Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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La guêpe dominatrice

Détrompez-vous! Le titre de ma chronique ne fait pas référence au surnom que se serait donné une adepte d’un club S&M! Il porte plutôt sur une guêpe du genre Polistes, dont l’espèce « dominula » – nom qui laisse déjà présager une certaine dominance! – signifierait, selon les sources, « Maîtresse », « Petite maîtresse » ou « Femelle régnante ». Son nom français, quant à lui, réfère bien au contraire à un peuple qui ne se laissait franchement pas dominer, du moins si vous croyez aux fameuses histoires des séries Astérix : le poliste gaulois!

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Poliste gaulois mâle, vu de côté

J’ai décidé que je vous parlerais de cette espèce d’hyménoptère lorsque j’en observai bon nombre lors d’une visite chez mes parents au début du mois de septembre. Toute une colonie de ces arthropodes semblait avoir élu domicile dans un coin de leur remise. De nombreux individus se retrouvaient également en détresse dans leur piscine. Comme je ne recueille que les invertébrés déjà morts, je pus agrémenter ma collection de quelques-unes de ces guêpes qui s’étaient noyées et retrouvées dans le filtreur de la piscine. Certains individus furent plus chanceux : voyant qu’ils étaient en difficulté, je les rescapai à temps! Il y en a même deux qui se remirent à bouger alors qu’ils semblaient morts. C’est qu’elles sont faites fortes, ces guêpes! Ce fut d’ailleurs donnant-donnant, puisque les spécimens sauvés in extremis me permirent de les prendre en photo sous tous les angles possibles, le temps qu’ils se sèchent!

Ce n’est pas une surprise si nous avons observé tout un tas de P. dominula faisant l’aller-retour entre la corniche d’une remise et un quelconque lieu d’alimentation. Selon les sources consultées, cet hyménoptère a une vive préférence pour les supports d’origine anthropique, en particulier les toits et murs de nos demeures. Bref, il s’agit d’un arthropode qui vit en étroite proximité avec les humains. Bien que cette proximité puisse augmenter les probabilités de se faire piquer, les guêpes polistes sont – fort heureusement – reconnues comme étant moins agressives que leurs consœurs de la sous-famille Vespinae. Elles peuvent tout de même piquer, donc toute précaution est de mise!

Le poliste gaulois est une espèce récemment introduite en Amérique du Nord. Plus précisément, l’espèce a été introduite au Massachusetts vers la fin des années 1970 et a depuis largement étendu son aire de répartition. Les premières observations canadiennes notées dans le Canadien Journal of Arthropod Identification ne remontent qu’en 1997 pour l’Ontario et en 2003 pour la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique. Pour ce qui est du Québec, cette même source indiquait en 2008 qu’il était probable que la guêpe s’y retrouve déjà, mais il ne semblait pas encore, à ce moment, y avoir d’études le confirmant. Néanmoins, elle peuplerait maintenant l’entièreté des États-Unis et du Canada, selon une note récente (2016) inscrite sur Bug Guide.

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Poliste gaulois mâle, vu de dos

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L’on voit bien les antennes orange vif sur ce mâle

La capacité de cet insecte à peupler les milieux urbains et perturbés fait en sorte qu’il a remplacé, à certains endroits, les guêpes polistes indigènes. Il est notamment question de compétition avec Polistes fuscatus. À ce qu’il semble, P. dominula est plus compétitif, puisqu’il se nourrit d’une plus vaste palette d’aliments (plusieurs groupes d’insectes versus seulement des chenilles chez plusieurs autres Polistes sp.), possède un temps de développement plus court, est moins parasité et présente une plus forte productivité.

