Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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Un scarabée qui aime les roses

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Mon tout premier scarabée du rosier!

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Il a une « bette » sympathique, non?

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Scarabée du rosier dans son milieu typique : entouré de fleurs!

Depuis que je fais partie de l’Association des entomologistes amateurs du Québec (AEAQ), j’ai l’occasion de faire quelques sorties entomologiques annuellement, entourée d’amateurs et d’érudits qui me permettent d’en apprendre plus sur de nouvelles espèces. C’est ainsi que je fis la découverte d’un sympathique scarabée à l’été 2015 : le scarabée du rosier (Macrodactylus subspinosus).

Plus précisément, c’est dans le cadre du congrès de 2015 que je rencontrai pour la première fois un individu de cette espèce. Le congrès se déroulait à Waterville, en Estrie, sur le territoire du Camp Val-Estrie. Nous étions entourés de boisés et de champs, lesquels étaient parsemés d’une vaste variété de plantes herbacées. Un terrain de jeu paradisiaque pour tout entomologiste amateur, car qui dit plantes herbacées dit nombreux invertébrés! En effet, nos fameuses « mauvaises herbes » attirent une myriade de petites bêtes à six pattes et plus!

C’est d’ailleurs sur un plant d’asclépiades – une « mauvaise herbe » par excellence – que j’aperçus mon premier spécimen… qui n’échappa point à mon appareil photo! Pendant ce séjour, qui fut également suivi d’une escapade de quelques jours supplémentaires aux abords du lac Magog, je pris tout un tas de ces scarabées en photographie. Je n’en avais pas encore observé, moi qui sillonne surtout les environs de la ville de Québec.

Ainsi, c’est sans grande surprise que j’en vis à nouveau en grand nombre lors d’un second congrès de l’AEAQ, lui aussi situé plus au sud, dans la région de Contrecœur. Les bêtes en questions étaient manifestement en période de reproduction : on les voyait regroupées en amas de dizaines d’individus, les mâles se chamaillant pour dégoter une femelle. Je vous invite d’ailleurs à visionner la vidéo en fin de chronique à cet effet!

En effectuant mes recherches pour la présente chronique, j’appris que ce scarabée se rencontre effectivement plus au sud du Québec. Hardy (2014) mentionne que l’espèce est commune à partir de Trois-Rivières en descendant. Cela expliquerait pourquoi je ne me souvenais pas d’avoir vu cet insecte, pourtant commun, dans la région de Québec où j’habite.

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Couple de scarabées du rosier s’adonnant à la chose

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Rude compétition… ou ménage à trois?

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Moins de 18 ans, fermez les yeux! Ici, c’est une orgie de scarabées!

Au Québec, le scarabée du rosier est relativement facile à identifier. De couleur beige-jaunâtre, il se caractérise par un corps plutôt allongé et des pattes très longues. Ses fémurs et ses tibias sont rougeâtres, alors que ses tarses sont plutôt noirs. Ses antennes se terminent par trois articles bien visibles, qui peuvent cependant être repliés (il faut donc bien observer!). Il s’agit d’un coléoptère d’assez bonne taille – dans les environs d’un centimètre. Il se perçoit facilement à l’œil nu. Sur la côte est américaine, plus au sud, une autre espèce de Macrodactylus (M. augustatus) ressemble beaucoup à M. subsinosus. Il faut par conséquent être plus prudent lors de l’identification des spécimens si ceux-ci sont recueillis aux États-Unis et effectuer des vérifications plus poussées.

Comme son nom commun en témoigne, on peut retrouver le scarabée du rosier… sur les rosiers! Il ne dédaigne pas, non plus, les vignes et diverses espèces de fleurs sauvages, d’arbustes et d’arbres. Il peut se nourrir des feuilles, des fleurs, des bourgeons et des fruits de ces différents végétaux. Par conséquent, il arrive qu’il soit considéré comme une peste, étant donné sa capacité à faire des dommages sur les plants bien-aimés. J’ai d’ailleurs découvert un petit paragraphe sur ce scarabée dans Les 1500 trucs du jardinier paresseux (Hodgson 2006), où l’auteur donne quelques conseils à suivre si vos rosiers sont attaqués par ce scarabée… qu’il qualifie de « même pas beau »! Pourtant, je le trouve très mignon, moi! C’est dire que tous les goûts sont dans la nature!

