Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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DocBébitte en bref : Quel couvre-chef!

Drôle de couvre-chef

Drôle de couvre-chef

Et il bouge!

Et il bouge!

La fin de semaine dernière, je me suis affairée à nettoyer l’étang à poissons, comme je le fais chaque printemps. Il s’agit d’une tâche que j’aime bien exécuter : enfiler mes bottes-salopettes et jouer dans la boue, les algues et tout un tas de résidus végétaux! La raison pour laquelle je dois faire ce nettoyage est fort simple : si je laissais toute cette matière organique dans l’étang, les bactéries qui la décomposent engendreraient un manque en oxygène et une qualité de l’eau qui pourraient s’avérer nocifs pour mes poissons adorés – qui, il faut le dire, passent l’hiver dans des aquariums, bien au chaud à l’intérieur.

Bref, chaque année, cette activité devient en quelque sorte une chasse au trésor : quelques invertébrés bien spéciaux prennent refuge dans mon étang – outre les très communs moustiques, chironomes et Dixidae.

Cette année, ce sont deux naïades de libellules de la famille Aeshnidae que j’eus l’honneur de découvrir. Et, oh, surprise, l’une d’entre elles portait un couvre-chef très spécial… et vivant! Cette dernière s’avérait parasitée par une sangsue qui s’agitait alors que je manipulais ma belle naïade hors de l’eau.

C’est un mélange de curiosité et de pitié pour ces libellules que j’aime tant qui me conduisit à retirer la sangsue de la tête de la naïade. Tenant la sangsue dans une pince, ne tirant celle-ci que très légèrement, je fus surprise de voir qu’elle lâcha prise rapidement. Comme vous le savez, je préfère préserver uniquement les invertébrés trouvés déjà morts dans ma collection. Je me permis cependant une petite entorse à cette habitude afin de pouvoir examiner la sangsue de plus près, sous le stéréomicroscope. Cette dernière se retrouva par conséquent dans une fiole remplie d’alcool… et sous la loupe de mon appareil binoculaire!

Le résultat de l’examen approfondi vous est présenté parmi les photographies agrémentant la présente chronique. Il en est de même pour quelques photos et une vidéo de l’Aeshnidae portant fièrement son couvre-chef! Aviez-vous déjà vu quelque chose de tel?

 

Vidéo 1. Remarquez la sangsue qui s’agite sur la tête de la naïade!

 

Quelques autres photographies, pour le plaisir de vos yeux!

Vue dorsale

Vue dorsale

4. Gauche : la sangsue était très petite. Haut à droite : vue ventrale. Bas à droite : vue dorsale.

Gauche : la sangsue était très petite. Haut à droite : vue ventrale. Bas à droite : vue dorsale.

La belle, enfin libérée de son parasite!

La belle, enfin libérée de son parasite!

5e concours amical de photographies d’invertébrés du Québec

L’été est enfin à nos portes et les insectes sont sortis de leur cachette après un hiver qui ne semblait plus cesser! C’est le temps de sortir nos appareils photo et de sillonner boisés et plates-bandes!

Pour une cinquième année consécutive, je souhaite encourager les photographes amateurs comme vous et moi à nous faire découvrir leurs coups de cœur entomologiques.

Le concours en est un amical notamment parce que ce sont les lecteurs de DocBébitte qui seront invités à voter. Le « prix » en est également un fort simple : la photo élue favorite du public se verra mise en vedette dans le cadre d’une chronique qui portera sur l’invertébré en question.

Vous pouvez jeter un coup d’œil aux gagnants des années passées :

 

Comment participer?

Tout d’abord, il y a quelques règles à suivre :

  • Les invertébrés doivent avoir été photographiés au Québec ou doivent être retrouvés au Québec (aire de répartition qui inclut le Québec);
  • S’il y a des personnes que l’on peut reconnaître sur vos photographies, assurez-vous d’avoir leur accord avant de me transmettre ces dernières, car elles se retrouveront sur Internet;
  • Les photographies n’ont pas besoin d’avoir été prises à l’été 2017. Vous pouvez fouiller dans vos archives!

