Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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Araignée contre guêpe : à qui la victoire?

En fouillant dans mes archives de l’été dernier, je suis tombée sur un combat singulier entre une grosse araignée et une guêpe que je vous présente en vidéo et en photo ci-dessous.

Avant d’amorcer le « match », je dois avouer que, dans les deux cas, j’ai dû feuilleter mes guides d’identification et fureter sur Internet afin de m’assurer de l’identité des combattants mis en jeu.

Pour l’araignée, le motif moucheté de l’abdomen me semblait plus prononcé que ce que j’avais déjà observé chez des épeires diadèmes (espèce Araneus diadematus). En examinant du côté d’une espèce cousine, Araneus trifolium, cependant, j’éprouvais toujours des doutes. C’est dans le guide de Bradley (2013) que je trouvai quelques critères supplémentaires aidant à l’identification : les épeires diadèmes présentent sur la face dorsale de l’abdomen une zone centrale plus sombre dont les bordures sont ondulées (cet exemple tiré de Bug Guide). Cette zone peut être plus prononcée vers le bas de l’abdomen, selon les individus; c’est ce que j’observai sur mes photographies. Par ailleurs, le céphalothorax (tête et thorax qui sont joints chez les arachnides) est généralement uniforme.

En revanche, les membres de l’espèce Araneus trifolium présentent trois lignes foncées traversant le céphalothorax (au milieu et de chaque côté; voir ce cliché aussi tiré de Bug Guide), alors qu’il n’y a pas de zone plus sombre visible sur la face dorsale de l’abdomen. En comparant avec quelques photos issues de Bug Guide, toutefois, je m’interroge toujours à savoir si j’ai bien identifié mon spécimen. Me fiant aux critères de Bradley (2013), puis aux différents angles des photographies que j’ai prises (elles ne figurent naturellement pas toutes dans la présente chronique!), j’en conclus qu’il s’agirait d’une épeire diadème, mais je suis ouverte à vos commentaires à cet effet – et aux critères qui devraient faire l’objet d’examen plus précis, si nécessaire.

En ce qui concerne la guêpe, si je me fie aux nombreuses photographies que j’ai prises du combat (je vous en fais grâce encore une fois!), elle appartiendrait à l’espèce Eumenes verticalis. Mon doute réside dans le fait que les auteurs du site d’identification des Vespidae que j’ai utilisé (voir la section Pour en savoir plus) indiquent que cette espèce peut être confondue avec Eumenes crucifera. Comme je n’ai qu’une poignée de photographies en main et pas de spécimens, j’ai effectué l’identification de mon mieux, mais sous toutes réserves. Je suis encore une fois ouverte à vos commentaires.

Qu’à cela ne tienne, le combat entre ces deux arthropodes est intéressant à observer. L’issue n’était pas celle à laquelle je m’attendais. L’araignée était énorme comparativement à la guêpe. Or, cette dernière fut très combattive, tentant de piquer l’araignée à moult reprises à l’aide de son dard affilé. Lors du combat, la guêpe s’empara même d’une, puis de deux pattes de l’araignée… qui tentait étonnamment de se défiler!

Sur la vidéo que je vous offre dans la présente chronique, on voit l’araignée tenter tant bien que mal de mordre l’hyménoptère déchaîné. Sur les clichés qui suivent, on peut apprécier la suite du combat, où la guêpe s’empare d’une patte de l’épeire, qui affiche soudainement un air piteux. À la fin, la guêpe réussit à se déloger de la prison de soie que l’arachnide avait commencé à tisser autour d’elle. Elle prendra la poudre d’escampette, laissant notre épeire penaude et vaincue.

Visiblement, ce n’est pas la taille qui compte! Quand on est dans de beaux draps, la combativité peut toujours s’avérer récompensée! Guêpe : 1, Épeire : 0!

Vidéo 1. Début de la joute. L’araignée semble avoir le dessus et cherche à injecter son venin dans la pauvre guêpe enchevêtrée dans sa toile.

Photographies de la suite du combat!

 

La guêpe tient férocement une patte de l’araignée

La guêpe tient férocement une patte de l’araignée

Ne trouvez-vous pas que l’épeire semble piteuse? Elle a complètement cessé d’attaquer la guêpe et cherche simplement à ne pas se faire piquer!

Ne trouvez-vous pas que l’épeire semble piteuse? Elle a complètement cessé d’attaquer la guêpe et cherche simplement à ne pas se faire piquer!

