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Dans l’œil de mon microscope : T’as de jolis yeux, tu sais?

Vous avez sûrement déjà entendu, voire même employé cette phrase classique destinée à séduire un membre du sexe opposé. Qu’ils servent à séduire ou à survivre, les yeux constituent un organe de grande importance dans le monde animal. N’êtes-vous pas en train de vous en servir en ce moment pour lire cette sympathique capsule?

Bref, avoir de grands yeux peut s’avérer être un avantage indéniable chez certains invertébrés. Celui qui figure sur le cliché ci-dessous en possède de particulièrement gros. Savez-vous de qui il s’agit? De plus, à quoi servent ces yeux frontaux bien développés?

Il s’agit là de devinettes auxquelles je vous invite à répondre, simplement pour le plaisir! Pour ce faire, joignez-vous à la Page Facebook DocBébitte ou inscrivez vos réponses dans la section « Commentaires » de la présente chronique. La réponse sera fournie lors de la prochaine publication DocBébitte!

Devinette_2015-11-25

Jolis, tes yeux!

L’été des tenthrèdes de l’orme

Lorsque je vous ai parlé des « fausses chenilles », dans la chronique du 1er novembre dernier, j’avais initialement eu l’intention de vous parler de l’insecte mis en vedette cette semaine. Il s’agit de la larve de la tenthrède de l’orme, un insecte qui ressemble à une grosse chenille jaune.

Cimbex americana

Larve de la tenthrède de l’orme

Cette année, j’en observai par hasard (sans la chercher) à plusieurs reprises, alors que je ne me souvenais pas spécifiquement d’avoir vu cet insecte auparavant. Il faut dire que mon attention était portée vers les insectes aquatiques et cela ne fait que trois années que j’apprends progressivement à connaître les invertébrés terrestres. Il n’en demeure pas moins que cet été semble avoir été celui de la tenthrède de l’orme, du moins pour la région où j’habite! Ou peut-être est-ce mon habileté à remarquer ces individus qui s’est améliorée? Qu’en dites-vous?

La larve est facile à identifier. De grande taille (elle atteint 5 centimètres), on la distingue d’une chenille par le fait qu’elle ne porte qu’une seule paire d’yeux simples, bien visibles, alors que les chenilles sont généralement munies de six paires d’yeux simples. De plus, sa coloration jaunâtre (peut être variable en étant plus blanchâtre ou plus verdâtre) et son dos marqué par une longue ligne sombre sont caractéristiques. Combinés, ces critères confirment que l’on fait face à une tenthrède de l’orme (Cimbex americana), un représentant de l’ordre des hyménoptères (famille Cimbicidae).

Comme son nom français le suggère, cet hyménoptère se délecte des feuilles des ormes. Une de mes observations de cet été s’est d’ailleurs effectuée sous une rangée d’ormes, sur les plaines d’Abraham à Québec. La larve semblait être tombée de son support et sa tête était légèrement bossée. Elle était toutefois toujours bien vivante!

Cimbex americana 2

Vue de face; la seule paire d’yeux simples est bien visible

Cimbex americana 3

La larve atteint une taille appréciable

Malgré cette affinité pour les ormes, les larves ne font pas la fine bouche et peuvent se nourrir également de feuilles de peupliers, d’érables, de bouleaux, de saules et de tilleuls. En dépit de cette diète, elles ne sont pas considérées comme une peste. Elles seraient tout de même en mesure d’endommager certains arbres ornementaux.

Les individus que j’ai observés cet été, y compris celui pris en photographie et présenté dans la présente chronique, se sont tous roulés en spirale lorsque je les ai manipulés. Il s’agit d’un mécanisme de défense, qui peut être accompagné d’une émission d’un fluide blanchâtre provenant de glandes situées près de ses stigmates. À noter que les stigmates sont les parties externes visibles du système respiratoire des larves; il s’agit des points noirs le long du thorax et de l’abdomen que vous pouvez voir sur les photographies.

Le spécimen présenté sur les photographies, de son côté, n’a pas daigné émettre de ce fluide protecteur. Il faut dire que je l’ai trouvé sur un peuplier deltoïde lors d’une promenade dans mon quartier, l’ai ramené à la maison pour l’observer sous mon stéréomicroscope, puis l’ai relâché dans le bois avoisinant. De tout ce temps (environ 30 minutes), il n’a pas bougé d’un millimètre!