 

Ensuite, vous devez transmettre vos clichés en suivant ces instructions :

  • Un maximum de trois photographies par personne peut être soumis;
  • La résolution minimale des photographies doit être suffisante (1200 x 1600 pixels et plus est suggéré);
  • Fournir, pour chaque photo soumise, les informations suivantes :
    • Prénom et nom de l’auteur de la photographie;
    • Endroit où la photo a été prise (exemple : Trois-Rivières, Québec);
    • Si vous connaissez déjà le nom de l’invertébré en question, SVP l’indiquer.
    • Si vous possédez déjà une signature personnalisée, l’apposer sur vos photos avant de me les transmettre. Sinon, je me chargerai d’ajouter votre nom sur ces dernières;
    • Transmettre vos photos à info@docbebitte.com d’ici le 25 août 2017.

 

Photographies soumises

Votre photo a reçu le plus de votes? Je m’engage à publier une chronique entière consacrée à l’invertébré « croqué » sur le vif, incluant bien sûr la photographie gagnante en tête de chronique (et crédits photos associés). Bref, vous serez mis en vedette!

Pour ce qui est des autres clichés soumis, ils se retrouveront dans ma banque de photos et pourraient, qui sait, être utilisés dans le cadre de futures chroniques (également accompagnés des crédits photo)!

Un appel aux votes sera effectué auprès des lecteurs DocBébitte après la date limite de soumission.

À vos appareils photo et bonne chance!

Aller hop! Salissez-vous, penchez-vous… et prenez de belles photographies d’insectes!

Aller hop! Salissez-vous, penchez-vous… et prenez de belles photographies d’insectes!

Les blattes envahissent Cap-Rouge!

Exuvies en grande quantité – ce qui m’a mis la puce à l’oreille!

Exuvies en grande quantité – ce qui m’a mis la puce à l’oreille!

Premier individu observé, vue dorsale

Premier individu observé, vue dorsale

Aie-je attiré votre attention par ce titre digne d’un film Hollywoodien? N’ayez crainte! Bien que je vais bel et bien vous relater des observations de blattes en grande quantité, il ne s’agit pas des effrayantes coquerelles qui envahissent les maisons et qui constituent un vecteur de toutes sortes de maladies.

Saviez-vous qu’il existe de nombreuses espèces de coquerelles ou de blattes qui sont peu ou pas intéressées par les habitations et mœurs des humains? J’ai fait la rencontre de tels individus il y a deux semaines.

C’est le long de la plage Jacques-Cartier, à Cap-Rouge, que je fis une découverte inattendue. Je commençai par remarquer une bonne quantité d’exuvies (peaux de mues) brunes accrochées aux contremarches d’un escalier en pierre, le long d’un sentier. En m’y approchant, je réalisai qu’il s’agissait de blattes – leurs caractéristiques morphologiques sont assez faciles à reconnaître. À mon grand bonheur, il y avait aussi un individu vivant qui venait tout juste de muer. N’étant munie que de mon iPhone, je décidai tout de même de prendre quelques photos et vidéos. En me penchant pour prendre les photos, je fis déguerpir quelques individus qui avaient terminé leur mue – ou pas encore commencé, qui sait? Sur le chemin du retour, je me mis à scruter tout ce qui pouvant sembler être un support adéquat; je vis bon nombre d’autres exuvies, un second individu venant de muer et un troisième qui, je crois, était sur le point de muer.

Premier individu observé, autre angle

Premier individu observé, autre angle

À la suite de ma première observation, pendant la semaine qui suivit, je décidai de retourner à deux reprises au même endroit. Je m’amusai à soulever une plaque de ciment à proximité d’un des endroits où j’avais observé de multiples exuvies. Je fus surprise de voir, lors de ces deux moments distincts, deux individus déguerpir. C’est dire qu’il y a bel et bien une communauté de ces petites créatures qui a élu domicile le long de la plage.

Encore une fois, cependant, je fais appel au calme! Nos charmantes blattes sont, en fait, des blattes de Pennsylvanie (Parcoblatta pennsylvanica), qui préfèrent nettement les milieux forestiers que l’intérieur de nos maisons. Il s’agit de la seule blatte indigène que l’on peut retrouver au Québec; les autres sont introduites et se retrouvent surtout dans nos demeures. En anglais, les blattes de Pennsylvanie sont appelées « wood roaches », soit blattes des bois. Elles affectionnent les dessous de roches, la litière humide ou encore les troncs morts et moisis. Comme vous pouvez vous l’imaginer, elles se délectent de toute sorte de matière organique en décomposition et constituent des organismes omnivores.

