Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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L’amour est dans le chardon!

Plus tôt cet été, je fis la rencontre d’un sympathique coléoptère qui ne me rendit pas la tâche facile en matière de prise de photographies. Ma première observation fut fortuite, alors que je jetais un coup d’œil furtif à une talle de chardon, en transit entre deux destinations. Mon œil aiguisé d’entomologiste amateur détecta en effet une petite irrégularité dans la végétation qui s’avérait être, à mon grand plaisir, un insecte!

Larinus carlinae, dit charançon du chardon

Larinus carlinae, dit charançon du chardon

Il a une « bette » sympathique, vous ne trouvez pas?

Il a une « bette » sympathique, vous ne trouvez pas?

Munie seulement de mon iPhone, je tentai tant bien que mal de prendre des clichés du spécimen… en me piquant les doigts à quelques reprises! Insatisfaite des quelques maigres photos prises, je récidivai dans les jours qui suivirent à l’aide d’un appareil plus performant.

Cela dit, je me mis à porter une plus grande attention à la faune qu’abritaient les talles de chardon jonchant les terrains vagues près de mon domicile. Je revis ledit coléoptère que je pus enfin identifier comme étant un charançon bien connu pour son amour du chardon : Larinus carlinae (anciennement connu sous le nom de Larinus planus). Son nom anglais « Canada thistle bud weevil » se traduirait par charançon du bourgeon du chardon du Canada; il s’agit d’une traduction maison, puisque je n’ai pas trouvé de nom commun français dans les sources consultées.

Qu’à cela ne tienne, notre charmant charançon mesurant entre 7 à 8 mm de long aime visiblement vivre bien caché dans le chardon! Dans le cadre de la présente chronique, j’appellerai donc amicalement cette espèce de Curculionidae « charançon du chardon ».

Lors de mes explorations subséquentes, j’observai de plus en plus de couples de cet insecte… affairés à faire la chose, bien protégés entre les piquantes épines des chardons. Encore une fois, je risquai de sévères blessures (bon, j’exagère peut-être un peu!) pour documenter mes observations pour votre bénéfice, chers lecteurs.

Trêve de plaisanteries, il n’est tout de même pas si facile de photographier des insectes qui ne cessent de se défiler entre feuilles et épines bien pointues! Visiblement, nos charançons ont choisi la demeure idéale pour éviter plusieurs prédateurs.

Couple de charançons du chardon qui copule

Couple de charançons du chardon qui copule

Une tâche risquée pour le bout des doigts!

Une tâche risquée pour le bout des doigts!

Une fois la copulation terminée, les femelles pondent leurs œufs sur les chardons, où les larves se développeront. Comme son nom anglais le suggère, les larves se développent plus précisément dans les bourgeons des fleurs de chardons.

Comme malheureusement beaucoup d’insectes, ce coléoptère constitue une espèce introduite en Amérique du Nord. Il provient d’Europe et son introduction initiale dans les années 1960 aurait d’abord été accidentelle. Dans les années 1990, cependant, il aurait été introduit sur de plus vastes territoires aux fins de lutte biologique contre une espèce de chardon envahissante (Cirsium arvense). Ce n’est qu’après son introduction qu’on a observé que le charançon du chardon s’attaquait aussi aux plants de chardons indigènes à l’Amérique du Nord. Comme le charançon s’attaque particulièrement aux bourgeons, il a pour effet de diminuer la production de graines des plants dévorés. Ceci est une bonne nouvelle pour ralentir la progression de l’espèce envahissante, mais nettement moins bonne pour les espèces natives.

Pour terminer la présente chronique, je vous laisse apprécier quelques vidéos que j’ai prises de deux couples différents de charançons en train de s’accoupler. Je dois avouer avoir été surprise par les mouvements exercés par le mâle sur la première vidéo – qui ressemble à ce que l’on aurait pu s’attendre chez des mammifères. Je n’avais pas encore vu de coléoptères s’adonner à la chose de façon aussi active. Il faut dire que chez ces charançons, l’amour est non seulement dans le pré, il est dans le chardon!

Vidéo 1. Ce couple de charançons du chardon s’adonne à la chose. Qui aurait cru que je réaliserais un jour ce genre de film! Yeux prudes avertis!