La larve évolue sous terre, où elle se nourrit des racines d’herbacées et de plantes variables. Lors de la ponte, la femelle se fraie un chemin dans le sol. Selon les sources consultées, elle enfouit ses œufs, chacun dans une cloison individuelle, à quinze centimètres de profondeur. Les petites larves s’en extirpent une à trois semaines plus tard.

C’est sous cette forme larvaire, bien enfouie sous terre, que l’espèce survit aux rigueurs de l’hiver. Une fois le printemps venu, la larve migre vers la surface du sol pour se transformer en pupe, puis émerger en tant qu’adulte au courant des mois chauds de l’été. L’adulte peut vivre jusqu’à six semaines, ce qui nous laisse suffisamment de temps pour apprécier la beauté – peu importe ce que certains en disent! – de ce sympathique et commun coléoptère!

 

Vidéo 1. Quelques individus observés en période de reproduction.

 

Pour en savoir plus

Faire feu de tout bois!

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Longicorne mâle observé en juillet 2016 – remarquez la longueur de ses antennes!

Bravo à ceux qui ont deviné que l’antenne présentée dans le cadre de la dernière devinette appartenait à un longicorne! Ces insectes sont effectivement souvent munis d’antennes très longues comparativement à la taille de leur corps. C’est, sans surprise, ce qui leur a valu leur nom commun!

Plus précisément, le spécimen qui a fait l’objet de mon cliché est un longicorne noir, Monochamus scutellatus. Il s’agit d’un longicorne très commun au Québec qui est également facile à reconnaître. Il tire son nom de son scutellum apparent – le petit écusson qui se situe au point d’intersection entre les deux élytres. Ce dernier, de couleur blanche, contraste de façon évidente avec le reste de sa robe sombre. C’est un critère permettant de savoir, au premier coup d’œil, que l’on fait face à M. scutellatus.

Par ailleurs, les mâles et les femelles se distinguent également assez aisément. Les antennes des mâles font deux fois la longueur de leur corps, alors que celles des femelles sont égales ou légèrement plus longues que l’abdomen, sans plus. De même, les élytres de la femelle sont ponctués de mouchetures blanchâtres; en revanche, le mâle est plus uniformément noir.

Longicorne noir Scutellum_Moyen

Le scutellum du longicorne noir est blanc – ici vu au stéréomicroscope sur un spécimen qui m’a été donné (noter que le scutellum a jauni pendant la conservation)

Vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai nommé le présent billet « faire feu de tout bois »? Cette expression se voulait une référence à l’habitat privilégié par notre joli coléoptère. En effet, les femelles pondent leurs œufs sur les arbres morts ou endommagés – de préférence des pins ou des épinettes. Elles sont particulièrement attirées par les parcelles d’arbres brûlés. À ce qu’il semble, il y aurait une corrélation positive entre l’abondance du longicorne noir, la sévérité de récents feux pour un secteur donné, ainsi que l’abondance et la taille des arbres brûlés. La présence de forêts saines adjacentes aux parcelles brûlées est toutefois nécessaire, puisque les adultes se nourrissent des aiguilles de résineux et de l’écorce tendre des jeunes pousses ou des branches de conifères.

Longicorne noir Femelle

Femelle qui se baladait sur notre voiture près d’un parc national en Estrie (juillet 2004). La forêt nous entourait.

Longicorne noir

Une autre de mes premières observations de longicorne noir. Ce mâle m’a prise pour une piste d’atterrissage lors d’une randonnée en forêt (septembre 2004).