Individu qui semble sur le point de muer

Individu qui semble sur le point de muer

Les blattes subissent une métamorphose simple. Cela signifie qu’elles muent à plusieurs reprises tout au long de leur développement en préservant une apparence similaire. Elles ne passent pas par une transformation majeure comme les papillons, par exemple, où la chenille se change en pupe (la chrysalide) avant de passer au stade adulte final. La blatte, elle, passe plus simplement d’une nymphe aptère à un adulte ailé – les deux ayant une apparence comparable si l’on exclut les ailes. À noter que les ailes des femelles sont plus courtes que celles des mâles. Plus spécifiquement, les ailes des femelles laissent voir les derniers segments de l’abdomen, alors qu’elles recouvrent complètement l’abdomen chez le mâle, comme en témoigne cette photographie tirée de BugGuide.

D’ailleurs, sur les photographies que j’ai prises, on peut voir les exuvies des nymphes aptères, ainsi qu’une autre nymphe sur le point de muer. Les individus blancs ne semblent pas encore être au stade adulte, puisqu’on peut voir que leurs ailes sont encore repliées dans un fourreau alaire (elles ne sont pas libres). Lorsqu’elles viennent tout juste de s’extirper de leur carcasse, les blattes sont de couleur blanche. Elles prennent ensuite progressivement une coloration brun sombre au fur et à mesure que leur nouvel exosquelette durci.

Second individu qui vient de muer

Second individu qui vient de muer

Bien que les blattes de Pennsylvanie vivent en milieu boisé, il arrive qu’elles se retrouvent dans nos demeures, en particulier si on les y fait entrer en même temps que le bois de chauffage où elles peuvent se cacher. Il arrive aussi que quelques individus s’infiltrent dans nos maisons si celles-ci ne sont pas étanches et comportent quelques recoins très humides et invitants (pour les blattes, du moins!). Il s’agit d’ailleurs d’une caractéristique-clé de toutes les coquerelles : elles adorent l’humidité! À ce qu’il semble, une maison bien aérée et sèche ne constitue pas un abri de choix pour une coquerelle – quelle qu’elle soit!

Étant donné que les blattes de Pennsylvanie ont des mœurs bien différentes des coquerelles plus exotiques qui envahissent nos demeures, il semble qu’elles ne seraient pas vecteur de diverses maladies contrairement à leurs consœurs. On pourrait donc se permettre de les observer de près, sans craindre de contracter des maladies dignes de films d’horreur! C’est dire que ce ne sont pas toutes les coquerelles qui sont à exterminer! En cas de doute, naturellement, abstenez-vous de toucher et contentez-vous d’observer!

 

Vidéo 1. Brève vidéo offrant une vue d’ensemble sur les exuvies accrochées à un escalier de pierre, ainsi que sur un individu fraîchement extirpé de sa carcasse!

 

 

Pour en savoir plus

L’araignée des jardins

L’araignée des jardins femelle – face à face!

L’araignée des jardins femelle – face à face!

Femelle qui a capturé un bourdon

Femelle qui a capturé un bourdon

Avec le retour de la saison chaude apparaissent ça et là des toiles orbiculaires tissées par des araignées bien connues de tous : les araignées des jardins ou épeires diadèmes (Araneus diadematus). Ces araignées très communes sont faciles à reconnaître à cause des marques plus pâles en forme de croix qui flanquent leur abdomen. Leur nom anglais « Cross orbweaver » souligne d’ailleurs cette caractéristique, de même que le terme français « diadème ».

Bien que cet arachnide soit très commun et qu’on tende à le considérer comme un invertébré indigène, il en est tout autre! Notre jolie araignée est originaire d’Europe et a été introduite il y a au moins une centaine d’années. Elle se retrouve au nord-est de l’Amérique du Nord, ainsi que sur la côte ouest entre la Colombie-Britannique et la Californie. Elle semble cependant peu présente dans les plaines centrales.

Les épeires diadèmes tissent leurs toiles sur n’importe quels supports, qu’ils soient rapprochés ou distancés d’un mètre ou deux. Puisque ces derniers incluent des objets communs qui nous entourent – par exemple des poteaux de corde à linge, des haies, des murs de maisons, des tables et des chaises de patios –, il n’est pas surprenant que nous ayons tous déjà reçu une belle grosse épeire en plein visage en fonçant dans sa toile. Cela vous est-il déjà arrivé?

