommé osmeterium qui est situé derrière la tête. Si elles se sentent menacées, elles gonflent cet organe orangé en forme de fourche qui dégage une odeur nauséabonde. Une photographie de la chenille du papillon du céleri, un proche parent appartenant aussi au genre Papilio, exhibant cet organe, avait d’ailleurs été soumise dans un précédent concours amical de photographie DocBébitte (voir cette photographie de Sylvie Benoit).

Les chenilles immatures, de leur côté, ressemblent plutôt à une déjection d’oiseau : elles sont brunes et blanches. En revanche, lors du dernier stade larvaire, tout juste avant la métamorphose en chrysalide, la chenille prend une teinte brun beige ou brun rosé. La chrysalide qui sera formée, quant à elle, s’attachera solidement à une tige ou à une branche. Elle traversera les rigueurs de l’hiver sous cette forme, avant d’en émerger au printemps suivant.

Il est à noter que les plantes-hôtes privilégiées par les chenilles sont le peuplier faux-tremble, ainsi que le bouleau blanc. Peu difficiles, nos larves peuvent également coloniser une myriade d’arbres et d’arbustes tels que les frênes, lilas, autres peupliers et bouleaux, sorbiers et j’en passe! De façon similaire, l’adulte se rencontre dans une vaste palette d’habitats : boisés clairsemés, abords de lacs et de rivières, tourbières, jardins et boisés urbains.

Je vous mentionnais plus tôt que le papillon tigré du Canada se nourrit de nectar. Ce n’est pas tout. Cet insecte ne daigne pas les cadavres d’animaux ou encore le fumier, d’où il tire de précieux nutriments. Ma plus récente observation – qui date d’hier – portait justement sur un individu confortablement installé sur un excrément de canard (voir photographie à l’appui). Quelques instants plus tard, ils étaient deux à se disputer le butin – ce que je ne pus malheureusement capturer à l’aide de mon appareil photo. De façon similaire, il semble commun de voir des attroupements de ce papillon autour de mares boueuses le long des chemins de terre, souvent à la recherche de minéraux.

Au Québec méridional, on peut observer notre arthropode en activité entre la fin mai et la fin juillet (voire jusqu’à la mi-août selon certaines sources). Pour ma part, ici à Québec, j’ai surtout observé de forts pics d’abondance au courant des dernières années vers la fin du mois de juin, en particulier dans les environs de la fête de la Saint-Jean-Baptiste. Comme nous sommes en plein à cette période de l’année, gardez l’œil ouvert pour cette bête peu discrète!

Pour terminer, une petite pensée pour les philatélistes parmi vous (dont ma maman!) : notre jolie créature a fait l’objet d’un timbre émis par Poste Canada le 4 juillet 1988. Photogénique comme elle est, cela n’est pas surprenant, n’est-ce pas?

 

Vidéo 1. Papillon tigré du Canada qui butine les fleurs d’un de mes lilas.

 

Pour en savoir plus

Abracadabra! Apparitions-surprises d’insectes!

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Lorsque je sortis ce pilulier de ma sacoche, je ne m’attendais pas à voir trois organismes… Spongieuse desséchée et deux pupes de parasites.

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Ces taches collées sur le pourtour de mon pilulier sont des pupes de Phoridae

Vous êtes plusieurs à le savoir : je collecte les invertébrés que je trouve déjà morts. Cela me conduit par moments à des découvertes un peu surprenantes – non pas que ça n’arrive jamais avec des invertébrés fraîchement récoltés, mais disons que j’augmente mes chances avec ma méthode bien particulière.

De quel genre de découverte est-ce que je parle? Du genre où l’on se retrouve avec plus d’insectes dans les piluliers de récolte que ce que l’on croyait avoir récupéré à l’origine!

Je m’explique : cela fait deux fois que je ramasse un insecte que je laisse traîner dans un pilulier (il faut dire que j’ai énormément de retard sur mon identification et mon épinglage!) pour découvrir ensuite qu’il était parasité par plusieurs autres insectes.