Les femelles déposent leurs œufs dans des cavités qu’elles grugent elles-mêmes. Étant donné le temps qu’elles passent à « creuser » leur nid, il arrive que certaines femelles préfèrent voler le nid d’autrui plutôt que de s’attarder à creuser leur nid elles-mêmes. Ayant de larges mandibules, elles s’affairent à tenter de couper les pattes ou les antennes de leurs consœurs! D’ailleurs, les adultes longicornes sont reconnus pour avoir de fortes mandibules… qui peuvent servir à mordre les doigts inquisiteurs! Vous en serez avertis!

Les larves évoluent d’abord immédiatement sous l’écorce, près de la surface, avant de s’enfoncer plus profondément à l’intérieur de l’arbre. J’ai déniché cette vidéo sur YouTube où l’on peut entendre, puis voir, tout un amas de larves de longicornes logées directement sous l’écorce d’un tronc coupé. Surprenant, n’est-ce pas? Saviez-vous d’ailleurs que l’on pouvait entendre les larves des longicornes ronger le bois mort?

Lorsqu’elles creusent leurs galeries, les larves entraînent avec elles des fongus susceptibles de décomposer le bois plus rapidement. De façon générale, elles sont bénéfiques, puisqu’elles contribuent à la réduction de la matière végétale morte en humus, ainsi qu’au recyclage des nutriments qui y sont associés. Toutefois, les compagnies forestières les apprécient moins. En effet, les troncs coupés, s’ils sont laissés sur place en période de reproduction du longicorne, peuvent se retrouver envahis de petites larves et des champignons qui les accompagnent. La qualité du bois peut s’en retrouver réduite, de même que sa valeur marchande. Là où ça fait mal, quoi!

Le longicorne noir est bien réparti en Amérique du Nord. Au nord, on l’observe de l’Alaska jusqu’à Terre-Neuve. Au sud-ouest, son aire s’étend jusqu’en Arizona et au Nouveau-Mexique, alors qu’on le retrouve jusqu’en Caroline du Nord vers l’est.

Aussi, pas besoin d’être en pleine forêt pour l’observer, malgré sa prédisposition à ronger les résineux. En effet, une des toutes premières demandes d’identification de ce coléoptère provenait de mes parents en juin 2012, qui résident en milieu urbain (le blogue DocBébitte n’existait pas encore à cette époque, mais on me demandait déjà « qu’est-ce que cette bébitte »!). Ainsi, il est possible de croiser ces coléoptères alors qu’ils sont sans doute en déplacement entre deux lieux d’alimentation, ou encore entre un lieu d’alimentation et un lieu de ponte. J’en ai moi-même photographié et filmé un dans ma cour l’été dernier, mais il faut dire que j’ai un boisé d’envergure qui longe le cap situé derrière ma demeure. Si le cœur vous en dit, vous pouvez visionner la vidéo que j’ai prise et qui présente ce sympathique coléoptère en action!

Larves xylophages

Larves de xylophages – plusieurs seraient des longicornes (famille Cerambycidae)

Pour terminer, le longicorne noir peut être vu aux lumières le soir. L’été dernier, j’en ai ainsi vu un partiellement enchevêtré dans une toile d’araignée bordant ma maison; il s’était malheureusement cassé une antenne en tentant de se déloger. J’en profitai pour le sortir du pétrin et le manipuler à ma guise. C’était seulement deux jours avant l’observation documentée sur vidéo ci-dessous, soit à la fin de juillet. Ainsi, plusieurs adultes différents circulaient autour de ma demeure à ce moment de l’année. D’ailleurs, une des sources consultées indique que la période d’émergence s’étend entre la mi-juin et la mi-août, sans toutefois préciser s’il y a une différence selon la latitude. Durant cette période, donc, surveillez les insectes qui approchent à vos lumières. Avec un peu de chance, vous pourriez voir ce joli longicorne, facile à reconnaître!

 

Vidéo 1. Longicorne noir mâle observé dans ma cour (27 juillet 2016).

 

Pour en savoir plus

Abracadabra! Apparitions-surprises d’insectes!