Son nom anglais « European paper wasp » illustre bien sa propension à ériger des nids en papier. Ces derniers sont construits à l’aide d’une mixture de salive et de fibres végétales (bois mort, tiges de plantes, etc.). Le terme « guêpe à papier » référerait d’ailleurs majoritairement aux guêpes de la sous-famille Polistinae, à laquelle appartient notre poliste gaulois. Toutefois, d’autres guêpes de la sous-famille Vespinae et Stenogastrinae sont également en mesure de bâtir de tels nids. Cela inclut deux espèces dont je vous ai déjà parlé : la guêpe à taches blanches (Dolichovespula maculata) et la guêpe commune (Vespula vulgaris). Fait intéressant, le nid des polistes gaulois ne possède pas d’enveloppe protectrice, faisant en sorte que l’on voit au premier coup d’œil les cellules dont le nid est constitué (voir les photos sur ce site de Guêpes et Frelons). C’est justement cette caractéristique qui expliquerait pourquoi ces hyménoptères affectionnent autant les dessous de corniches : le nid doit se situer dans un endroit chaud, car sa température est plus difficile à réguler.

Le poliste gaulois est facile à distinguer des autres espèces que l’on peut retrouver au Québec. Après avoir récolté mes spécimens, j’utilisai le guide électronique du Canadian Journal of Arthropod Identification portant sur les Vespidae afin de les identifier correctement. Toutefois, j’appris qu’un critère bien précis – facilement visible sur une photographie d’amateur et ne nécessitant pas d’avoir recours à un guide – permettait de confirmer l’espèce : la disposition des couleurs sur les antennes. Effectivement, P. dominula arbore des antennes dont la base est orange et noire, alors que les trois quarts restants, environ, sont d’un orange vif (voir cette photographie). Selon les sources consultées, aucun autre Vespidae ne possèderait de telles antennes!

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Vue de face d’un mâle au stéréomicroscope – spécimen retrouvé noyé

Dans le cas des individus que j’observai (photos, vidéos et individus retrouvés noyés), il s’agissait tous de mâles. Cela n’est pas surprenant puisque, selon les sources consultées, c’est à la fin de l’été que la colonie s’affaire surtout à produire des mâles et des futures reines pour la prochaine génération. Pourquoi est-ce que je sais qu’il s’agit de mâles? Non, je n’ai pas regardé sous les jupons, je vous le jure! En fait, ce sont les motifs du visage qui nous indiquent rapidement le sexe! Les mâles ont le visage entièrement jaune, comme c’est le cas sur mes photographies (voir aussi ce cliché). Les femelles, quant à elles, affichent des motifs jaunes et noirs (cette photo). Ces derniers font un peu penser à une tête de mort – petit truc qui pourrait vous être utile! Et pour ceux qui me croyaient brave de manipuler ces guêpes à mains nues, il faut savoir que les mâles ne piquent pas! Remarquez que je sauve régulièrement des femelles hyménoptères de la noyade à mains nues; les individus en détresse semblent plus concentrés à se sauver de la noyade qu’à piquer la main qui les sort de là!

Quoiqu’on en dise, le poliste gaulois constitue une fort jolie guêpe avec ses antennes orange vif. Dominatrice ou non, il s’agit d’une espèce qui sait se faire remarquer! Qu’en dites-vous?

 

Vidéo 1. Poliste gaulois mâle rescapé de la piscine chez mes parents.

 

Pour en savoir plus

La vie de mon jardin – Partie 1 : les alliés

Zelus luridus_2016

Punaise assassine qui était cachée sous la litière de feuilles

Zelus luridus_Automne 2015

Des feuilles enroulées inspectées l’automne dernier cachaient plusieurs invertébrés

Chaque printemps, je me fais un grand plaisir à « nettoyer » mes plates-bandes. Naturellement, vous aurez deviné que j’effectue cette « corvée » munie d’un appareil photo à mes côtés. Je finis habituellement par passer autant de temps à manipuler et photographier des invertébrés qu’à ramasser des feuilles. J’ai la chance – ou la malchance selon l’angle avec lequel on regarde la situation – d’avoir une forêt dans ma cour, faisant en sorte que mes plates-bandes sont recouvertes d’une épaisse couche de feuilles. Cette importante litière cache de nombreuses bêtes que je découvre une à une le printemps venu. Chaque nouvelle saison offre son lot de surprises : les espèces qui étaient dominantes l’année d’avant ne sont pas nécessairement les mêmes l’année suivante.