 

Vidéo 2. Ce couple déambule entre les épines du chardon où ils se sont rencontrés. Belle cachette pour ces amoureux afin d’éviter les prédateurs! Mais attention aux doigts d’entomologistes inquisiteurs!

 

Pour en savoir plus

De l’aide pour la lutte aux scarabées japonais?

À la mi-juillet, un des lecteurs DocBébitte – et collègue entomologiste – m’écrivait afin de me parler d’un parasitoïde de plus en plus répandu au Québec qui pourrait nous donner un souffle nouveau dans la lutte aux gourmands et abondants scarabées japonais. Ce lecteur me transmettait, dans le même message, un hyperlien vers un site qui décrivait davantage la situation (Les vivaces de l’Isle; voir section Pour en savoir plus).

Peu après la réception de ce commentaire, j’eus la chance d’observer moi-même deux scarabées parasités, dont un qui semblait mort. Je pus prendre des clichés et vidéos de ce dernier, qui semblait complètement figé sur place. À la suite de ces observations, j’effectuai quelques recherches supplémentaires et je souhaitais aujourd’hui vous partager mes trouvailles.

Scarabée japonais parasité

Scarabée japonais parasité

Tout d’abord, les traces du parasitoïde en question sont facilement visibles : elles consistent en un ou plusieurs œufs blancs pondus sur le thorax des scarabées, soit la partie verdâtre située tout juste derrière leur tête. Ces œufs sont celle d’une mouche – Istocheta aldrichi – qui origine elle aussi du Japon.

La larve qui émerge de l’œuf pénètre dans le scarabée et se nourrit de ses tissus internes. Le scarabée s’en retrouve rapidement paralysé. Ensuite, la larve bien nourrie forme une pupe et passe l’hiver sous cette forme, à l’abri, dans la carcasse vidée du scarabée. La carcasse immobile que je pus observer constituait sans doute de tels restes. Ce qui me surprit, cependant, c’est que le scarabée était bien fixé à la feuille et demeurait ainsi très visible. Un prédateur (oiseau?), aurait-il pu avaler le tout – scarabée et parasitoïde inclus? À ce que j’ai pu en lire, les scarabées infestés auraient plutôt tendance à s’enfouir. Avez-vous fait des observations qui diffèrent de ces dires, comme ce qui semble être mon cas?

Fait intéressant, les femelles sont davantage infestées que les mâles. Notre mouche profiterait en effet de la plus grande immobilité des femelles en période d’accouplement pour y pondre ses œufs. Et cela est d’autant plus intéressant – du point de vue de la lutte biologique –, car les femelles parasitées mourraient avant d’être en mesure de pondre leur précieuse cargaison (40 à 60) d’œufs. Cela étant dit, les mouches sont susceptibles de pondre jusqu’à une centaine d’œufs sur une période d’un mois. C’est que ça en fait beaucoup de scarabées potentiellement parasités!

Le coléoptère parasité était agglutiné à la feuille, immobile

Le coléoptère parasité était agglutiné à la feuille, immobile

L’œuf du parasitoïde vu de plus près

L’œuf du parasitoïde vu de plus près

Notre diptère allié a été introduit au New Jersey en 1922, pour des raisons de lutte biologique… justement contre le scarabée japonais qui y faisait ravage depuis 1912. Il est demeuré cependant très discret… trop sans doute pour ceux qui espéraient voir cette espèce décimer les populations de scarabées japonais. Les cas de parasitisme n’auraient été réellement recensés que plusieurs décennies plus tard, dans les années 1970. En effet, au New Jersey, le climat engendrait un décalage entre la mouche et le scarabée, rendant peu efficace son introduction. Néanmoins, la mouche est parvenue à s’établir plus au nord et – de toute évidence – à y proliférer. Au Canada, les premières observations de I. aldrichi sont très récentes et datent de 2013 ou 2014 (varie selon les sources), en Ontario.

Vous pouvez voir une très belle photo de cette mouche sur le site Le Jardinier paresseux (voir section Pour en savoir plus). Elle ne fait que 5 mm de longueur. Malgré sa petite taille, gardez l’œil ouvert : elle peut être observée dans nos plates-bandes, puisqu’elle se nourrit de nectar.