Malgré la stupeur qui peut s’ensuivre, il faut savoir que les épeires sont peu agressives et préfèrent généralement prendre la fuite plutôt que de mordre. Lorsqu’elles ne sont pas dans une toile, ces dernières semblent d’ailleurs maladroites et mal à l’aise. Si, par malchance, vous vous faites mordre, les sources consultées suggèrent que l’effet ne sera guère pire qu’une piqûre de moustique ou qu’une légère piqûre d’abeille si elle se situe dans un endroit sensible.

Et que dire des toiles de ces championnes tisserandes? Il est fascinant d’observer une épeire s’affairant à bâtir sa toile. Il s’agit en effet d’une tâche qui prend beaucoup de minutie, comme le démontre cette vidéo tirée de YouTube, où l’on nous présente les étapes effectuées par l’araignée pour tisser sa toile. Aussi, plusieurs individus entretiennent leur toile sur une base quotidienne. Au lieu de se débarrasser de leur ancienne toile, ces derniers s’en nourrissent et recyclent ainsi les précieux nutriments qu’elle contient, avant de produire de la soie toute neuve!

À cet effet, les épeires produisent différents types de soies. Certaines sont très épaisses, tels des rubans, et servent à momifier tout insecte qui se retrouve captif de leur toile. J’avais justement déjà filmé une épeire en train de momifier un bourdon (vidéo ci-dessous). Voyez comme la soie est large et solide! Je n’aimerais franchement pas être de la taille du bourdon!

Une belle cachette pour déguster sa proie!

Une belle cachette pour déguster sa proie!

Épeire qui tisse sa toile

Épeire qui tisse sa toile

Hauteur parfaite pour recevoir une toile (et son épeire) en plein visage!

Hauteur parfaite pour recevoir une toile (et son épeire) en plein visage!

Sans vouloir être vulgaire, j’ai souvent entendu les araignées des jardins être baptisées « araignées à gros culs ». Cette appellation est sans nul doute associée à l’observation de femelles dont l’abdomen peut prendre des proportions impressionnantes, surtout vers la fin de l’été. Le dimorphisme sexuel est très répandu chez les araignées et les épeires ne font pas exception. Je trouvais d’ailleurs cette photographie tirée de BugGuide très parlante! Selon Bradley (2013), le mâle peut mesurer de 5,7 à 13 millimètres, alors que la femelle atteindrait entre 6,5 et 20 millimètres. Je dois avouer cependant avoir déjà observé, à l’automne, quelques femelles qui faisaient sans aucun doute plus de 20 mm de long!

De plus, ce sont généralement les femelles que l’on peut observer immobiles dans leur toile à l’affût d’une proie. Les mâles se font plus discrets. Ils sont notamment plus mobiles et se déplacent à la recherche d’une conquête convenable. Cela expliquerait également pourquoi ce sont surtout des mâles que je retrouve dans ma piscine. Je vous en avais déjà parlé : ma piscine est un piège-fosse géant dont je me sers pour collectionner mes invertébrés (je ne collecte que ce qui est déjà mort). Les mâles A. diadematus se promenant plus que les femelles, il est donc normal que j’en observe davantage dans ma piscine.

Paquin et Dupérré (2003) expliquent que les mâles de la famille Araneidae, dont font partie les épeires diadèmes, approchent les femelles avec précaution. Lorsqu’ils ont déniché une femelle à leur goût, ils titillent sa toile selon une séquence déterminée reconnue par la femelle. La femelle réceptive se met ainsi en position d’accouplement et laisse le mâle approcher. Cette manœuvre permet au mâle d’annoncer à la femelle qu’il n’est pas une proie – une bonne action à poser s’il ne veut pas se retrouver au menu!

Une fois fécondées, les grosses femelles chargées d’œufs fabriqueront un cocon protecteur dans lequel elles y déposeront leur progéniture. Bien que certaines espèces d’araignées prennent activement soin de leurs œufs et même de leurs jeunes lorsque éclos, cela ne semble pas être le cas des épeires diadèmes. Selon certaines des sources consultées, les femelles mourraient d’épuisement peu après avoir pondu leurs œufs et préparé leur cocon. Les œufs éclosent au printemps et libèrent des dizaines de toutes petites épeires déjà prêtes à tisser leur minuscule toile! Une observation que vous êtes peut-être en train de faire au moment même où je publie ces lignes!

 

Vidéo 1. Épeire diadème en train de momifier un bourdon.

 

Vidéo 2. Épeire diadème qui rapporte un bourdon vers sa cachette, après l’avoir momifié.

 

Vidéo 3. Épeire diadème qui tisse sa toile.

 

Pour en savoir plus