Cette année, je notai jusqu’à maintenant une dominance d’invertébrés dits bénéfiques – du moins du point de vue du jardinier. En effet, mes premières observations de l’année portaient toutes sur des invertébrés prédateurs : coccinelles à sept points, araignées-crabes et punaises assassines. Il ne m’en fallut pas plus pour décider de vous pondre une petite chronique faisant le portrait de ces individus… et de quelques autres insectes qui s’avèrent être de précieux alliés!

Première observation : la punaise assassine! J’avais fait la rencontre de ce sympathique insecte pour la toute première fois au printemps 2013 et j’en avais alors fait l’objet d’une chronique (celle-ci). Encore une fois cette année, ce sont des nymphes de l’espèce Zelus luridus que je découvris blotties sous les feuilles. J’avais également observé plusieurs nymphes l’automne dernier qui présentaient toutes le même comportement : elles se cachaient à l’intérieur de feuilles dont le bout avait été enroulé par un précédent insecte (possiblement une sorte de chenille). En inspectant les feuilles « enroulées » des arbres d’un secteur près de chez moi, je réalisai que bon nombre d’entre elles étaient peuplées par des nymphes de punaises assassines. J’ai pu prendre quelques photographies du phénomène, dont une en appui diffusée dans la présente chronique. Les punaises assassines sont considérées des alliées parce qu’elles sont des prédateurs : elles se nourrissent notamment d’insectes indésirables susceptibles d’endommager les plantes ornementales et les arbustes tels les chenilles, les asticots et les punaises phytophages.

Coccinelle à sept points 3

Coccinelle à sept points, qui venait elle aussi d’être délogée de sa cachette hivernale

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Le carabe bronzé s’attaque notamment aux limaces

Deuxième cas : les coccinelles! En « jouant » dans mes plates-bandes, je dérangeai plusieurs coccinelles à sept points (Coccinella septempunctata) qui s’y étaient installées pour passer l’hiver. Tant les larves que les adultes de ce sympathique arthropode sont en mesure d’engloutir bon nombre de pucerons et autres insectes qui s’attaquent habituellement à nos plantes préférées. Je vous avais d’ailleurs parlé récemment de la coccinelle à sept points, dont l’adulte est en mesure de manger plusieurs dizaines de pucerons par jour. La larve n’en est pas moins efficace, ingérant quelque 200 à 600 pucerons tout au long de son développement qui prend une vingtaine de jours. Bref, en plus d’être jolis à regarder, ces petits bouts de coléoptères nous sont d’une grande aide pour préserver un jardin en santé!

Il n’y a pas que les coccinelles chez les coléoptères qui sont de redoutables prédateurs : les carabes bronzés (Carabus nemoralis) sillonnent aussi nos plates-bandes à l’affut d’une délicieuse collation invertébrée. Ces jolis et gros coléoptères sont notamment friands d’organismes à corps mou comme les limaces, les escargots et les chenilles, des bêtes qui transforment typiquement nos plantes en gruyère suisse tellement elles y font de trous! J’avais observé une quantité impressionnante de carabes bronzés chez ma belle-sœur dont les plates-bandes étaient également envahies par un nombre effarant d’escargots. J’ai présumé qu’il y avait un lien entre l’abondance des proies et des prédateurs respectivement. Avez-vous déjà fait une telle observation?