Plus précisément, deux des sites consultés énumèrent quelques plantes que notre mouche parasitoïde affectionne. Elles incluent de multiples plantes typiques de nos plates-bandes et jardins comme les asters, les marguerites, les rudbeckies, l’origan et la coriandre. Je vous suggère de jeter un coup d’œil à ces sites (Les vivaces de l’Isle, Le Jardinier paresseux), qui pourraient vous donner des idées si vous souhaitez prendre des mesures encourageant la présence de cette mouche parasitoïde.

Dans la même veine, les experts recommandent d’éviter de tuer les scarabées qui sont parasités. En outre, il semble que les insecticides soient plus nocifs pour les mouches (que l’on veut voir se multiplier) que pour nos coléoptères ravageurs.

En tant qu’écologiste, je dois enfin me garder une petite réserve. Cette mouche, bien qu’utile dans la lutte aux scarabées japonais, pourrait-elle s’avérer nocive pour des insectes indigènes que l’on cherche à protéger? Souvent, lorsque l’on introduit une espèce exotique, on se retrouve avec des effets imprévus sur les organismes qui étaient déjà présents dans l’environnement… Espérons que la venue de cette mouche dans nos jardins sera uniquement synonyme de saine lutte biologique! Je garderai certainement un œil ouvert pour la suite des événements!

Pour votre information : Espace pour la vie a émis une publication sur sa page Facebook au mois de juin et invite les personnes qui observent des œufs sur le thorax des scarabées japonais à signaler leurs observations par le biais de son site Internet : https://monespace.espacepourlavie.ca/en/identify-insect

 

Vidéo 1. Scarabée japonais immobile (et sans doute mort) que j’ai filmé à la fin du mois de juillet 2018, en Montérégie.

 

Pour en savoir plus

La gloutonnerie des larves de coccinelles!

Lors de la précédente publication DocBébitte, je vous ai offert de choisir le sujet de ma prochaine chronique. Vous êtes plusieurs lecteurs à avoir opté pour les larves de coccinelles.

Il est vrai que les coccinelles ont la cote. Voyantes, sympathiques et charismatiques, il s’agit d’un des premiers insectes que l’on apprend à connaître quand on est enfant. Pourtant, les larves et leurs mœurs sont nettement moins connues.

Au courant du dernier mois, j’ai eu l’occasion de capturer sur photos et vidéos quelques larves en pleine action. Je savais déjà que ces dernières constituaient de voraces prédateurs : voir ce billet, où je parle du fait qu’elles peuvent engouffrer jusqu’à 600 petits arthropodes sur un cycle de 20 jours! Or, je n’avais pas eu l’occasion de faire des observations de leur gourmandise par moi-même.

Je fus bien servie à la fin du mois de juin et début du mois de juillet cette année. Ma première observation fut fortuite. J’étais en train de photographier une larve de coccinelle asiatique immobile. Je ne portais pas attention au fait qu’il y avait un autre insecte qui déambulait tranquillement vers cette dernière… avant la toute dernière minute. Je me suis rendu compte de la présence dudit insecte (un puceron), à peine une ou deux secondes avant que la larve de coccinelle ne l’engouffre. Le mouvement de la larve fut si rapide que le puceron n’eut aucune chance de s’échapper. Je continuai alors de prendre des clichés, de même qu’une vidéo qui agrémente la présente chronique.

On voit que la coccinelle semble progressivement vider le puceron de ses fluides (celui-ci se « dégonfle » peu à peu au fur et à mesure qu’avance le temps). D’ailleurs, sur mes photographies, on peut voir une exuvie (squelette externe vide) de puceron sise pratiquement aux pieds de la larve… s’agissait-il de la carcasse d’une précédente proie complètement vidée de ses fluides?

Vidéo 1. Larve de coccinelle qui dévore un puceron. Vers le milieu de la vidéo, il y a une brève interruption (un chien qui passait derrière moi m’a fait sursauter en aboyant), mais je reviens rapidement à mon observation principale!