Photo prise tout juste avant l’envol de la guêpe; elle n’est plus enrubannée dans la soie de l’épeire et sera libre dans quelques instants!

Photo prise tout juste avant l’envol de la guêpe; elle n’est plus enrubannée dans la soie de l’épeire et sera libre dans quelques instants!

Pour en savoir plus

DocBébitte en bref : Un nouveau livre sur les papillons!

Nouveau livre québécois par Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant

Nouveau livre québécois par Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant

Bonne nouvelle pour les entomologistes amateurs en cette saison qui s’amorce enfin, après un hiver qui ne semblait plus vouloir nous quitter! En effet, Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant, auteurs du livre Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes, récidivent avec un guide très attendu sur les papillons de nuit et leurs chenilles.

J’avais parlé du premier guide dans cette chronique datant de 2013. À l’époque, je précisais que ce dernier portait uniquement sur les espèces diurnes. Malheureusement, bon nombre de chenilles que je prenais en photo s’avéraient appartenir à des espèces nocturnes. À ma grande déception, je ne parvenais pas à les trouver dans le premier ouvrage de Leboeuf et Le Tirant – qui s’avérait être l’un des tout premiers livres entomologiques à figurer dans ma collection.

Quelle belle surprise j’eus donc ce printemps de tomber par hasard sur ce nouvel ouvrage en allant fureter dans une librairie près de chez moi!

Exemple de planche retrouvée dans le livre

Exemple de planche retrouvée dans le livre

Si vous possédez déjà le premier guide sur les papillons diurnes, vous ne serez pas déstabilisé par le format du second. Comme le premier ouvrage, il est constitué d’une première partie décrivant le cycle de vie, la diversité et la biologie de ces sympathiques organismes, de même que les méthodes d’observation et de capture. Il est composé de planches étalées sur deux pages pour chaque espèce. L’adulte et la chenille y sont illustrés, de même que l’aire de répartition. Une photo présentant tantôt l’adulte, tantôt la chenille ou encore les plantes hôtes est aussi présentée en médaillon.

Jolie chenille bariolée (Hétérocampe verdâtre)

Cette chenille d’hétérocampe verdâtre est retrouvée dans le guide

Les individus comme cet adulte de la célèbre chenille isie Isabelle sont illustrés sur chaque planche

Les individus comme cet adulte de la célèbre chenille isie Isabelle sont illustrés sur chaque planche

Les éléments descriptifs abondent, ce qui fera sans doute le plaisir des gens comme moi qui aiment écrire sur le sujet! On y apprend des notions quant à l’identification de l’espèce présentée (adulte et chenille), les périodes de vol, l’habitat, les plantes hôtes, ainsi que divers autres renseignements utiles.

Bref, il s’agit d’un bel ouvrage à avoir dans sa collection! Et hop! Vivement que l’été arrive afin que je prenne des clichés de nouveaux individus que je pourrai identifier à l’aide de Leboeuf et Le Tirant!

 

Pour en savoir plus

  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2018. Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes. 335 p.

Les « bébittes » de nos demeures

Cela fait un peu plus de sept mois que je suis déménagée et il m’apparaît surprenant de ne pas avoir encore croisé le chemin d’un invertébré dans mon humble demeure! Hormis les bestioles naturalisées que j’ai amenées dans des cadres et des piluliers ou encore celles qui reposent toujours au fond de mon congélateur en attente d’identification (avis aux futurs visiteurs : n’ayez crainte, elles ne sont pas mêlées au reste de la nourriture et je ne compte pas les offrir en repas!), je n’ai vu aucune petite bête à 6 pattes ou plus déambuler où que ce soit! L’immeuble où je loge étant flambant neuf, j’imagine que les « envahisseurs » n’ont pas encore eu le temps de s’infiltrer, mais ne sauront tarder!

Cette réflexion m’a donné envie de recenser quelques-uns des invertébrés les plus souvent observés dans nos demeures – qu’ils soient bénéfiques ou non!

Les deux groupes que j’ai personnellement le plus fréquemment rencontrés dans les logements et maisons que j’ai habités sont sans contredit les araignées et les lépismes.

Même individu, autre angle!

Mon « araignée-zombie »! Quelle surprise j’eus!

Grimper aux murs : Check!