Lorsque j’enlève l’épaisse couche de feuilles recouvrant mes plates-bandes, j’ai aussi le plaisir de découvrir bon nombre de jolies araignées-crabes (Thomisidae). Elles sont à peine visibles, car elles se fondent bien au décor avec leurs couleurs beige et brun. Je retrouve en particulier plusieurs individus que j’avais identifiés dans le passé comme étant de l’espèce Xysticus elegans (voir cette chronique), une araignée dont le mâle arbore de jolis motifs sur son abdomen. Les araignées-crabe chassent à vue, sans l’aide d’une toile. Elles attendent patiemment, au sol ou sur la végétation, le passage d’une proie à laquelle elles s’agrippent le temps venu! Comme elles sont des prédateurs hors pair, elles contribuent à la régulation des populations d’espèces d’insectes qui pourraient autrement s’avérer néfastes. C’est d’ailleurs le cas de nombreux autres arachnides qui foulent nos plates-bandes ou qui y tissent leur toile : opilions, araignées-loup (Lycosidae), Agelenidae et j’en passe!

Thomisidae Printemps 2016

Araignée-crabe qui se cachait sous les feuilles ce printemps

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Pélécinide adulte qui nous aide dans la lutte aux « vers blancs »!

Les pélécinides (Pelecinus polyturator) constituent un dernier groupe – mais non le moindre – dont je voulais vous parler. Contrairement aux espèces citées plus haut qui sont davantage printanières, je retrouve les pélécinides adultes dans mes plates-bandes un peu plus tard en été. Ce qu’il faut dire, c’est que ce sont les larves qui jouent un rôle plus actif dans le contrôle d’une espèce indésirable en particulier : le fameux ver blanc (larve du hanneton). La femelle pélécinide est munie d’un très long ovipositeur dont elle se sert pour atteindre les larves de hanneton enfouies sous terre. C’est ce long appendice qui fait généralement peur aux observateurs, car l’on tend à penser qu’il sert à piquer! Une fois qu’elle a déniché des larves de hanneton, la femelle y pond ses œufs. Les larves du pélécinide font le reste du travail, dévorant les pauvres hannetons en devenir. Étant donné que les larves de hanneton sont reconnues pour les dommages qu’elles effectuent aux pelouses et à certains plants, le travail des pélécinides s’avère fort bénéfique.

Il existe bon nombre d’autres invertébrés qui sont nos alliés. Avant de chercher à vous débarrasser d’un insecte ou d’une araignée que vous trouvez dégoûtants, il pourrait valoir la peine de vous poser la question suivante : « cet invertébré est-il en train de m’aider »? Vous pourriez être surpris par la réponse! Si vous voulez en savoir plus sur les arthropodes bénéfiques, vous pouvez notamment consulter les sources citées dans la section « Pour en savoir plus ». Bon jardinage!

 

Vidéo 1. Punaise assassine trouvée ce printemps dans mes plates-bandes.

Vidéo 2. Carabe bronzé rescapé de ma piscine. On voit bien ses larges mandibules.

Pour en savoir plus

  • Brisson, J.D. et al. 1992. Les insectes prédateurs : des alliés dans nos jardins. Fleurs Plantes et Jardins : Collection no. 1. 44 p.
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Smeesters, E. et al. 2005. Solutions écologiques en horticulture. 198 p.

Escale nature dans le Sud-ouest américain – Partie 1

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Joshua Tree National Park offre de beaux paysages typiques du Sud-ouest américain

Vous avez sans doute remarqué la trêve de chroniques DocBébitte des dernières semaines. La raison était fort simple : j’étais à l’extérieur du pays, affairée à visiter quelques recoins du Sud-ouest américain où demeurent mes neveux.

Bien que le voyage en soi n’en était pas un de nature entomologique, vous vous doutez sans doute que j’en ai profité pour observer – et photographier lorsque cela était possible – quelques invertébrés locaux. Armée de mon appareil photo, il m’est donc souvent arrivée de m’arrêter afin de prendre des clichés de quelques spécimens… au grand dam de mon conjoint et de mes neveux qui ont dû patienter à quelques reprises!

Notre premier arrêt fut à Joshua Tree National Park, un parc de toute beauté où se côtoient de jolies formations rocheuses et des « forêts » du fameux Joshua tree – un végétal qui a donné son nom au parc et dont l’apparence se situe à mi-chemin entre un arbre décidu et un cactus.

