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Comme vous avez de grandes ailes! Les mégaloptères!

Larve de Corydalidae

Larve de Corydalidae

Larve de Sialidae

Larve de Sialidae

Deux larves de Corydalidae par rapport à ma main

Deux larves de Corydalidae par rapport à ma main

La semaine dernière, j’ai participé à un échange sur la page Facebook Photos d’insectes du Québec au sujet de l’identification de larves de mégaloptères. Il y était question des caractéristiques permettant de distinguer les deux grandes familles de mégaloptères sillonnant nos cours d’eau.

Comme il s’agit d’un groupe que j’affectionne beaucoup, je dois avouer ne pas avoir hésité très longtemps avant de sauter sur l’occasion pour vous en parler davantage!

Les mégaloptères ont déjà fait partie de l’ordre des neuroptères (Neuroptera), mais sont maintenant considérés comme appartenant à l’ordre Megaloptera. Leur nom signifie « larges ailes » et réfère au fait que les ailes sont très grandes par rapport au reste du corps. Néanmoins, pour certains individus, on pourrait simplement parler de « larges organismes », quelques-uns d’entre eux faisant en effet la démonstration de proportions quasi monstrueuses.

Les deux familles de mégaloptères recensées sont les Sialidae et les Corydalidae. Les larves appartenant à ces deux familles sont aquatiques et s’avèrent également être de voraces prédateurs. Toutefois, elles se distinguent assez aisément.

Tout d’abord, les larves matures de Corydalidae peuvent atteindre une impressionnante taille frisant les 10 cm (25 à 90 mm). Lorsque j’échantillonnais bon nombre de rivières québécoises, dans le cadre de ma maîtrise et de mon doctorat, j’observais fréquemment des spécimens de bonne taille. À l’époque, j’avais utilisé le numériseur du laboratoire où je travaillais (pas d’appareil photo numérique… eh oui, cela trahit quelque peu mon âge!) afin de prendre une image de ma main apposée contre deux individus qui avaient été préservés. Vous pouvez voir cette image ci-jointe; les organismes étaient aussi gros et longs que mes doigts! Et que dire de leurs mandibules! Larges et coupantes, on ne voudrait absolument pas y mettre les doigts!

Les larves de Sialidae matures sont de taille plus modeste et mesurent entre 10 et 25 mm. Néanmoins, les individus moins matures d’une ou l’autre de ces familles peuvent être confondus si l’on n’est pas attentifs aux autres caractéristiques.

À cet effet, les larves de Corydalidae portent deux fausses pattes ornées de deux crochets chacune tout au bout de leur abdomen, alors que les Sialidae sont munis d’un seul long filament terminal. Il s’agit là de la meilleure méthode pour distinguer ces deux groupes, peu importe leur taille.

Bout de l’abdomen d’une larve de Sialidae (gauche) et de Corydalidae (droite)

Bout de l’abdomen d’une larve de Sialidae (gauche) et de Corydalidae (droite)

Différents mégaloptères québécois (gracieuseté Cégep de Sherbrooke, par le biais de Sylvie Norman). Rangée du haut (gauche à droite) : Sialis sp., Chauliodes pectinicornis, Chauliodes rastricornis. Rangée du bas : Nigronia sp., Cordydalus cornutus.

Différents mégaloptères québécois (gracieuseté Cégep de Sherbrooke, par le biais de Sylvie Normand). Rangée du haut (gauche à droite) : Sialis sp., Chauliodes pectinicornis, Chauliodes rastricornis. Rangée du bas : Nigronia sp., Cordydalus cornutus.

Je me permets un petit complément d’information pour les curieux : les larves de mégaloptères ressemblent passablement à certaines larves de trichoptères (j’ai quelques chroniques sur le sujet : Hydropsychidae, Limnephilidae ou Rhyacophilidae). Une bonne façon de les distinguer est de porter attention aux caractéristiques de leur abdomen. Premièrement, les mégaloptères sont munis de longs filaments situés de chaque côté de l’abdomen, ce qui n’est pas le cas des trichoptères. Par ailleurs, le bout de l’abdomen des trichoptères se termine par deux fausses pattes, plus ou moins proéminentes, munies chacune d’une seule griffe. S’il y a un long filament ou deux paires de griffes, il ne s’agit pas d’un trichoptère. À noter dans un tel cas qu’il ne s’agit pas systématiquement d’un mégaloptère non plus, certaines larves de coléoptères, par exemple, portant également deux paires de griffes. D’où l’importance de s’attarder à la combinaison de plusieurs critères et non d’un seul!

La tête de ce chauliode (C. rastricornis) est ornée d’ocelles

La tête de ce chauliode (C. rastricornis) est ornée d’ocelles

Cette corydale cornue femelle possède aussi des ocelles (entre les antennes)… et de larges mandibules!

