Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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Abracadabra! Apparitions-surprises d’insectes!

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Lorsque je sortis ce pilulier de ma sacoche, je ne m’attendais pas à voir trois organismes… Spongieuse desséchée et deux pupes de parasites.

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Ces taches collées sur le pourtour de mon pilulier sont des pupes de Phoridae

Vous êtes plusieurs à le savoir : je collecte les invertébrés que je trouve déjà morts. Cela me conduit par moments à des découvertes un peu surprenantes – non pas que ça n’arrive jamais avec des invertébrés fraîchement récoltés, mais disons que j’augmente mes chances avec ma méthode bien particulière.

De quel genre de découverte est-ce que je parle? Du genre où l’on se retrouve avec plus d’insectes dans les piluliers de récolte que ce que l’on croyait avoir récupéré à l’origine!

Je m’explique : cela fait deux fois que je ramasse un insecte que je laisse traîner dans un pilulier (il faut dire que j’ai énormément de retard sur mon identification et mon épinglage!) pour découvrir ensuite qu’il était parasité par plusieurs autres insectes.

La première observation remonte à juin 2015. J’avais trouvé une jolie chenille de spongieuse (voir cette chronique si vous voulez en savoir un peu plus sur cette espèce) morte sous un arbre. Normalement, je mets les chenilles rapidement dans l’alcool, mais j’avais oublié celle-ci dans un pilulier disposé dans ma sacoche. Lorsque je sortis ledit contenant, je réalisai que la chenille – plutôt desséchée – était maintenant accompagnée de deux pupes de je ne sais quelle espèce d’insecte. Malheureusement, ces pupes ne se métamorphosèrent jamais en adulte, ne me permettant pas d’étudier plus longuement les spécimens en question. Cela dit, les chenilles de spongieuses sont reconnues pour être parasitées par certains diptères et hyménoptères; les mouches Tachinidae en particulier seraient de fréquents parasites selon les sources consultées et il se pourrait bien qu’il s’agisse de ce groupe.

Ma seconde observation ne date que de quelques mois. Lors d’une randonnée en terrain montagneux en septembre, je fus très heureuse de tomber sur un bousier mort en plein milieu du sentier. Il s’agit d’un sympathique scarabée de grosseur moyenne (environ 15 mm de long) que j’ai pu ultérieurement identifier comme étant Geotrupes balyi, un géotrupe très commun au Québec selon Hardy (2014). Je le mis dans un pilulier, dans lequel j’ajoutai, quelques heures plus tard, une guêpe qui s’était retrouvée noyée dans ma piscine. Je mis le pot de côté pour me rendre compte, quelques jours plus tard, que ses parois étaient tachetées de petites pupes brun-orangé. Au fond du contenant se retrouvaient également plusieurs petites mouches jaunâtres. En posant quelques questions à des collègues entomologistes, on m’indiqua qu’il s’agissait de Phoridae.

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Mouches inattendues accompagnent maintenant mon bousier et ma guêpe!

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Ces mouches étaient des Phoridae

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Vue de près d’un Phoridae

Il s’agit de petits diptères connus pour pondre leurs larves dans différentes matières, incluant les cadavres. Toutefois, certaines espèces sont aussi des parasites. À cause de mon mode de capture (et de mon incapacité pour l’instant à connaître l’espèce exacte de Phoridae), je ne suis pas en mesure de confirmer à ce stade-ci si les fameuses mouches parasitaient mon joli coléoptère ou si elles ont simplement colonisé ce dernier une fois qu’il était déjà mort. Si vous connaissez la réponse, n’hésitez surtout pas à m’en faire part! À noter que je présume fortement que les mouches viennent du bousier, ce dernier étant maintenant « troué » (trous par lesquels les larves se seraient possiblement extirpées avant de se métamorphoser), alors que la guêpe semble parfaitement intacte.

Fait intéressant: j’ai pu lire, en préparant la présente chronique, que certaines espèces de Phoridae sont connues pour parasiter des fourmis. Plus étrange encore : le genre Apocephalus se développerait dans la tête des fourmis, provoquant parfois la chute de la tête, alors que le corps continue encore de bouger! Cela me fait penser à la reine de cœur dans Alice au pays des merveilles avec son fameux « Qu’on lui coupe la tête »!