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Une de mes premières observations entomologiques

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Dans ce secteur du parc, de très nombreux arbres étaient couverts de ces tentes, dans lesquelles on voyait encore certains individus

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Chenille Malacosoma sp. rampant sur une roche

Lors de notre séjour dans ce parc, nous pûmes observer à plusieurs reprises de grosses fourmis sillonnant le sol. Aux dires de mes neveux, il s’agissait des fameuses « fire ants », des fourmis reconnues pour leur piqûre intense et irritante. Par conséquent, je pris mes précautions, évitant de m’agenouiller en plein milieu de leur chemin lorsque vint le temps de les examiner de plus près – contrairement à ce que j’aurais fait si j’avais été dans la même situation au Québec! Ce n’est qu’à mon retour au Québec que j’appris que le terme « fire ant » semble être utilisé surtout pour un genre de fourmis (Solenopsis), alors que les fourmis que j’avais photographiées s’avéraient plus probablement du genre Pogonomyrmex (des « Harvester Ants »). C’est leur forme et leur coloration, ainsi que la forme du nid qui ressemble à un cratère autour duquel la végétation est absente (selon les sources consultées), qui m’ont mise sur cette piste. « Fire ant » ou non, il n’en demeure pas moins que ce genre est, lui aussi, susceptible d’infliger une piqûre douloureuse. J’ai donc sans doute bien fait d’éviter de m’installer sur leur chemin!

Fait intéressant, le nom « harvesting ant » (« fourmi qui récolte » selon ma libre traduction) vient du fait que les ouvrières du genre Pogonomyrmex ont l’habitude de récolter les graines des plantes situées à proximité de leur nid pour les y ramener. Elles se nourrissent en grande partie de ces graines, mais aussi d’autres matières comme des invertébrés ou encore des restes d’animaux morts. Une fourmi que j’ai suivie ramenait même vers le nid ce qui ressemblait à une crotte d’oiseau séchée. Bref, toute matière organique semble bonne!

Toujours dans le parc, tout près de notre point de départ lors de la première journée, un criquet que je ne connaissais pas se prélassait au soleil. Je pus en prendre également plusieurs clichés, ce qui me permit de l’identifier comme étant fort probablement un Trimerotropis pallidipennis, le Pallid-winged grasshopper (voir addenda dans la chronique du 14 avril à cet effet: il s’agirait finalement d’un individu du genre Anconia). Il s’agit encore une fois d’une espèce associée aux zones désertiques, en particulier aux secteurs parsemés de petits buissons et de graminées. La coloration tachetée de brun et de beige de cet orthoptère le rend assez difficile à voir contre le sol graveleux et rocheux du désert américain. Heureusement pour moi, l’individu observé était confortablement installé en plein milieu d’un sentier pédestre asphalté, tout près du pavillon des visiteurs.

Dans un autre secteur du Joshua Tree National Park qui était parsemé de petits arbustes, je découvris que lesdits arbustes étaient jonchés de tentes en soie fabriquées par nulle autre que des chenilles du genre Malacosoma, un groupe comprenant plusieurs espèces connues pour leur capacité à fabriquer des abris de soie et pour dévorer les feuilles des arbres environnants! Des chenilles étaient encore visibles dans certains de ces abris, alors que quelques individus déambulaient sur des roches avoisinantes.

Des chenilles du genre Malacosoma sont retrouvées au Québec, notamment la livrée d’Amérique (M. americanum) qui est bien connue pour ses tentes en soie qu’elle tisse sur les arbres dont elle se nourrit. Bien que j’aie d’abord cru que les individus observés étaient eux aussi des M. americanum, je réalisai en consultant mes livres et diverses sources Internet qu’il était plus probable qu’il s’agisse d’espèces plus abondantes dans le sud-ouest des États-Unis comme M. californicum ou encore M. incurva. Ces espèces se ressemblant beaucoup, je n’étais pas certaine au moment de la rédaction de la présente chronique des façons de les différencier. Si vous avez des conseils à cet effet, n’hésitez pas à les écrire dans la section « Commentaires »!

