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Élégant et commun, le papillon tigré!

Chaque année, quand l’été revient, j’ai tellement de sujets possibles sur lesquels rédiger mes chroniques que je ne sais plus où donner de la tête. Au courant des deux dernières semaines, j’ai pu observer un très grand nombre de papillons dans ma cour et dans mon quartier, à Québec, qui appartenaient tous à la même espèce. Je m’étais faite à l’idée qu’il s’agirait d’un bon sujet… idée qui fut cristallisée pas plus tard qu’hier, lors d’une promenade en kayak dans le secteur du Marais du Nord. La quantité de ces papillons voletant le long de la rivière que nous avions empruntée était en effet si grande qu’on les comptait par dizaines.

De qui s’agit-il? Je vous présente notre insecte-vedette : le très joli papillon tigré du Canada (Papilio canadensis)!

Papillon tigré du Canada qui butine dans mes lilas

Papillon tigré du Canada qui butine dans mes lilas

Même individu, autre prise de vue

Même individu, autre prise de vue

Ce sympathique et flamboyant lépidoptère de la famille Nymphalidae arbore une robe à dominance jaune rayée de noir. Il mesure, selon les sources, de 5,3 à 9 cm d’envergure et a un vol qualifié par Handfield (2011) de lent et élégant. À cause de ces attributs, mais aussi parce qu’il aime bien se délecter du nectar de fleurs communes, incluant les lilas, épervières, trèfles et marguerites, il est fréquemment observé. Dans le Québec méridional, il s’agit d’un papillon très commun.

Selon Leboeuf et Le Tirant (2012), la seule espèce semblable avec laquelle on pourrait confondre le papillon tigré du Canada est le Machaon de la baie d’Hudson. Ce dernier porte également fièrement le jaune et le noir. Toutefois, ses ailes sont plus trapues, ses queues plus courtes et son aire de répartition est située nettement plus au nord et à l’ouest que celle de P. canadensis. Ainsi, si vous observez un grand papillon diurne jaune et noir à la hauteur du Québec méridional, il s’agit fort probablement d’un papillon tigré du Canada. Néanmoins, prudence est de mise : selon Handfield (2011), Papilio glaucus, un très proche parent américain dont les caractéristiques sont très similaires, pourrait s’observer au sud du Québec. Sa présence pourrait se faire de plus en plus sentir dans les années à venir, en particulier si le climat de nos latitudes se réchauffe.

Second spécimen – on voit une encoche dans son aile droite

Second spécimen – on voit une encoche dans son aile droite

Vue ventrale

Face ventrale des ailes

Miam miam, des excréments de canard!

Miam miam, des excréments de canard!

Les chenilles sont également remarquables. Le thorax bombé des chenilles matures est muni de deux ocelles qui imitent à merveille les yeux d’un prédateur – probablement ceux d’une couleuvre (voir cette photographie tirée de Bug Guide). Elles possèdent aussi un organe nommé osmeterium qui est situé derrière la tête. Si elles se sentent menacées, elles gonflent cet organe orangé en forme de fourche qui dégage une odeur nauséabonde. Une photographie de la chenille du papillon du céleri, un proche parent appartenant aussi au genre Papilio, exhibant cet organe, avait d’ailleurs été soumise dans un précédent concours amical de photographie DocBébitte (voir cette photographie de Sylvie Benoit).

Les chenilles immatures, de leur côté, ressemblent plutôt à une déjection d’oiseau : elles sont brunes et blanches. En revanche, lors du dernier stade larvaire, tout juste avant la métamorphose en chrysalide, la chenille prend une teinte brun beige ou brun rosé. La chrysalide qui sera formée, quant à elle, s’attachera solidement à une tige ou à une branche. Elle traversera les rigueurs de l’hiver sous cette forme, avant d’en émerger au printemps suivant.

Il est à noter que les plantes-hôtes privilégiées par les chenilles sont le peuplier faux-tremble, ainsi que le bouleau blanc. Peu difficiles, nos larves peuvent également coloniser une myriade d’arbres et d’arbustes tels que les frênes, lilas, autres peupliers et bouleaux, sorbiers et j’en passe! De façon similaire, l’adulte se rencontre dans une vaste palette d’habitats : boisés clairsemés, abords de lacs et de rivières, tourbières, jardins et boisés urbains.