La première observation remonte à juin 2015. J’avais trouvé une jolie chenille de spongieuse (voir cette chronique si vous voulez en savoir un peu plus sur cette espèce) morte sous un arbre. Normalement, je mets les chenilles rapidement dans l’alcool, mais j’avais oublié celle-ci dans un pilulier disposé dans ma sacoche. Lorsque je sortis ledit contenant, je réalisai que la chenille – plutôt desséchée – était maintenant accompagnée de deux pupes de je ne sais quelle espèce d’insecte. Malheureusement, ces pupes ne se métamorphosèrent jamais en adulte, ne me permettant pas d’étudier plus longuement les spécimens en question. Cela dit, les chenilles de spongieuses sont reconnues pour être parasitées par certains diptères et hyménoptères; les mouches Tachinidae en particulier seraient de fréquents parasites selon les sources consultées et il se pourrait bien qu’il s’agisse de ce groupe.

Ma seconde observation ne date que de quelques mois. Lors d’une randonnée en terrain montagneux en septembre, je fus très heureuse de tomber sur un bousier mort en plein milieu du sentier. Il s’agit d’un sympathique scarabée de grosseur moyenne (environ 15 mm de long) que j’ai pu ultérieurement identifier comme étant Geotrupes balyi, un géotrupe très commun au Québec selon Hardy (2014). Je le mis dans un pilulier, dans lequel j’ajoutai, quelques heures plus tard, une guêpe qui s’était retrouvée noyée dans ma piscine. Je mis le pot de côté pour me rendre compte, quelques jours plus tard, que ses parois étaient tachetées de petites pupes brun-orangé. Au fond du contenant se retrouvaient également plusieurs petites mouches jaunâtres. En posant quelques questions à des collègues entomologistes, on m’indiqua qu’il s’agissait de Phoridae.

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Mouches inattendues accompagnent maintenant mon bousier et ma guêpe!

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Ces mouches étaient des Phoridae

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Vue de près d’un Phoridae

Il s’agit de petits diptères connus pour pondre leurs larves dans différentes matières, incluant les cadavres. Toutefois, certaines espèces sont aussi des parasites. À cause de mon mode de capture (et de mon incapacité pour l’instant à connaître l’espèce exacte de Phoridae), je ne suis pas en mesure de confirmer à ce stade-ci si les fameuses mouches parasitaient mon joli coléoptère ou si elles ont simplement colonisé ce dernier une fois qu’il était déjà mort. Si vous connaissez la réponse, n’hésitez surtout pas à m’en faire part! À noter que je présume fortement que les mouches viennent du bousier, ce dernier étant maintenant « troué » (trous par lesquels les larves se seraient possiblement extirpées avant de se métamorphoser), alors que la guêpe semble parfaitement intacte.

Fait intéressant: j’ai pu lire, en préparant la présente chronique, que certaines espèces de Phoridae sont connues pour parasiter des fourmis. Plus étrange encore : le genre Apocephalus se développerait dans la tête des fourmis, provoquant parfois la chute de la tête, alors que le corps continue encore de bouger! Cela me fait penser à la reine de cœur dans Alice au pays des merveilles avec son fameux « Qu’on lui coupe la tête »!

Autre fait intriguant : saviez-vous que les bousiers continuent de sentir cette chose qui leur donne leur surnom, même lorsqu’ils sont naturalisés depuis un certain temps? En ouvrant le pilulier pour prendre les photographies agrémentant la présente chronique, puis en un deuxième temps pour identifier le bousier, je fus surprise par l’odeur qui s’y dégageait. J’ai demandé à des collègues entomologistes plus expérimentés si cela était normal et on m’a signalé que oui. Les bousiers, donc, sentent la merde même longtemps après qu’ils aient cessé d’y évoluer! Vous serez avertis!

Pour conclure, il peut arriver, lorsque l’on collectionne des invertébrés, que l’on se retrouve avec quelques surprises! Quoique pas toujours ragoûtantes – pensons par exemple aux fameux « vers gordiens », des parasites impressionnants (voir cette chronique, ainsi que celle-ci) – ces découvertes nous permettent souvent d’en apprendre plus sur le monde fascinant des insectes!