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Lorsque je sortis ce pilulier de ma sacoche, je ne m’attendais pas à voir trois organismes… Spongieuse desséchée et deux pupes de parasites.

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Ces taches collées sur le pourtour de mon pilulier sont des pupes de Phoridae

Vous êtes plusieurs à le savoir : je collecte les invertébrés que je trouve déjà morts. Cela me conduit par moments à des découvertes un peu surprenantes – non pas que ça n’arrive jamais avec des invertébrés fraîchement récoltés, mais disons que j’augmente mes chances avec ma méthode bien particulière.

De quel genre de découverte est-ce que je parle? Du genre où l’on se retrouve avec plus d’insectes dans les piluliers de récolte que ce que l’on croyait avoir récupéré à l’origine!

Je m’explique : cela fait deux fois que je ramasse un insecte que je laisse traîner dans un pilulier (il faut dire que j’ai énormément de retard sur mon identification et mon épinglage!) pour découvrir ensuite qu’il était parasité par plusieurs autres insectes.

La première observation remonte à juin 2015. J’avais trouvé une jolie chenille de spongieuse (voir cette chronique si vous voulez en savoir un peu plus sur cette espèce) morte sous un arbre. Normalement, je mets les chenilles rapidement dans l’alcool, mais j’avais oublié celle-ci dans un pilulier disposé dans ma sacoche. Lorsque je sortis ledit contenant, je réalisai que la chenille – plutôt desséchée – était maintenant accompagnée de deux pupes de je ne sais quelle espèce d’insecte. Malheureusement, ces pupes ne se métamorphosèrent jamais en adulte, ne me permettant pas d’étudier plus longuement les spécimens en question. Cela dit, les chenilles de spongieuses sont reconnues pour être parasitées par certains diptères et hyménoptères; les mouches Tachinidae en particulier seraient de fréquents parasites selon les sources consultées et il se pourrait bien qu’il s’agisse de ce groupe.

Ma seconde observation ne date que de quelques mois. Lors d’une randonnée en terrain montagneux en septembre, je fus très heureuse de tomber sur un bousier mort en plein milieu du sentier. Il s’agit d’un sympathique scarabée de grosseur moyenne (environ 15 mm de long) que j’ai pu ultérieurement identifier comme étant Geotrupes balyi, un géotrupe très commun au Québec selon Hardy (2014). Je le mis dans un pilulier, dans lequel j’ajoutai, quelques heures plus tard, une guêpe qui s’était retrouvée noyée dans ma piscine. Je mis le pot de côté pour me rendre compte, quelques jours plus tard, que ses parois étaient tachetées de petites pupes brun-orangé. Au fond du contenant se retrouvaient également plusieurs petites mouches jaunâtres. En posant quelques questions à des collègues entomologistes, on m’indiqua qu’il s’agissait de Phoridae.

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Mouches inattendues accompagnent maintenant mon bousier et ma guêpe!

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Ces mouches étaient des Phoridae

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Vue de près d’un Phoridae

Il s’agit de petits diptères connus pour pondre leurs larves dans différentes matières, incluant les cadavres. Toutefois, certaines espèces sont aussi des parasites. À cause de mon mode de capture (et de mon incapacité pour l’instant à connaître l’espèce exacte de Phoridae), je ne suis pas en mesure de confirmer à ce stade-ci si les fameuses mouches parasitaient mon joli coléoptère ou si elles ont simplement colonisé ce dernier une fois qu’il était déjà mort. Si vous connaissez la réponse, n’hésitez surtout pas à m’en faire part! À noter que je présume fortement que les mouches viennent du bousier, ce dernier étant maintenant « troué » (trous par lesquels les larves se seraient possiblement extirpées avant de se métamorphoser), alors que la guêpe semble parfaitement intacte.