Ces « araignées jaunes » sont fréquemment rencontrées dans nos résidences

Plus jeune, chez mes parents, il me semblait que je passais mon temps à tomber sur des araignées. Aucun autre endroit où j’ai habité ne recelait d’autant de ces bêtes à huit pattes. Même encore aujourd’hui, quand je visite mes parents, je croise toujours au moins un sympathique pholque phalangide (suivre ce lien pour en savoir plus) installé dans sa toile tissée dans un recoin humide de la cave et attendant patiemment une proie. D’autres araignées spécialisées dans la chasse au sol, comme ces fameuses « araignées jaunes » (souvent des Clubionidae ou des Eutichuridae du genre Cheiracanthium), se baladent régulièrement sur toutes les surfaces horizontales et verticales possibles.

Dans la maison que j’ai occupée plus récemment à Québec, j’ai également retrouvé bon nombre d’individus appartenant à toutes sortes de familles. Épeires diadèmes, araignées sauteuses (Salticidae), Corinnidae, Agelenidae et j’en passe! Il s’agissait d’espèces que l’on retrouvait beaucoup à l’extérieur autour de la maison et qui s’introduisaient sans doute par inadvertance à l’intérieur. Une de ces dernières – une épeire diadème femelle de taille moyenne – avait tissé sa toile près de la porte d’entrée assez tard à l’automne. Ayant pitié d’elle alors que la température se faisait de plus en plus froide, je la descendis dans la cave, près d’une fenêtre où s’accumulaient des chironomes adultes (petits moucherons). Ceux-ci avaient aussi été introduits par inadvertance dans notre demeure, année après année, lorsque mon ex-conjoint et moi rentrions les poissons de l’étang (voir cette chronique) vers la maison afin qu’ils y passent un hiver douillet (les poissons, pas les chironomes!). Bref, j’espérais que la jolie épeire survive ainsi, nous débarrassant par le même fait des chironomes très abondants, mais je la retrouvai malheureusement morte et desséchée environ deux ou trois mois plus tard.

J’ai quelques anecdotes supplémentaires au sujet d’araignées retrouvées dans des situations particulières : par exemple, cette araignée que j’ai retrouvée vivante au fond d’une boîte pleine de piluliers… d’araignées mortes préservées dans l’alcool (lire l’anecdote complète ici). J’ai sursauté, me demandant pendant quelques fractions de seconde si l’une de mes araignées mortes était en fait revenue à la vie. S’agissait-il d’une araignée-zombie? Ou encore, l’anecdote concernant l’araignée qui avait tissé sa toile dans mon chocolat de Pâques quand j’étais plus jeune (ce billet). En outre, les araignées de nos demeures peuvent bel et bien se retrouver partout… que cela nous plaise ou non! La bonne nouvelle, c’est que ces sympathiques arachnides jouent un rôle très important dans une maison : ils s’alimentent d’autres invertébrés qui peuvent parfois s’avérer envahissants et néfastes (j’en parle dans quelques paragraphes)! Ce sont des colocataires à préserver (sauf dans les contrées où elles posent un danger, bien sûr… mais nos espèces québécoises ne sont point venimeuses)!

Poisson d’argent (Lepisma saccharina)

Poisson d’argent (Lepisma saccharina)

La fameuse coccinelle asiatique

La fameuse coccinelle asiatique

Les lépismes ne font pas proprement partie des invertébrés néfastes (sauf si vous tenez une bibliothèque – vous comprendrez pourquoi dans quelques instants). Ils s’affairent surtout à décomposer les résidus de toutes sortes laissés au sol ou s’accumulant dans des recoins autrement inatteignables: nourriture, cheveux, poussière, moisissures, etc. Ils sont de même susceptibles de se nourrir de la colle utilisée dans la reliure des livres et il arrive parfois que cette attirance alimentaire les conduise à endommager des ouvrages chéris! L’espèce que j’ai la plus souvent rencontrée est celle que l’on surnomme « le poisson d’argent » (Lepisma saccharina), une espèce ayant une affinité pour les recoins sombres et frais. Ce n’est qu’à l’appartement que j’ai occupé à Trois-Rivières où j’ai plutôt côtoyé des thermobies (Thermobia domestica; voir cette page), une espèce de lépisme bariolée qui affectionne les endroits chauds, près des appareils de chauffage ou des chaudières. Dans cette résidence, pas de poissons d’argent en vue; il semble que la niche écologique était plus propice à une occupation par la thermobie. Il faut dire que cet appartement était particulièrement chaud par rapport aux autres demeures où j’ai habité… Est-ce que cela expliquait la présence d’une espèce plutôt qu’une autre? Je serais curieuse de connaître la réponse, si certains d’entre vous la connaissent!