Je vous mentionnais plus tôt que le papillon tigré du Canada se nourrit de nectar. Ce n’est pas tout. Cet insecte ne daigne pas les cadavres d’animaux ou encore le fumier, d’où il tire de précieux nutriments. Ma plus récente observation – qui date d’hier – portait justement sur un individu confortablement installé sur un excrément de canard (voir photographie à l’appui). Quelques instants plus tard, ils étaient deux à se disputer le butin – ce que je ne pus malheureusement capturer à l’aide de mon appareil photo. De façon similaire, il semble commun de voir des attroupements de ce papillon autour de mares boueuses le long des chemins de terre, souvent à la recherche de minéraux.

Au Québec méridional, on peut observer notre arthropode en activité entre la fin mai et la fin juillet (voire jusqu’à la mi-août selon certaines sources). Pour ma part, ici à Québec, j’ai surtout observé de forts pics d’abondance au courant des dernières années vers la fin du mois de juin, en particulier dans les environs de la fête de la Saint-Jean-Baptiste. Comme nous sommes en plein à cette période de l’année, gardez l’œil ouvert pour cette bête peu discrète!

Pour terminer, une petite pensée pour les philatélistes parmi vous (dont ma maman!) : notre jolie créature a fait l’objet d’un timbre émis par Poste Canada le 4 juillet 1988. Photogénique comme elle est, cela n’est pas surprenant, n’est-ce pas?

 

Vidéo 1. Papillon tigré du Canada qui butine les fleurs d’un de mes lilas.

 

Pour en savoir plus

DocBébitte en bref : Quel couvre-chef!

Drôle de couvre-chef

Drôle de couvre-chef

Et il bouge!

Et il bouge!

La fin de semaine dernière, je me suis affairée à nettoyer l’étang à poissons, comme je le fais chaque printemps. Il s’agit d’une tâche que j’aime bien exécuter : enfiler mes bottes-salopettes et jouer dans la boue, les algues et tout un tas de résidus végétaux! La raison pour laquelle je dois faire ce nettoyage est fort simple : si je laissais toute cette matière organique dans l’étang, les bactéries qui la décomposent engendreraient un manque en oxygène et une qualité de l’eau qui pourraient s’avérer nocifs pour mes poissons adorés – qui, il faut le dire, passent l’hiver dans des aquariums, bien au chaud à l’intérieur.

Bref, chaque année, cette activité devient en quelque sorte une chasse au trésor : quelques invertébrés bien spéciaux prennent refuge dans mon étang – outre les très communs moustiques, chironomes et Dixidae.

Cette année, ce sont deux naïades de libellules de la famille Aeshnidae que j’eus l’honneur de découvrir. Et, oh, surprise, l’une d’entre elles portait un couvre-chef très spécial… et vivant! Cette dernière s’avérait parasitée par une sangsue qui s’agitait alors que je manipulais ma belle naïade hors de l’eau.

C’est un mélange de curiosité et de pitié pour ces libellules que j’aime tant qui me conduisit à retirer la sangsue de la tête de la naïade. Tenant la sangsue dans une pince, ne tirant celle-ci que très légèrement, je fus surprise de voir qu’elle lâcha prise rapidement. Comme vous le savez, je préfère préserver uniquement les invertébrés trouvés déjà morts dans ma collection. Je me permis cependant une petite entorse à cette habitude afin de pouvoir examiner la sangsue de plus près, sous le stéréomicroscope. Cette dernière se retrouva par conséquent dans une fiole remplie d’alcool… et sous la loupe de mon appareil binoculaire!

Le résultat de l’examen approfondi vous est présenté parmi les photographies agrémentant la présente chronique. Il en est de même pour quelques photos et une vidéo de l’Aeshnidae portant fièrement son couvre-chef! Aviez-vous déjà vu quelque chose de tel?

 

Vidéo 1. Remarquez la sangsue qui s’agite sur la tête de la naïade!

 

Quelques autres photographies, pour le plaisir de vos yeux!

Vue dorsale

Vue dorsale

4. Gauche : la sangsue était très petite. Haut à droite : vue ventrale. Bas à droite : vue dorsale.

Gauche : la sangsue était très petite. Haut à droite : vue ventrale. Bas à droite : vue dorsale.

La belle, enfin libérée de son parasite!

La belle, enfin libérée de son parasite!