 

Larve de coccinelle asiatique que je photographiais

Larve de coccinelle asiatique que je photographiais

J’étais si concentrée que je n’ai vu le puceron approcher qu’à la dernière minute

J’étais si concentrée que je n’ai vu le puceron approcher qu’à la dernière minute

La larve captura le puceron en un clin d’œil

La larve captura le puceron en un clin d’œil

Après quelques minutes tout au plus, il ne restait que l’exosquelette du puceron entre les mâchoires de la coccinelle

Après quelques minutes tout au plus, il ne restait que l’exosquelette du puceron entre les mâchoires de la coccinelle

 

Ma seconde observation fut celle d’une larve bien installée sur son garde-manger. Bien qu’elle n’était pas en train de s’alimenter, la larve en question était au repos sur le dessus d’une feuille… dont le dessous était infesté de jeunes pucerons. Sur la seconde vidéo ci-dessous, je manipule la feuille afin de vous montrer le nid grouillant de pucerons.

Vidéo 2. Coccinelle qui a bien choisi son petit coin de repos! Vidéo prise à l’aide de mon iPhone (désolée pour la qualité, mais l’observation est néanmoins intéressante). Je fais quelques commentaires oraux, si vous souhaitez élever le volume!

 

Enfin, ma dernière observation m’intrigua particulièrement. J’avais lu que les larves de coccinelles étaient de voraces prédateurs d’une myriade d’invertébrés, mais il semble qu’elles se délectent également du nectar de certaines fleurs. C’est ce que je constatai sur la troisième vidéo ci-dessous. De nombreuses larves étaient affairées à siroter le nectar produit par de petits arbustes poussant le long du trottoir où j’habite. Je les ai observées attentivement, question de m’assurer qu’elles ne cherchaient pas plutôt à s’emparer d’insectes butineurs… mais il était clair qu’elles s’alimentaient bel et bien du contenu des petites fleurs! À ce qu’il semble, les espèces prédatrices de Coccinellidae complèteraient leur alimentation en se nourrissant de pollen.

Vidéo 3. Plusieurs larves se nourrissaient du nectar de ces fleurs.

 

Voilà qui termine ma petite incursion dans le fabuleux monde des larves de coccinelles! On dirait bien qu’elles sont toujours en train de manger, les gloutonnes!

Aviez-vous déjà effectué de telles observations?

 

Pour en savoir plus

Les « bébittes » de nos demeures

Cela fait un peu plus de sept mois que je suis déménagée et il m’apparaît surprenant de ne pas avoir encore croisé le chemin d’un invertébré dans mon humble demeure! Hormis les bestioles naturalisées que j’ai amenées dans des cadres et des piluliers ou encore celles qui reposent toujours au fond de mon congélateur en attente d’identification (avis aux futurs visiteurs : n’ayez crainte, elles ne sont pas mêlées au reste de la nourriture et je ne compte pas les offrir en repas!), je n’ai vu aucune petite bête à 6 pattes ou plus déambuler où que ce soit! L’immeuble où je loge étant flambant neuf, j’imagine que les « envahisseurs » n’ont pas encore eu le temps de s’infiltrer, mais ne sauront tarder!

Cette réflexion m’a donné envie de recenser quelques-uns des invertébrés les plus souvent observés dans nos demeures – qu’ils soient bénéfiques ou non!

Les deux groupes que j’ai personnellement le plus fréquemment rencontrés dans les logements et maisons que j’ai habités sont sans contredit les araignées et les lépismes.

Même individu, autre angle!

Mon « araignée-zombie »! Quelle surprise j’eus!

Grimper aux murs : Check!

Ces « araignées jaunes » sont fréquemment rencontrées dans nos résidences

Plus jeune, chez mes parents, il me semblait que je passais mon temps à tomber sur des araignées. Aucun autre endroit où j’ai habité ne recelait d’autant de ces bêtes à huit pattes. Même encore aujourd’hui, quand je visite mes parents, je croise toujours au moins un sympathique pholque phalangide (suivre ce lien pour en savoir plus) installé dans sa toile tissée dans un recoin humide de la cave et attendant patiemment une proie. D’autres araignées spécialisées dans la chasse au sol, comme ces fameuses « araignées jaunes » (souvent des Clubionidae ou des Eutichuridae du genre Cheiracanthium), se baladent régulièrement sur toutes les surfaces horizontales et verticales possibles.

