Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
Facebook

DocBébitte en bref : Quel couvre-chef!

Drôle de couvre-chef

Drôle de couvre-chef

Et il bouge!

Et il bouge!

La fin de semaine dernière, je me suis affairée à nettoyer l’étang à poissons, comme je le fais chaque printemps. Il s’agit d’une tâche que j’aime bien exécuter : enfiler mes bottes-salopettes et jouer dans la boue, les algues et tout un tas de résidus végétaux! La raison pour laquelle je dois faire ce nettoyage est fort simple : si je laissais toute cette matière organique dans l’étang, les bactéries qui la décomposent engendreraient un manque en oxygène et une qualité de l’eau qui pourraient s’avérer nocifs pour mes poissons adorés – qui, il faut le dire, passent l’hiver dans des aquariums, bien au chaud à l’intérieur.

Bref, chaque année, cette activité devient en quelque sorte une chasse au trésor : quelques invertébrés bien spéciaux prennent refuge dans mon étang – outre les très communs moustiques, chironomes et Dixidae.

Cette année, ce sont deux naïades de libellules de la famille Aeshnidae que j’eus l’honneur de découvrir. Et, oh, surprise, l’une d’entre elles portait un couvre-chef très spécial… et vivant! Cette dernière s’avérait parasitée par une sangsue qui s’agitait alors que je manipulais ma belle naïade hors de l’eau.

C’est un mélange de curiosité et de pitié pour ces libellules que j’aime tant qui me conduisit à retirer la sangsue de la tête de la naïade. Tenant la sangsue dans une pince, ne tirant celle-ci que très légèrement, je fus surprise de voir qu’elle lâcha prise rapidement. Comme vous le savez, je préfère préserver uniquement les invertébrés trouvés déjà morts dans ma collection. Je me permis cependant une petite entorse à cette habitude afin de pouvoir examiner la sangsue de plus près, sous le stéréomicroscope. Cette dernière se retrouva par conséquent dans une fiole remplie d’alcool… et sous la loupe de mon appareil binoculaire!

Le résultat de l’examen approfondi vous est présenté parmi les photographies agrémentant la présente chronique. Il en est de même pour quelques photos et une vidéo de l’Aeshnidae portant fièrement son couvre-chef! Aviez-vous déjà vu quelque chose de tel?

 

Vidéo 1. Remarquez la sangsue qui s’agite sur la tête de la naïade!

 

Quelques autres photographies, pour le plaisir de vos yeux!

Vue dorsale

Vue dorsale

4. Gauche : la sangsue était très petite. Haut à droite : vue ventrale. Bas à droite : vue dorsale.

Gauche : la sangsue était très petite. Haut à droite : vue ventrale. Bas à droite : vue dorsale.

La belle, enfin libérée de son parasite!

La belle, enfin libérée de son parasite!

Les blattes envahissent Cap-Rouge!

Exuvies en grande quantité – ce qui m’a mis la puce à l’oreille!

Exuvies en grande quantité – ce qui m’a mis la puce à l’oreille!

Premier individu observé, vue dorsale

Premier individu observé, vue dorsale

Aie-je attiré votre attention par ce titre digne d’un film Hollywoodien? N’ayez crainte! Bien que je vais bel et bien vous relater des observations de blattes en grande quantité, il ne s’agit pas des effrayantes coquerelles qui envahissent les maisons et qui constituent un vecteur de toutes sortes de maladies.

Saviez-vous qu’il existe de nombreuses espèces de coquerelles ou de blattes qui sont peu ou pas intéressées par les habitations et mœurs des humains? J’ai fait la rencontre de tels individus il y a deux semaines.

C’est le long de la plage Jacques-Cartier, à Cap-Rouge, que je fis une découverte inattendue. Je commençai par remarquer une bonne quantité d’exuvies (peaux de mues) brunes accrochées aux contremarches d’un escalier en pierre, le long d’un sentier. En m’y approchant, je réalisai qu’il s’agissait de blattes – leurs caractéristiques morphologiques sont assez faciles à reconnaître. À mon grand bonheur, il y avait aussi un individu vivant qui venait tout juste de muer. N’étant munie que de mon iPhone, je décidai tout de même de prendre quelques photos et vidéos. En me penchant pour prendre les photos, je fis déguerpir quelques individus qui avaient terminé leur mue – ou pas encore commencé, qui sait? Sur le chemin du retour, je me mis à scruter tout ce qui pouvant sembler être un support adéquat; je vis bon nombre d’autres exuvies, un second individu venant de muer et un troisième qui, je crois, était sur le point de muer.

