Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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Abracadabra! Apparitions-surprises d’insectes!

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Lorsque je sortis ce pilulier de ma sacoche, je ne m’attendais pas à voir trois organismes… Spongieuse desséchée et deux pupes de parasites.

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Ces taches collées sur le pourtour de mon pilulier sont des pupes de Phoridae

Vous êtes plusieurs à le savoir : je collecte les invertébrés que je trouve déjà morts. Cela me conduit par moments à des découvertes un peu surprenantes – non pas que ça n’arrive jamais avec des invertébrés fraîchement récoltés, mais disons que j’augmente mes chances avec ma méthode bien particulière.

De quel genre de découverte est-ce que je parle? Du genre où l’on se retrouve avec plus d’insectes dans les piluliers de récolte que ce que l’on croyait avoir récupéré à l’origine!

Je m’explique : cela fait deux fois que je ramasse un insecte que je laisse traîner dans un pilulier (il faut dire que j’ai énormément de retard sur mon identification et mon épinglage!) pour découvrir ensuite qu’il était parasité par plusieurs autres insectes.

La première observation remonte à juin 2015. J’avais trouvé une jolie chenille de spongieuse (voir cette chronique si vous voulez en savoir un peu plus sur cette espèce) morte sous un arbre. Normalement, je mets les chenilles rapidement dans l’alcool, mais j’avais oublié celle-ci dans un pilulier disposé dans ma sacoche. Lorsque je sortis ledit contenant, je réalisai que la chenille – plutôt desséchée – était maintenant accompagnée de deux pupes de je ne sais quelle espèce d’insecte. Malheureusement, ces pupes ne se métamorphosèrent jamais en adulte, ne me permettant pas d’étudier plus longuement les spécimens en question. Cela dit, les chenilles de spongieuses sont reconnues pour être parasitées par certains diptères et hyménoptères; les mouches Tachinidae en particulier seraient de fréquents parasites selon les sources consultées et il se pourrait bien qu’il s’agisse de ce groupe.

Ma seconde observation ne date que de quelques mois. Lors d’une randonnée en terrain montagneux en septembre, je fus très heureuse de tomber sur un bousier mort en plein milieu du sentier. Il s’agit d’un sympathique scarabée de grosseur moyenne (environ 15 mm de long) que j’ai pu ultérieurement identifier comme étant Geotrupes balyi, un géotrupe très commun au Québec selon Hardy (2014). Je le mis dans un pilulier, dans lequel j’ajoutai, quelques heures plus tard, une guêpe qui s’était retrouvée noyée dans ma piscine. Je mis le pot de côté pour me rendre compte, quelques jours plus tard, que ses parois étaient tachetées de petites pupes brun-orangé. Au fond du contenant se retrouvaient également plusieurs petites mouches jaunâtres. En posant quelques questions à des collègues entomologistes, on m’indiqua qu’il s’agissait de Phoridae.

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Mouches inattendues accompagnent maintenant mon bousier et ma guêpe!

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Ces mouches étaient des Phoridae

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Vue de près d’un Phoridae

Il s’agit de petits diptères connus pour pondre leurs larves dans différentes matières, incluant les cadavres. Toutefois, certaines espèces sont aussi des parasites. À cause de mon mode de capture (et de mon incapacité pour l’instant à connaître l’espèce exacte de Phoridae), je ne suis pas en mesure de confirmer à ce stade-ci si les fameuses mouches parasitaient mon joli coléoptère ou si elles ont simplement colonisé ce dernier une fois qu’il était déjà mort. Si vous connaissez la réponse, n’hésitez surtout pas à m’en faire part! À noter que je présume fortement que les mouches viennent du bousier, ce dernier étant maintenant « troué » (trous par lesquels les larves se seraient possiblement extirpées avant de se métamorphoser), alors que la guêpe semble parfaitement intacte.

Fait intéressant: j’ai pu lire, en préparant la présente chronique, que certaines espèces de Phoridae sont connues pour parasiter des fourmis. Plus étrange encore : le genre Apocephalus se développerait dans la tête des fourmis, provoquant parfois la chute de la tête, alors que le corps continue encore de bouger! Cela me fait penser à la reine de cœur dans Alice au pays des merveilles avec son fameux « Qu’on lui coupe la tête »!