5e concours amical de photographies d’invertébrés du Québec

L’été est enfin à nos portes et les insectes sont sortis de leur cachette après un hiver qui ne semblait plus cesser! C’est le temps de sortir nos appareils photo et de sillonner boisés et plates-bandes!

Pour une cinquième année consécutive, je souhaite encourager les photographes amateurs comme vous et moi à nous faire découvrir leurs coups de cœur entomologiques.

Le concours en est un amical notamment parce que ce sont les lecteurs de DocBébitte qui seront invités à voter. Le « prix » en est également un fort simple : la photo élue favorite du public se verra mise en vedette dans le cadre d’une chronique qui portera sur l’invertébré en question.

Vous pouvez jeter un coup d’œil aux gagnants des années passées :

 

Comment participer?

Tout d’abord, il y a quelques règles à suivre :

  • Les invertébrés doivent avoir été photographiés au Québec ou doivent être retrouvés au Québec (aire de répartition qui inclut le Québec);
  • S’il y a des personnes que l’on peut reconnaître sur vos photographies, assurez-vous d’avoir leur accord avant de me transmettre ces dernières, car elles se retrouveront sur Internet;
  • Les photographies n’ont pas besoin d’avoir été prises à l’été 2017. Vous pouvez fouiller dans vos archives!

 

Ensuite, vous devez transmettre vos clichés en suivant ces instructions :

  • Un maximum de trois photographies par personne peut être soumis;
  • La résolution minimale des photographies doit être suffisante (1200 x 1600 pixels et plus est suggéré);
  • Fournir, pour chaque photo soumise, les informations suivantes :
    • Prénom et nom de l’auteur de la photographie;
    • Endroit où la photo a été prise (exemple : Trois-Rivières, Québec);
    • Si vous connaissez déjà le nom de l’invertébré en question, SVP l’indiquer.
    • Si vous possédez déjà une signature personnalisée, l’apposer sur vos photos avant de me les transmettre. Sinon, je me chargerai d’ajouter votre nom sur ces dernières;
    • Transmettre vos photos à info@docbebitte.com d’ici le 25 août 2017.

 

Photographies soumises

Votre photo a reçu le plus de votes? Je m’engage à publier une chronique entière consacrée à l’invertébré « croqué » sur le vif, incluant bien sûr la photographie gagnante en tête de chronique (et crédits photos associés). Bref, vous serez mis en vedette!

Pour ce qui est des autres clichés soumis, ils se retrouveront dans ma banque de photos et pourraient, qui sait, être utilisés dans le cadre de futures chroniques (également accompagnés des crédits photo)!

Un appel aux votes sera effectué auprès des lecteurs DocBébitte après la date limite de soumission.

À vos appareils photo et bonne chance!

Aller hop! Salissez-vous, penchez-vous… et prenez de belles photographies d’insectes!

Aller hop! Salissez-vous, penchez-vous… et prenez de belles photographies d’insectes!

Les blattes envahissent Cap-Rouge!

Exuvies en grande quantité – ce qui m’a mis la puce à l’oreille!

Exuvies en grande quantité – ce qui m’a mis la puce à l’oreille!

Premier individu observé, vue dorsale

Premier individu observé, vue dorsale

Aie-je attiré votre attention par ce titre digne d’un film Hollywoodien? N’ayez crainte! Bien que je vais bel et bien vous relater des observations de blattes en grande quantité, il ne s’agit pas des effrayantes coquerelles qui envahissent les maisons et qui constituent un vecteur de toutes sortes de maladies.

Saviez-vous qu’il existe de nombreuses espèces de coquerelles ou de blattes qui sont peu ou pas intéressées par les habitations et mœurs des humains? J’ai fait la rencontre de tels individus il y a deux semaines.

C’est le long de la plage Jacques-Cartier, à Cap-Rouge, que je fis une découverte inattendue. Je commençai par remarquer une bonne quantité d’exuvies (peaux de mues) brunes accrochées aux contremarches d’un escalier en pierre, le long d’un sentier. En m’y approchant, je réalisai qu’il s’agissait de blattes – leurs caractéristiques morphologiques sont assez faciles à reconnaître. À mon grand bonheur, il y avait aussi un individu vivant qui venait tout juste de muer. N’étant munie que de mon iPhone, je décidai tout de même de prendre quelques photos et vidéos. En me penchant pour prendre les photos, je fis déguerpir quelques individus qui avaient terminé leur mue – ou pas encore commencé, qui sait? Sur le chemin du retour, je me mis à scruter tout ce qui pouvant sembler être un support adéquat; je vis bon nombre d’autres exuvies, un second individu venant de muer et un troisième qui, je crois, était sur le point de muer.