L’adulte de la tenthrède de l’orme constitue la plus grosse des mouches à scie (sous-ordre Symphyta chez les hyménoptères) retrouvée en Amérique du Nord. Il s’agit d’un insecte robuste que Marshall (2009) décrit comme ressemblant à un bourdon chauve, mis à part ses antennes se terminant en forme de massue. Sur le site Internet de Les insectes du Québec, vous pouvez voir à quoi ressemble un spécimen adulte (suivre ce lien).

La capture des adultes s’effectuerait pendant une plage horaire bien précise : surtout de 11h à 14h, lors de journées ensoleillées entre les mois de juin et d’août. Par ailleurs, bien que Marshall (2009) indique que ces hyménoptères ne peuvent pas piquer, Dubuc (2007), quant à lui, mentionne qu’ils sont munis de fortes mandibules susceptibles d’infliger une bonne morsure. Les adultes sont à manipuler avec soin, donc!

Pour en savoir plus

Nématomorphes : Les voleurs de corps

En tant qu’entomologiste amateur qui s’exerce à l’identification de spécimens variés que je trouve déjà morts, je dois vous avouer être hantée par une pensée : celle de voir mon spécimen mort se mettre à bouger sous la loupe de mon stéréomicroscope… et voir un organisme étranger en sortir. Cette frissonnante vision n’est pas complètement impossible. De multiples invertébrés sont susceptibles d’être parasités par d’autres, à l’instar du célèbre film « Alien ».

Un exemple bien connu est celui de l’étrange et long ver qui s’extirpe du corps d’araignées et de mantes religieuses popularisé par quelques « perturbantes » vidéos YouTube qui sont devenues littéralement virales (cliquer ici pour la vidéo sur l’araignée et ici pour celle sur la mante religieuse). Noter la taille surprenante des vers par rapport à leur hôte.

Nematomorpha

Nématomorphe capturé au printemps 2015 dans la rivière du Cap-Rouge

Dans ces deux cas, il s’agissait plus précisément d’un nématomorphe (embranchement Nematomorpha), un invertébré non-arthropode. Ce dernier est communément appelé « ver gordien », nom qui lui vient de sa propension à former des nœuds avec son corps lorsqu’il se tortille. En anglais, on l’appelle « hairworm » ou « horsehair worm », car il ressemble à un crin de cheval. À l’instar des crins, les adultes sont en effet longs et minces et arborent des couleurs variant entre le jaune et le noir. Leur diamètre se chiffre entre 0,25 et 3 mm, alors que leur longueur peut s’étaler de quelques centimètres jusqu’à un mètre!

J’ai fait la connaissance de ce groupe d’invertébrés lors de mes études en limnologie (écologie des lacs et des rivières), puisque les nématomorphes ont un cycle de vie étroitement associé aux milieux aquatiques. C’est dans le cadre d’un cours d’écologie générale que j’en vis pour la première fois. À la suggestion du professeur, nous collectâmes des criquets à différentes distances d’un point d’eau. Ensuite, nous les mettions au réfrigérateur, dans des sacs individuels. Le lendemain, nous devions compter combien de ces orthoptères étaient parasités. L’hypothèse était que les orthoptères capturés plus près du point d’eau étaient davantage infectés que les autres. Comment pouvions-nous le voir? C’est en sortant les sacs du frigo que nous obtenions notre réponse : si le criquet n’était plus seul dans son sac – soit accompagné d’un très long ver –, nous savions qu’il était parasité. Plusieurs de nos individus s’avérèrent effectivement parasités et l’expérience fut fort instructive – bien que nous ne pûmes noter de différence significative dans le taux de parasitisme selon l’endroit de capture des criquets.

Lors de mes études sur les milieux aquatiques, je n’en ai pas observé, peut-être parce que ceux-ci se confondaient facilement aux débris des rivières que j’échantillonnais, ou encore parce que je n’échantillonnais pas aux moments de l’année où ils sont plus actifs. Selon Thorp et Covich (2001), c’est au printemps ou tard en été qu’on a le plus de chances d’observer les adultes. Je tombai toutefois sur un individu lors d’une sortie éducative sur le terrain au printemps dernier en compagnie d’un jeune collègue entomologiste; c’est d’ailleurs ce dernier qui remarqua en premier le ver bougeant lentement dans le tas de débris que nous venions de collecter. Cela me permit de prendre les vidéos et les photos qui agrémentent la présente chronique.

Bien que ce soit le long ver adulte émergeant d’invertébrés qui nous fasse frémir, c’est plutôt le stade larvaire qu’il faut craindre – si l’on est un invertébré, bien sûr! Le cycle de vie des nématomorphes se caractérise par quatre stades : l’œuf, la larve préparasitique, la larve parasite et l’adulte vivant en eau libre.