Lézard U. stansburiana

Les lézards de toutes sortes étaient très abondants comme ce joli « Side-blotched lizard » (Uta stansburiana)

Les invertébrés n’étaient pas les seuls au rendez-vous dans le Joshua Tree National Park et nous avons également fait la rencontre de plusieurs oiseaux et reptiles, dont plusieurs espèces qui se gavaient sans doute des nombreux invertébrés visibles ou cachés sous les roches. En particulier, nous avons fréquemment croisé des lézards et des passereaux le long des sentiers de randonnée et, à mon grand plaisir, plusieurs d’entre eux se laissèrent prendre allègrement en photo. Si vous êtes passionnés d’invertébrés, mais aussi de nature et de petits animaux de toutes sortes, je vous recommande fortement une sortie dans ce parc national au printemps (à l’été, c’est beaucoup trop chaud) : vous pourriez même avoir l’occasion d’assister à des floraisons de fleurs et d’arbres du désert, ainsi que de cactus. J’agrémente d’ailleurs la présente chronique de quelques photographies et vidéos supplémentaires sur le sujet, question de vous mettre l’eau à la bouche! Voir à la suite de la section « Pour en savoir plus » ci-dessous.

Pour terminer, les autres observations entomologiques réalisées pendant notre voyage ont été effectuées en milieu plus urbanisé. Je poursuivrai mon récit de voyage à cet effet lors de la prochaine chronique!

 

Pour en savoir plus

 

Vidéo 1. Colonie de fourmis (Pogonomyrmex sp.) – celles-ci étaient nombreuses au Joshua Tree National Park.

 

Vidéo 2. Iguane du désert (Dipsosaurus dorsalis)

 

Vidéo 3. Bruant à gorge noire (Amphispiza bilineata)

 

Photographies

Bruant gorge noire

Les passereaux comme ce bruant à gorge noire brisaient le silence du désert de leurs chants

49 palms oasis

Une oasis dans le désert… une des randonnées possibles dans le parc

Fleurs du désert

Floraison en plein désert

Cactus en fleur

Cactus en fleur entouré d’une « forêt » d’autres cactus

L’été des tenthrèdes de l’orme

Lorsque je vous ai parlé des « fausses chenilles », dans la chronique du 1er novembre dernier, j’avais initialement eu l’intention de vous parler de l’insecte mis en vedette cette semaine. Il s’agit de la larve de la tenthrède de l’orme, un insecte qui ressemble à une grosse chenille jaune.

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Larve de la tenthrède de l’orme

Cette année, j’en observai par hasard (sans la chercher) à plusieurs reprises, alors que je ne me souvenais pas spécifiquement d’avoir vu cet insecte auparavant. Il faut dire que mon attention était portée vers les insectes aquatiques et cela ne fait que trois années que j’apprends progressivement à connaître les invertébrés terrestres. Il n’en demeure pas moins que cet été semble avoir été celui de la tenthrède de l’orme, du moins pour la région où j’habite! Ou peut-être est-ce mon habileté à remarquer ces individus qui s’est améliorée? Qu’en dites-vous?

La larve est facile à identifier. De grande taille (elle atteint 5 centimètres), on la distingue d’une chenille par le fait qu’elle ne porte qu’une seule paire d’yeux simples, bien visibles, alors que les chenilles sont généralement munies de six paires d’yeux simples. De plus, sa coloration jaunâtre (peut être variable en étant plus blanchâtre ou plus verdâtre) et son dos marqué par une longue ligne sombre sont caractéristiques. Combinés, ces critères confirment que l’on fait face à une tenthrède de l’orme (Cimbex americana), un représentant de l’ordre des hyménoptères (famille Cimbicidae).