Dans la maison que j’ai occupée plus récemment à Québec, j’ai également retrouvé bon nombre d’individus appartenant à toutes sortes de familles. Épeires diadèmes, araignées sauteuses (Salticidae), Corinnidae, Agelenidae et j’en passe! Il s’agissait d’espèces que l’on retrouvait beaucoup à l’extérieur autour de la maison et qui s’introduisaient sans doute par inadvertance à l’intérieur. Une de ces dernières – une épeire diadème femelle de taille moyenne – avait tissé sa toile près de la porte d’entrée assez tard à l’automne. Ayant pitié d’elle alors que la température se faisait de plus en plus froide, je la descendis dans la cave, près d’une fenêtre où s’accumulaient des chironomes adultes (petits moucherons). Ceux-ci avaient aussi été introduits par inadvertance dans notre demeure, année après année, lorsque mon ex-conjoint et moi rentrions les poissons de l’étang (voir cette chronique) vers la maison afin qu’ils y passent un hiver douillet (les poissons, pas les chironomes!). Bref, j’espérais que la jolie épeire survive ainsi, nous débarrassant par le même fait des chironomes très abondants, mais je la retrouvai malheureusement morte et desséchée environ deux ou trois mois plus tard.

J’ai quelques anecdotes supplémentaires au sujet d’araignées retrouvées dans des situations particulières : par exemple, cette araignée que j’ai retrouvée vivante au fond d’une boîte pleine de piluliers… d’araignées mortes préservées dans l’alcool (lire l’anecdote complète ici). J’ai sursauté, me demandant pendant quelques fractions de seconde si l’une de mes araignées mortes était en fait revenue à la vie. S’agissait-il d’une araignée-zombie? Ou encore, l’anecdote concernant l’araignée qui avait tissé sa toile dans mon chocolat de Pâques quand j’étais plus jeune (ce billet). En outre, les araignées de nos demeures peuvent bel et bien se retrouver partout… que cela nous plaise ou non! La bonne nouvelle, c’est que ces sympathiques arachnides jouent un rôle très important dans une maison : ils s’alimentent d’autres invertébrés qui peuvent parfois s’avérer envahissants et néfastes (j’en parle dans quelques paragraphes)! Ce sont des colocataires à préserver (sauf dans les contrées où elles posent un danger, bien sûr… mais nos espèces québécoises ne sont point venimeuses)!

Poisson d’argent (Lepisma saccharina)

Poisson d’argent (Lepisma saccharina)

La fameuse coccinelle asiatique

La fameuse coccinelle asiatique

Les lépismes ne font pas proprement partie des invertébrés néfastes (sauf si vous tenez une bibliothèque – vous comprendrez pourquoi dans quelques instants). Ils s’affairent surtout à décomposer les résidus de toutes sortes laissés au sol ou s’accumulant dans des recoins autrement inatteignables: nourriture, cheveux, poussière, moisissures, etc. Ils sont de même susceptibles de se nourrir de la colle utilisée dans la reliure des livres et il arrive parfois que cette attirance alimentaire les conduise à endommager des ouvrages chéris! L’espèce que j’ai la plus souvent rencontrée est celle que l’on surnomme « le poisson d’argent » (Lepisma saccharina), une espèce ayant une affinité pour les recoins sombres et frais. Ce n’est qu’à l’appartement que j’ai occupé à Trois-Rivières où j’ai plutôt côtoyé des thermobies (Thermobia domestica; voir cette page), une espèce de lépisme bariolée qui affectionne les endroits chauds, près des appareils de chauffage ou des chaudières. Dans cette résidence, pas de poissons d’argent en vue; il semble que la niche écologique était plus propice à une occupation par la thermobie. Il faut dire que cet appartement était particulièrement chaud par rapport aux autres demeures où j’ai habité… Est-ce que cela expliquait la présence d’une espèce plutôt qu’une autre? Je serais curieuse de connaître la réponse, si certains d’entre vous la connaissent!

