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Quelle forme, ce papillon!

Le joli polygone à taches vertes

Le joli polygone à taches vertes

Je ne pouvais résister à la tentation de faire référence à la fois à la forme particulière et au nom de l’insecte mis en vedette cette semaine : le polygone à taches vertes (Polygonia faunus)! Cet arthropode détient bien son nom, car il semble avoir été savamment ciselé sur mesure.

Il s’agit aussi de l’invertébré-mystère de la semaine dernière, paré pour l’Halloween avec sa somptueuse robe orange et noire. Certains ont deviné qu’il s’agissait bien d’un papillon!

Sortie en août 2017 qui me permit d’observer plusieurs individus

Sortie en août 2017 qui me permit d’observer plusieurs individus

Un des individus croqués sur le vif

Un des individus croqués sur le vif

Notre joli lépidoptère appartient plus précisément à l’illustre famille des Nymphalidae (voir cette chronique), qui regroupe bon nombre de papillons diurnes communs : croissants, morios, belles dames, vulcains, amirals et monarques, pour n’en nommer que quelques-uns.

Le genre Polygonia se distingue des autres nymphalidés par ses ailes particulièrement dentelées. La face dorsale est vivement colorée d’orange et inclut des teintes de brun et de noir à des degrés variables, selon l’espèce. La face ventrale est flanquée d’un petit motif pâle ressemblant à une virgule. Ce motif, parfois plus apparent chez certaines espèces, a donné son nom au polygone virgule (Polygonia comma), de même qu’au polygone à queue violacée dont le nom scientifique latin réfère à la marque, qui ressemble à un point d’interrogation (Polygonia interrogationis).

Chez le polygone à taches vertes, ce motif est un peu moins arrondi, mais peut tout de même être confondu. Par contre, la zone submarginale (située près de l’extrémité) des ailes est caractérisée par des motifs et taches en forme de zigzag qui sont d’une teinte verdâtre. C’est ce critère qui permet l’identification… et qui a de toute évidence donné son nom au papillon! Cela dit, la face ventrale des ailes est aussi bariolée de brun et de beige, donnant à l’arthropode l’apparence d’une feuille morte. Il s’agit là d’un bon camouflage pour éviter tout prédateur.

Les taches verdâtres près de la bordure des ailes sont caractéristiques

Les taches verdâtres près de la bordure des ailes sont caractéristiques

Ce polygone s’affairait à me lécher les doigts

Ce polygone s’affairait à me lécher les doigts

Le polygone à taches vertes s’observe dans les milieux forestiers semi-ouverts et les clairières, en bordure des routes, de même que le long de sentiers et de cours d’eau. Il n’est donc pas surprenant que j’aie observé bon nombre d’individus lors d’une sortie en canot le long de la rivière Jacques-Cartier à l’été 2017 – il s’agit d’un cours d’eau s’écoulant en milieu forestier mixte. En fait, tous les spécimens pris en photo et en vidéo qui agrémentent la présente chronique ont été rencontrés lors de cette sortie. C’était à la fin du mois d’août et beaucoup de ces papillons voletaient le long des berges de la rivière.

Les individus aperçus appartenaient à la première génération de l’année. Ceux-ci s’activent de la mi-juillet jusqu’à la troisième semaine de septembre. Ils passent ensuite l’hiver sous forme adulte, pour s’envoler à nouveau entre le mois de mai et la mi-juin. La reproduction se déroule au printemps, donnant lieu à la nouvelle génération qui apparaît plus tard en été. Comme ils doivent passer au travers de l’hiver, les adultes ont une durée de vie assez longue qui s’étale sur dix mois.

Les adultes se nourrissent de sève, de miellée et de fruits fermentés. Ils ne viennent pas aux fleurs. Quant à la chenille, elle se retrouve sur plusieurs plantes forestières, dont le bouleau blanc, l’aulne, le saule, le gadellier et le groseillier.

Je n’ai pas eu le loisir de voir des chenilles de cette espèce. Ces dernières possèdent des poils épineux qui dissuadent les doigts curieux de leur toucher! Leur coloration varie du brun jaunâtre au rouge brique et, sur leur tête, on peut noter un W blanc caractéristique. En effectuant mes recherches, j’ai noté qu’il y avait peu de photographies des chenilles de ce papillon sur Bug Guide (ce lien), qui est pourtant habituellement bien garni en clichés. Si certains d’entre vous ont déjà capturé cette espèce de chenille en photo, venez partager vos observations sur la page Facebook DocBébitte. J’aimerais bien voir davantage les caractéristiques de cette belle chenille.

 

Vidéo 1. Ce polygone à taches vertes me lèche les doigts. Peut-être que l’eau de la rivière, mêlée à ma sueur (pas de tout repos, le canot de rivière!), me conférait un « bon goût »!

 

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Species Polygonia faunus – Green Comma – Hodges#4423. https://bugguide.net/node/view/12875
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.

Devinette : on se prépare pour l’Halloween!

Le mois d’octobre est déjà bien entamé et petits et grands se préparent à fêter le premier événement marquant cette saison de plus en plus fraîche : l’Halloween!

Dans le monde des insectes, nombreux sont les individus qui arborent un mélange d’orange et de noir (ou brun foncé). Ils semblent tous bien parés pour l’Halloween! Cette semaine, je vous suggère une devinette mettant en vedette un de ces individus. Savez-vous de quel grand groupe d’insectes il s’agit?

Vous pouvez répondre à cette devinette en vous joignant à la Page Facebook DocBébitte ou encore en inscrivant votre réponse dans la section « Commentaires » de la présente chronique. L’invertébré-mystère vous sera dévoilé lors de la prochaine publication DocBébitte!