Premier individu observé, autre angle

Premier individu observé, autre angle

À la suite de ma première observation, pendant la semaine qui suivit, je décidai de retourner à deux reprises au même endroit. Je m’amusai à soulever une plaque de ciment à proximité d’un des endroits où j’avais observé de multiples exuvies. Je fus surprise de voir, lors de ces deux moments distincts, deux individus déguerpir. C’est dire qu’il y a bel et bien une communauté de ces petites créatures qui a élu domicile le long de la plage.

Encore une fois, cependant, je fais appel au calme! Nos charmantes blattes sont, en fait, des blattes de Pennsylvanie (Parcoblatta pennsylvanica), qui préfèrent nettement les milieux forestiers que l’intérieur de nos maisons. Il s’agit de la seule blatte indigène que l’on peut retrouver au Québec; les autres sont introduites et se retrouvent surtout dans nos demeures. En anglais, les blattes de Pennsylvanie sont appelées « wood roaches », soit blattes des bois. Elles affectionnent les dessous de roches, la litière humide ou encore les troncs morts et moisis. Comme vous pouvez vous l’imaginer, elles se délectent de toute sorte de matière organique en décomposition et constituent des organismes omnivores.

Individu qui semble sur le point de muer

Individu qui semble sur le point de muer

Les blattes subissent une métamorphose simple. Cela signifie qu’elles muent à plusieurs reprises tout au long de leur développement en préservant une apparence similaire. Elles ne passent pas par une transformation majeure comme les papillons, par exemple, où la chenille se change en pupe (la chrysalide) avant de passer au stade adulte final. La blatte, elle, passe plus simplement d’une nymphe aptère à un adulte ailé – les deux ayant une apparence comparable si l’on exclut les ailes. À noter que les ailes des femelles sont plus courtes que celles des mâles. Plus spécifiquement, les ailes des femelles laissent voir les derniers segments de l’abdomen, alors qu’elles recouvrent complètement l’abdomen chez le mâle, comme en témoigne cette photographie tirée de BugGuide.

D’ailleurs, sur les photographies que j’ai prises, on peut voir les exuvies des nymphes aptères, ainsi qu’une autre nymphe sur le point de muer. Les individus blancs ne semblent pas encore être au stade adulte, puisqu’on peut voir que leurs ailes sont encore repliées dans un fourreau alaire (elles ne sont pas libres). Lorsqu’elles viennent tout juste de s’extirper de leur carcasse, les blattes sont de couleur blanche. Elles prennent ensuite progressivement une coloration brun sombre au fur et à mesure que leur nouvel exosquelette durci.

Second individu qui vient de muer

Second individu qui vient de muer

Bien que les blattes de Pennsylvanie vivent en milieu boisé, il arrive qu’elles se retrouvent dans nos demeures, en particulier si on les y fait entrer en même temps que le bois de chauffage où elles peuvent se cacher. Il arrive aussi que quelques individus s’infiltrent dans nos maisons si celles-ci ne sont pas étanches et comportent quelques recoins très humides et invitants (pour les blattes, du moins!). Il s’agit d’ailleurs d’une caractéristique-clé de toutes les coquerelles : elles adorent l’humidité! À ce qu’il semble, une maison bien aérée et sèche ne constitue pas un abri de choix pour une coquerelle – quelle qu’elle soit!

Étant donné que les blattes de Pennsylvanie ont des mœurs bien différentes des coquerelles plus exotiques qui envahissent nos demeures, il semble qu’elles ne seraient pas vecteur de diverses maladies contrairement à leurs consœurs. On pourrait donc se permettre de les observer de près, sans craindre de contracter des maladies dignes de films d’horreur! C’est dire que ce ne sont pas toutes les coquerelles qui sont à exterminer! En cas de doute, naturellement, abstenez-vous de toucher et contentez-vous d’observer!

 

Vidéo 1. Brève vidéo offrant une vue d’ensemble sur les exuvies accrochées à un escalier de pierre, ainsi que sur un individu fraîchement extirpé de sa carcasse!

 

 

Pour en savoir plus