Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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DocBébitte en bref : Un nouveau livre sur les papillons!

Nouveau livre québécois par Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant

Nouveau livre québécois par Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant

Bonne nouvelle pour les entomologistes amateurs en cette saison qui s’amorce enfin, après un hiver qui ne semblait plus vouloir nous quitter! En effet, Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant, auteurs du livre Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes, récidivent avec un guide très attendu sur les papillons de nuit et leurs chenilles.

J’avais parlé du premier guide dans cette chronique datant de 2013. À l’époque, je précisais que ce dernier portait uniquement sur les espèces diurnes. Malheureusement, bon nombre de chenilles que je prenais en photo s’avéraient appartenir à des espèces nocturnes. À ma grande déception, je ne parvenais pas à les trouver dans le premier ouvrage de Leboeuf et Le Tirant – qui s’avérait être l’un des tout premiers livres entomologiques à figurer dans ma collection.

Quelle belle surprise j’eus donc ce printemps de tomber par hasard sur ce nouvel ouvrage en allant fureter dans une librairie près de chez moi!

Exemple de planche retrouvée dans le livre

Exemple de planche retrouvée dans le livre

Si vous possédez déjà le premier guide sur les papillons diurnes, vous ne serez pas déstabilisé par le format du second. Comme le premier ouvrage, il est constitué d’une première partie décrivant le cycle de vie, la diversité et la biologie de ces sympathiques organismes, de même que les méthodes d’observation et de capture. Il est composé de planches étalées sur deux pages pour chaque espèce. L’adulte et la chenille y sont illustrés, de même que l’aire de répartition. Une photo présentant tantôt l’adulte, tantôt la chenille ou encore les plantes hôtes est aussi présentée en médaillon.

Jolie chenille bariolée (Hétérocampe verdâtre)

Cette chenille d’hétérocampe verdâtre est retrouvée dans le guide

Les individus comme cet adulte de la célèbre chenille isie Isabelle sont illustrés sur chaque planche

Les individus comme cet adulte de la célèbre chenille isie Isabelle sont illustrés sur chaque planche

Les éléments descriptifs abondent, ce qui fera sans doute le plaisir des gens comme moi qui aiment écrire sur le sujet! On y apprend des notions quant à l’identification de l’espèce présentée (adulte et chenille), les périodes de vol, l’habitat, les plantes hôtes, ainsi que divers autres renseignements utiles.

Bref, il s’agit d’un bel ouvrage à avoir dans sa collection! Et hop! Vivement que l’été arrive afin que je prenne des clichés de nouveaux individus que je pourrai identifier à l’aide de Leboeuf et Le Tirant!

 

Pour en savoir plus

  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2018. Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes. 335 p.

Les « bébittes » de nos demeures

Cela fait un peu plus de sept mois que je suis déménagée et il m’apparaît surprenant de ne pas avoir encore croisé le chemin d’un invertébré dans mon humble demeure! Hormis les bestioles naturalisées que j’ai amenées dans des cadres et des piluliers ou encore celles qui reposent toujours au fond de mon congélateur en attente d’identification (avis aux futurs visiteurs : n’ayez crainte, elles ne sont pas mêlées au reste de la nourriture et je ne compte pas les offrir en repas!), je n’ai vu aucune petite bête à 6 pattes ou plus déambuler où que ce soit! L’immeuble où je loge étant flambant neuf, j’imagine que les « envahisseurs » n’ont pas encore eu le temps de s’infiltrer, mais ne sauront tarder!

Cette réflexion m’a donné envie de recenser quelques-uns des invertébrés les plus souvent observés dans nos demeures – qu’ils soient bénéfiques ou non!

Les deux groupes que j’ai personnellement le plus fréquemment rencontrés dans les logements et maisons que j’ai habités sont sans contredit les araignées et les lépismes.

Même individu, autre angle!

Mon « araignée-zombie »! Quelle surprise j’eus!

Grimper aux murs : Check!