Fait intéressant: j’ai pu lire, en préparant la présente chronique, que certaines espèces de Phoridae sont connues pour parasiter des fourmis. Plus étrange encore : le genre Apocephalus se développerait dans la tête des fourmis, provoquant parfois la chute de la tête, alors que le corps continue encore de bouger! Cela me fait penser à la reine de cœur dans Alice au pays des merveilles avec son fameux « Qu’on lui coupe la tête »!

Autre fait intriguant : saviez-vous que les bousiers continuent de sentir cette chose qui leur donne leur surnom, même lorsqu’ils sont naturalisés depuis un certain temps? En ouvrant le pilulier pour prendre les photographies agrémentant la présente chronique, puis en un deuxième temps pour identifier le bousier, je fus surprise par l’odeur qui s’y dégageait. J’ai demandé à des collègues entomologistes plus expérimentés si cela était normal et on m’a signalé que oui. Les bousiers, donc, sentent la merde même longtemps après qu’ils aient cessé d’y évoluer! Vous serez avertis!

Pour conclure, il peut arriver, lorsque l’on collectionne des invertébrés, que l’on se retrouve avec quelques surprises! Quoique pas toujours ragoûtantes – pensons par exemple aux fameux « vers gordiens », des parasites impressionnants (voir cette chronique, ainsi que celle-ci) – ces découvertes nous permettent souvent d’en apprendre plus sur le monde fascinant des insectes!

Que 2017 soit riche en découvertes de toutes sortes! Bon début d’année entomologique!

 

Pour en savoir plus

Le peuple de l’asclépiade

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Petite punaise de l’asclépiade dont j’ai parlé récemment

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Monarque – Photo soumise lors du concours amical de photographie DocBébitte par Ludovic Leclerc en 2014

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Arctiide de l’asclépiade

Dans une de mes dernières chroniques, j’écrivais au sujet d’un sympathique hémiptère : la petite punaise de l’asclépiade. J’expliquais notamment que plusieurs insectes se nourrissant d’asclépiades arboraient le noir et l’orange (ou rouge). Pourquoi donc? Simplement pour prévenir les prédateurs qu’ils ont un goût désagréable. En effet, l’asclépiade produit un latex blanchâtre qui contient des substances toxiques pour la majorité des animaux. Il confère toutefois aux espèces qui sont capables de s’en nourrir un mauvais goût.

Cette petite incursion me donna envie de vous parler davantage d’espèces d’insectes que l’on peut retrouver sur l’asclépiade. Celles-ci sont nombreuses!

Hormis notre petite punaise de l’asclépiade (Lygaeus kalmii) dont j’ai déjà discuté et sa consœur, la grande punaise de l’asclépiade (Oncopeltus fasciatus), on retrouve notamment deux lépidoptères et deux coléoptères étroitement associés à cette plante.

L’espèce la plus connue est sans contredit le monarque. Bien que l’adulte se nourrisse du nectar d’une vaste palette de plantes, la chenille a un menu plus limité basé majoritairement sur les asclépiades (diverses espèces). Les femelles pondent leurs œufs sur les plants en question, où évoluent les larves qui deviendront de jolies chenilles rayées de noir, jaune et blanc (voir cette photographie tirée de Bug Guide).

La chenille de l’arctiide de l’asclépiade se développe elle aussi – comme son nom le suggère – sur les plants d’asclépiades. Elle ne daigne pas, non plus, les feuilles d’apocyne. Ces jolies chenilles poilues sont capables de dévorer les feuilles de talles d’asclépiades, en particulier lors de leurs premiers (1 à 3) stades de vie, où elles sont grégaires. Il s’agit d’une espèce que j’observe régulièrement quand je m’amuse à regarder sous les feuilles d’asclépiades au mois d’août. Elle est visiblement commune, du moins dans la grande région de Québec où j’habite. Cela dit, Wikipédia suggère que les personnes plus sensibles pourraient réagir aux poils de ces petites chenilles. Pour ma part, j’en ai manipulé à plusieurs reprises sans aucune réaction.