Autre fait intriguant : saviez-vous que les bousiers continuent de sentir cette chose qui leur donne leur surnom, même lorsqu’ils sont naturalisés depuis un certain temps? En ouvrant le pilulier pour prendre les photographies agrémentant la présente chronique, puis en un deuxième temps pour identifier le bousier, je fus surprise par l’odeur qui s’y dégageait. J’ai demandé à des collègues entomologistes plus expérimentés si cela était normal et on m’a signalé que oui. Les bousiers, donc, sentent la merde même longtemps après qu’ils aient cessé d’y évoluer! Vous serez avertis!

Pour conclure, il peut arriver, lorsque l’on collectionne des invertébrés, que l’on se retrouve avec quelques surprises! Quoique pas toujours ragoûtantes – pensons par exemple aux fameux « vers gordiens », des parasites impressionnants (voir cette chronique, ainsi que celle-ci) – ces découvertes nous permettent souvent d’en apprendre plus sur le monde fascinant des insectes!

Que 2017 soit riche en découvertes de toutes sortes! Bon début d’année entomologique!

 

Pour en savoir plus

Le peuple de l’asclépiade

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Petite punaise de l’asclépiade dont j’ai parlé récemment

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Monarque – Photo soumise lors du concours amical de photographie DocBébitte par Ludovic Leclerc en 2014

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Arctiide de l’asclépiade

Dans une de mes dernières chroniques, j’écrivais au sujet d’un sympathique hémiptère : la petite punaise de l’asclépiade. J’expliquais notamment que plusieurs insectes se nourrissant d’asclépiades arboraient le noir et l’orange (ou rouge). Pourquoi donc? Simplement pour prévenir les prédateurs qu’ils ont un goût désagréable. En effet, l’asclépiade produit un latex blanchâtre qui contient des substances toxiques pour la majorité des animaux. Il confère toutefois aux espèces qui sont capables de s’en nourrir un mauvais goût.

Cette petite incursion me donna envie de vous parler davantage d’espèces d’insectes que l’on peut retrouver sur l’asclépiade. Celles-ci sont nombreuses!

Hormis notre petite punaise de l’asclépiade (Lygaeus kalmii) dont j’ai déjà discuté et sa consœur, la grande punaise de l’asclépiade (Oncopeltus fasciatus), on retrouve notamment deux lépidoptères et deux coléoptères étroitement associés à cette plante.

L’espèce la plus connue est sans contredit le monarque. Bien que l’adulte se nourrisse du nectar d’une vaste palette de plantes, la chenille a un menu plus limité basé majoritairement sur les asclépiades (diverses espèces). Les femelles pondent leurs œufs sur les plants en question, où évoluent les larves qui deviendront de jolies chenilles rayées de noir, jaune et blanc (voir cette photographie tirée de Bug Guide).

La chenille de l’arctiide de l’asclépiade se développe elle aussi – comme son nom le suggère – sur les plants d’asclépiades. Elle ne daigne pas, non plus, les feuilles d’apocyne. Ces jolies chenilles poilues sont capables de dévorer les feuilles de talles d’asclépiades, en particulier lors de leurs premiers (1 à 3) stades de vie, où elles sont grégaires. Il s’agit d’une espèce que j’observe régulièrement quand je m’amuse à regarder sous les feuilles d’asclépiades au mois d’août. Elle est visiblement commune, du moins dans la grande région de Québec où j’habite. Cela dit, Wikipédia suggère que les personnes plus sensibles pourraient réagir aux poils de ces petites chenilles. Pour ma part, j’en ai manipulé à plusieurs reprises sans aucune réaction.

Deux coléoptères fort colorés sont aussi fréquemment observés sur les plants d’asclépiades. La chrysomèle de l’asclépiade (Labidomera clivicollis) est un coléoptère très commun que je vois systématiquement chaque été lorsque j’arpente les champs et les rivages bordés de « mauvaises herbes ». Ce sont à la fois les adultes et les larves de cette chrysomèle qui se nourrissent des feuilles des différentes espèces d’asclépiades. Les premières photographies que j’ai de cette espèce remontent à l’automne 2006, alors que j’observais des larves et des adultes en bon nombre sur une colonie d’asclépiades au marais Léon-Provancher. J’étais intriguée par ces assez gros (8-11 mm) coléoptères qui sont plutôt tape-à-l’œil avec leur coloration orange et noir irisé (reflets parfois verts, parfois bleus) et leur forme toute ronde. Ils sont en effet fort jolis, ne trouvez-vous pas?