Ces « araignées jaunes » sont fréquemment rencontrées dans nos résidences

Plus jeune, chez mes parents, il me semblait que je passais mon temps à tomber sur des araignées. Aucun autre endroit où j’ai habité ne recelait d’autant de ces bêtes à huit pattes. Même encore aujourd’hui, quand je visite mes parents, je croise toujours au moins un sympathique pholque phalangide (suivre ce lien pour en savoir plus) installé dans sa toile tissée dans un recoin humide de la cave et attendant patiemment une proie. D’autres araignées spécialisées dans la chasse au sol, comme ces fameuses « araignées jaunes » (souvent des Clubionidae ou des Eutichuridae du genre Cheiracanthium), se baladent régulièrement sur toutes les surfaces horizontales et verticales possibles.

Dans la maison que j’ai occupée plus récemment à Québec, j’ai également retrouvé bon nombre d’individus appartenant à toutes sortes de familles. Épeires diadèmes, araignées sauteuses (Salticidae), Corinnidae, Agelenidae et j’en passe! Il s’agissait d’espèces que l’on retrouvait beaucoup à l’extérieur autour de la maison et qui s’introduisaient sans doute par inadvertance à l’intérieur. Une de ces dernières – une épeire diadème femelle de taille moyenne – avait tissé sa toile près de la porte d’entrée assez tard à l’automne. Ayant pitié d’elle alors que la température se faisait de plus en plus froide, je la descendis dans la cave, près d’une fenêtre où s’accumulaient des chironomes adultes (petits moucherons). Ceux-ci avaient aussi été introduits par inadvertance dans notre demeure, année après année, lorsque mon ex-conjoint et moi rentrions les poissons de l’étang (voir cette chronique) vers la maison afin qu’ils y passent un hiver douillet (les poissons, pas les chironomes!). Bref, j’espérais que la jolie épeire survive ainsi, nous débarrassant par le même fait des chironomes très abondants, mais je la retrouvai malheureusement morte et desséchée environ deux ou trois mois plus tard.

J’ai quelques anecdotes supplémentaires au sujet d’araignées retrouvées dans des situations particulières : par exemple, cette araignée que j’ai retrouvée vivante au fond d’une boîte pleine de piluliers… d’araignées mortes préservées dans l’alcool (lire l’anecdote complète ici). J’ai sursauté, me demandant pendant quelques fractions de seconde si l’une de mes araignées mortes était en fait revenue à la vie. S’agissait-il d’une araignée-zombie? Ou encore, l’anecdote concernant l’araignée qui avait tissé sa toile dans mon chocolat de Pâques quand j’étais plus jeune (ce billet). En outre, les araignées de nos demeures peuvent bel et bien se retrouver partout… que cela nous plaise ou non! La bonne nouvelle, c’est que ces sympathiques arachnides jouent un rôle très important dans une maison : ils s’alimentent d’autres invertébrés qui peuvent parfois s’avérer envahissants et néfastes (j’en parle dans quelques paragraphes)! Ce sont des colocataires à préserver (sauf dans les contrées où elles posent un danger, bien sûr… mais nos espèces québécoises ne sont point venimeuses)!

Poisson d’argent (Lepisma saccharina)

Poisson d’argent (Lepisma saccharina)

La fameuse coccinelle asiatique

La fameuse coccinelle asiatique

Les lépismes ne font pas proprement partie des invertébrés néfastes (sauf si vous tenez une bibliothèque – vous comprendrez pourquoi dans quelques instants). Ils s’affairent surtout à décomposer les résidus de toutes sortes laissés au sol ou s’accumulant dans des recoins autrement inatteignables: nourriture, cheveux, poussière, moisissures, etc. Ils sont de même susceptibles de se nourrir de la colle utilisée dans la reliure des livres et il arrive parfois que cette attirance alimentaire les conduise à endommager des ouvrages chéris! L’espèce que j’ai la plus souvent rencontrée est celle que l’on surnomme « le poisson d’argent » (Lepisma saccharina), une espèce ayant une affinité pour les recoins sombres et frais. Ce n’est qu’à l’appartement que j’ai occupé à Trois-Rivières où j’ai plutôt côtoyé des thermobies (Thermobia domestica; voir cette page), une espèce de lépisme bariolée qui affectionne les endroits chauds, près des appareils de chauffage ou des chaudières. Dans cette résidence, pas de poissons d’argent en vue; il semble que la niche écologique était plus propice à une occupation par la thermobie. Il faut dire que cet appartement était particulièrement chaud par rapport aux autres demeures où j’ai habité… Est-ce que cela expliquait la présence d’une espèce plutôt qu’une autre? Je serais curieuse de connaître la réponse, si certains d’entre vous la connaissent!