Premier individu observé, autre angle

Premier individu observé, autre angle

À la suite de ma première observation, pendant la semaine qui suivit, je décidai de retourner à deux reprises au même endroit. Je m’amusai à soulever une plaque de ciment à proximité d’un des endroits où j’avais observé de multiples exuvies. Je fus surprise de voir, lors de ces deux moments distincts, deux individus déguerpir. C’est dire qu’il y a bel et bien une communauté de ces petites créatures qui a élu domicile le long de la plage.

Encore une fois, cependant, je fais appel au calme! Nos charmantes blattes sont, en fait, des blattes de Pennsylvanie (Parcoblatta pennsylvanica), qui préfèrent nettement les milieux forestiers que l’intérieur de nos maisons. Il s’agit de la seule blatte indigène que l’on peut retrouver au Québec; les autres sont introduites et se retrouvent surtout dans nos demeures. En anglais, les blattes de Pennsylvanie sont appelées « wood roaches », soit blattes des bois. Elles affectionnent les dessous de roches, la litière humide ou encore les troncs morts et moisis. Comme vous pouvez vous l’imaginer, elles se délectent de toute sorte de matière organique en décomposition et constituent des organismes omnivores.

Individu qui semble sur le point de muer

Individu qui semble sur le point de muer

Les blattes subissent une métamorphose simple. Cela signifie qu’elles muent à plusieurs reprises tout au long de leur développement en préservant une apparence similaire. Elles ne passent pas par une transformation majeure comme les papillons, par exemple, où la chenille se change en pupe (la chrysalide) avant de passer au stade adulte final. La blatte, elle, passe plus simplement d’une nymphe aptère à un adulte ailé – les deux ayant une apparence comparable si l’on exclut les ailes. À noter que les ailes des femelles sont plus courtes que celles des mâles. Plus spécifiquement, les ailes des femelles laissent voir les derniers segments de l’abdomen, alors qu’elles recouvrent complètement l’abdomen chez le mâle, comme en témoigne cette photographie tirée de BugGuide.

D’ailleurs, sur les photographies que j’ai prises, on peut voir les exuvies des nymphes aptères, ainsi qu’une autre nymphe sur le point de muer. Les individus blancs ne semblent pas encore être au stade adulte, puisqu’on peut voir que leurs ailes sont encore repliées dans un fourreau alaire (elles ne sont pas libres). Lorsqu’elles viennent tout juste de s’extirper de leur carcasse, les blattes sont de couleur blanche. Elles prennent ensuite progressivement une coloration brun sombre au fur et à mesure que leur nouvel exosquelette durci.

Second individu qui vient de muer

Second individu qui vient de muer

Bien que les blattes de Pennsylvanie vivent en milieu boisé, il arrive qu’elles se retrouvent dans nos demeures, en particulier si on les y fait entrer en même temps que le bois de chauffage où elles peuvent se cacher. Il arrive aussi que quelques individus s’infiltrent dans nos maisons si celles-ci ne sont pas étanches et comportent quelques recoins très humides et invitants (pour les blattes, du moins!). Il s’agit d’ailleurs d’une caractéristique-clé de toutes les coquerelles : elles adorent l’humidité! À ce qu’il semble, une maison bien aérée et sèche ne constitue pas un abri de choix pour une coquerelle – quelle qu’elle soit!

Étant donné que les blattes de Pennsylvanie ont des mœurs bien différentes des coquerelles plus exotiques qui envahissent nos demeures, il semble qu’elles ne seraient pas vecteur de diverses maladies contrairement à leurs consœurs. On pourrait donc se permettre de les observer de près, sans craindre de contracter des maladies dignes de films d’horreur! C’est dire que ce ne sont pas toutes les coquerelles qui sont à exterminer! En cas de doute, naturellement, abstenez-vous de toucher et contentez-vous d’observer!

 

Vidéo 1. Brève vidéo offrant une vue d’ensemble sur les exuvies accrochées à un escalier de pierre, ainsi que sur un individu fraîchement extirpé de sa carcasse!

 

 

Pour en savoir plus

Ni un moustique ni une tipule : les Dixidae!

Dixidae Larve

Larve de Dixidae dans ma main; il s’agit de petits insectes

Dixidae Larve 2

Larve de Dixidae observée au microscope

Dixidae Larve 3

Larves de Dixidae prélevées dans mon étang; on voit leur position typique en « U »

En voyant les prévisions météorologiques des prochains jours, je me suis dit que ce serait une bonne idée de vous parler d’invertébrés aquatiques. Après tout, ce sont les seuls qui seront enchantés par la surabondance de pluie prévue!