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Ma toute première observation documentée de chrysomèles de l’asclépiade (2006)

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Même moment en 2006 : on voit ici une larve de la chrysomèle de l’asclépiade

Le second coléoptère – le longicorne de l’asclépiade (Tetraopes tetrophthalmus) – est également fort mignon. Bien que Bug Guide indique que cette espèce est très commune là où l’on retrouve des asclépiades, je n’en ai pour ma part j’avais vu de mes propres yeux. Mon père m’a toutefois transmis une photo d’un individu qu’il a pu observer l’été dernier – le chanceux! L’individu se baladait tout simplement dans la cour de mes parents – qui est ornementée de bien des fleurs, mais pas d’asclépiades. Les larves de ce longicorne se nourrissent des racines d’asclépiades et d’apocynes. L’adulte, quant à lui, se délecte des feuilles. Tout comme j’ai pu le lire pour la chrysomèle de l’asclépiade et la chenille du monarque, le longicorne de l’asclépiade coupe d’abord les veines principales des feuilles avant de commencer à les dévorer, de sorte qu’il ne se retrouve pas submergé par le latex produit par les plants endommagés.

Une myriade d’autres espèces sont également attirées par les fleurs des asclépiades, qui produisent un nectar alléchant (lequel n’est pas toxique, contrairement aux feuilles). Ainsi, papillons, abeilles, guêpes, mouches et coléoptères de toutes sortes peuvent être observés butinant sur ces plantes.

Finalement, qui dit insectes (et proies) en grand nombre dit aussi prédateurs abondants! Il n’est pas rare de trouver divers invertébrés prédateurs à l’affut sur les plants d’asclépiades. À titre d’exemple, punaises assassines, coléoptères prédateurs et araignées s’y installent avec l’espoir de dégoter un repas facile. L’été dernier, j’eus ainsi l’occasion de photographier un joli thomise variable (araignée-crabe de l’espèce Misumena vatia) qui attendait patiemment le passage d’une proie. En me documentant aux fins du présent billet, j’entrevis également quelques photographies de différentes espèces d’hémiptères prédateurs dévorant des chenilles de monarque (comme celle-ci).

En outre, les talles d’asclépiades constituent tout un trésor pour l’entomologiste à l’affut d’invertébrés de toutes sortes. Malheureusement, cette plante est malaimée et elle est considérée comme une « mauvaise herbe ». On tend à la bannir de nos plates-bandes, alors qu’elle nous permettrait d’observer une vaste variété d’insectes et même d’oiseaux – car, à ce qu’il semble, les asclépiades attirent aussi les colibris! L’éradication de l’asclépiade en milieu urbain (par exemple, le long des routes ou simplement pour faire place à un stationnement!) et agricole (à cause de l’usage des pesticides, notamment) serait même identifiée comme une cause des fluctuations récentes des populations de papillons monarques. Dans son livre publié en 2004, Schappert mentionnait déjà que les pronostics à l’égard de l’état de santé des populations du monarque nord-américain pour les 20 prochaines années ne sont pas très encourageants. La fragmentation de l’habitat et l’isolement des plants d’asclépiades étaient entre autres pointés du doigt.

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Longicorne de l’asclépiade que mon père a eu la chance de photographier

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Voyez-vous ce thomise variable à l’affut d’une proie?

Pour ma part, je continue de m’amuser chaque été à sillonner les champs de mauvaises herbes et d’asclépiades à la recherche de nouvelles observations. Aussi, je laisse maintenant pousser ça et là les quelques plants d’asclépiades qui se sont semés naturellement dans mes plates-bandes… dans l’espoir éventuel d’y photographier de sympathiques membres du grand peuple de l’asclépiade!

 

Pour en savoir plus

Une sympathique chenille, livrée pour vous!