Pour ce qui est des espèces moins appréciées – car généralement plus envahissantes ou dérangeantes –, citons d’abord les coccinelles asiatiques. J’ai récemment parlé de cette espèce d’insecte, question de pouvoir mieux répondre aux interrogations d’un collègue de travail dont le chalet s’est retrouvé envahi par des centaines d’individus de ce groupe. Ces coccinelles introduites en Amérique du Nord sont en effet susceptibles d’envahir les demeures en très grand nombre. Bien qu’elles ne détruisent pas nos denrées ou nos biens, leur simple abondance – parfois en quantité hallucinante – s’avère dérangeante.

Mites des vêtements (chenilles)

Mites des vêtements (chenilles)

Mite des vêtements (adulte)

Mite des vêtements (adulte)

Malheureusement s’ajoutent à cette liste des espèces d’insectes nettement plus néfastes. Les mites des vêtements sont sans doute connues de plusieurs… Plus jeune, j’entendais parler des fameuses « boules à mites » sans trop savoir de quoi il s’agissait. C’est quand j’observai, dans ma précédente demeure, de petits papillons brunâtres, suivis de petites chenilles enroulées dans des fourreaux de tissus, que je fis la connaissance de cette espèce – Tinea pellionella (cette chronique). Par chance, après deux années de nettoyage régulier et, parfois, de collecte manuelle (aie-je besoin de mentionner que je possède plusieurs chenilles de cette espèce dans ma collection d’invertébrés!), les observations se firent de moins en moins fréquentes, jusqu’à devenir nulles. Du moins, c’était le cas quand j’ai déménagé en septembre dernier!

Les dermestes constituent un autre groupe que l’on retrouve régulièrement dans les maisons. Ce sont des coléoptères dont les larves – les plus souvent observées – ressemblent à de petites chenilles brunes et poilues. Il existe différentes espèces de dermestes, certaines passant plus inaperçues que d’autres. J’avais déjà parlé des dermestes du lard (ici), rencontrés dans un chalet où j’avais eu le loisir de séjourner. Ces bêtes peuvent s’attaquer aux denrées alimentaires et s’avèrent un cauchemar pour tout entomologiste, car elles s’attaquent également aux insectes de collections.

Larve de dermeste qui était cachée dans un insecte que j’avais recueilli mort au sol

Larve de dermeste qui était cachée dans un insecte que j’avais recueilli mort au sol

Dermeste du lard adulte (recueilli mort)

Dermeste du lard adulte (recueilli mort)

Anthrène des tapis adulte

Anthrène des tapis adulte – il est tout petit au creux de ma main

On retrouve aussi fréquemment d’autres espèces de dermestes dans les maisons, lesquelles semblent moins dérangeantes que les dermestes du lard si je me fie aux sources consultées (Internet abonde de sites d’extermination pour les dermestes du lard lorsque l’on fait une recherche sous le simple terme « dermeste »). Pourtant, l’espèce la plus souvent observée dans nos maisons serait l’anthrène des tapis – ce qui semble être l’espèce que j’ai photographiée à quelques reprises dans ma précédente demeure : un petit coléoptère plutôt bigarré. J’avais auparavant entraperçu moult larves, mais je ne savais pas à quelle espèce elles appartenaient avant de réaliser que les petits coléoptères que j’observais occasionnellement étaient des dermestes adultes. L’anthrène des tapis se nourrit d’une grande variété d’aliments tels que les peaux, la laine, les fourrures, ainsi que toutes sortes de denrées alimentaires (gâteaux, graines, céréales, etc.). Il peut s’avérer aussi un problème pour ceux qui possèdent des collections d’insectes naturalisés – un vrai délice à leurs yeux! Enfin, les dermestes constituent visiblement un des pires cauchemars de tout entomologiste collectionneur!