Trêve de plaisanteries! Je compte en fait vous entretenir au sujet d’un groupe peu connu : la famille Dixidae. Il s’agit de petites mouches (ordre des diptères) dont les larves présentent des caractéristiques faciles à reconnaître. Naturellement, vous aurez deviné que ces dernières prennent naissance et passent la totalité de leur stade larvaire sous l’eau!

Je ne connaissais pas ce groupe lorsque j’échantillonnais les rivières du Québec méridional pendant ma maîtrise et mon doctorat. C’est plutôt grâce au petit étang à poissons situé sur ma propriété (voir cette chronique), que je fis leur connaissance. J’en trouvai également à quelques reprises dans la piscine, lorsque nous tardâmes à la démarrer parce qu’elle était brisée.

En effet, ces larves préfèrent les habitats où le courant est lent. En particulier, elles sont observées plus fréquemment dans les zones d’eau peu profonde, dominées par les herbiers de plantes aquatiques et situées en bordure de cours d’eau et de plans d’eau variés. Elles sont typiquement observées à la surface de l’eau, au repos, leur corps formant une sorte de U inversé : tête dans l’eau, milieu du corps légèrement au-dessus de l’eau et bout de l’abdomen frôlant la surface.

Leur mode de locomotion est double : parfois, elles nagent en pliant et dépliant rapidement leur abdomen. Elles sont aussi capables de ramper et de grimper sur des objets humides situés à la marge du milieu aquatique où elles évoluent. En ce qui concerne leurs habitudes alimentaires, leurs pièces buccales sont munies de franges poilues qui leur permettent de filtrer l’eau qu’elles font circuler près de leur bouche. C’est ainsi qu’elles parviennent à collecter des détritus de tous genres : algues, microorganismes, débris végétaux, etc. Les larves matures seraient également en mesure de brouter les algues et microorganismes qui se déposent sur les végétaux et les roches.

À l’instar d’un bon nombre d’espèces de moustiques (cette chronique), les jeunes Dixidae « respirent » sous l’eau en aspirant l’air présent au-dessus de l’eau à l’aide de stigmates situés au bout de leur abdomen. Toutefois, contrairement aux moustiques qui possèdent un tube respiratoire, les stigmates des Dixidae ne trônent pas au sommet d’une telle protubérance. J’ai pensé bon vous présenter une photographie où l’on peut comparer les deux mécanismes. On y voit notamment les stigmates du Dixidae – deux petits ronds sombres tels des « yeux ».

Dixidae vs Culicidae 1

Dixidae à gauche versus Culicidae (moustique) à droite

Quand vient le temps de se métamorphoser, les larves se hissent hors de l’eau et se transforment en pupe. Elles choisissent un endroit frais et à l’abri de toute dessiccation, habituellement très près du milieu aquatique d’origine.

L’adulte qui en émerge ressemble beaucoup à un maringouin, ou encore à une petite tipule. Tout petit (5 mm ou moins), son corps est allongé et est muni de longues pattes fines. Il ne pique pas et s’avère, par conséquent, inoffensif. En visionnant quelques photographies sur BugGuide d’adultes Dixidae, j’ai réalisé que j’en avais possiblement déjà pris en photographie, mais que je les avais confondus pour une petite espèce de tipule. J’observe annuellement de petits individus correspondant à ce signalement près de mon étang. Au moment de l’écriture du présent billet, je dois cependant vous avouer bien humblement que je ne me sens pas habilitée à identifier les adultes hors de tout doute et que j’ai encore beaucoup à apprendre. Les intéressés pourront néanmoins tenter leur chance à l’aide des précisions offertes par les diverses sources citées à la section « Pour en savoir plus ». Peut-être aurais-je moi-même l’occasion de vous en parler plus en détail lors d’une prochaine chronique!

Dixidae vs Culicidae 2

Les terminaisons de l’abdomen sont faciles à distinguer – Dixidae à gauche et Culicidae à droite

Les larves, en revanche, ne ressemblent à aucun autre diptère et il est aisé de les identifier d’un simple coup d’œil. Examinez attentivement le bout de leur abdomen : il est constitué de deux lobes bordés d’une frange de poils, lesquels encadrent un appendice pointu qui est, lui aussi, muni de plusieurs poils. Le corps a sensiblement le même diamètre du bout de l’abdomen à la tête, contrairement à la larve du maringouin dont les segments du thorax sont fusionnés pour former un segment nettement plus large que le reste du corps. Étant donné que ces deux groupes partagent les mêmes milieux de vie et qu’ils ont une allure similaire, ils risquent plus facilement d’être confondus!