Cette année, bon nombre d’entomologistes amateurs ont eu la chance d’observer de jolies chenilles bleues et poilues qui arpentaient – voire dévoraient – les arbres et arbustes croissant près de leurs demeures. Sur le site Facebook Photos d’insectes du Québec, plusieurs photographes ont effectivement fait part de clichés comprenant de tels insectes. Ces chenilles s’avéraient être, pour la plupart, des livrées des forêts (Malacosoma disstria). Il s’agit de notre insecte-mystère de la devinette de la semaine dernière.

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Cette belle chenille bleue est une livrée des forêts

Je fis quelques observations moi-même au courant du mois de juin : la première fois dans un parc urbain à proximité du travail et les fois subséquentes dans ma propre cour, qui est bordée par une forêt. Je fus d’abord surprise de tomber sur des dizaines de spécimens dans un parc près du Complexe-G, où je travaille, et qui se situe en pleine ville de Québec! Non seulement de nombreuses chenilles étaient visibles, mais je pus également photographier des mues desdites chenilles présentes en amas sur plusieurs arbres. J’en récoltai quelques-unes que je pris ensuite le temps d’examiner sous la loupe de mon stéréomicroscope. Des photographies jointes à la présente chronique vous permettront d’apprécier ces dernières.

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Livrée des forêts au milieu d’un amas de mues et de soie

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Autre angle sur les exuvies multiples

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Exuvies dans l’œil de mon stéréomicroscope!

Ces chenilles sont grégaires pendant les premiers stades de leur vie, expliquant pourquoi je trouvai des exuvies amassées en aussi grand nombre. Cela suggère qu’elles ont mué à proximité les unes des autres avant de se disperser. Malgré leur nom anglais « Forest tent caterpillars », les livrées des forêts ne construisent pas de toiles en forme de tente pour s’y regrouper. Néanmoins, j’appris en consultant des documents aux fins de la présente chronique qu’elles tissent un nid de soie – un peu à l’instar d’un matelas moelleux – où elles s’attroupent, en particulier lorsque vient le temps de muer. Elles s’y éloignent pour s’alimenter. Fait intéressant, ce lieu de rencontre serait imprégné de phéromones, facilitant le retour des chenilles vers celui-ci une fois qu’elles sont repues.

Une autre espèce de Lasiocampidae, Malacosoma americana (Livrée d’Amérique), elle aussi fort commune, est très connue pour sa propension à fabriquer des tentes. Ce serait d’ailleurs cette dernière qui serait à l’origine des nombreuses toiles que l’on peut voir défiler le long des routes au début de l’été. Elle arbore des teintes bleutées faisant en sorte qu’on peut la confondre avec la livrée des forêts. Toutefois, sa robe possède généralement des teintes plus orangées ou plus sombres (voir cet exemple). Les motifs parcourant la face dorsale de son abdomen sont également différents : ils forment une fine ligne blanche qui traverse, de façon ininterrompue, tout le centre du dos. En revanche, les motifs blancs sur le dos de la livrée des forêts s’apparentent à des « traces de pas » selon Marshall (2009). Si vous regardez attentivement, vous pourriez même y déceler un animal – fait qui a été souligné par Yves Dubuc sur le site Facebook Lesinsectes Duquebec. En effet, n’y voyez-vous pas… des pingouins?

La livrée des forêts ne fait pas la fine bouche et avale les feuilles d’un bon nombre d’arbres et d’arbustes : peupliers faux-tremble (serait son essence préférée), érables à sucre, saules, chênes, aulnes, autres espèces de peupliers, bouleaux, amélanchiers, etc. Ce lépidoptère peut s’avérer être un ravageur important et est par conséquent considéré comme une peste en période de forte abondance. Des épidémies de livrées des forêts ont d’ailleurs été recensées au Québec dans le passé. En particulier, Handfield (2011) relate une épidémie ayant eu lieu en Abitibi qui fut si intense que les routes se retrouvèrent couvertes de milliers de chenilles. Ces dernières, une fois écrasées par les voitures, rendirent les routes glissantes à un point tel qu’elles engendrèrent de nombreuses sorties de route!

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Pingouins ou traces de pas?

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Vue latérale – qui de la chenille ou de la personne qui la tient est la plus poilue?

