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Un monstre discret

Ce n’est pas un secret pour vous, le monde des invertébrés recèle de bêtes plus étranges les unes que les autres. Munies d’épines, de pinces ou de pièces buccales acérées, certaines semblent tout droit sorties d’un film d’horreur. C’est le cas des amblypyges, d’étranges créatures invertébrées que j’ai eu le plaisir de rencontrer pour la toute première fois lors de la dernière conférence de l’AEAQ à Québec, donnée par M. Simon Landry.

Amblypyge_1

Amblypyge photographié lors de la conférence de décembre de l’AEAQ à Québec

Les amblypyges sont des arachnides appartenant à l’ordre Amblypygi que l’on retrouve dans les régions tropicales et subtropicales du globe. Le terme amblypyge – un mot qui procurerait sans doute un pointage impressionnant au Scrabble – signifie, selon le site anglais de Wikipedia, « blunt rump », ce que je traduirais par « arrière-train abrupt »! Ce nom provient du fait que le bout de l’abdomen de ces sympathiques créatures se termine de façon arrondie, contrairement aux Uropyges – de proches semblables – dont l’abdomen se termine par une longue « queue » en fouet (voir cette photographie tirée de Wikipédia).

Comme leurs cousins araignées et scorpions, les amblypyges possèdent quatre paires de pattes. Toutefois, deux de ces pattes sont très fines et élancées et ressemblent davantage à des antennes qu’à des pattes. Elles servent d’ailleurs non pas à la locomotion, mais à « sentir » leur environnement, tout comme le feraient des antennes. On voit l’usage qu’ils font de ces délicates pattes sur la vidéo que j’ai prise lors de la conférence et qui est présentée à la fin de la présente chronique. Les pattes sont en mouvement continuel, touchant et étudiant attentivement la structure du milieu environnant.

Si les amblypyges se fient sur leurs pattes plutôt qu’à leurs yeux, c’est qu’il s’agit à la base d’organismes nocturnes qui tendent à fuir la lumière. On les retrouve notamment sous les roches, les troncs et la litière au sol. Certaines espèces habitent également les cavernes, des milieux où la vue n’est sans doute pas aussi efficace que le toucher. Détrompez-vous, cependant! Ils n’en sont pas pour autant des chasseurs moins efficaces! En effet, ces arachnides sont d’habiles prédateurs et leur menu se compose de divers invertébrés qu’ils parviennent à capturer à l’aide de leurs pédipalpes acérés. Les pauvres victimes se retrouvent d’ailleurs littéralement empalées entre les nombreuses épines ornant les pédipalpes. La vue de ces derniers a de quoi à faire frémir toute bête de taille à être maîtrisée!

Amblypyge_2

Même Amblypyge

À cet impressionnant arsenal s’ajoutent des chélicères prêtes à déchiqueter les proies. Les amblypyges ne se nourrissent effectivement pas de proies solides et vont plutôt les déchirer en de petits morceaux et aspirer les fluides associés. Appétissant, n’est-ce pas?

Malgré leur apparence menaçante, les amblypyges femelles sont de bonnes mamans. La femelle, fécondée après avoir récupéré un spermatophore qu’un mâle a laissé au sol, s’occupera de ses œufs et des jeunes, une fois éclos, pendant un certain laps de temps. Selon Evans (2008), les jeunes resteraient cramponnés au dos de leur mère pour une durée s’échelonnant d’une semaine à un mois, jusqu’à leur seconde mue (la première s’opérant juste avant que les jeunes ne se perchent sur le dos de leur mère). J’ai eu l’occasion de voir des photographies de rejetons amblygypes récemment, que vous pouvez aussi visionner si vous êtes abonnés à la page Facebook de N-Tomo tenue par Simon Landry (suivre ce lien). Ces rejetons sont d’une coloration vert lime pâle et donc d’apparence presque fluorescente. Sur le dos de leur mère, l’on dirait un petit tas de pattes et de corps entremêlés… ce qui ne semble pas plaire à tous!

Soyez cependant rassurés : ces bêtes, bien qu’elles puissent atteindre 4,5 centimètres de long une fois matures, ne sont pas dangereuses pour les humains. Elles semblent même plutôt discrètes et, selon McGavin (2000) ne seraient susceptibles ni de mordre ni de piquer. Avec leurs pédipalpes et leurs chélicères acérés, comptons-nous néanmoins chanceux qu’elles ne fassent pas notre taille… et reléguons cette pensée aux films d’horreur!

 

Vidéo 1. Amblypyge filmé lors de la conférence de l’AEAQ en décembre 2015


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