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Festival des insectes 2018 : la tradition se poursuit

Le festival des insectes de Québec célébrait son 4e anniversaire cette année. C’est sur le site de l’Aquarium du Québec, à Québec, que se déroulait cet événement bien attendu par les entomologistes du coin.

Premier arrêt : kiosque de manipulation!

Premier arrêt : kiosque de manipulation!

J’ai manipulé cette blatte

J’ai manipulé cette blatte

Les années précédentes, j’étais présente non seulement comme entomologiste enthousiaste visitant les attraits du site, mais j’effectuais aussi du bénévolat, me permettant tantôt de manipuler bon nombre d’invertébrés exotiques, tantôt d’effectuer de brèves conférences sur des sujets passionnants (voir cette chronique de 2017). Cette année, j’ai pris un petit répit bien mérité en matière de bénévolat, mais je ne pouvais tout de même pas rater cet événement énergisant! Je me suis donc présentée comme simple visiteuse.

Plusieurs kiosques de manipulation d’invertébrés nous attendaient. J’ai personnellement manipulé deux scorpions, une mygale, un phasme, un diplopode gigantesque, ainsi qu’une grosse blatte (photo à l’appui)! Quelques chenilles, mantes et larves de ténébrions étaient également disponibles pour les aventureux.

Dans un autre pavillon, bon nombre de cadres exposaient des insectes naturalisés de toutes formes et couleurs pour le plaisir des yeux. Une dégustation de produits contenant des insectes était aussi possible. C’est ainsi que je me permis des jujubes aux grillons, ainsi qu’un biscuit aux grillons (photos à l’appui). Auriez-vous osé? Je suis encore bien vivante, quelques jours après ladite dégustation!

Finalement, un troisième pavillon permettait aux visiteurs d’acheter des insectes naturalisés et de les épingler eux-mêmes. Étant une piètre monteuse d’insectes – oui, je l’avoue, je n’ai pas une bonne dextérité… et probablement encore moins de patience! – je passai gentiment mon tour pour cette activité!

L’activité « grande absente » cette année : les conférences offertes par des entomologistes amateurs ou aguerris passionnés. Personnellement, j’adorais ces conférences, qui faisaient en sorte que je passais également plus de temps sur le site, à parfaire mes connaissances dans le domaine. Espérons que cette activité sera de retour l’an prochain… car je compte bien y être à nouveau!

Chambre noire des scorpions!

Chambre noire des scorpions!

Pas petites, ces mygales!

Pas petites, ces mygales!

Plusieurs cadres permettaient d’admirer des insectes fort colorés

Plusieurs cadres permettaient d’admirer des insectes fort colorés

Jujubes aux grillons et biscuit aux grillons

Jujubes aux grillons et biscuit aux grillons

Qu’est-ce qui est pire que de trouver un grillon dans son biscuit? Trouver une moitié de grillon!

Qu’est-ce qui est pire que de trouver un grillon dans son biscuit? Y trouver une moitié de grillon!

Les superpouvoirs des araignées (ou Spider-Man peut aller se rhabiller)!

Je demandais récemment aux lecteurs de DocBébitte.com s’ils avaient des sujets à proposer pour une prochaine chronique. Une des suggestions portait sur les araignées – en particulier leur morphologie en ce qui concerne la reproduction. J’avais déjà abordé le sujet dans ce précédent billet, mais il me semblait qu’il y avait encore matière à rédaction! Et j’avais un filon à exploiter!

Il m’était arrivé à plusieurs reprises d’avoir la réflexion suivante : « Spider-Man : plutôt cool, mais biologiquement incorrect! ». Et encore, si Spider-Man était biologiquement correct, à quoi ressemblerait-il? Il est vrai que cette interrogation est purement rhétorique… on demeure d’une façon ou d’une autre dans le domaine de la science-fiction! Mais il me semblait néanmoins amusant de lancer le débat!

Les araignées sont des championnes pour produire de la soie!

Les araignées sont des championnes pour produire de la soie!

J’ouvre donc le débat en précisant que je ne prétends pas être une grande connaisseuse du monde de Spider-Man. J’ai ainsi dû fureter quelque peu sur Internet pour mieux connaître la vaste palette des pouvoirs dont peut faire preuve cet illustre personnage (certains étant plus obscurs et peu présentés au grand écran). En revanche, il m’était plus facile de vanter les prouesses de nos amis arachnides, ayant déjà en main plusieurs ouvrages les concernant. Qu’à cela ne tienne, je me lance, par pur amusement (et parce que ça fait bien quelques années que je me dis que je devrais le faire), dans cette chronique comparative! Que les fanatiques de Spider-Man ou encore que les arachnologues – profanes ou experts – me corrigent s’ils le souhaitent!

Que l’on amorce le débat!

Joute 1 : Production de soie.

Bon, Spider-Man peut produire de la soie comme une araignée, mais il le fait à partir des poignets. Les araignées produisent-elles la soie à partie de leurs pattes? La réponse est non, bien sûr! Pour la quasi-totalité des espèces, la soie est produite par les filières ou le cribellum, deux groupes d’organes situés tout au bout de l’abdomen. Il y a bien un groupe qui produit de la soie à l’aide de glandes modifiées situées au niveau des pièces buccales (Scytodidae, voir les vidéos sur ce site Internet), mais ça se termine ici. Spider-Man n’est pas biologiquement correct, mais je comprends le choix de l’auteur : ça n’aurait sans doute pas été très élégant de créer un superhéros qui éjecte de la soie par son arrière-train!