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Fort probablement un adulte de la livrée des forêts

Les habitats privilégiés par cette espèce sont variés. Malgré son nom, la livrée des forêts se rencontre non seulement en forêt, mais aussi partout où ses plantes-hôtes croissent. Cela inclut les boisés urbains, ainsi que les parcs flanqués de quelques arbres ornementaux comme j’ai pu le constater près de mon lieu de travail.

La livrée des forêts se transforme en joli papillon de nuit brun de taille moyenne (25-45 millimètres d’envergure), dont l’abdomen est passablement poilu. C’est lors d’une chasse de nuit réalisée pendant le dernier congrès de l’AEAQ (Association des entomologistes amateurs du Québec) en juillet 2016 que j’observai plusieurs individus. Lors de la préparation de la présente chronique, je lus dans Handfield (2011) que l’adulte d’une autre espèce, la livrée du Nord (M. californica), peut être confondue avec la livrée des forêts. En effet, certaines formes des deux espèces se ressemblent à un point tel qu’il faudrait, selon Handfield, les disséquer afin de confirmer l’identité hors de tout doute. Toutefois, M. californica semble très rare au Québec, ce qui nous laisse croire que les individus aperçus en grand nombre étaient des livrées des forêts.

Les adultes sont attirés par les lumières, faisant en sorte qu’il est possible de les observer lors de chasses nocturnes (pour les entomologistes!) ou à proximité de nos demeures. Au printemps, ce sont d’abord les mâles qui sont rencontrés. Ces derniers s’affairent à dénicher une femelle – souvent encore dans son cocon. Les sources consultées suggèrent qu’elles émettraient déjà, à ce stade, des phéromones. Ainsi, les femelles s’assurent d’avoir un mâle à portée de main dès qu’elles émergent de leur cocon!

Une fois fécondées, les femelles pondent leurs œufs – jusqu’à 300 – en amas qu’elles recouvrent d’une matière visqueuse qui les protégera de la sécheresse et du froid. En effet, ces œufs devront survivre au froid hivernal avant d’éclore au retour du temps plus chaud. Les hivers très froids peuvent donc réduire les populations de livrées des forêts, alors que les hivers plus cléments pourraient favoriser de fortes abondances.

Selon le taux de survie, ce sont quelques dizaines à quelques centaines de petites chenilles qui verront le jour le printemps venu. Ces toutes petites larves ne tarderont pas à devenir les jolies chenilles bleues et poilues dont nous sommes plusieurs à avoir fait connaissance cette année!

 

Vidéo 1. Cette jolie chenille bleue et poilue est une livrée des forêts.

 

Vidéo 2. Livrée des forêts trouvée dans ma cour. Je l’ai amenée dans mon bureau afin de l’observer quelques instants sous mon microscope Celestron InfiniView. Elle fut remise en liberté sans heurts!

 

Pour en savoir plus

  • Beadle, D. et S. Leckie. 2012. Peterson field guide to moths of Northeastern North America. 611 p.
  • Bug Guide. Species Malacosoma disstria – Forest Tent Caterpillar Moth. http://bugguide.net/node/view/560
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.
  • Wikipedia. Forest tent caterpillar moth. https://en.wikipedia.org/wiki/Forest_tent_caterpillar_moth

Des papillons plein la tête!

La fin de semaine dernière avait lieu le 43e congrès de l’Association des entomologistes amateurs du Québec sous le thème « Papillonnant! ». Ce dernier, qui prenait place à Contrecœur en Montérégie, fut riche en observations et en apprentissages. Au menu : ateliers, conférences, soirées d’identification et d’échanges, ainsi que « chasse » de jour et de nuit (que ce soit pour la collecte ou pour la prise de photographies, selon les goûts).

Malgré le thème du congrès, les papillons n’étaient pas les seuls au rendez-vous comme en témoignent les quelques photographies-souvenirs que je vous offre ci-dessous. Merci aux gens impliqués dans l’organisation et à l’année prochaine!