Pour ce qui est des espèces moins appréciées – car généralement plus envahissantes ou dérangeantes –, citons d’abord les coccinelles asiatiques. J’ai récemment parlé de cette espèce d’insecte, question de pouvoir mieux répondre aux interrogations d’un collègue de travail dont le chalet s’est retrouvé envahi par des centaines d’individus de ce groupe. Ces coccinelles introduites en Amérique du Nord sont en effet susceptibles d’envahir les demeures en très grand nombre. Bien qu’elles ne détruisent pas nos denrées ou nos biens, leur simple abondance – parfois en quantité hallucinante – s’avère dérangeante.

Mites des vêtements (chenilles)

Mites des vêtements (chenilles)

Mite des vêtements (adulte)

Mite des vêtements (adulte)

Malheureusement s’ajoutent à cette liste des espèces d’insectes nettement plus néfastes. Les mites des vêtements sont sans doute connues de plusieurs… Plus jeune, j’entendais parler des fameuses « boules à mites » sans trop savoir de quoi il s’agissait. C’est quand j’observai, dans ma précédente demeure, de petits papillons brunâtres, suivis de petites chenilles enroulées dans des fourreaux de tissus, que je fis la connaissance de cette espèce – Tinea pellionella (cette chronique). Par chance, après deux années de nettoyage régulier et, parfois, de collecte manuelle (aie-je besoin de mentionner que je possède plusieurs chenilles de cette espèce dans ma collection d’invertébrés!), les observations se firent de moins en moins fréquentes, jusqu’à devenir nulles. Du moins, c’était le cas quand j’ai déménagé en septembre dernier!

Les dermestes constituent un autre groupe que l’on retrouve régulièrement dans les maisons. Ce sont des coléoptères dont les larves – les plus souvent observées – ressemblent à de petites chenilles brunes et poilues. Il existe différentes espèces de dermestes, certaines passant plus inaperçues que d’autres. J’avais déjà parlé des dermestes du lard (ici), rencontrés dans un chalet où j’avais eu le loisir de séjourner. Ces bêtes peuvent s’attaquer aux denrées alimentaires et s’avèrent un cauchemar pour tout entomologiste, car elles s’attaquent également aux insectes de collections.

Larve de dermeste qui était cachée dans un insecte que j’avais recueilli mort au sol

Larve de dermeste qui était cachée dans un insecte que j’avais recueilli mort au sol

Dermeste du lard adulte (recueilli mort)

Dermeste du lard adulte (recueilli mort)

Anthrène des tapis adulte

Anthrène des tapis adulte – il est tout petit au creux de ma main

On retrouve aussi fréquemment d’autres espèces de dermestes dans les maisons, lesquelles semblent moins dérangeantes que les dermestes du lard si je me fie aux sources consultées (Internet abonde de sites d’extermination pour les dermestes du lard lorsque l’on fait une recherche sous le simple terme « dermeste »). Pourtant, l’espèce la plus souvent observée dans nos maisons serait l’anthrène des tapis – ce qui semble être l’espèce que j’ai photographiée à quelques reprises dans ma précédente demeure : un petit coléoptère plutôt bigarré. J’avais auparavant entraperçu moult larves, mais je ne savais pas à quelle espèce elles appartenaient avant de réaliser que les petits coléoptères que j’observais occasionnellement étaient des dermestes adultes. L’anthrène des tapis se nourrit d’une grande variété d’aliments tels que les peaux, la laine, les fourrures, ainsi que toutes sortes de denrées alimentaires (gâteaux, graines, céréales, etc.). Il peut s’avérer aussi un problème pour ceux qui possèdent des collections d’insectes naturalisés – un vrai délice à leurs yeux! Enfin, les dermestes constituent visiblement un des pires cauchemars de tout entomologiste collectionneur!

Une pléiade d’autres organismes peut être observée dans nos demeures. Certains sont occasionnels, comme ce charançon figurant dans l’une de mes toutes premières chroniques DocBébitte. D’autres font hérisser les poils de nos nuques, comme les punaises de lit, que j’ai eu la chance de ne pas côtoyer!

Éventuellement, qui sait, j’aménagerai peut-être dans un nouvel endroit me permettant d’effectuer davantage de découvertes entomologiques que je pourrai partager avec vous – en espérant toutefois qu’elles ne soient pas désagréables! D’un autre côté, peut-être que mon présent appartement ainsi que le voisinage que j’ai peu eu le temps d’explorer à ce jour (l’hiver tire à sa fin, enfin!) me permettront également de vous faire part de savoureuses anecdotes entomologiques!