Deux coléoptères fort colorés sont aussi fréquemment observés sur les plants d’asclépiades. La chrysomèle de l’asclépiade (Labidomera clivicollis) est un coléoptère très commun que je vois systématiquement chaque été lorsque j’arpente les champs et les rivages bordés de « mauvaises herbes ». Ce sont à la fois les adultes et les larves de cette chrysomèle qui se nourrissent des feuilles des différentes espèces d’asclépiades. Les premières photographies que j’ai de cette espèce remontent à l’automne 2006, alors que j’observais des larves et des adultes en bon nombre sur une colonie d’asclépiades au marais Léon-Provancher. J’étais intriguée par ces assez gros (8-11 mm) coléoptères qui sont plutôt tape-à-l’œil avec leur coloration orange et noir irisé (reflets parfois verts, parfois bleus) et leur forme toute ronde. Ils sont en effet fort jolis, ne trouvez-vous pas?

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Ma toute première observation documentée de chrysomèles de l’asclépiade (2006)

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Même moment en 2006 : on voit ici une larve de la chrysomèle de l’asclépiade

Le second coléoptère – le longicorne de l’asclépiade (Tetraopes tetrophthalmus) – est également fort mignon. Bien que Bug Guide indique que cette espèce est très commune là où l’on retrouve des asclépiades, je n’en ai pour ma part j’avais vu de mes propres yeux. Mon père m’a toutefois transmis une photo d’un individu qu’il a pu observer l’été dernier – le chanceux! L’individu se baladait tout simplement dans la cour de mes parents – qui est ornementée de bien des fleurs, mais pas d’asclépiades. Les larves de ce longicorne se nourrissent des racines d’asclépiades et d’apocynes. L’adulte, quant à lui, se délecte des feuilles. Tout comme j’ai pu le lire pour la chrysomèle de l’asclépiade et la chenille du monarque, le longicorne de l’asclépiade coupe d’abord les veines principales des feuilles avant de commencer à les dévorer, de sorte qu’il ne se retrouve pas submergé par le latex produit par les plants endommagés.

Une myriade d’autres espèces sont également attirées par les fleurs des asclépiades, qui produisent un nectar alléchant (lequel n’est pas toxique, contrairement aux feuilles). Ainsi, papillons, abeilles, guêpes, mouches et coléoptères de toutes sortes peuvent être observés butinant sur ces plantes.

Finalement, qui dit insectes (et proies) en grand nombre dit aussi prédateurs abondants! Il n’est pas rare de trouver divers invertébrés prédateurs à l’affut sur les plants d’asclépiades. À titre d’exemple, punaises assassines, coléoptères prédateurs et araignées s’y installent avec l’espoir de dégoter un repas facile. L’été dernier, j’eus ainsi l’occasion de photographier un joli thomise variable (araignée-crabe de l’espèce Misumena vatia) qui attendait patiemment le passage d’une proie. En me documentant aux fins du présent billet, j’entrevis également quelques photographies de différentes espèces d’hémiptères prédateurs dévorant des chenilles de monarque (comme celle-ci).

En outre, les talles d’asclépiades constituent tout un trésor pour l’entomologiste à l’affut d’invertébrés de toutes sortes. Malheureusement, cette plante est malaimée et elle est considérée comme une « mauvaise herbe ». On tend à la bannir de nos plates-bandes, alors qu’elle nous permettrait d’observer une vaste variété d’insectes et même d’oiseaux – car, à ce qu’il semble, les asclépiades attirent aussi les colibris! L’éradication de l’asclépiade en milieu urbain (par exemple, le long des routes ou simplement pour faire place à un stationnement!) et agricole (à cause de l’usage des pesticides, notamment) serait même identifiée comme une cause des fluctuations récentes des populations de papillons monarques. Dans son livre publié en 2004, Schappert mentionnait déjà que les pronostics à l’égard de l’état de santé des populations du monarque nord-américain pour les 20 prochaines années ne sont pas très encourageants. La fragmentation de l’habitat et l’isolement des plants d’asclépiades étaient entre autres pointés du doigt.