Une pléiade d’autres organismes peut être observée dans nos demeures. Certains sont occasionnels, comme ce charançon figurant dans l’une de mes toutes premières chroniques DocBébitte. D’autres font hérisser les poils de nos nuques, comme les punaises de lit, que j’ai eu la chance de ne pas côtoyer!

Éventuellement, qui sait, j’aménagerai peut-être dans un nouvel endroit me permettant d’effectuer davantage de découvertes entomologiques que je pourrai partager avec vous – en espérant toutefois qu’elles ne soient pas désagréables! D’un autre côté, peut-être que mon présent appartement ainsi que le voisinage que j’ai peu eu le temps d’explorer à ce jour (l’hiver tire à sa fin, enfin!) me permettront également de vous faire part de savoureuses anecdotes entomologiques!

Entre temps, n’hésitez pas à faire part de vos propres observations : quelles sont les bêtes invertébrées que vous observez le plus dans vos résidences? Sont-elles envahissantes? Bénéfiques ou nuisibles? Sympathiques ou détestables? Au plaisir de vous entendre sur le sujet!

 

Pour en savoir plus

Qui est la belle… dame?

L’hiver est à nos portes et le temps gris nous donne envie de rêver aux insectes colorés qui ont agrémenté notre été! Quoi de mieux que de vous parler d’un joli papillon qui a fait la une alors que l’été 2017 tirait à sa fin?

La belle dame (Vanessa cardui) a effectivement fait couler de l’encre, apparaissant par dizaines dans les jardins québécois aux mois d’août et de septembre. Ce lépidoptère, de la famille des Nymphalidae, est un cousin du vulcain dont je vous ai récemment parlé.

Belle dame

Belle dame

Belle dame, vue dorsale

Belle dame, vue dorsale

À nos latitudes, nous avons le loisir d’observer deux générations de belles dames par année : une première du mois de mai à la mi-juillet et une seconde de la troisième semaine de juillet jusqu’à la mi-octobre. L’abondance de la belle dame est cyclique : certaines années, elle se fait rare, alors qu’à d’autres, elle est observée en très grand nombre. Cette année était la bonne!

J’en ai moi-même observé à la pelletée en allant prendre mes marches régulières autour du parlement à Québec… et ce, jusqu’à tard au mois d’octobre. Chaque fois, je n’étais malheureusement munie que de mon iPhone, mais les bêtes étaient si abondantes que je pus tout de même capturer une poignée de clichés potables. Les individus semblaient particulièrement attirés par des fleurs orangées très vivement colorées, ce qui nous donne un petit « punch » de couleur supplémentaire pour contrer toute la présente grisaille!

À cet effet, le papillon belle dame se délecte du nectar d’une très grande variété de fleurs : centaurées, achillées, rudbeckies, phlox, myosotis, sedum, chardon et j’en passe! La chenille, quant à elle, ne fait pas la fine bouche non plus et se retrouverait sur au-delà d’une centaine de plantes-hôtes différentes – dont plusieurs astéracées incluant le chardon. Il s’agit d’une espèce qui affectionne tout particulièrement les milieux ouverts (jardins, champs, abords de routes) et il n’est donc pas étonnant de la surprendre dans des herbacées – ce qu’on appelle « mauvaises herbes » –, propres à ce type de milieu.

La chenille est plutôt poilue et épineuse. Sa coloration est variable et sa robe peut passer du jaune verdâtre au noir (voir cette page tirée de Bug Guide). Toutefois, sa tête est toujours noire. Elle produit de la soie et se concocte un petit nid douillet dans les plantes qu’elle affectionne, à l’instar du vulcain dont je vous avais déjà parlé (cette photo de Sylvie Benoit). Lors de pics de forte abondance, la chenille peut devenir une peste et dévorer les plants bien-aimés des cultivateurs et des jardiniers.