Entre temps, n’hésitez pas à faire part de vos propres observations : quelles sont les bêtes invertébrées que vous observez le plus dans vos résidences? Sont-elles envahissantes? Bénéfiques ou nuisibles? Sympathiques ou détestables? Au plaisir de vous entendre sur le sujet!

 

Pour en savoir plus

Comme vous avez de grandes ailes! Les mégaloptères!

Larve de Corydalidae

Larve de Corydalidae

Larve de Sialidae

Larve de Sialidae

Deux larves de Corydalidae par rapport à ma main

Deux larves de Corydalidae par rapport à ma main

La semaine dernière, j’ai participé à un échange sur la page Facebook Photos d’insectes du Québec au sujet de l’identification de larves de mégaloptères. Il y était question des caractéristiques permettant de distinguer les deux grandes familles de mégaloptères sillonnant nos cours d’eau.

Comme il s’agit d’un groupe que j’affectionne beaucoup, je dois avouer ne pas avoir hésité très longtemps avant de sauter sur l’occasion pour vous en parler davantage!

Les mégaloptères ont déjà fait partie de l’ordre des neuroptères (Neuroptera), mais sont maintenant considérés comme appartenant à l’ordre Megaloptera. Leur nom signifie « larges ailes » et réfère au fait que les ailes sont très grandes par rapport au reste du corps. Néanmoins, pour certains individus, on pourrait simplement parler de « larges organismes », quelques-uns d’entre eux faisant en effet la démonstration de proportions quasi monstrueuses.

Les deux familles de mégaloptères recensées sont les Sialidae et les Corydalidae. Les larves appartenant à ces deux familles sont aquatiques et s’avèrent également être de voraces prédateurs. Toutefois, elles se distinguent assez aisément.

Tout d’abord, les larves matures de Corydalidae peuvent atteindre une impressionnante taille frisant les 10 cm (25 à 90 mm). Lorsque j’échantillonnais bon nombre de rivières québécoises, dans le cadre de ma maîtrise et de mon doctorat, j’observais fréquemment des spécimens de bonne taille. À l’époque, j’avais utilisé le numériseur du laboratoire où je travaillais (pas d’appareil photo numérique… eh oui, cela trahit quelque peu mon âge!) afin de prendre une image de ma main apposée contre deux individus qui avaient été préservés. Vous pouvez voir cette image ci-jointe; les organismes étaient aussi gros et longs que mes doigts! Et que dire de leurs mandibules! Larges et coupantes, on ne voudrait absolument pas y mettre les doigts!

Les larves de Sialidae matures sont de taille plus modeste et mesurent entre 10 et 25 mm. Néanmoins, les individus moins matures d’une ou l’autre de ces familles peuvent être confondus si l’on n’est pas attentifs aux autres caractéristiques.

À cet effet, les larves de Corydalidae portent deux fausses pattes ornées de deux crochets chacune tout au bout de leur abdomen, alors que les Sialidae sont munis d’un seul long filament terminal. Il s’agit là de la meilleure méthode pour distinguer ces deux groupes, peu importe leur taille.

Bout de l’abdomen d’une larve de Sialidae (gauche) et de Corydalidae (droite)

Bout de l’abdomen d’une larve de Sialidae (gauche) et de Corydalidae (droite)

Différents mégaloptères québécois (gracieuseté Cégep de Sherbrooke, par le biais de Sylvie Norman). Rangée du haut (gauche à droite) : Sialis sp., Chauliodes pectinicornis, Chauliodes rastricornis. Rangée du bas : Nigronia sp., Cordydalus cornutus.

Différents mégaloptères québécois (gracieuseté Cégep de Sherbrooke, par le biais de Sylvie Normand). Rangée du haut (gauche à droite) : Sialis sp., Chauliodes pectinicornis, Chauliodes rastricornis. Rangée du bas : Nigronia sp., Cordydalus cornutus.

Je me permets un petit complément d’information pour les curieux : les larves de mégaloptères ressemblent passablement à certaines larves de trichoptères (j’ai quelques chroniques sur le sujet : Hydropsychidae, Limnephilidae ou Rhyacophilidae). Une bonne façon de les distinguer est de porter attention aux caractéristiques de leur abdomen. Premièrement, les mégaloptères sont munis de longs filaments situés de chaque côté de l’abdomen, ce qui n’est pas le cas des trichoptères. Par ailleurs, le bout de l’abdomen des trichoptères se termine par deux fausses pattes, plus ou moins proéminentes, munies chacune d’une seule griffe. S’il y a un long filament ou deux paires de griffes, il ne s’agit pas d’un trichoptère. À noter dans un tel cas qu’il ne s’agit pas systématiquement d’un mégaloptère non plus, certaines larves de coléoptères, par exemple, portant également deux paires de griffes. D’où l’importance de s’attarder à la combinaison de plusieurs critères et non d’un seul!