Autre point concernant la soie : Spider-Man éjecte sa soie à de vastes distances. Selon Paquin et Dupérré (2003), nos araignées québécoises doivent tirer hors de leur corps la soie qu’elles produisent à l’aide de leurs pattes ou encore en accrochant cette dernière à un substrat et en s’y éloignant. Il n’est donc pas question de voir de vastes quantités de soie « gicler » hors de nos arthropodes… sauf encore une fois si l’on pense à notre araignée distincte susmentionnée qui projette la soie par les pièces buccales.

Bref, pour cette joute… Araignée : 1, Spider-Man : 0!

Grimper aux murs : Check!

Grimper aux murs : Check!

Adhérer à une lentille d’appareil photo… Check!

Adhérer à une lentille d’appareil photo… Check!

Joute 2 : Marcher au plafond et à la verticale sur les murs.

Dans Spider-Man (ce petit extrait tiré de YouTube), on suggère que le bout des doigts du héros serait tapissé de multiples petites aiguilles barbelées rétractables. Initialement, je croyais que les caractéristiques qui permettaient aux araignées de déambuler au-dessus de nos têtes étaient les 2 à 3 griffes qui ornent chacune de leurs pattes. J’étais donc prête à accorder à Spider-Man une égalité. Or, en me documentant aux fins de la présente chronique, je fus surprise d’apprendre que ce seraient plutôt les multiples petits poils situés au bout des pattes des araignées qui contribueraient à l’adhésion de ces dernières à toute surface. Plus spécifiquement, des chercheurs ont découvert que ces poils étaient eux-mêmes recouverts de poils encore plus petits séparés en une multitude de pointes. Les points de contact devenant donc infiniment multiples – et dans l’infiniment petit – on se retrouve en présence de forces d’attraction positives et négatives qui font en sorte que l’araignée peut « coller » aux surfaces qu’elle arpente (voir la section « Pour en savoir plus » où les sources citées parlent de la force de van der Waals et offrent plus de détails experts que je ne saurais le faire ici).

Sachant cela, je me demande malgré moi si Spider-Man aurait vraiment pu s’agripper à un mur avec seulement les doigts (et les orteils, je présume?) munis de griffes et de poils. Me pose-je vraiment cette question? Après m’être demandé si je me perdais dans les dédales d’une réalité de toute façon impossible, j’eus l’heureuse surprise de découvrir que plusieurs personnes s’étaient déjà posé la question : voir cette vidéo. Youpi! Je ne suis pas la seule nerd dans la pièce! Et voici la réponse : il faudrait dévouer 40% de notre surface corporelle pour « coller » aux murs comme le font les araignées… quoi qu’un matériau artificiellement créé (voir encore une fois la vidéo ci-dessus qui l’expliquera fort mieux que moi) permettrait d’effectuer cette prouesse en n’utilisant qu’une maigre surface de notre corps – soit 7,5 cm2.

Or, pour l’instant, mon verdict serait quand même : Araignée : 1, Spider-Man : 0!

Joute 3 : « Spider-sense ».

ScreenRant (2017) mentionne un “spider-sense », soit une sorte de sixième sens arachnéen. Il semble que cette caractéristique permette à notre héros de « sentir » le danger venir, avant même de l’avoir perçu par ses cinq sens. Ici, je peux vous dire qu’il y a des ressemblances avec nos arachnides. Les pattes des araignées sont munies de petits poils nommés trichobothries, qui servent à détecter de subtils mouvements dans l’air ambiant. Elles peuvent donc détecter la présence d’individus (lire de proies) à proximité sans avoir à les voir. Cette capacité varie sans doute entre les groupes d’arachnides, certaines étant dotées de grands yeux (comme les Salticidae) alors que d’autres, moins visuelles, s’appuient fort probablement davantage sur ce sixième sens.

J’accorde l’égalité!

Les organes copulateurs chez les mâles sont situés… de chaque côté de leur tête!

Les organes copulateurs chez les mâles sont situés… de chaque côté de leur tête!

Joute 4 : Pièces génitales… Euh, parce qu’il faut bien en parler!

Sérieusement, il s’agit d’une importante erreur biologique qui n’aurait cependant pas eu un bon rendu au cinéma ou dans les revues. Chez les femelles araignées, les pièces consacrées à la reproduction sont situées sur l’abdomen, là où l’on pourrait s’y attendre, mammifères que nous sommes. Or, les mâles araignées portent leurs organes copulateurs… de chaque côté de la tête! Le dernier segment de leurs pédipalpes – des palpes qui ressemblent à une petite paire de pattes de chaque côté de leur tête – est en effet modifié et doté d’un renflement qui comprend les différents organes servant à la copulation. Si vous souhaitez voir un accouplement d’araignées, vous pouvez jeter un coup d’œil à cette précédente chronique et aux vidéos associées.

Pour la joute 4, côté adéquation biologique, je dirais indéniablement: Araignée : 1, Spider-Man : 0.

Prochaines joutes?

Voilà! Je sais qu’il y a d’autres superpouvoirs – tant du côté de Spider-Man que de celui de nos araignées chéries – à comparer, mais je souhaitais lancer le débat et vous laisser, chers lecteurs, alimenter la discussion. Pencherez-vous pour Spider-Man ou pour la classe Arachnida? Que le meilleur gagne!

Vous pouvez faire vos commentaires sur le sujet dans la section « Commentaires » liée à la présente chronique ou encore vous joindre à la Page Facebook DocBébitte pour susciter davantage d’interactions!

 

Vidéo 1. Afin d’extraire la soie de son corps, l’araignée utilise ses pattes ou, comme ici, adhère la soie à un objet en mouvement.

Pour en savoir plus