Cette corydale cornue femelle possède aussi des ocelles (entre les antennes)… et de larges mandibules!

Chez les adultes, les différences sont aussi facilement observables et permettent de séparer les deux groupes. Les adultes Sialidae font 10 à 25 millimètres, alors que les adultes Corydalidae ont une envergure s’étalant de 25 à 80 mm (les sources consultées mentionnent quelques espèces dont l’envergure des ailes serait de plus de 100 mm). Les Sialidae ne sont pas ornés d’ocelles, contrairement aux Corydalidae. Leurs ailes sont également repliées au-dessus de leur abdomen, telle une tente, lorsqu’ils sont au repos, par opposition aux ailes des corydales qui sont étalées. Finalement, le quatrième segment tarsal des Sialidae est élargi et possède deux lobes, ce qui n’est pas le cas des Corydalidae.

Comme les larves sont aquatiques, les adultes vont généralement se retrouver à proximité des lacs et des cours d’eau. Beaucoup d’espèces de mégaloptères adultes ne se nourrissent pas, quoique certaines corydales se nourriraient de nectar et de fruits. J’avais d’ailleurs déjà observé un adulte de l’espèce Chauliodes rastricornis (voir cette chronique) en train de se nourrir à la miellée – soit un mélange de sucre et de fruits en décomposition concocté par un collègue entomologiste lors d’une chasse nocturne. Certains individus sont donc encore en mesure de s’alimenter, bien que nombreux sont ceux qui survivent grâce aux réserves accumulées par les voraces larves. Justement, celles-ci sont si gloutonnes qu’elles se nourrissent non seulement d’une myriade d’autres invertébrés, mais elles sont également susceptibles de s’attaquer à des têtards et des petits poissons!

Bien que l’ordre des mégaloptères ne soit pas constitué d’un très grand nombre d’espèces, les préférences de ces dernières en matière d’habitat sont plutôt diversifiées. Alors que certaines seront retrouvées dans les rivières à courant rapide et constant, d’autres seront observées dans les zones littorales de lacs, voire dans des marais et des étangs.

Aucun ocelle présent sur la tête de ce Sialidae adulte (Sialis sp.)

Aucun ocelle présent sur la tête de ce Sialidae adulte (Sialis sp.)

Ce qui est fascinant des mégaloptères, outre leur taille remarquable, c’est leur adaptation à la vie aquatique. Les larves portent de longs filaments, de chaque côté de leur abdomen, qui leur permettent d’assimiler l’oxygène dissous. Elles sont également en mesure de capter cet oxygène à partir des tissus mous du reste de leur abdomen. Comme si ce n’était pas assez, certaines espèces sont munies de touffes de branchies intercalées entre chaque filament abdominal, leur permettant de capter encore plus d’oxygène. De même, plusieurs individus qui vivent dans les eaux peu profondes sont munis de siphons respiratoires un peu plus longs et situés au bout de leur abdomen; ils utilisent ces derniers afin d’aller puiser l’air tout juste au-dessus de la surface de l’eau.

Autre fait intéressant : les larves vivent plusieurs années sous l’eau (parfois jusqu’à 5 années pour les Corydalidae), alors que les adultes ne survivent que quelques semaines pendant la période estivale. La vaste majorité de leur cycle de vie se déroule donc dans les lacs et les rivières. Les mégaloptères sont considérés comme étant plutôt sensibles à la pollution et on les utilise comme indicateurs de l’état de santé du milieu aquatique où ils ont été prélevés. La famille Corydalidae, en particulier, s’est vue attribuer par Hilsenhoff (voir Hauer et Lamberti, 2007) une cote de sensibilité de 0 sur 10, 0 étant la plus sensible possible.

Pourtant, mes propres observations, ainsi que des échanges que j’ai eus avec quelques collègues entomologistes, m’ont conduite à dire que cela est plus ou moins vrai. J’ai retrouvé des larves de ces jolies bêtes en très grand nombre dans des sites modérément affectés par les activités humaines (zones agricoles et/ou urbaines), qui étaient toutefois riches en proies de toutes sortes. C’est donc dire que ces gros prédateurs sont probablement tolérants à un certain niveau de pollution, pourvu que la nourriture soit disponible! Quels goinfres! Leur appétit est sans doute aussi grand que leurs ailes!

 

Vidéo 1. Courte vidéo que j’avais prise lors d’une sortie sur le terrain en 2004. Notez la taille de l’individu en question!

 

Vidéo 2. Ce chauliode parchemin n’aime pas être manipulé et je me fais pincer à la fin de la vidéo!

 

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Order Megaloptera – Alderflies, Dobsonflies, and Fishflies https://bugguide.net/node/view/233428
  • Espace pour la vie. Mégaloptères. http://espacepourlavie.ca/insectes-arthropodes/megalopteres
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Hauer, F.R., et G.A. Lamberti. 2007. Methods in stream ecology. 877 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

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