Que 2017 soit riche en découvertes de toutes sortes! Bon début d’année entomologique!

 

Pour en savoir plus

Le peuple de l’asclépiade

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Petite punaise de l’asclépiade dont j’ai parlé récemment

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Monarque – Photo soumise lors du concours amical de photographie DocBébitte par Ludovic Leclerc en 2014

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Arctiide de l’asclépiade

Dans une de mes dernières chroniques, j’écrivais au sujet d’un sympathique hémiptère : la petite punaise de l’asclépiade. J’expliquais notamment que plusieurs insectes se nourrissant d’asclépiades arboraient le noir et l’orange (ou rouge). Pourquoi donc? Simplement pour prévenir les prédateurs qu’ils ont un goût désagréable. En effet, l’asclépiade produit un latex blanchâtre qui contient des substances toxiques pour la majorité des animaux. Il confère toutefois aux espèces qui sont capables de s’en nourrir un mauvais goût.

Cette petite incursion me donna envie de vous parler davantage d’espèces d’insectes que l’on peut retrouver sur l’asclépiade. Celles-ci sont nombreuses!

Hormis notre petite punaise de l’asclépiade (Lygaeus kalmii) dont j’ai déjà discuté et sa consœur, la grande punaise de l’asclépiade (Oncopeltus fasciatus), on retrouve notamment deux lépidoptères et deux coléoptères étroitement associés à cette plante.

L’espèce la plus connue est sans contredit le monarque. Bien que l’adulte se nourrisse du nectar d’une vaste palette de plantes, la chenille a un menu plus limité basé majoritairement sur les asclépiades (diverses espèces). Les femelles pondent leurs œufs sur les plants en question, où évoluent les larves qui deviendront de jolies chenilles rayées de noir, jaune et blanc (voir cette photographie tirée de Bug Guide).

La chenille de l’arctiide de l’asclépiade se développe elle aussi – comme son nom le suggère – sur les plants d’asclépiades. Elle ne daigne pas, non plus, les feuilles d’apocyne. Ces jolies chenilles poilues sont capables de dévorer les feuilles de talles d’asclépiades, en particulier lors de leurs premiers (1 à 3) stades de vie, où elles sont grégaires. Il s’agit d’une espèce que j’observe régulièrement quand je m’amuse à regarder sous les feuilles d’asclépiades au mois d’août. Elle est visiblement commune, du moins dans la grande région de Québec où j’habite. Cela dit, Wikipédia suggère que les personnes plus sensibles pourraient réagir aux poils de ces petites chenilles. Pour ma part, j’en ai manipulé à plusieurs reprises sans aucune réaction.

Deux coléoptères fort colorés sont aussi fréquemment observés sur les plants d’asclépiades. La chrysomèle de l’asclépiade (Labidomera clivicollis) est un coléoptère très commun que je vois systématiquement chaque été lorsque j’arpente les champs et les rivages bordés de « mauvaises herbes ». Ce sont à la fois les adultes et les larves de cette chrysomèle qui se nourrissent des feuilles des différentes espèces d’asclépiades. Les premières photographies que j’ai de cette espèce remontent à l’automne 2006, alors que j’observais des larves et des adultes en bon nombre sur une colonie d’asclépiades au marais Léon-Provancher. J’étais intriguée par ces assez gros (8-11 mm) coléoptères qui sont plutôt tape-à-l’œil avec leur coloration orange et noir irisé (reflets parfois verts, parfois bleus) et leur forme toute ronde. Ils sont en effet fort jolis, ne trouvez-vous pas?