Photographie soumise dans le cadre du premier concours de photographie DocBébitte en 2013 et représentant une belle dame

Photographie soumise dans le cadre du premier concours de photographie DocBébitte en 2013 et représentant une belle dame

La belle dame est reconnue pour son puissant vol. Elle est une migratrice par excellence. Elle aurait été rencontrée jusqu’au Groenland et en Islande, rien de moins (je l’envie d’ailleurs, car j’ai déjà visité l’Islande et c’est une superbe contrée où se retrouver!). L’aire d’hivernage des individus rencontrés au Québec se situe au Mexique ou au sud des États-Unis. C’est habituellement en septembre qu’ils entreprennent leur périple vers des cieux plus cléments. Cependant, leur départ aurait été tardif en 2017 à cause de vents migratoires moins favorables liés à la belle période de chaleur que nous avons eue.

Il s’agirait par ailleurs du papillon diurne le plus connu mondialement, ce qui lui aurait valu le nom de « papillon cosmopolite ». Cette jolie bête s’est, par conséquent, retrouvée sur des timbres de quelques pays parsemés autour du globe : Îles Féroé, Arabie saoudite et Hongrie. Avis aux entomologistes qui s’avèrent aussi philatélistes à leurs heures (ou vice versa)!

Cela dit, il semble que tout pic d’abondance de la belle dame soit suivi d’une année de rareté. Il faudra donc peut-être patienter quelques années avant de pouvoir apprécier de nouveau cette belle connue!

 

Vidéo 1. Belle dame observée dans les jardins du parlement à Québec à la fin du mois d’août 2017.

 

Pour en savoir plus

Des chenilles de toutes les couleurs!

C’est une branche! Non, c’est une chenille (B. betularia)!

C’est une branche! Non, c’est une chenille (B. betularia)!

Jolie chenille bariolée (Hétérocampe verdâtre)

Jolie chenille bariolée (Hétérocampe verdâtre)

Quelle observation inusitée (pour moi, du moins) : l’acronicte spatulée!

Quelle observation inusitée (pour moi, du moins) : l’acronicte spatulée!

Au début du mois de septembre, j’eus la chance de faire une randonnée riche en couleurs le long de la rivière Jacques-Cartier. Je ne parle pas de la couleur du feuillage des arbres – il était encore un brin trop tôt à ce moment –, mais plutôt des insectes que j’y ai rencontrés. En particulier, je fus surprise par l’abondance de chenilles de formes et de couleurs variées.

Tout au long de leur évolution, les chenilles ont adopté une myriade de stratégies pour survivre. Certaines ont opté pour le camouflage parfait. Lors de ma randonnée, j’observai notamment quelques membres de la famille Geometridae qui ressemblent à s’y méprendre à de petites branches d’arbres. Armée de Wagner (2005), j’ai identifié les spécimens comme étant le phalène du bouleau ou l’arpenteuse cornue (Biston betularia), le nom français variant selon les sources. Il s’agit d’une chenille qui se distingue par sa tête fendue en son centre, ainsi que par la présence de protubérances sur le cinquième segment abdominal. Les individus observés étaient plutôt brunâtres et tentaient de se fondre à des végétaux verdâtres. C’est ce qui me permit de les apercevoir, sans quoi je les aurais complètement ratés!

Une autre espèce, quant à elle, prenait plutôt l’allure d’une déjection d’oiseau. Arborant un mélange de vert, de blanc et de jaune, elle passait également inaperçue contre le feuillage vert. Encore une fois, si je me fie à Wagner (2005), il s’agirait de l’hétérocampe verdâtre (Heterocampa biundata). Dans ce cas, c’est le « X » vert visible au centre de l’abdomen (vue dorsale) qui sert de critère pour déterminer l’espèce. Il s’agissait d’une chenille d’une bonne grosseur, que je trouvais particulièrement jolie. Il commençait cependant à faire sombre dans le sous-bois – il était plus tard en après-midi – et les photos que j’ai prises ne rendent pas entièrement justice à la belle bête… J’espère tout de même que vous les apprécierez!