Comme son nom français le suggère, cet hyménoptère se délecte des feuilles des ormes. Une de mes observations de cet été s’est d’ailleurs effectuée sous une rangée d’ormes, sur les plaines d’Abraham à Québec. La larve semblait être tombée de son support et sa tête était légèrement bossée. Elle était toutefois toujours bien vivante!

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Vue de face; la seule paire d’yeux simples est bien visible

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La larve atteint une taille appréciable

Malgré cette affinité pour les ormes, les larves ne font pas la fine bouche et peuvent se nourrir également de feuilles de peupliers, d’érables, de bouleaux, de saules et de tilleuls. En dépit de cette diète, elles ne sont pas considérées comme une peste. Elles seraient tout de même en mesure d’endommager certains arbres ornementaux.

Les individus que j’ai observés cet été, y compris celui pris en photographie et présenté dans la présente chronique, se sont tous roulés en spirale lorsque je les ai manipulés. Il s’agit d’un mécanisme de défense, qui peut être accompagné d’une émission d’un fluide blanchâtre provenant de glandes situées près de ses stigmates. À noter que les stigmates sont les parties externes visibles du système respiratoire des larves; il s’agit des points noirs le long du thorax et de l’abdomen que vous pouvez voir sur les photographies.

Le spécimen présenté sur les photographies, de son côté, n’a pas daigné émettre de ce fluide protecteur. Il faut dire que je l’ai trouvé sur un peuplier deltoïde lors d’une promenade dans mon quartier, l’ai ramené à la maison pour l’observer sous mon stéréomicroscope, puis l’ai relâché dans le bois avoisinant. De tout ce temps (environ 30 minutes), il n’a pas bougé d’un millimètre!

L’adulte de la tenthrède de l’orme constitue la plus grosse des mouches à scie (sous-ordre Symphyta chez les hyménoptères) retrouvée en Amérique du Nord. Il s’agit d’un insecte robuste que Marshall (2009) décrit comme ressemblant à un bourdon chauve, mis à part ses antennes se terminant en forme de massue. Sur le site Internet de Les insectes du Québec, vous pouvez voir à quoi ressemble un spécimen adulte (suivre ce lien).

La capture des adultes s’effectuerait pendant une plage horaire bien précise : surtout de 11h à 14h, lors de journées ensoleillées entre les mois de juin et d’août. Par ailleurs, bien que Marshall (2009) indique que ces hyménoptères ne peuvent pas piquer, Dubuc (2007), quant à lui, mentionne qu’ils sont munis de fortes mandibules susceptibles d’infliger une bonne morsure. Les adultes sont à manipuler avec soin, donc!

Pour en savoir plus

Chenille ou imposteur ?

Les chenilles font partie des premiers insectes que l’on apprend à identifier. Généralement d’assez bonne taille, colorées et d’allure sympathique, elles figurent couramment dans les livres de contes pour enfants.

Malgré le fait qu’on ait l’impression de bien les connaître, il nous arrive tout de même de faire erreur et d’identifier à tort une chenille qui n’en est pas une. En effet, plusieurs autres invertébrés prennent une forme ressemblant aux chenilles lors de leur stade larvaire… et confondent petits et grands!

Chenille vs tenthrède

Ocelles (yeux simples) d’une chenille versus ocelles d’une larve de tenthrède

Chenille vs tenthrède_Pattes

Fausses pattes : chenille versus larve de tenthrède

Lors de la capsule de la semaine dernière, je vous soumettais plusieurs clichés sur lesquels on retrouvait divers insectes ressemblant à des chenilles. Êtes-vous parvenus à distinguer les « vraies » chenilles (qui sont des lépidoptères) des fausses? Avez-vous deviné à quels ordres d’insectes les autres individus appartenaient?