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Ma toute première observation documentée de chrysomèles de l’asclépiade (2006)

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Même moment en 2006 : on voit ici une larve de la chrysomèle de l’asclépiade

Le second coléoptère – le longicorne de l’asclépiade (Tetraopes tetrophthalmus) – est également fort mignon. Bien que Bug Guide indique que cette espèce est très commune là où l’on retrouve des asclépiades, je n’en ai pour ma part j’avais vu de mes propres yeux. Mon père m’a toutefois transmis une photo d’un individu qu’il a pu observer l’été dernier – le chanceux! L’individu se baladait tout simplement dans la cour de mes parents – qui est ornementée de bien des fleurs, mais pas d’asclépiades. Les larves de ce longicorne se nourrissent des racines d’asclépiades et d’apocynes. L’adulte, quant à lui, se délecte des feuilles. Tout comme j’ai pu le lire pour la chrysomèle de l’asclépiade et la chenille du monarque, le longicorne de l’asclépiade coupe d’abord les veines principales des feuilles avant de commencer à les dévorer, de sorte qu’il ne se retrouve pas submergé par le latex produit par les plants endommagés.

Une myriade d’autres espèces sont également attirées par les fleurs des asclépiades, qui produisent un nectar alléchant (lequel n’est pas toxique, contrairement aux feuilles). Ainsi, papillons, abeilles, guêpes, mouches et coléoptères de toutes sortes peuvent être observés butinant sur ces plantes.

Finalement, qui dit insectes (et proies) en grand nombre dit aussi prédateurs abondants! Il n’est pas rare de trouver divers invertébrés prédateurs à l’affut sur les plants d’asclépiades. À titre d’exemple, punaises assassines, coléoptères prédateurs et araignées s’y installent avec l’espoir de dégoter un repas facile. L’été dernier, j’eus ainsi l’occasion de photographier un joli thomise variable (araignée-crabe de l’espèce Misumena vatia) qui attendait patiemment le passage d’une proie. En me documentant aux fins du présent billet, j’entrevis également quelques photographies de différentes espèces d’hémiptères prédateurs dévorant des chenilles de monarque (comme celle-ci).

En outre, les talles d’asclépiades constituent tout un trésor pour l’entomologiste à l’affut d’invertébrés de toutes sortes. Malheureusement, cette plante est malaimée et elle est considérée comme une « mauvaise herbe ». On tend à la bannir de nos plates-bandes, alors qu’elle nous permettrait d’observer une vaste variété d’insectes et même d’oiseaux – car, à ce qu’il semble, les asclépiades attirent aussi les colibris! L’éradication de l’asclépiade en milieu urbain (par exemple, le long des routes ou simplement pour faire place à un stationnement!) et agricole (à cause de l’usage des pesticides, notamment) serait même identifiée comme une cause des fluctuations récentes des populations de papillons monarques. Dans son livre publié en 2004, Schappert mentionnait déjà que les pronostics à l’égard de l’état de santé des populations du monarque nord-américain pour les 20 prochaines années ne sont pas très encourageants. La fragmentation de l’habitat et l’isolement des plants d’asclépiades étaient entre autres pointés du doigt.

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Longicorne de l’asclépiade que mon père a eu la chance de photographier

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Voyez-vous ce thomise variable à l’affut d’une proie?

Pour ma part, je continue de m’amuser chaque été à sillonner les champs de mauvaises herbes et d’asclépiades à la recherche de nouvelles observations. Aussi, je laisse maintenant pousser ça et là les quelques plants d’asclépiades qui se sont semés naturellement dans mes plates-bandes… dans l’espoir éventuel d’y photographier de sympathiques membres du grand peuple de l’asclépiade!

 

Pour en savoir plus

Une sympathique chenille, livrée pour vous!

Cette année, bon nombre d’entomologistes amateurs ont eu la chance d’observer de jolies chenilles bleues et poilues qui arpentaient – voire dévoraient – les arbres et arbustes croissant près de leurs demeures. Sur le site Facebook Photos d’insectes du Québec, plusieurs photographes ont effectivement fait part de clichés comprenant de tels insectes. Ces chenilles s’avéraient être, pour la plupart, des livrées des forêts (Malacosoma disstria). Il s’agit de notre insecte-mystère de la devinette de la semaine dernière.