Pour ce qui est des espèces moins appréciées – car généralement plus envahissantes ou dérangeantes –, citons d’abord les coccinelles asiatiques. J’ai récemment parlé de cette espèce d’insecte, question de pouvoir mieux répondre aux interrogations d’un collègue de travail dont le chalet s’est retrouvé envahi par des centaines d’individus de ce groupe. Ces coccinelles introduites en Amérique du Nord sont en effet susceptibles d’envahir les demeures en très grand nombre. Bien qu’elles ne détruisent pas nos denrées ou nos biens, leur simple abondance – parfois en quantité hallucinante – s’avère dérangeante.

Mites des vêtements (chenilles)

Mites des vêtements (chenilles)

Mite des vêtements (adulte)

Mite des vêtements (adulte)

Malheureusement s’ajoutent à cette liste des espèces d’insectes nettement plus néfastes. Les mites des vêtements sont sans doute connues de plusieurs… Plus jeune, j’entendais parler des fameuses « boules à mites » sans trop savoir de quoi il s’agissait. C’est quand j’observai, dans ma précédente demeure, de petits papillons brunâtres, suivis de petites chenilles enroulées dans des fourreaux de tissus, que je fis la connaissance de cette espèce – Tinea pellionella (cette chronique). Par chance, après deux années de nettoyage régulier et, parfois, de collecte manuelle (aie-je besoin de mentionner que je possède plusieurs chenilles de cette espèce dans ma collection d’invertébrés!), les observations se firent de moins en moins fréquentes, jusqu’à devenir nulles. Du moins, c’était le cas quand j’ai déménagé en septembre dernier!

Les dermestes constituent un autre groupe que l’on retrouve régulièrement dans les maisons. Ce sont des coléoptères dont les larves – les plus souvent observées – ressemblent à de petites chenilles brunes et poilues. Il existe différentes espèces de dermestes, certaines passant plus inaperçues que d’autres. J’avais déjà parlé des dermestes du lard (ici), rencontrés dans un chalet où j’avais eu le loisir de séjourner. Ces bêtes peuvent s’attaquer aux denrées alimentaires et s’avèrent un cauchemar pour tout entomologiste, car elles s’attaquent également aux insectes de collections.

Larve de dermeste qui était cachée dans un insecte que j’avais recueilli mort au sol

Larve de dermeste qui était cachée dans un insecte que j’avais recueilli mort au sol

Dermeste du lard adulte (recueilli mort)

Dermeste du lard adulte (recueilli mort)

Anthrène des tapis adulte

Anthrène des tapis adulte – il est tout petit au creux de ma main

On retrouve aussi fréquemment d’autres espèces de dermestes dans les maisons, lesquelles semblent moins dérangeantes que les dermestes du lard si je me fie aux sources consultées (Internet abonde de sites d’extermination pour les dermestes du lard lorsque l’on fait une recherche sous le simple terme « dermeste »). Pourtant, l’espèce la plus souvent observée dans nos maisons serait l’anthrène des tapis – ce qui semble être l’espèce que j’ai photographiée à quelques reprises dans ma précédente demeure : un petit coléoptère plutôt bigarré. J’avais auparavant entraperçu moult larves, mais je ne savais pas à quelle espèce elles appartenaient avant de réaliser que les petits coléoptères que j’observais occasionnellement étaient des dermestes adultes. L’anthrène des tapis se nourrit d’une grande variété d’aliments tels que les peaux, la laine, les fourrures, ainsi que toutes sortes de denrées alimentaires (gâteaux, graines, céréales, etc.). Il peut s’avérer aussi un problème pour ceux qui possèdent des collections d’insectes naturalisés – un vrai délice à leurs yeux! Enfin, les dermestes constituent visiblement un des pires cauchemars de tout entomologiste collectionneur!

Une pléiade d’autres organismes peut être observée dans nos demeures. Certains sont occasionnels, comme ce charançon figurant dans l’une de mes toutes premières chroniques DocBébitte. D’autres font hérisser les poils de nos nuques, comme les punaises de lit, que j’ai eu la chance de ne pas côtoyer!

Éventuellement, qui sait, j’aménagerai peut-être dans un nouvel endroit me permettant d’effectuer davantage de découvertes entomologiques que je pourrai partager avec vous – en espérant toutefois qu’elles ne soient pas désagréables! D’un autre côté, peut-être que mon présent appartement ainsi que le voisinage que j’ai peu eu le temps d’explorer à ce jour (l’hiver tire à sa fin, enfin!) me permettront également de vous faire part de savoureuses anecdotes entomologiques!