La tête de ce chauliode (C. rastricornis) est ornée d’ocelles

La tête de ce chauliode (C. rastricornis) est ornée d’ocelles

Cette corydale cornue femelle possède aussi des ocelles (entre les antennes)… et de larges mandibules!

Cette corydale cornue femelle possède aussi des ocelles (entre les antennes)… et de larges mandibules!

Chez les adultes, les différences sont aussi facilement observables et permettent de séparer les deux groupes. Les adultes Sialidae font 10 à 25 millimètres, alors que les adultes Corydalidae ont une envergure s’étalant de 25 à 80 mm (les sources consultées mentionnent quelques espèces dont l’envergure des ailes serait de plus de 100 mm). Les Sialidae ne sont pas ornés d’ocelles, contrairement aux Corydalidae. Leurs ailes sont également repliées au-dessus de leur abdomen, telle une tente, lorsqu’ils sont au repos, par opposition aux ailes des corydales qui sont étalées. Finalement, le quatrième segment tarsal des Sialidae est élargi et possède deux lobes, ce qui n’est pas le cas des Corydalidae.

Comme les larves sont aquatiques, les adultes vont généralement se retrouver à proximité des lacs et des cours d’eau. Beaucoup d’espèces de mégaloptères adultes ne se nourrissent pas, quoique certaines corydales se nourriraient de nectar et de fruits. J’avais d’ailleurs déjà observé un adulte de l’espèce Chauliodes rastricornis (voir cette chronique) en train de se nourrir à la miellée – soit un mélange de sucre et de fruits en décomposition concocté par un collègue entomologiste lors d’une chasse nocturne. Certains individus sont donc encore en mesure de s’alimenter, bien que nombreux sont ceux qui survivent grâce aux réserves accumulées par les voraces larves. Justement, celles-ci sont si gloutonnes qu’elles se nourrissent non seulement d’une myriade d’autres invertébrés, mais elles sont également susceptibles de s’attaquer à des têtards et des petits poissons!

Bien que l’ordre des mégaloptères ne soit pas constitué d’un très grand nombre d’espèces, les préférences de ces dernières en matière d’habitat sont plutôt diversifiées. Alors que certaines seront retrouvées dans les rivières à courant rapide et constant, d’autres seront observées dans les zones littorales de lacs, voire dans des marais et des étangs.

Aucun ocelle présent sur la tête de ce Sialidae adulte (Sialis sp.)

Aucun ocelle présent sur la tête de ce Sialidae adulte (Sialis sp.)

Ce qui est fascinant des mégaloptères, outre leur taille remarquable, c’est leur adaptation à la vie aquatique. Les larves portent de longs filaments, de chaque côté de leur abdomen, qui leur permettent d’assimiler l’oxygène dissous. Elles sont également en mesure de capter cet oxygène à partir des tissus mous du reste de leur abdomen. Comme si ce n’était pas assez, certaines espèces sont munies de touffes de branchies intercalées entre chaque filament abdominal, leur permettant de capter encore plus d’oxygène. De même, plusieurs individus qui vivent dans les eaux peu profondes sont munis de siphons respiratoires un peu plus longs et situés au bout de leur abdomen; ils utilisent ces derniers afin d’aller puiser l’air tout juste au-dessus de la surface de l’eau.

Autre fait intéressant : les larves vivent plusieurs années sous l’eau (parfois jusqu’à 5 années pour les Corydalidae), alors que les adultes ne survivent que quelques semaines pendant la période estivale. La vaste majorité de leur cycle de vie se déroule donc dans les lacs et les rivières. Les mégaloptères sont considérés comme étant plutôt sensibles à la pollution et on les utilise comme indicateurs de l’état de santé du milieu aquatique où ils ont été prélevés. La famille Corydalidae, en particulier, s’est vue attribuer par Hilsenhoff (voir Hauer et Lamberti, 2007) une cote de sensibilité de 0 sur 10, 0 étant la plus sensible possible.