Autre fait intriguant : saviez-vous que les bousiers continuent de sentir cette chose qui leur donne leur surnom, même lorsqu’ils sont naturalisés depuis un certain temps? En ouvrant le pilulier pour prendre les photographies agrémentant la présente chronique, puis en un deuxième temps pour identifier le bousier, je fus surprise par l’odeur qui s’y dégageait. J’ai demandé à des collègues entomologistes plus expérimentés si cela était normal et on m’a signalé que oui. Les bousiers, donc, sentent la merde même longtemps après qu’ils aient cessé d’y évoluer! Vous serez avertis!

Pour conclure, il peut arriver, lorsque l’on collectionne des invertébrés, que l’on se retrouve avec quelques surprises! Quoique pas toujours ragoûtantes – pensons par exemple aux fameux « vers gordiens », des parasites impressionnants (voir cette chronique, ainsi que celle-ci) – ces découvertes nous permettent souvent d’en apprendre plus sur le monde fascinant des insectes!

Que 2017 soit riche en découvertes de toutes sortes! Bon début d’année entomologique!

 

Pour en savoir plus

DocBébitte en bref : (Encore) des insectes dans ma bouffe!

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Nitidule à quatre points, vivant, dans mon chou-fleur

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Limace, elle aussi cachée dans le même chou-fleur

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Deux larves de mouches (diptères) trouvées dans mes bleuets

Il y a de cela quelques années déjà, je vous entretenais sur le fait que l’on mange quotidiennement plusieurs invertébrés à notre insu (cette chronique). Pire encore, je vous expliquais que les normes canadiennes et américaines tolèrent une assez vaste palette d’arthropodes dans les aliments qui nous sont vendus. En outre, la quantité de ces petites bêtes que l’on engouffre accidentellement chaque année se chiffre entre 1 à 2 livres, rien de moins!

Au courant des deux dernières semaines, j’eus l’opportunité moi-même de contribuer à cette statistique… et de voir comment il était facile d’ingurgiter des invertébrés sans vraiment le vouloir.

Première observation : après avoir entamé un chou-fleur frais acheté du marché public, j’observai plusieurs invertébrés morts ou vivants qui parsemaient ce dernier. Ma première découverte fut un nitidule à quatre points bien vivant qui aurait été difficile à rater. Après avoir remis le chou-fleur au frigo, je notai lors d’une deuxième utilisation que celui-ci abritait également une sympathique limace, qui s’activa à la chaleur de la pièce, ainsi que plusieurs petites mouches mortes. Outre les petites mouches,  il est probable que j’aurais vu le nitidule et la limace à temps avant de les consommer. Or, ce ne fut pas le cas de ma seconde observation…

En effet, la semaine dernière, je me délectais de façon distraite de bleuets frais tout en travaillant. À un certain moment, je m’aperçus de la présence d’une petite larve de mouche qui déambulait sur ma collation. Je la mis de côté afin de l’observer au stéréomicroscope une fois de retour à la maison, en tâchant de la garder vivante. Je poursuivis ma collation en examinant plus attentivement la surface de mes bleuets, jusqu’à ce qu’il me vienne à l’esprit que les larves n’étaient pas nécessairement SUR les bleuets, mais DANS ceux-ci. Immédiatement, j’ouvrir un premier bleuet – au lieu de le croquer… et devinez ce qui s’y trouvait? Eh oui, il y avait une seconde larve. Ou bien j’avais la main chanceuse pour trouver une larve du premier coup, ou bien suffisamment de mes bleuets contenaient des larves pour que je tombe sur l’une d’entre elles. Comme j’avais déjà mangé une vaste quantité de ces bleuets, j’aurais préféré la première option. D’un point de vue purement statistique, cependant, la seconde option était bien plus plausible. Bref, j’avais probablement avalé beaucoup de petites larves… Et moi qui croyais qu’une collation de fruits comportait peu de protéines!

Et vous, chers lecteurs, avez-vous quelques anecdotes croustillantes du même genre? Qu’on le veuille ou non, les arthropodes se retrouvent partout… même dans notre assiette!

 

Vidéo 1. Cette jolie limace était bien cachée dans mon chou-fleur. Il était déjà bien entamé quand je l’aperçus sur les restes du feuillage. Aurait-elle pu se retrouver dans mon assiette?