Paré pour l’Halloween… Mais qui est-ce?

Paré pour l’Halloween… Mais qui est-ce?

Plécoptère ou mégaloptère, là est la question!

Plécoptère adulte (famille Perlidae)

Plécoptère adulte (famille Perlidae)

Les photographes d’insectes, qu’ils soient amateurs ou aguerris, abondent et nombreux sont ceux qui aiment partager leurs découvertes, notamment sur la page Facebook Photos d’insectes du Québec.

À quelques reprises cet été, j’ai vu des photographes se demander s’ils avaient capturé sur le vif un adulte mégaloptère ou un plécoptère. Bien que certains mégaloptères se distinguent très bien par leur taille et leurs mandibules gigantesques (corydales cornues), d’autres groupes comme le genre Chauliodes, en particulier, peuvent ressembler à certains plécoptères.

Mégaloptère adulte (Chauliodes pectinicornis)

Mégaloptère adulte (Chauliodes pectinicornis)

Chez les larves et naïades, la distinction s’effectue assez simplement entre les mégaloptères et les plécoptères. J’avais donné quelques conseils d’identification d’insectes aquatiques dans cette chronique. Pour résumer, les naïades de plécoptères sont munies de fourreaux allaires, ont deux griffes par pattes et portent deux longs appendices effilés situés tout au bout de leur abdomen que l’on appelle « cerques ». Les larves de mégaloptères possèdent un corps mou bordé de longs filaments latéraux (des branchies) et leurs pattes comportent deux griffes. Leur abdomen se termine soit par un long filament unique soit par deux fausses pattes munies de deux crochets chacune. Bien qu’ils puissent être confondus avec d’autres groupes (ex. : coléoptères), les formes que prennent les stades aquatiques de mégaloptères et de plécoptères sont fort différentes.

Les mégaloptères et plécoptères adultes, quant à eux, possèdent quelques attributs qui les distinguent. Mais leur silhouette générale se ressemble. Il s’agit dans les deux cas d’organismes d’assez grande taille qui peuvent mesurer quelques centimètres de longueur. Leur corps est souvent brunâtre, alors que leurs ailes sont longues, nervurées et repliées par-dessus l’abdomen.

Lorsque leurs ailes sont refermées, les deux groupes se ressemblent : plécoptère Pteronarcys à gauche et mégaloptère Chauliodes à droite

Lorsque leurs ailes sont refermées, les deux groupes se ressemblent : plécoptère Pteronarcys à gauche et mégaloptère Chauliodes à droite

Plécoptère (genre Pteronarcys) en haut, mégaloptère (chauliode parchemin) en bas

Plécoptère (genre Pteronarcys) en haut, mégaloptère (chauliode parchemin) en bas

Cerques du plécoptère qui se cachent sous les ailes : vue ventrale

Cerques du plécoptère qui se cachent sous les ailes : vue ventrale

Tarse du plécoptère

Tarse du plécoptère

L’adulte plécoptère est, tout comme la naïade, muni de deux cerques logés au bout de son abdomen. Malheureusement, ses longues ailes cachent souvent ces appendices qui servent de critère d’identification. Si vous ne pouvez voir les cerques, tâchez de vous concentrer sur les pattes (conseil aux photographes!). En effet, les tarses des plécoptères adultes comportent 2 à 3 segments, alors que ceux des mégaloptères en comptent 5. Il s’agit ici d’un des critères utilisés par Merritt et Cummins (1996) afin de discriminer les insectes d’origine aquatique.

Un autre critère que j’ai retrouvé dans mes guides porte sur les ailes. Lorsqu’ouvertes, il est facile de voir que les ailes postérieures des plécoptères sont plus larges que leurs ailes antérieures. Cette différence marquée n’existe pas chez les mégaloptères.

Outre ces critères que je pourrais qualifier « d’officiels » (tirés de guides), on peut noter, à l’œil, d’autres différences aidantes. Par exemple, si vous jetez un coup d’œil à mes photos comparatives, vous remarquerez que le thorax (partie située immédiatement après la tête) de notre plécoptère (ici un individu du genre Pteronarcys) est aussi large que la tête. En revanche, le thorax du chauliode parchemin (Chauliodes pectinicornis) est plus étroit que la tête et de forme légèrement plus allongée. Je ne vous dirai pas que ce critère fonctionne de façon absolue pour toutes les familles de plécoptères et de mégaloptères, mais il donne un petit coup de pouce pour les groupes qui se ressemblent beaucoup (plécoptères Perlidae/Pteronarcyidae versus mégaloptères Chauliodes). En cas de doute, recherchez les cerques ou regardez les tarses et les ailes!

Tarse du mégaloptère

Tarse du mégaloptère

J’aimerais vous dire « à vos appareils photo », mais la saison des insectes tire à sa fin. J’espère néanmoins que ces quelques conseils vous seront utiles lors de la prochaine saison estivale. Vous saurez alors quels angles utiliser et quels organes photographier pour vous permettre d’identifier vos spécimens. Si vous êtes comme moi, ce ne sont pas les angles et le nombre de clichés qui manqueront!

 

PS – Pour ceux d’entre vous qui cherchent des conseils supplémentaires pour distinguer les deux espèces de chauliodes que nous avons au Québec, vous pouvez aussi consulter cette chronique.

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Bug Guide. Order Megaloptera – Alderflies, Dobsonflies, and Fishflies. https://bugguide.net/node/view/233428
  • Bug Guide. Order Plecoptera – Stoneflies. https://bugguide.net/node/view/76
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.