Pourtant, mes propres observations, ainsi que des échanges que j’ai eus avec quelques collègues entomologistes, m’ont conduite à dire que cela est plus ou moins vrai. J’ai retrouvé des larves de ces jolies bêtes en très grand nombre dans des sites modérément affectés par les activités humaines (zones agricoles et/ou urbaines), qui étaient toutefois riches en proies de toutes sortes. C’est donc dire que ces gros prédateurs sont probablement tolérants à un certain niveau de pollution, pourvu que la nourriture soit disponible! Quels goinfres! Leur appétit est sans doute aussi grand que leurs ailes!

 

Vidéo 1. Courte vidéo que j’avais prise lors d’une sortie sur le terrain en 2004. Notez la taille de l’individu en question!

 

Vidéo 2. Ce chauliode parchemin n’aime pas être manipulé et je me fais pincer à la fin de la vidéo!

 

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Order Megaloptera – Alderflies, Dobsonflies, and Fishflies https://bugguide.net/node/view/233428
  • Espace pour la vie. Mégaloptères. http://espacepourlavie.ca/insectes-arthropodes/megalopteres
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Hauer, F.R., et G.A. Lamberti. 2007. Methods in stream ecology. 877 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Une coccinelle en harmonie?

La fameuse coccinelle asiatique

La fameuse coccinelle asiatique

Coccinelle asiatique en train de se faire belle

Coccinelle asiatique en train de se faire belle

Photographie d’une coccinelle asiatique soumise lors du concours de photo DocBébitte 2015 par Yohann Chiu

Photographie d’une coccinelle asiatique soumise lors du concours de photo DocBébitte 2015 par Yohann Chiu

Vous êtes nombreux à avoir répondu à la devinette de la semaine dernière… et à avoir trouvé l’identité de l’insecte-mystère, dont je parle aujourd’hui. Bravo!

Il y a quelques semaines de cela, un collègue de travail venait me poser des questions au sujet d’une bête qui s’était introduite par centaines dans son chalet. Il s’agissait de coccinelles asiatiques (Harmonia axyridis). En particulier, mon collègue se demandait si ces dernières se reproduisaient en période hivernale et s’il allait continuer d’en collecter en grandes quantités pendant encore longtemps.

Il ne m’en fallait pas plus pour amorcer quelques recherches sur cette espèce qui est considérée comme introduite et envahissante. En effet, notre joli coléoptère a été introduit en Amérique du Nord aux fins de lutte biologique et un premier foyer d’invasion aurait été identifié en 1988 dans l’est du continent, puis en 1991 dans l’ouest. À noter que des introductions accidentelles peuvent aussi être à la base de certaines des populations envahissantes, selon les sources consultées.

Comme je l’ai déjà mentionné pour la coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata) dans cette chronique, les coccinelles – adultes et larves – s’avèrent de voraces prédateurs d’une myriade de petits invertébrés nuisibles comme les thrips et les pucerons. Elles sont donc des créatures bien appréciées des jardiniers, d’où leur introduction initiale dans de nouvelles contrées.

Malheureusement, la coccinelle asiatique s’est avérée être une compétitrice hors pair des autres coccinelles retrouvées à nos latitudes et s’est par conséquent accaparée la niche écologique disponible. En outre, vous avez peut-être vu cet épisode de l’émission Découverte où des chercheurs expliquent que la coccinelle asiatique possède des parasites internes faisant en sorte que ses œufs et larves sont « toxiques » pour les autres espèces de Coccinellidae. Ainsi, les coccinelles autochtones qui se nourrissent des larves de la coccinelle asiatique meurent. En revanche, la coccinelle asiatique se nourrit des œufs et larves des coccinelles indigènes sans problème, ce qui contribue à décimer davantage leurs populations… Vous aurez compris que tout cela n’est pas de bon augure!

Très prolifique, la coccinelle asiatique a envahi nos plates-bandes en grand nombre. Or, lorsque les temps froids s’amènent, cette espèce opte pour un comportement différent des autres espèces. Alors que la commune coccinelle à sept points, par exemple, s’enfouit sous la litière de feuilles, la coccinelle asiatique, elle, tente de fuir les rigueurs de l’hiver en se trouvant un nid douillet… dans nos demeures! C’est qu’elle est frileuse, la dame! Il n’est donc pas surprenant que les témoignages de gens envahis par des centaines de coccinelles asiatiques abondent dans les sources que j’ai consultées.

Mais qu’est-ce qui fait que de vastes congrégations de ces coléoptères envahissent certaines maisons ou certains chalets plutôt que d’autres? Lors des chaudes journées d’automne, les coccinelles asiatiques s’activent effectivement – avez-vous vu les nuées de ces individus en septembre et en octobre? – et pénètrent dans toute fissure ou ouverture donnant accès à un abri plus chaud. Les demeures moins bien isolées risquent par conséquent d’être plus affectées. Aussi, il semblerait que les bâtiments situés près de champs et de zones boisées soient plus touchés. De même, si des murs sont exposés aux chauds rayons du soleil, le bâtiment en question deviendra encore plus attrayant.