Une des chenilles observées était loin de se fondre au décor. Toute de noir vêtue, ornée de protubérances blanches et jaunes, elle contrastait avec le feuillage vert sur lequel elle avait pris place. Son nom latin Acronicta funeralis réfère sans doute à la coloration sombre de la chenille et de l’adulte qui fait penser à un accoutrement digne de funérailles. Son nom français « acronicte spatulée », quant à lui, fait plutôt référence aux étranges poils en forme de spatules qui décorent les différents segments de l’abdomen. Je dois avouer m’être fortement exclamée lorsque mes yeux se sont portés sur cet individu hors du commun. Je n’avais jamais rien vu de tel! D’ailleurs, les sources consultées suggèrent qu’il s’agit d’une espèce pas si commune que cela. Je peux donc me compter chanceuse d’avoir effectué cette observation. Quelle splendide et surprenante chenille, ne trouvez-vous pas?

Acronicta superans : une belle grosse chenille épatante!

Acronicta superans : une belle grosse chenille épatante!

La chenille à tente estivale était omniprésente le long du sentier

La chenille à tente estivale était omniprésente le long du sentier

L’halysidote maculée

L’halysidote maculée

Cela dit, les sources consultées ne m’ont pas permis de savoir hors de tout doute si l’étonnante coloration de l’acronicte spatulée lui sert à signaler aux prédateurs qu’elle n’est pas comestible ou encore si cela lui donne l’apparence d’un excrément d’oiseau. Wagner (2005) mentionne que des études documentant la toxicité des chenilles du genre Acronicta sont nécessaires avant d’effectuer toute conclusion à cet effet.

Les autres chenilles rencontrées étaient munies d’un plus ou moins grand nombre de poils. Il s’agit d’une autre tactique visant à repousser les prédateurs. Qui voudrait d’un hors-d’œuvre aussi piquant? C’est le cas notamment de la superbe chenille Acronicta superans (je n’ai pas trouvé de nom commun français), parsemée de poils de longueurs variées. J’étais bien heureuse de tomber sur un aussi beau (et gros) spécimen! Celui-ci était solitaire, contrairement à une autre espèce définitivement grégaire que je retrouvai par centaines le long du sentier emprunté. Cette seconde espèce s’avérait probablement être la chenille à tente estivale Hyphantria cunea. Mon doute est à l’effet que la livrée de cette chenille semble fort variable si je me fie aux sources consultées. En effet, ladite chenille arborerait tant le jaune pâle que le gris foncé! Néanmoins, les différentes caractéristiques permettant l’identification semblaient tout de même conduire à cette espèce.

Finalement, certaines chenilles allient les couleurs vives – qui suggèrent une toxicité réelle ou trompeuse – et les poils. Quoi de mieux pour éviter de se faire gober tout rond? Une espèce que j’ai observée en très grande quantité lors de ma randonnée correspond à cette description : l’halysidote maculée (Lophocampa maculata). Si mignonne, ressemblant à une peluche, je n’ai pu m’empêcher d’en prendre plusieurs dans mes mains. Sa coloration et l’agencement des poils la rendent par ailleurs très facile à identifier.

Voilà qui termine un petit tour d’horizon de quelques sympathiques espèces de chenilles récemment rencontrées. J’ai tenté de mon mieux d’identifier les individus concernés – je le répète, je partage mes apprentissages avec vous au fur et à mesure que j’avance moi-même dans ce fabuleux domaine, et je n’ai pas la prétention de tout connaître. Si jamais vous jugez que j’ai effectué une erreur d’identification, n’hésitez pas à m’écrire et me guider quant aux critères à utiliser. Autrement, j’espère que vous apprécierez les photos qui agrémentent la présente chronique – que du plaisir pour les yeux!

 

Le « X » dorsal est l’un des critères utilisés pour identifier l’hétérocampe verdâtre

Le « X » dorsal est l’un des critères utilisés pour identifier l’hétérocampe verdâtre

L’acronicte spatulée tire son nom des étranges « poils » qu’elle porte

L’acronicte spatulée tire son nom des étranges « poils » qu’elle porte

Agréable à manipuler, l’halydisote maculée!

Agréable à manipuler, l’halydisote maculée!