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J’eus la chance d’observer plusieurs libellules de l’espèce Stylurus notatus (gomphe marqué) en émergence

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Autre gomphe marqué fraîchement émergé

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Eudryas unio observé à un piège lumineux

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Éphémère observé à un piège lumineux

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Panorpe (mouche scorpion) : plusieurs individus étaient attirés par les lumières

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Euclidia cuspidea au repos

Scarabées rosier accouplement

Les scarabées du rosier étaient visiblement en période de reproduction

Charançon deux points aulne

Ce gros charançon à deux points de l’aulne se laissait prendre en photo

Un beau gros papillon

Au début du mois de juin, je partageais avec vous sur la page Facebook DocBébitte quelques photographies d’une saturnie cécropia qui venait tout juste d’émerger d’un cocon que j’avais en ma possession. Chose promise, chose due, j’en suis maintenant à vous raconter l’histoire derrière le fort beau et gros lépidoptère présenté sur ces clichés.

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Une surprise m’attendait à mon retour du boulot le 2 juin dernier

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Un aquarium vide et quelques éléments de plus suffisent pour former un habitat d’émergence

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Ce papillon est docile et s’est laissé manipuler abondamment

L’histoire commence au Salon des insectes de Montréal le 31 octobre dernier, où je me fis offrir un cocon de saturnie cécropia (Hyalophora cecropia) par M. Dave Clermont de la ferme Gaïa Nature, accompagné d’une fiche « FAQ sur les trousses d’émergences – Saturniidaes ». C’était la première fois que j’avais l’occasion « d’élever » – en toute petite partie, certes – un papillon. Le cocon en main, il ne me restait plus qu’à entreposer ce dernier au froid, dans ma remise, et d’attendre que le printemps revienne pour pouvoir assister à la « naissance » du papillon en question.

Je mis le cocon dans un pot Masson, lui-même disposé dans une poubelle en métal où je garde les graines d’oiseaux, étant donné que ma remise est assiégée l’hiver par des souris. Mignonnes… mais dévastatrices! À ce qu’il paraît, mon cocon aurait pu servir de repas à ces dernières s’il n’avait pas été protégé.

Le cocon des saturnies cécropia est de couleur brunâtre et il se camoufle bien avec la végétation hivernale (branches et brindilles). D’ailleurs, il est habituellement bien fixé aux branches d’une plante-hôte. Ceci est visible sur la photographie du cocon que j’ai prise (galerie photo et vidéo ci-dessous). Pour ce qui est du contenu du cocon, il est surprenant… Outre l’exosquelette de la chrysalide que le papillon a laissé derrière lui, on retrouve aussi sa vieille peau de chenille. Celle-ci est écrasée en un petit disque, un peu à l’instar d’une pièce de vêtement qu’on aurait laissé s’échouer par terre après l’avoir enlevée. C’est en fait ce qui s’est passé : la vieille peau a été délaissée!

Une fois le printemps venu, je m’affairai à préparer une petite volière dans laquelle mon papillon allait pouvoir émerger. Suivant quelques recommandations de collègues entomologistes, je préparai la petite habitation de mon futur colocataire. Essentiellement, il me fallait attacher le cocon afin de permettre au papillon de s’accrocher et de se faire sécher les ailes convenablement, recouvrir le fond de l’habitat avec du papier journal, puis m’assurer que le papillon était en mesure de remonter vers le haut de la « cage » s’il tombait au fond de cette dernière – ce que je fis en insérant trois branches allant du fond de l’abri jusqu’au grillage qui lui servait de couvercle. Le papier journal, quant à lui, servait à recevoir les fluides éjectés par le papillon après son émergence. Ceux-ci se nomment le « méconium ». Selon Gaïa Nature, il s’agit du liquide résiduel de la transformation complexe du papillon alors qu’il est dans sa chrysalide. Une fois émergé, donc, le papillon éjecte de son arrière-train ce liquide en surplus.

Deux semaines et demie se sont écoulées entre le moment où je sortis le cocon de la remise et celui où le papillon fit son apparition. C’est le jeudi 2 juin que j’eus le loisir de constater, une fois de retour du travail, que j’avais un beau papillon tout neuf à la maison! Ce dernier se faisait sécher les ailes; on peut d’ailleurs voir sur la première vidéo ci-dessous une gouttelette rougeâtre perler sur ses ailes encore un peu fripées. Afin d’éviter de l’abîmer, j’attendis au lendemain avant de le manipuler. C’est le surlendemain, un samedi de congé, que je pus me charger de relâcher l’individu à la brunante. Je pus ainsi voir « mon » cécropia prendre son envol et disparaître derrière le boisé qui borde ma cour.