Entre temps, n’hésitez pas à faire part de vos propres observations : quelles sont les bêtes invertébrées que vous observez le plus dans vos résidences? Sont-elles envahissantes? Bénéfiques ou nuisibles? Sympathiques ou détestables? Au plaisir de vous entendre sur le sujet!

 

Pour en savoir plus

Une coccinelle en harmonie?

La fameuse coccinelle asiatique

La fameuse coccinelle asiatique

Coccinelle asiatique en train de se faire belle

Coccinelle asiatique en train de se faire belle

Photographie d’une coccinelle asiatique soumise lors du concours de photo DocBébitte 2015 par Yohann Chiu

Photographie d’une coccinelle asiatique soumise lors du concours de photo DocBébitte 2015 par Yohann Chiu

Vous êtes nombreux à avoir répondu à la devinette de la semaine dernière… et à avoir trouvé l’identité de l’insecte-mystère, dont je parle aujourd’hui. Bravo!

Il y a quelques semaines de cela, un collègue de travail venait me poser des questions au sujet d’une bête qui s’était introduite par centaines dans son chalet. Il s’agissait de coccinelles asiatiques (Harmonia axyridis). En particulier, mon collègue se demandait si ces dernières se reproduisaient en période hivernale et s’il allait continuer d’en collecter en grandes quantités pendant encore longtemps.

Il ne m’en fallait pas plus pour amorcer quelques recherches sur cette espèce qui est considérée comme introduite et envahissante. En effet, notre joli coléoptère a été introduit en Amérique du Nord aux fins de lutte biologique et un premier foyer d’invasion aurait été identifié en 1988 dans l’est du continent, puis en 1991 dans l’ouest. À noter que des introductions accidentelles peuvent aussi être à la base de certaines des populations envahissantes, selon les sources consultées.

Comme je l’ai déjà mentionné pour la coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata) dans cette chronique, les coccinelles – adultes et larves – s’avèrent de voraces prédateurs d’une myriade de petits invertébrés nuisibles comme les thrips et les pucerons. Elles sont donc des créatures bien appréciées des jardiniers, d’où leur introduction initiale dans de nouvelles contrées.

Malheureusement, la coccinelle asiatique s’est avérée être une compétitrice hors pair des autres coccinelles retrouvées à nos latitudes et s’est par conséquent accaparée la niche écologique disponible. En outre, vous avez peut-être vu cet épisode de l’émission Découverte où des chercheurs expliquent que la coccinelle asiatique possède des parasites internes faisant en sorte que ses œufs et larves sont « toxiques » pour les autres espèces de Coccinellidae. Ainsi, les coccinelles autochtones qui se nourrissent des larves de la coccinelle asiatique meurent. En revanche, la coccinelle asiatique se nourrit des œufs et larves des coccinelles indigènes sans problème, ce qui contribue à décimer davantage leurs populations… Vous aurez compris que tout cela n’est pas de bon augure!

Très prolifique, la coccinelle asiatique a envahi nos plates-bandes en grand nombre. Or, lorsque les temps froids s’amènent, cette espèce opte pour un comportement différent des autres espèces. Alors que la commune coccinelle à sept points, par exemple, s’enfouit sous la litière de feuilles, la coccinelle asiatique, elle, tente de fuir les rigueurs de l’hiver en se trouvant un nid douillet… dans nos demeures! C’est qu’elle est frileuse, la dame! Il n’est donc pas surprenant que les témoignages de gens envahis par des centaines de coccinelles asiatiques abondent dans les sources que j’ai consultées.

Mais qu’est-ce qui fait que de vastes congrégations de ces coléoptères envahissent certaines maisons ou certains chalets plutôt que d’autres? Lors des chaudes journées d’automne, les coccinelles asiatiques s’activent effectivement – avez-vous vu les nuées de ces individus en septembre et en octobre? – et pénètrent dans toute fissure ou ouverture donnant accès à un abri plus chaud. Les demeures moins bien isolées risquent par conséquent d’être plus affectées. Aussi, il semblerait que les bâtiments situés près de champs et de zones boisées soient plus touchés. De même, si des murs sont exposés aux chauds rayons du soleil, le bâtiment en question deviendra encore plus attrayant.