La vorace larve

La vorace larve

La larve s’est attachée à une feuille et a amorcé sa métamorphose

La larve s’est attachée à une feuille et a amorcé sa métamorphose

Nymphe de la coccinelle

Nymphe de la coccinelle

J’avais déjà entendu dire qu’il était déconseillé de ramasser ces coccinelles à l’aide d’aspirateurs, puisqu’elles peuvent dégager des composantes irritantes pour les humains. Cependant, mes récentes recherches n’appuient pas ces dires et suggèrent qu’elles peuvent se recueillir à l’aide d’aspirateurs, pourvu que le sac soit vidé rapidement, de sorte à éviter des réintroductions (voir plusieurs des sources citées dans la section Pour en savoir plus). Par ailleurs, les nombreux individus qui ont trouvé une voie vers l’intérieur de la demeure peuvent rester inactifs et hiberner dans les zones plus fraîches comme les vides des murs ou les greniers. C’est lors de périodes plus clémentes qu’ils tendent à émerger, par vagues. Cela explique le fait que les gens envahis peuvent observer des émergences de coccinelles à plusieurs moments, et ce, tout au long de l’hiver!

Vous voulez savoir si les organismes qui envahissent vos demeures sont bel et bien des coccinelles asiatiques? Sachez que les motifs et colorations de la coccinelle asiatique sont très variés. Cette image tirée de Wikipédia en fait une bonne démonstration. Le nombre de points observé mais aussi la couleur globale peuvent changer d’un individu à l’autre, rendant l’identification de cette espèce un peu plus complexe. La forme la plus couramment observée au Québec est la forme orangée ponctuée de 19 points noirs. Mais ne concluez pas rapidement sur l’identité de l’individu si celui-ci est jaune ou noir et est orné de 0 à 20 points, dont certains sont rouges. Il pourrait également s’agir de Harmonia axyridis.

La larve est noire et orange. Elle est munie d’épines et de tubercules bien visibles. De forme rampante et allongée, on tend à la comparer à un crocodile miniature. Cependant, l’étonnante voracité des larves de coccinelles ferait sans doute rougir de gêne tout carnassier reptilien! Celles-ci sont en effet capables de se nourrir de plusieurs dizaines de pucerons par jour!

Lorsque vient le temps de se métamorphoser, la larve s’accroche à un substrat (souvent des feuilles d’arbre) par le bout de son abdomen et se transforme en nymphe. Je croyais ces dernières immobiles, mais je fus surprise de voir ces nymphes bouger alors que je tentais de les prendre en photo, comme en témoigne une des vidéos jointes à la présente chronique.

Les adultes ne se reproduisent toutefois pas dans nos demeures en hiver – c’était une des interrogations de mon collègue de travail. Selon les sources consultées, ces derniers ne survivraient que quelques jours. S’ils parvenaient à se reproduire, les larves extrêmement goinfres n’arriveraient pas à s’alimenter et ne pourraient, elles non plus, subsister.

Malgré leur tendance envahissante, les coccinelles asiatiques ont fait leur place parmi la communauté invertébrée du Québec. Espérons que leur prolifération effrénée connaîtra un ralentissement et que les autres espèces similaires sauront rebondir. Peut-être vivront-elles même en harmonie – sans vouloir faire de mauvais jeux de mots avec le nom du genre « Harmonia »! Entre temps, nous ne pouvons que les admirer… envahissantes ou pas, elles demeurent jolies, non?

 

Vidéo 1. Nymphe de coccinelle asiatique qui bouge. Je fus surprise de faire ce constat… et vous?

 

Vidéo 2. Coccinelle asiatique que j’avais examinée sous mon stéréomicroscope il y a de cela quelques années. Je l’avais recueillie dans une toile d’araignée et l’avait prise pour morte… jusqu’à ce qu’elle se mette à bouger sous ma lentille!

 

Vidéo 3. Coccinelles asiatiques qui cherchent un abri pour l’hiver (octobre 2014).

 

Vidéo 4. Lors de chaudes journées automnales, les coccinelles asiatiques se déplacent en grand nombre afin de trouver un abri. On en voit beaucoup ici, en vol (octobre 2014).

 

Pour en savoir plus