 

Vidéo 2. Cette larve de diptère (mouche) a été retrouvée dans mes bleuets… Et elle n’était pas seule! (Mettre en HD pour une meilleure définition)

Photo gagnante du concours amical 2016 : le syrphe, par Julie Cusson

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Grande gagnante : Julie Cusson avec ce joli syrphe

Cette année, j’appris quelle était la photographie gagnante uniquement à la fermeture du concours. Deux photos s’étaient menées une chaude lutte au courant de la première semaine, mais les deux derniers jours furent caractérisés par une hausse phénoménale des votes. Ce sont finalement cinq photographies qui se sont hissées au peloton de tête afin de se disputer la victoire.

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Mention d’honneur : le méloé marginé de Mireille Dagenais

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Mention d’honneur : la rhysse canelle de Marie-Andrée Fallu

Je vous dirais personnellement que tous les candidats sont gagnants. Quelles belles photographies qui témoignent tantôt d’individus colorés, tantôt de spécimens étranges! Toutefois, une photo franchi le fil d’arrivée en premier : le syrphe, par Julie Cusson! Chose promise, chose due, la présente chronique fera l’éloge de l’insecte photographié par Mme Cusson! Mais avant de débuter, j’aimerais aussi offrir une mention d’honneur à deux photographies qui se sont retrouvées sur la deuxième et troisième marche du podium : le méloé marginé de Mme Mireille Dagenais, ainsi que la rhysse canelle par Marie-Andrée Fallu. Bravo à tous!

J’ai trouvé amusant que la photographie gagnante porte sur un syrphe. En fait, une des toutes premières chroniques que j’avais concoctées pour DocBébitte portait sur cette famille d’insectes (cette chronique publiée en février 2013). J’étais fascinée par le fait que ces sympathiques mouches puissent ressembler aux hyménoptères (guêpes, abeilles et compagnie) – qui peuvent parfois être nettement moins sympathiques, surtout si vous venez de vous faire piquer! À l’époque de cette chronique, j’avais peu de photographies de syrphes en banque et nettement moins de livres spécialisés… c’est donc avec plaisir que je me lance dans les prochains paragraphes sur des anecdotes qui m’étaient inconnues à l’hiver 2013!

Première anecdote : je vous avais déjà raconté que les larves de certaines espèces de syrphes sont aquatiques. Celles-ci possèdent un long siphon (cette photo) qu’elles utilisent pour respirer, étant donné quelles peuplent les milieux pauvres en oxygène. Toutefois, les milieux aqueux qu’elles sont susceptibles de peupler sont parfois loin de pouvoir être qualifiés d’aquatiques… Par exemple, les bassins de recueillement de lisier fourmilleraient souvent de larves de syrphes, ces dernières demeurant bien enfouies sous la surface. C’est ce qu’on appelle être dans… (Oui, je m’autocensure un brin, ici! Avouez que le jeu de mots était tentant!)

De façon similaire, les restes gluants et liquides de carcasses en décomposition peuvent également s’avérer être des demeures de choix pour les larves de syrphes. À ce qu’il semble, cette propension à habiter ce type de milieu serait à l’origine d’une ancienne recette Grecque voulant que l’on puisse fabriquer des abeilles à partir de la carcasse d’un bœuf. Il est probable que nos anciens aient observé l’apparition soudaine d’un bon nombre « d’abeilles » à proximité d’animaux en décomposition qui, en fait, étaient des syrphes adultes émergeant de leurs pupes.

Et si l’on parlait d’anecdotes plus ragoûtantes? Les larves des syrphes n’ont pas toutes un si mauvais goût en matière de milieu de vie! En effet, certaines espèces pondent leurs œufs dans la végétation, à proximité de colonies de pucerons. Les larves, une fois sorties de l’œuf, s’affairent à dévorer les pucerons en question. Selon Marshall (2009), il suffit d’examiner attentivement toute colonie de pucerons pour trouver une ou des larves de syrphes à proximité. Ces dernières demeureraient immobiles de jour et s’activeraient la nuit. Fait intéressant : elles ressemblent à de petites limaces ou sangsues verdâtres, selon les sources… à un point tel que la première personne qui les découvrit les prit non pas pour des insectes, mais pour des mollusques! Vous pouvez jeter un coup d’œil à cette photographie provenant de Bug Guide. Drôle d’allure, n’est-ce pas?