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Cette belle chenille bleue est une livrée des forêts

Je fis quelques observations moi-même au courant du mois de juin : la première fois dans un parc urbain à proximité du travail et les fois subséquentes dans ma propre cour, qui est bordée par une forêt. Je fus d’abord surprise de tomber sur des dizaines de spécimens dans un parc près du Complexe-G, où je travaille, et qui se situe en pleine ville de Québec! Non seulement de nombreuses chenilles étaient visibles, mais je pus également photographier des mues desdites chenilles présentes en amas sur plusieurs arbres. J’en récoltai quelques-unes que je pris ensuite le temps d’examiner sous la loupe de mon stéréomicroscope. Des photographies jointes à la présente chronique vous permettront d’apprécier ces dernières.

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Livrée des forêts au milieu d’un amas de mues et de soie

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Autre angle sur les exuvies multiples

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Exuvies dans l’œil de mon stéréomicroscope!

Ces chenilles sont grégaires pendant les premiers stades de leur vie, expliquant pourquoi je trouvai des exuvies amassées en aussi grand nombre. Cela suggère qu’elles ont mué à proximité les unes des autres avant de se disperser. Malgré leur nom anglais « Forest tent caterpillars », les livrées des forêts ne construisent pas de toiles en forme de tente pour s’y regrouper. Néanmoins, j’appris en consultant des documents aux fins de la présente chronique qu’elles tissent un nid de soie – un peu à l’instar d’un matelas moelleux – où elles s’attroupent, en particulier lorsque vient le temps de muer. Elles s’y éloignent pour s’alimenter. Fait intéressant, ce lieu de rencontre serait imprégné de phéromones, facilitant le retour des chenilles vers celui-ci une fois qu’elles sont repues.

Une autre espèce de Lasiocampidae, Malacosoma americana (Livrée d’Amérique), elle aussi fort commune, est très connue pour sa propension à fabriquer des tentes. Ce serait d’ailleurs cette dernière qui serait à l’origine des nombreuses toiles que l’on peut voir défiler le long des routes au début de l’été. Elle arbore des teintes bleutées faisant en sorte qu’on peut la confondre avec la livrée des forêts. Toutefois, sa robe possède généralement des teintes plus orangées ou plus sombres (voir cet exemple). Les motifs parcourant la face dorsale de son abdomen sont également différents : ils forment une fine ligne blanche qui traverse, de façon ininterrompue, tout le centre du dos. En revanche, les motifs blancs sur le dos de la livrée des forêts s’apparentent à des « traces de pas » selon Marshall (2009). Si vous regardez attentivement, vous pourriez même y déceler un animal – fait qui a été souligné par Yves Dubuc sur le site Facebook Lesinsectes Duquebec. En effet, n’y voyez-vous pas… des pingouins?

La livrée des forêts ne fait pas la fine bouche et avale les feuilles d’un bon nombre d’arbres et d’arbustes : peupliers faux-tremble (serait son essence préférée), érables à sucre, saules, chênes, aulnes, autres espèces de peupliers, bouleaux, amélanchiers, etc. Ce lépidoptère peut s’avérer être un ravageur important et est par conséquent considéré comme une peste en période de forte abondance. Des épidémies de livrées des forêts ont d’ailleurs été recensées au Québec dans le passé. En particulier, Handfield (2011) relate une épidémie ayant eu lieu en Abitibi qui fut si intense que les routes se retrouvèrent couvertes de milliers de chenilles. Ces dernières, une fois écrasées par les voitures, rendirent les routes glissantes à un point tel qu’elles engendrèrent de nombreuses sorties de route!

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Pingouins ou traces de pas?

M. disstria Chenille 4

Vue latérale – qui de la chenille ou de la personne qui la tient est la plus poilue?

M. disstria adulte

Fort probablement un adulte de la livrée des forêts

Les habitats privilégiés par cette espèce sont variés. Malgré son nom, la livrée des forêts se rencontre non seulement en forêt, mais aussi partout où ses plantes-hôtes croissent. Cela inclut les boisés urbains, ainsi que les parcs flanqués de quelques arbres ornementaux comme j’ai pu le constater près de mon lieu de travail.