Échantillonnage Cap-Rouge 2015

Milieu où le nématomorphe a été capturé

La femelle dépose ses œufs en milieu aquatique, un à la fois ou en plus grand nombre, formant des filaments gélatineux. Les larves préparasitiques qui en sortent peuvent adopter – selon les espèces – différentes stratégies. Certaines se développent immédiatement dans l’hôte qui les consomme en milieu aquatique. D’autres, qui vivent dans des mares temporaires, vont s’associer aux détritus présents dans l’environnement et survivre à l’assèchement de leur milieu de sorte à être ingérées par des arthropodes terrestres détritivores lorsque l’eau se sera retirée. Toutefois, la grande majorité des espèces de nématomorphes optent pour une troisième stratégie : les larves préparasitiques vont d’abord pénétrer à l’intérieur d’un premier hôte – l’hôte intermédiaire –, où elles stoppent leur développement. Elles attendent ensuite que cet hôte se fasse dévorer par un prédateur ou encore par un omnivore avant de poursuivre leur développement.

L’hôte intermédiaire comprend diverses larves d’invertébrés aquatiques comme les maringouins et les éphémères, mais inclut aussi des poissons et des têtards. Ces hôtes intermédiaires peuvent être consommés par une myriade d’invertébrés – dytiques, libellules, mantes religieuses, carabes, araignées, criquets, grillons – qui deviennent ainsi l’hôte final.

Quand le développement larvaire au sein de l’hôte final est complété, le nématomorphe qui est prêt à émerger doit le faire près d’un milieu aquatique. Comme les invertébrés parasités ne sont pas toujours d’origine aquatique, notre ver gordien doit user de stratégie afin que ces premiers aient envie d’aller s’abreuver ou « se baigner »! Que ce soit par dessiccation des tissus internes ou par un signal chimique généré par le ver parasite qui modifie le comportement de l’hôte, le ver parvient à « guider » ce dernier vers un milieu aqueux. C’est d’ailleurs ce phénomène que nous tentions d’étudier en capturant des criquets à diverses distances d’un point d’eau : nous présumions que les criquets parasités étaient « programmés » pour vouloir se rapprocher de tout milieu aquatique. Intrigant, n’est-ce pas?

Cela dit, une fois dans l’eau, le ver adulte n’a qu’à s’extirper de son hôte afin de compléter son cycle de vie. L’adulte ne se nourrit pas et, comme bien des adultes invertébrés, s’affaire essentiellement à la reproduction.

Si les nématomorphes adultes ont besoin de milieux aquatiques pour poursuivre leur développement, pourquoi les voit-on émerger d’invertébrés terrestres dans les vidéos YouTube susmentionnées? Le fait que les hôtes finaux aient été tués dans les vidéos n’est pas étranger à cette observation : les vers ne font que s’expulser de leur hôte qui, une fois mort, ne leur est plus d’aucune utilité!

En outre, vous aurez compris que ces étonnantes créatures ne sont pas un danger pour les humains : les larves ont besoin d’invertébrés pour survivre et les adultes ne se nourrissent point. Néanmoins, quelques cas de vers gordiens présents dans les excréments ou les vomissures d’humains ont été recensés : il s’agirait probablement de circonstances accidentelles, comme le cas d’une Coréenne qui se serait nourrie de criquets infectés, libérant ainsi dans son estomac les adultes qui n’ont plus leur hôte. Si vous êtes inquiets, je vous suggère de lire cet intéressant article qui aura tôt fait de vous rassurer.

Malgré ces probabilités extrêmement faibles, il n’en demeure pas moins que la capacité de ces bêtes à parasiter, ainsi qu’à altérer le comportement d’un hôte est fascinante et touche notre imagination : celle-ci n’est-elle pas d’ailleurs source d’inspiration pour bien des films d’horreur? Dans le monde des invertébrés, la réalité rencontre visiblement la fiction!

Vidéo 1. Nématomorphe capturé dans la rivière du Cap-Rouge (Québec).

Vidéo 2. Même nématomorphe.

Pour en savoir plus

Chenille ou imposteur ?

Les chenilles font partie des premiers insectes que l’on apprend à identifier. Généralement d’assez bonne taille, colorées et d’allure sympathique, elles figurent couramment dans les livres de contes pour enfants.

Malgré le fait qu’on ait l’impression de bien les connaître, il nous arrive tout de même de faire erreur et d’identifier à tort une chenille qui n’en est pas une. En effet, plusieurs autres invertébrés prennent une forme ressemblant aux chenilles lors de leur stade larvaire… et confondent petits et grands!