Si l’on revient plus spécifiquement à la photographie gagnante, j’aurais aimé être en mesure de vous indiquer de quelle espèce il s’agit exactement. Vous avais-je déjà mentionné que l’univers des diptères (mouches) est vaste et varié? Chez les quelque 20 000 espèces de diptères recensées au Canada et aux États-Unis, les syrphes comptent pas moins de 813 espèces. Je ne suis malheureusement pas habilitée à les toutes les identifier, ce qui inclut l’individu pris en photo. N’étant qu’une simple entomologiste amateur, j’aurais eu besoin d’examiner bien plus de détails – qu’un professionnel n’aurait peut-être pas requis – pour confirmer l’identité de l’espèce en photo.

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Les syrphes possèdent une fausse veine bien visible (cliquer pour agrandir)

D’ailleurs, vous vous demandez peut-être comment séparer syrphes et autres diptères? Cette tâche est plus facile que de procéder à une identification à l’espèce! À l’œil nu, il est déjà souvent facile de reconnaître les syrphes. Leur patron de vol – faire du surplace comme un oiseau-mouche – ou encore le fait qu’ils marient fréquemment le noir et le jaune à l’instar des guêpes et des abeilles, tout en ne possédant qu’une seule paire d’ailes, est fort aidant. Aussi, si vous êtes armés de caméras ou de loupes binoculaires, vous aurez la certitude de faire face à un syrphe en examinant ses ailes. Ces dernières sont caractérisées par la présence d’une fausse veine qui n’est pas retrouvée chez les autres diptères. J’ai d’ailleurs pris une photographie à partir de mon stéréomicroscope d’une aile de syrphe afin de vous en faire la démonstration. Elle agrémente la présente chronique. Ainsi, vous aurez une meilleure idée quel attribut examiner ou encore prendre en photographie afin d’identifier vos spécimens sans avoir l’ombre d’un doute!

Je termine cette chronique en vous remerciant de nouveaux d’avoir participé au concours amical de photographie DocBébitte pour une quatrième année consécutive – que ce soit en soumettant des photos, en votant pour ces dernières, ou encore simplement en faisant partie des fidèles lecteurs! Vous êtes une source certaine de motivation! À bientôt!

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Bug Guide. Family Syrphidae – Syrphid Flies. http://bugguide.net/node/view/196
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Loiselle, R. et D.J. Leprince. 1987. L’entomologiste amateur. 143 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
  • Wikipedia. Syrphidae. https://fr.wikipedia.org/wiki/Syrphidae

Asticotée… par des asticots!

Asticots larves et pupe

Asticots (Calliphoridae) vus au stéréomicroscope (incluant une pupe)

Les insectes provoquent différentes réactions chez les humains : certains nous émerveillent, d’autres nous font peur… et quelques-uns d’entre eux nous dégoûtent! Cela tend à être le cas des asticots – ces larves de diptères que l’on retrouve proliférant et se gavant dans les excréments et les cadavres.

Le terme « asticot » (maggot en anglais) ne semble pas toujours désigner les mêmes groupes en fonction de la source consultée. Parfois, on l’utilise de façon générale pour désigner toute larve de diptère (ordre Diptera). Parfois, il est utilisé plus spécifiquement pour des individus appartenant au sous-ordre des brachycères comme les mouches domestiques (Muscidae) et les mouches vertes (Calliphoridae), c’est-à-dire celles habituellement associées à la matière organique en décomposition.

Quoi qu’il en soit, nous sommes sans doute nombreux à avoir des anecdotes à raconter au sujet de rencontres – généralement imprévues – avec les asticots. J’en ai moi-même quelques-unes à mon actif à vous relater.

Un premier exemple qui me vient à l’esprit remonte à de nombreuses années, lorsque je gardais mon cousin et ma cousine. C’est en jouant avec eux dans leur cour que je vis une crotte de chien sur le terrain, que je jugeai bon de ramasser. Ladite crotte – que je ramassai bien sûr à l’aide d’un sac – se défit en morceaux dans ma main pour laisser sortir des dizaines d’asticots se tortillant. Il y avait nettement plus d’asticots que de matière fécale et je dois avouer que cette vue inattendue eut quelques répercussions sur l’état de stabilité de mon estomac! Il faut dire que la seule connaissance que j’avais de ce phénomène provenait de documentaires vus à la télévision ou encore de certains segments du vidéoclip de la célèbre pièce Hurt du groupe Nine Inch Nails… pour ceux qui connaissent le genre!