La livrée des forêts se transforme en joli papillon de nuit brun de taille moyenne (25-45 millimètres d’envergure), dont l’abdomen est passablement poilu. C’est lors d’une chasse de nuit réalisée pendant le dernier congrès de l’AEAQ (Association des entomologistes amateurs du Québec) en juillet 2016 que j’observai plusieurs individus. Lors de la préparation de la présente chronique, je lus dans Handfield (2011) que l’adulte d’une autre espèce, la livrée du Nord (M. californica), peut être confondue avec la livrée des forêts. En effet, certaines formes des deux espèces se ressemblent à un point tel qu’il faudrait, selon Handfield, les disséquer afin de confirmer l’identité hors de tout doute. Toutefois, M. californica semble très rare au Québec, ce qui nous laisse croire que les individus aperçus en grand nombre étaient des livrées des forêts.

Les adultes sont attirés par les lumières, faisant en sorte qu’il est possible de les observer lors de chasses nocturnes (pour les entomologistes!) ou à proximité de nos demeures. Au printemps, ce sont d’abord les mâles qui sont rencontrés. Ces derniers s’affairent à dénicher une femelle – souvent encore dans son cocon. Les sources consultées suggèrent qu’elles émettraient déjà, à ce stade, des phéromones. Ainsi, les femelles s’assurent d’avoir un mâle à portée de main dès qu’elles émergent de leur cocon!

Une fois fécondées, les femelles pondent leurs œufs – jusqu’à 300 – en amas qu’elles recouvrent d’une matière visqueuse qui les protégera de la sécheresse et du froid. En effet, ces œufs devront survivre au froid hivernal avant d’éclore au retour du temps plus chaud. Les hivers très froids peuvent donc réduire les populations de livrées des forêts, alors que les hivers plus cléments pourraient favoriser de fortes abondances.

Selon le taux de survie, ce sont quelques dizaines à quelques centaines de petites chenilles qui verront le jour le printemps venu. Ces toutes petites larves ne tarderont pas à devenir les jolies chenilles bleues et poilues dont nous sommes plusieurs à avoir fait connaissance cette année!

 

Vidéo 1. Cette jolie chenille bleue et poilue est une livrée des forêts.

 

Vidéo 2. Livrée des forêts trouvée dans ma cour. Je l’ai amenée dans mon bureau afin de l’observer quelques instants sous mon microscope Celestron InfiniView. Elle fut remise en liberté sans heurts!

 

Pour en savoir plus

  • Beadle, D. et S. Leckie. 2012. Peterson field guide to moths of Northeastern North America. 611 p.
  • Bug Guide. Species Malacosoma disstria – Forest Tent Caterpillar Moth. http://bugguide.net/node/view/560
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.
  • Wikipedia. Forest tent caterpillar moth. https://en.wikipedia.org/wiki/Forest_tent_caterpillar_moth

Des papillons plein la tête!

La fin de semaine dernière avait lieu le 43e congrès de l’Association des entomologistes amateurs du Québec sous le thème « Papillonnant! ». Ce dernier, qui prenait place à Contrecœur en Montérégie, fut riche en observations et en apprentissages. Au menu : ateliers, conférences, soirées d’identification et d’échanges, ainsi que « chasse » de jour et de nuit (que ce soit pour la collecte ou pour la prise de photographies, selon les goûts).

Malgré le thème du congrès, les papillons n’étaient pas les seuls au rendez-vous comme en témoignent les quelques photographies-souvenirs que je vous offre ci-dessous. Merci aux gens impliqués dans l’organisation et à l’année prochaine!

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J’eus la chance d’observer plusieurs libellules de l’espèce Stylurus notatus (gomphe marqué) en émergence

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Autre gomphe marqué fraîchement émergé

E. Unio

Eudryas unio observé à un piège lumineux

Éphémère_Contrecoeur

Éphémère observé à un piège lumineux

Panorpe

Panorpe (mouche scorpion) : plusieurs individus étaient attirés par les lumières

E. cuspidea

Euclidia cuspidea au repos

Scarabées rosier accouplement

Les scarabées du rosier étaient visiblement en période de reproduction

Charançon deux points aulne

Ce gros charançon à deux points de l’aulne se laissait prendre en photo