Maintenant, il ne vous reste plus qu’à aller observer les insectes qui semblent flotter en marge d’étangs, de lacs ou de rivières calmes… lorsque la pluie aura cessé, bien sûr! Bonne fin de semaine malgré tout!

 

Vidéo 1. Larves de Dixidae observées au microscope. Vers le milieu de la vidéo, on peut voir le mouvement exercé par les pièces buccales d’un des individus.

 

Vidéo 2. Mouvement et position typique en « U » des larves de Dixidae.

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Bug Guide. Family Dixidae – Meniscus Midges. http://bugguide.net/node/view/193839
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Wikipedia. Dixidae. https://en.wikipedia.org/wiki/Dixidae

Comme un poisson dans l’eau!

Notonecte

Cette notonecte se sent comme un poisson dans l’eau!

C’est le Poisson d’avril! Moi qui cherchais justement une autre raison pour vous entretenir au sujet des insectes aquatiques! Me voilà servie! En cette journée thématique, pourquoi ne pas vous parler de quelques stratégies utilisées par nos fameux arthropodes pour se mouvoir sous l’eau? Le tout, bien sûr, agrémenté de plusieurs vidéos!

Première méthode au menu : les rames! Plusieurs insectes possèdent des pattes bordées de longs poils dont ils se servent telles des rames. C’est le cas notamment des notonectes et des dytiques. Dans la vidéo ci-dessous, on peut observer un dytique adulte à l’œuvre. Voyez comment il se propulse en donnant de vigoureux coups de ses pattes postérieures!

 

Deuxième mode de déplacement : le jet d’eau! Les naïades de libellules du sous-ordre Anisoptera ont une façon bien originale de se déplacer rapidement. Elles possèdent une cavité abdominale qui sert de chambre pour protéger leurs branchies (qui sont, de toute évidence, internes!). Elles pompent l’eau du milieu environnant dans cette chambre par le biais de leur rectum, rien de moins… L’oxygène présent dans l’eau est diffusé vers les branchies; dans un second temps, l’eau dépouillée d’oxygène est expulsée par le même orifice, générant un jet d’eau. Fait intéressant, la naïade se sert de ce jet, qu’elle éjecte avec plus ou moins de vigueur, pour se propulser sous l’eau.

 

Troisième cas : le poisson! À l’instar des poissons qui les entourent, certains insectes se déplacent sous l’eau en donnant des « coups de queue ». C’est le cas de certaines naïades d’éphémères qui utilisent leur abdomen, qu’elles plient et déplient vivement, à cette fin. Aidées de leur longue « queue » (cerques et filament médian), ce mouvement les propulse efficacement à travers la colonne d’eau. Certains de ces taxons sont d’ailleurs appelés « Minnow mayfly » – soit « éphémère-méné » (traduction libre DocBébitte!). On peut voir ce mouvement effectué par un des individus au début de la courte vidéo ci-dessous.

 

Quatrième mode : le tortillement! Parfois, il n’est pas nécessaire de nager de façon très gracieuse pour se déplacer. Certains insectes gigotent et se tortillent si rapidement qu’ils parviennent à changer de localisation, voire s’échapper de quelque prédateur qui serait à leur trousse. Les larves de chironomes en sont un bon exemple : elles s’agitent tellement qu’elles parviennent à s’élever et se mouvoir dans la colonne d’eau. J’avais pris une vidéo, il y a quelques années, alors que ma piscine était brisée et qu’elle s’était retrouvée colonisée par plusieurs espèces d’invertébrés aquatiques. On peut y voir des chironomes (et quelques autres diptères) y nager en très grande quantité. Les voyez-vous se tortiller?

 

Cinquième cas : les piètres nageurs! Certains insectes vivant sous l’eau ne seront jamais des champions olympiques. Il s’agit souvent de prédateurs qui peuvent chasser immobiles, à l’affut, et qui n’ont pas besoin de fuir rapidement. Un bon exemple est la ranatre, dont les longues pattes effilées ne sont pas adaptées à la nage. Elle préfère de loin se déplacer lentement parmi les débris végétaux, comme en témoigne cette dernière vidéo.

 

Cette chronique ne se voulait pas exhaustive quant à l’ensemble des moyens utilisés par les insectes pour se déplacer sous l’eau. J’ose espérer qu’elle vous aura tout de même permis d’en savoir un peu plus au sujet de ces sympathiques arthropodes qui, dans nos lacs et rivières, se sentent comme un poisson dans l’eau!