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Toute une surprise m’attendait dans ma remise au printemps 2015

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Corps de l’hermine : les trous créés par les asticots y sont visibles

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Échantillon des très nombreux asticots retrouvés dans ma remise

Heureusement, je n’eus pas d’autres rencontres du genre avant les années 2014 et 2015. C’est à l’automne 2014 que je vis un énorme champignon prendre forme et persister sur mon terrain. Un jour, piquée par la curiosité, je décidai de tenter de défaire le champignon qui semblait commencer à moisir sur place. Ce dernier se déchira pour laisser sortir – en plus d’une odeur nauséabonde – une dizaine d’asticots. C’était à la brunante, mais je tentai tout de même de prendre quelques vidéos et photographies, dont une qui agrémente la présente chronique. Intéressante découverte, vous ne trouvez pas?

Mais j’ai encore mieux.

Au printemps 2015, alors que j’effectuais le ménage printanier de notre remise, je fis une découverte quelque peu macabre. Ce qu’il faut dire, c’est que notre remise est assiégée systématiquement tous les hivers par de petites souris sylvestres qui laissent des graines, des excréments et autres saletés dans tous les recoins. Je m’attendais donc à retrouver ce genre de débris. Mais pas ce qui suivit.

Sous une bâche pliée dans un coin de la remise, je retrouvai une hermine, qui s’y était sans doute faufilée à la poursuite de jolies souris à croquer. Pour une raison que j’ignore, elle choisit de mourir dans cet endroit isolé. Bien sûr, au moment où je la découvris, les asticots avaient déjà commencé leur travail. Non seulement le côté de l’hermine qui reposait contre le sol était jonché de petits trous d’entrée et de sortie d’asticots, mais tout le sol de la remise situé sous cette dernière était souillé de sang (ou autres fluides que je ne saurais nommer) et grouillait de petits asticots. J’imagine que, pour une personne qui n’aime pas les insectes, cette vue doit être tout simplement horrible. Dans mon cas, je courus plutôt dans la maison pour agripper mon appareil photo et je pris des vidéos et des clichés des asticots et de l’hermine. Qui plus est, je me permis de préserver quelques asticots pour les observer sous la loupe de mon stéréomicroscope. Vous pouvez voir quelques vidéos concernant cette anecdote à la fin de la chronique… Cœurs sensibles s’abstenir!

Vus sous le stéréomicroscope, les asticots présentent des caractéristiques intéressantes. Tout d’abord, ils ne possèdent aucune patte, attribut qui est aidant pour confirmer que l’on fait face à une larve de diptère. De plus, leur tête est très simple. La capsule céphalique est extrêmement réduite, ne laissant pratiquement que deux crochets visibles. Finalement, leur arrière-train est intrigant : l’on y voit très bien les deux stigmates qui servent à la respiration et qui sont bordés de quelques appendices de chair. J’ai d’ailleurs appris que les motifs formés par les stigmates servent à l’identification des asticots à la famille et, par conséquent, que les asticots qui peuplaient l’hermine étaient des larves de calliphoridés – les fameuses mouches de couleur vert ou bleu métallique que l’on surnomme affectueusement les « mouches à merde ».

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Capsule céphalique d’un asticot (Calliphoridae)

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Partie postérieure d’un asticot, incluant les deux stigmates (Calliphoridae)

Les asticots se nourrissent de différents matériaux, qui varient en fonction de l’espèce en cause. Rappelons effectivement que le terme asticots peut inclure différents groupes taxonomiques de mouches!  Les aliments ingérés incluent la chair en décomposition, les matières fécales ou encore la matière végétale en décomposition. Appétissant, n’est-ce pas? Néanmoins, il faut le dire, ce mode de vie comporte des effets bénéfiques : ces diptères contribuent au recyclage de la matière organique et jouent par conséquent un rôle important dans les écosystèmes qu’ils peuplent.

À ce qu’il semble, certains asticots seraient aussi carnivores et se nourriraient notamment de larves d’autres insectes occupées à se gaver de matière organique en décomposition. Autre fait moins ragoûtant : quelques asticots préféreraient la matière vivante… et évolueraient dans les plaies d’animaux bien vivants! À titre d’exemple, une espèce de calliphoridé, Lucilia sericata, pond sur la laine des moutons. Les larves s’y enfoncent ensuite pour vivre dans la chair.