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La saturnie cécropia est de bonne taille

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Antennes plumeuses et absence de rostre sont ici visibles

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La vieille « peau » de la chenille était présente dans le cocon

Selon Gaïa Nature, les papillons Saturniidae ont une durée de vie moyenne de deux à trois semaines. Je peux donc espérer que ma saturnie cécropia aura eu le temps de se trouver une femelle à proximité afin de compléter son cycle de vie! Fait intéressant, les individus appartenant à cette famille ne se nourrissent pas après s’être métamorphosés. Ils utilisent plutôt les réserves qu’ils se sont constituées alors qu’ils étaient encore des chenilles. On voit d’ailleurs sur les photographies que le papillon ne possède pas de rostre – l’appendice qui ressemble à une trompe – comme c’est le cas chez les autres groupes de lépidoptères.

L’individu que j’ai eu le plaisir de voir évoluer était un mâle. On le reconnaît sur les photographies par ses grandes antennes plumeuses. La femelle possède également des antennes plumeuses, mais ces dernières sont de moins grande envergure. Les larges antennes des mâles leur servent à capter les phéromones émises par les femelles. Ces dernières « appellent » typiquement les mâles entre 3h30 et 5h du matin. C’est qu’elles sont matinales, ces dames! Aussi, les mâles parviennent à capter ces signaux d’une distance allant d’un demi à un kilomètre à la ronde. Quel flair!

La chenille de la saturnie cécropia ne fait pas la fine bouche et se nourrit d’une vaste palette d’arbustes et d’arbres décidus : érable, bouleau, tremble, chêne, saule, frêne, peuplier, amélanchier, arbres à fruits divers, etc.! Elle est spectaculaire : faisant de 8 à 10 cm de longueur, elle est munie de protubérances colorées ornées de petites épines noires (voir ces photos sur LesinsectesduQuébec.com). Elle marie à merveille le vert, le bleu, le jaune et l’orange.

Ce n’est pas une surprise si la chenille devient aussi grosse : elle se fait précurseure du plus gros papillon retrouvé en Amérique du Nord! Avec son envergure maximale de 15,2 centimètres, notre saturnie cécropia écrase effectivement toute compétition. Bien sûr, quelques collègues Saturniidae s’en approchent, comme le Polyphème d’Amérique (jusqu’à 15 cm selon Beadle et Leckie 2012). Il n’en demeure pas moins que notre sympathique cécropia sait se faire remarquer!

Selon les sources consultées, beaucoup de chenilles et de chrysalides sont parasitées et ne se rendent pas au stade adulte. Selon Wagner (2005), c’est en particulier une mouche de la famille Tachinidae (Compsilura concinnata), initialement introduite pour contrôler la spongieuse (Lymantria dispar – voir cette chronique), qui fait beaucoup de dommages. Ce dernier relate un taux de parasitisme de 82% dans une étude conduite dans une forêt du Massachusetts. Toujours selon ce dernier, les cécropias seraient en déclin pour cette raison.

Malgré cette tache plus sombre au tableau, notre insecte-vedette serait encore un papillon relativement commun, quoique généralement observé en faible nombre à la fois. Il ne craint pas les milieux urbains ou pollués et peut, par conséquent, être observé tant en pleine ville que dans des secteurs boisés, voire forestiers. De même, il peut être attiré par les lumières de nos chaumières le soir venu. Il ne vous reste donc plus qu’à ouvrir l’œil pour voir passer ce plus gros de nos papillons!

 

Galerie photo et vidéos

Vidéo 1. Saturnie cécropia fraîchement émergée de son cocon.

Vidéo 2. Même individu dans ma main.

Vidéo 3. Dernière vidéo une fois dehors, avant l’envol.

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Vue faciale

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Dernière photographie prise à l’extérieur, avant l’envol!

Cocon Cécropia 1

Cocon

Cocon Cécropia 2

De gauche à droite : cocon, mue de la chenille et chrysalide

Pour en savoir plus