 

Pour en savoir plus

  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Hauer, F.R., et G.A. Lamberti. 2007. Methods in stream ecology. 877 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

On tripe sur les thrips!

Thrips et doigt

Ces petites formes à côté de mon doigt sont des thrips

Thrips 5

Les cinq thrips observés dans ma salade

Thrips seul

Thrips vu de face

La semaine dernière, en essorant ma salade, j’aperçus quelques petits débris au fond du bol à essorer qui auraient pu passer pour de simples saletés. Je décidai tout de même de les ramasser (pas une tâche facile pour des items de la taille d’un grain de poivre!) et de les examiner sous la loupe de mon stéréomicroscope. Voyant à peine les objets, je n’étais pas entièrement certaine qu’il s’agissait tous d’insectes. Or, ma curiosité fut récompensée! Tous les débris collectés étaient des thrips.

Les thrips sont de petits insectes appartenant à l’ordre des thysanoptères (Thysanoptera). Ils font habituellement tout au plus 2 mm de long et passent, par conséquent, souvent inaperçus. Peut-être avez-vous déjà remarqué de toutes petites formes allongées de couleur blanche, jaune, brune ou noire déambuler sur des légumes ou sur des fleurs? Il est bien possible que vous ayez observé ces fameux thrips.

Ces arthropodes se nourrissent d’une vaste gamme d’aliments, variant selon l’espèce. Certains sont jugés nuisibles et s’attaquent aux plantes ornementales, ainsi qu’aux fruits et aux légumes que l’on cultive, comme, par exemple, le thrips de l’oignon (noter ici que le mot thrips s’écrit avec un s tant au singulier qu’au pluriel!). Dans ces cas, les thrips mangent essentiellement tout ce qu’ils peuvent : les feuilles, les fleurs, les tiges, les bourgeons et les fruits. Rien ne leur échappe! Une liste des différents effets que peuvent avoir ces thrips phytophages sur les plants bien-aimés est présentée notamment sur le site d’Espace pour la vie (voir la section « Pour en savoir plus » ci-dessous). Il importe de noter que les thrips ne sont pas que nuisibles. En effet, d’autres espèces se nourrissent d’invertébrés, de spores, de champignons, de mousses, d’algues ou de lichens. Certaines sont même fort utiles : Selon Evans (2008), quelque 500 espèces retrouvées autour du globe s’avéreraient d’importantes pollinisatrices.

Les ailes des adultes sont bordées d’une frange de poils (sauf pour les individus aptères – tout de même communs chez les thrips) et il s’agit d’une bonne façon de les distinguer des toutes petites mouches auxquelles ils peuvent ressembler au premier coup d’œil. D’ailleurs, le nom thysanoptère provient du grec thysanos (frange) et pteron (ailes). Leurs pièces buccales, quant à elles, sont de type piqueur-suceur et comprennent également une seule mandibule (celle de gauche) qui sert à percer et racler les tissus de la source de nourriture convoitée.

La reproduction se fait souvent par parthénogenèse, c’est-à-dire que les femelles sont en mesure de donner naissance à des rejetons sans être fécondées par un mâle (comme les pucerons dont je parlais ici). Les œufs pondus – fréquemment dans ou sur les espèces végétales préférées – prennent quelques jours (2 à 8) avant d’éclore. La larve qui s’en extirpe ressemble passablement à l’adulte, exception faite qu’elle est plus petite et ne porte pas d’ailes.

Devinette 2017-03-18

J’étais occupée à prendre cette mouche en photographie… mais elle est entourée de petits thrips!

Thrips

Thrips sur une fleur d’onagre

À cause de leur petite taille et de leur propension à s’attaquer aux fruits et légumes que nous mangeons, il n’est pas surprenant de constater que ces insectes font partie des différents arthropodes que nous avalons par inadvertance. Je vous avais d’ailleurs exposé une brève liste d’aliments infestés d’invertébrés de toutes sortes dans cette précédente chronique. Par conséquent, si vous êtes curieux, vous pouvez faire comme moi et examiner à la loupe les résidus d’essorage de vos fruits et légumes : les thrips s’y retrouvent parfois par dizaine. Si vous êtes un peu moins enthousiastes que moi face à toutes ces petites bêtes (ce qui est sans doute le cas si vous êtes normalement constitués!), vous pouvez plutôt jeter un coup d’œil aux différentes sources citées ci-dessous!

 

Pour en savoir plus