Pour en savoir plus

Concours de photo 2017 – Partie 1 : Le Vulcain qui émerge dans une maison, par Sylvie Benoit

Photographie gagnante représentant un Vulcain

Photographie gagnante représentant un Vulcain

C’est avec plaisir que je vous diffuse la première de deux chroniques au sujet des photographies gagnantes ex aequo du concours amical de photographie DocBébitte 2017. Comme je le mentionnais lors de la chronique révélant nos gagnants – et tel que promis chaque année – je me suis affairée à vous concocter la petite histoire derrière les clichés élus.

Cocon et exuvies des chenilles retrouvés au sous-sol

Cocon et exuvies des chenilles retrouvés au sous-sol

Chenille, également retrouvée dans la maison chez Sylvie

Chenille, également retrouvée dans la maison chez Sylvie

La chenille se tisse un nid douillet

La chenille se tisse un nid douillet

La photo transmise par Sylvie Benoit relate justement une rencontre inopinée avec un joli papillon commun nommé « Vulcain » (Vanessa atalanta). Ce lépidoptère appartient à la grande famille des nymphalidés. C’est un cousin du papillon Belle dame (Vanessa cardui) que vous connaissez sans doute, car il a fait les manchettes en septembre dernier, étant aperçu en vastes hardes un peu partout au Québec.

Le Vulcain se reconnait facilement par ses ailes sombres flanquées d’une bande orangée surmontée de taches blanches. Son nom scientifique, Vanessa atalanta, référerait à une héroïne grecque « Atalanta » ou « Atalante » qui, selon la légende, était une coureuse fort rapide. Le Vulcain aurait vraisemblablement hérité de ce nom à cause de son vol, reconnu pour être rapide.

Le cliché gagnant a été effectué à l’intérieur d’une demeure. Trois papillons de cette espèce y ont été retrouvés par surprise! Quelques recherches effectuées par les propriétaires des lieux leur ont permis de résoudre le mystère : les restes de chrysalides et d’exuvies de chenilles furent découverts au sous-sol. Des chenilles avaient été introduites à l’intérieur de la maison par le biais de plants d’orties, qui y avaient été amenés pour sécher. À cet effet, Sylvie me transmit gracieusement quelques photographies supplémentaires appuyant ces observations. Elles complètent la présente chronique.

La livrée de la chenille du Vulcain est variable. Selon Wagner (2005), certains individus sont plus pâles (couleur blanchâtre à jaune verdâtre), alors que d’autres arborent une robe nettement plus sombre. Les individus croqués sur le vif par notre gagnante représentent des spécimens foncés, également caractérisés par la présence de lignes blanchâtres parcourant les flancs. De plus, les chenilles sont munies de poils et d’épines acérés, s’élevant d’une protubérance orangée, ce qui leur donne une apparence très piquante! Qui osera y mettre les doigts?

Sans grande surprise, les chenilles se délectent de plantes appartenant à la famille Urticaceae, dont – eh oui – les orties! Elles se tissent un nid douillet dans le repli des feuilles, comme en témoigne une des photographies qui agrémentent la présente chronique.

Vulcain que j’avais pris en photo il y a quelques années

Vulcain que j’avais pris en photo il y a quelques années

Les adultes, quant à eux, sirotent le nectar de multiples espèces de fleurs; ils s’alimentent également de fruits et de détritus en décomposition. Comme ce sont de bons butineurs, il est facile de les voir dans nos jardins, particulièrement lors des mois de mi-mai à juillet (première génération) ou encore de mi-juillet à mi-septembre (deuxième génération). Les Vulcains aiment aussi se prélasser au soleil sur tout support situé au ras du sol (roche, tronc d’arbre, etc.), où l’on peut prendre le temps de les observer. C’est ainsi que j’avais pris quelques clichés de ce sympathique papillon, m’approchant peu à peu du sujet. Le Vulcain, pas trop nerveux, se laisse d’ailleurs approcher pour être admiré. La photographie de Sylvie en est un bel exemple! Bravo à notre première gagnante!

 

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Species Vanessa atalanta – Red Admiral – Hodges#4437. http://bugguide.net/node/view/448
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Espace pour la vie. Vulcain. http://espacepourlavie.ca/insectes-arthropodes/vulcain
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.