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Longicorne de l’asclépiade que mon père a eu la chance de photographier

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Voyez-vous ce thomise variable à l’affut d’une proie?

Pour ma part, je continue de m’amuser chaque été à sillonner les champs de mauvaises herbes et d’asclépiades à la recherche de nouvelles observations. Aussi, je laisse maintenant pousser ça et là les quelques plants d’asclépiades qui se sont semés naturellement dans mes plates-bandes… dans l’espoir éventuel d’y photographier de sympathiques membres du grand peuple de l’asclépiade!

 

Pour en savoir plus

DocBébitte en bref : (Encore) des insectes dans ma bouffe!

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Nitidule à quatre points, vivant, dans mon chou-fleur

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Limace, elle aussi cachée dans le même chou-fleur

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Deux larves de mouches (diptères) trouvées dans mes bleuets

Il y a de cela quelques années déjà, je vous entretenais sur le fait que l’on mange quotidiennement plusieurs invertébrés à notre insu (cette chronique). Pire encore, je vous expliquais que les normes canadiennes et américaines tolèrent une assez vaste palette d’arthropodes dans les aliments qui nous sont vendus. En outre, la quantité de ces petites bêtes que l’on engouffre accidentellement chaque année se chiffre entre 1 à 2 livres, rien de moins!

Au courant des deux dernières semaines, j’eus l’opportunité moi-même de contribuer à cette statistique… et de voir comment il était facile d’ingurgiter des invertébrés sans vraiment le vouloir.

Première observation : après avoir entamé un chou-fleur frais acheté du marché public, j’observai plusieurs invertébrés morts ou vivants qui parsemaient ce dernier. Ma première découverte fut un nitidule à quatre points bien vivant qui aurait été difficile à rater. Après avoir remis le chou-fleur au frigo, je notai lors d’une deuxième utilisation que celui-ci abritait également une sympathique limace, qui s’activa à la chaleur de la pièce, ainsi que plusieurs petites mouches mortes. Outre les petites mouches,  il est probable que j’aurais vu le nitidule et la limace à temps avant de les consommer. Or, ce ne fut pas le cas de ma seconde observation…

En effet, la semaine dernière, je me délectais de façon distraite de bleuets frais tout en travaillant. À un certain moment, je m’aperçus de la présence d’une petite larve de mouche qui déambulait sur ma collation. Je la mis de côté afin de l’observer au stéréomicroscope une fois de retour à la maison, en tâchant de la garder vivante. Je poursuivis ma collation en examinant plus attentivement la surface de mes bleuets, jusqu’à ce qu’il me vienne à l’esprit que les larves n’étaient pas nécessairement SUR les bleuets, mais DANS ceux-ci. Immédiatement, j’ouvrir un premier bleuet – au lieu de le croquer… et devinez ce qui s’y trouvait? Eh oui, il y avait une seconde larve. Ou bien j’avais la main chanceuse pour trouver une larve du premier coup, ou bien suffisamment de mes bleuets contenaient des larves pour que je tombe sur l’une d’entre elles. Comme j’avais déjà mangé une vaste quantité de ces bleuets, j’aurais préféré la première option. D’un point de vue purement statistique, cependant, la seconde option était bien plus plausible. Bref, j’avais probablement avalé beaucoup de petites larves… Et moi qui croyais qu’une collation de fruits comportait peu de protéines!

Et vous, chers lecteurs, avez-vous quelques anecdotes croustillantes du même genre? Qu’on le veuille ou non, les arthropodes se retrouvent partout… même dans notre assiette!

 

Vidéo 1. Cette jolie limace était bien cachée dans mon chou-fleur. Il était déjà bien entamé quand je l’aperçus sur les restes du feuillage. Aurait-elle pu se retrouver dans mon assiette?

 

Vidéo 2. Cette larve de diptère (mouche) a été retrouvée dans mes bleuets… Et elle n’était pas seule! (Mettre en HD pour une meilleure définition)