Chenille vs tenthrède

Ocelles (yeux simples) d’une chenille versus ocelles d’une larve de tenthrède

Chenille vs tenthrède_Pattes

Fausses pattes : chenille versus larve de tenthrède

Lors de la capsule de la semaine dernière, je vous soumettais plusieurs clichés sur lesquels on retrouvait divers insectes ressemblant à des chenilles. Êtes-vous parvenus à distinguer les « vraies » chenilles (qui sont des lépidoptères) des fausses? Avez-vous deviné à quels ordres d’insectes les autres individus appartenaient?

Il existe quelques trucs faciles qui nous permettent de savoir si l’on fait face à chenille – qui deviendra un papillon – ou à une larve d’un autre insecte. Le premier truc réside dans l’examen des yeux de la bête : les chenilles sont munies de plusieurs yeux simples latéraux (généralement six ocelles de chaque côté de la tête), ce qui n’est pas le cas des autres larves « sosies ». Il s’agit d’une bonne façon pour distinguer les chenilles de certaines larves d’hyménoptères appartenant au groupe des mouches à scie (sous-ordre Symphyta) comme les tenthrèdes, par exemple. Les larves des mouches à scie peuvent ressembler passablement aux chenilles, en arborant des couleurs vives et en étant munies de pseudopattes le long de leur abdomen. Toutefois, leur tête est flanquée de deux yeux simples bien distincts.

Le second truc est d’examiner la présence de fausses pattes. Il s’agit de protubérances retrouvées sous l’abdomen et qui aident à la locomotion; elles s’ajoutent aux trois paires de vraies pattes situées, quant à elles, à la hauteur du thorax. Selon Wagner (2005), la majorité des vraies chenilles possède quatre paires de fausses pattes ou moins situées le long des segments 3 à 6 de l’abdomen (sans compter les pseudopattes anales). Les mouches à scie, quant à elles, en auraient cinq ou plus (ou six ou plus, selon les sources consultées), qui sont visibles généralement dès le second segment (segment 2) de l’abdomen.

Asticot tête réduite

Tête réduite d’un asticot (larve de diptère)

De même, la base des fausses pattes des chenilles arbore des crochets qui sont absents des fausses pattes d’autres larves d’invertébrés, notamment les mouches à scie et divers diptères. Les fausses pattes des diptères qui ressemblent aux chenilles présentent aussi une disposition qui peut être différente : elles ne sont pas nécessairement situées tout le long de l’abdomen (voir la photo de la larve de chironome plus bas à cet effet). Cela inclut également l’absence totale de pseudopattes comme chez les larves de tipules. De plus, les larves de diptères ne portent pas de « vraies » pattes et, selon l’espèce concernée, la tête peut s’avérer être très réduite (comme une larve d’asticot, par exemple).

Finalement, certaines larves de coléoptères ou de neuroptères rampantes et de forme allongée pourraient faire penser à des chenilles, mais l’on peut habituellement voir assez rapidement par leur forme générale, ainsi que la présence d’autres attributs (des plaques thoraciques, des mandibules allongées, absence de pseudopattes, etc.), qu’il ne s’agit pas d’une chenille.

Seriez-vous maintenant prêts à distinguer une chenille d’un autre insecte aux allures similaires? Lors de la devinette du 25 octobre dernier, les participants ont réussi à bien identifier les quatre vraies chenilles qui faisaient partie du lot. Bien joué! Toutefois, ils ont aussi identifié un des imposteurs comme étant une chenille: la tenthrède de la photo #1. Ce dernier aura bien réussi son déguisement!

Vous pouvez voir les réponses à la devinette de la semaine dernière dans le tableau ci-dessous. Bon visionnement!

Qui est une chenille et qui ne l’est pas? Les réponses!
#1. Larve de tenthrède (Hyménoptère) Devinette 1_2015-10-24 #2. Larve de coccinelle (Coléoptère) Devinette 2_2015-10-24 #3. Chenille (Lépidoptère) Devinette 3_2015-10-24
#4. Larve de trichoptère Devinette 4_2015-10-24 #5. Larve de tenthrède (Hyménoptère) Devinette 5_2015-10-24 #6. Larve de tipule (Diptère) Devinette 6b_2015-10-24
#7. Chenille (Lépidoptère) Devinette 7_2015-10-24 #8. Larve de neuroptère Devinette 8_2015-10-24 #9. Chenille (Lépidoptère) Devinette 9_2015-10-24
#10. Larve de cimbicidé (Hyménoptère) Devinette 10_2015-10-24 #11. Larve de chironome (Diptère) Devinette 11_2015-10-24 #12. Chenille (Lépidoptère) Devinette 12_2015-10-24

 

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