La vorace larve

La vorace larve

La larve s’est attachée à une feuille et a amorcé sa métamorphose

La larve s’est attachée à une feuille et a amorcé sa métamorphose

Nymphe de la coccinelle

Nymphe de la coccinelle

J’avais déjà entendu dire qu’il était déconseillé de ramasser ces coccinelles à l’aide d’aspirateurs, puisqu’elles peuvent dégager des composantes irritantes pour les humains. Cependant, mes récentes recherches n’appuient pas ces dires et suggèrent qu’elles peuvent se recueillir à l’aide d’aspirateurs, pourvu que le sac soit vidé rapidement, de sorte à éviter des réintroductions (voir plusieurs des sources citées dans la section Pour en savoir plus). Par ailleurs, les nombreux individus qui ont trouvé une voie vers l’intérieur de la demeure peuvent rester inactifs et hiberner dans les zones plus fraîches comme les vides des murs ou les greniers. C’est lors de périodes plus clémentes qu’ils tendent à émerger, par vagues. Cela explique le fait que les gens envahis peuvent observer des émergences de coccinelles à plusieurs moments, et ce, tout au long de l’hiver!

Vous voulez savoir si les organismes qui envahissent vos demeures sont bel et bien des coccinelles asiatiques? Sachez que les motifs et colorations de la coccinelle asiatique sont très variés. Cette image tirée de Wikipédia en fait une bonne démonstration. Le nombre de points observé mais aussi la couleur globale peuvent changer d’un individu à l’autre, rendant l’identification de cette espèce un peu plus complexe. La forme la plus couramment observée au Québec est la forme orangée ponctuée de 19 points noirs. Mais ne concluez pas rapidement sur l’identité de l’individu si celui-ci est jaune ou noir et est orné de 0 à 20 points, dont certains sont rouges. Il pourrait également s’agir de Harmonia axyridis.

La larve est noire et orange. Elle est munie d’épines et de tubercules bien visibles. De forme rampante et allongée, on tend à la comparer à un crocodile miniature. Cependant, l’étonnante voracité des larves de coccinelles ferait sans doute rougir de gêne tout carnassier reptilien! Celles-ci sont en effet capables de se nourrir de plusieurs dizaines de pucerons par jour!

Lorsque vient le temps de se métamorphoser, la larve s’accroche à un substrat (souvent des feuilles d’arbre) par le bout de son abdomen et se transforme en nymphe. Je croyais ces dernières immobiles, mais je fus surprise de voir ces nymphes bouger alors que je tentais de les prendre en photo, comme en témoigne une des vidéos jointes à la présente chronique.

Les adultes ne se reproduisent toutefois pas dans nos demeures en hiver – c’était une des interrogations de mon collègue de travail. Selon les sources consultées, ces derniers ne survivraient que quelques jours. S’ils parvenaient à se reproduire, les larves extrêmement goinfres n’arriveraient pas à s’alimenter et ne pourraient, elles non plus, subsister.

Malgré leur tendance envahissante, les coccinelles asiatiques ont fait leur place parmi la communauté invertébrée du Québec. Espérons que leur prolifération effrénée connaîtra un ralentissement et que les autres espèces similaires sauront rebondir. Peut-être vivront-elles même en harmonie – sans vouloir faire de mauvais jeux de mots avec le nom du genre « Harmonia »! Entre temps, nous ne pouvons que les admirer… envahissantes ou pas, elles demeurent jolies, non?

 

Vidéo 1. Nymphe de coccinelle asiatique qui bouge. Je fus surprise de faire ce constat… et vous?

 

Vidéo 2. Coccinelle asiatique que j’avais examinée sous mon stéréomicroscope il y a de cela quelques années. Je l’avais recueillie dans une toile d’araignée et l’avait prise pour morte… jusqu’à ce qu’elle se mette à bouger sous ma lentille!

 

Vidéo 3. Coccinelles asiatiques qui cherchent un abri pour l’hiver (octobre 2014).

 

Vidéo 4. Lors de chaudes journées automnales, les coccinelles asiatiques se déplacent en grand nombre afin de trouver un abri. On en voit beaucoup ici, en vol (octobre 2014).

 

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