De plus, en effectuant mes recherches sur Internet pour les fins de la présente chronique, je suis tombée sur des photographies qui ont de quoi à faire frissonner : des cas d’humains possédant des plaies où semblaient vivre des asticots. Plus étrange encore, Marshall (2009) relate le fait que les soldats blessés lors de la Première Guerre mondiale dont les plaies étaient envahies par des larves de calliphoridés guérissaient mieux que leurs confrères dont la plaie finissait par devenir infectée. Les asticots se nourrissaient des tissus nécrosés et sécrétaient un fluide qui favorisait la guérison. Qui l’eut cru?

De toute évidence, les stratégies adoptées par les asticots pour se perpétuer sont aussi diversifiées que les groupes auxquels ils appartiennent. Nous avons encore beaucoup à apprendre à leur sujet… Espérons cependant que cela ne se fera pas de façon trop macabre!

 

Vidéo 1. Partie de l’hermine retrouvée dans ma remise qui se retrouvait contre le sol. On voit les trous créés par les asticots dans la chair.

Vidéo 2. Sol de la remise où reposait l’hermine. Les asticots y grouillent!

Vidéo 3. Champignon dans lequel j’ai observé quelques larves de diptères.

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
  • Wikipédia. Asticot. https://fr.wikipedia.org/wiki/Asticot
  • Wikipedia. Maggot. https://en.wikipedia.org/wiki/Maggot

Une tipule dans ma demeure… en janvier!

La fin de semaine dernière, ma mère me transmettait par courriel une photographie d’une tipule bien vivante qui s’affairait à voleter dans sa maison. Elle souhaitait confirmer la provenance de cet individu que nous ne sommes pas habitués d’observer en plein mois de janvier.

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Tipule photographiée récemment par ma mère

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Tipule observée dans ma demeure en janvier 2015

Étrangement, l’an dernier, j’avais moi aussi observé une jolie tipule dans ma demeure au même temps de l’année (mi-janvier). De même, une lectrice m’avait déjà écrit afin de savoir d’où pouvaient provenir les nombreuses tipules retrouvées dans sa maison depuis quelques hivers. Le nombre n’était pas mentionné, mais il semblait s’agir d’un assez grand nombre d’individus.

En outre, la présence de tipules dans nos demeures pendant les mois hivernaux ne semble pas être une chose rare. Mais d’où peuvent-elles bien venir?

Je vous avais précédemment parlé des tipules dans cette première chronique. Pour ma part, je connaissais déjà les larves des tipules, puisqu’on en retrouve communément dans les milieux aquatiques. En particulier, j’en avais récolté dans plusieurs de nos rivières québécoises. Toutefois, les larves de nombreuses espèces se développent également en milieu terrestre. Ces dernières ont un faible pour les endroits humides, comme la litière de feuilles jonchant le sol ou les troncs d’arbres pourris.

Par conséquent, un pot de fleurs qu’on laisse dehors pendant l’été ou encore le bois mort utilisé pour alimenter un foyer constituent de bons habitats pour ces larves. Vous aurez donc compris que c’est quand on entre nos pots de fleurs ou le bois de chauffage à l’intérieur qu’on y fait aussi entrer les larves de tipules. Si on ne les détecte pas – ce qui arrive habituellement –, celles-ci continuent leur cycle de vie au chaud. Elles émergent donc en tant qu’adultes en plein hiver, alors qu’elles auraient normalement dû ralentir leur développement pendant les mois plus froids et émerger seulement au printemps si elles étaient demeurées à l’extérieur.

Que faire avec ces tipules qui émergent dans nos maisons? Je serais portée à vous dire de les laisser tranquilles, simplement! Incapables de se nourrir convenablement ou de se reproduire – à moins d’en avoir vraiment beaucoup en même temps –, elles mourront après quelques jours et le problème se réglera par lui-même. Si leur nombre est élevé, je ne saurais vous dire si elles pourraient réussir à se reproduire et à pondre dans vos plantes d’intérieur. Vous pouvez toujours les capturer et en disposer comme cela vous convient. Il faut savoir que ces insectes sont inoffensifs pour les humains : ils ne mordent pas et ne piquent pas. Vous pouvez donc les manipuler sans subir d’inconvénients. Naturellement, je prêche toujours pour ne pas blesser d’insectes, mais cette décision vous appartient!

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Plusieurs larves de tipules vivent sous la litière au sol – comme celle-ci recueillie alors que je ramassais les feuilles mortes dans mes plates-bandes

Pour terminer, si le problème est récurrent d’année en année, le plus simple est d’identifier la source d’introduction et de l’éliminer. Autrement, il faut accepter le risque d’introduire quelques « amis » indésirables!

Pour en savoir plus