Il existe quelques trucs faciles qui nous permettent de savoir si l’on fait face à chenille – qui deviendra un papillon – ou à une larve d’un autre insecte. Le premier truc réside dans l’examen des yeux de la bête : les chenilles sont munies de plusieurs yeux simples latéraux (généralement six ocelles de chaque côté de la tête), ce qui n’est pas le cas des autres larves « sosies ». Il s’agit d’une bonne façon pour distinguer les chenilles de certaines larves d’hyménoptères appartenant au groupe des mouches à scie (sous-ordre Symphyta) comme les tenthrèdes, par exemple. Les larves des mouches à scie peuvent ressembler passablement aux chenilles, en arborant des couleurs vives et en étant munies de pseudopattes le long de leur abdomen. Toutefois, leur tête est flanquée de deux yeux simples bien distincts.

Le second truc est d’examiner la présence de fausses pattes. Il s’agit de protubérances retrouvées sous l’abdomen et qui aident à la locomotion; elles s’ajoutent aux trois paires de vraies pattes situées, quant à elles, à la hauteur du thorax. Selon Wagner (2005), la majorité des vraies chenilles possède quatre paires de fausses pattes ou moins situées le long des segments 3 à 6 de l’abdomen (sans compter les pseudopattes anales). Les mouches à scie, quant à elles, en auraient cinq ou plus (ou six ou plus, selon les sources consultées), qui sont visibles généralement dès le second segment (segment 2) de l’abdomen.

Asticot tête réduite

Tête réduite d’un asticot (larve de diptère)

De même, la base des fausses pattes des chenilles arbore des crochets qui sont absents des fausses pattes d’autres larves d’invertébrés, notamment les mouches à scie et divers diptères. Les fausses pattes des diptères qui ressemblent aux chenilles présentent aussi une disposition qui peut être différente : elles ne sont pas nécessairement situées tout le long de l’abdomen (voir la photo de la larve de chironome plus bas à cet effet). Cela inclut également l’absence totale de pseudopattes comme chez les larves de tipules. De plus, les larves de diptères ne portent pas de « vraies » pattes et, selon l’espèce concernée, la tête peut s’avérer être très réduite (comme une larve d’asticot, par exemple).

Finalement, certaines larves de coléoptères ou de neuroptères rampantes et de forme allongée pourraient faire penser à des chenilles, mais l’on peut habituellement voir assez rapidement par leur forme générale, ainsi que la présence d’autres attributs (des plaques thoraciques, des mandibules allongées, absence de pseudopattes, etc.), qu’il ne s’agit pas d’une chenille.

Seriez-vous maintenant prêts à distinguer une chenille d’un autre insecte aux allures similaires? Lors de la devinette du 25 octobre dernier, les participants ont réussi à bien identifier les quatre vraies chenilles qui faisaient partie du lot. Bien joué! Toutefois, ils ont aussi identifié un des imposteurs comme étant une chenille: la tenthrède de la photo #1. Ce dernier aura bien réussi son déguisement!

Vous pouvez voir les réponses à la devinette de la semaine dernière dans le tableau ci-dessous. Bon visionnement!

Qui est une chenille et qui ne l’est pas? Les réponses!
#1. Larve de tenthrède (Hyménoptère) Devinette 1_2015-10-24 #2. Larve de coccinelle (Coléoptère) Devinette 2_2015-10-24 #3. Chenille (Lépidoptère) Devinette 3_2015-10-24
#4. Larve de trichoptère Devinette 4_2015-10-24 #5. Larve de tenthrède (Hyménoptère) Devinette 5_2015-10-24 #6. Larve de tipule (Diptère) Devinette 6b_2015-10-24
#7. Chenille (Lépidoptère) Devinette 7_2015-10-24 #8. Larve de neuroptère Devinette 8_2015-10-24 #9. Chenille (Lépidoptère) Devinette 9_2015-10-24
#10. Larve de cimbicidé (Hyménoptère) Devinette 10_2015-10-24 #11. Larve de chironome (Diptère) Devinette 11_2015-10-24 #12. Chenille (Lépidoptère) Devinette 12_2015-10-24

 

Pour en savoir plus