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Les Odonates – Partie 2: d’étranges créatures aquatiques

Ma première rencontre avec une larve d’odonate remonte à bien des années et s’est avérée fort mémorable. C’était à l’époque où j’allais fréquemment rejoindre une cousine, qui restait sur le bord de la Baie Saint-François, pour pêcher et se baigner. Je devais être au tout début de l’adolescence.

Macromiidae Larve

Larve d’anisoptère (Famille: Macromiidae)

Je pataugeais sur le bord de la rive et mes pieds s’enfonçaient dans les sédiments fins. En me relevant, quelle ne fut pas ma surprise de voir, collée à ma cuisse, une étrange créature d’un brun foncé. Elle était d’une grosseur appréciable, d’ailleurs. Soudain submergée de peur, je me suis imaginée que j’avais, accrochée après moi, une sorte d’insecte déformé par la pollution (on disait déjà à l’époque que la baie était polluée, surtout dans le temps des fameuses Régates)… Ou encore un extra-terrestre, qui sait! Oui, j’ai toujours eu passablement d’imagination…

Bref, l’évènement m’avait suffisamment marquée pour que l’image de la bestiole en question soit saisie dans ma mémoire, telle une photographie! Quelle ne fut donc pas ma surprise de reconnaître mon « extra-terrestre », bien des années plus tard, alors que je commençai à collecter et identifier des insectes aquatiques dans le cadre de ma maîtrise!

Comme je le mentionnais dans ma chronique de la semaine dernière, les larves d’odonates évoluent en milieu aquatique et sont généralement méconnues. Pourtant, certaines de ces larves présentent des similitudes marquées avec les odonates adultes. La tête – d’une bonne grosseur par rapport au reste du corps – est munie de gros yeux. Les mâchoires sont également fort impressionnantes. Elles sortent, en fait, tout droit d’un film d’horreur! Les mandibules acérées se situent au bout d’un long « tube » qui se déploie, tel la langue d’une grenouille, pour capturer les proies. Cette image, sur Internet, vous donnera une idée de ce dont je vous parle! Ou encore celle-ci!

Naturellement, vous ne serez pas surpris, après avoir vu ces images, si je vous dis que ce sont de redoutables prédateurs, tout comme les adultes. Les larves d’odonates consomment effectivement toutes sortes d’invertébrés aquatiques – incluant des larves d’éphémères, de diptères (mouches noires, maringouins), d’autres odonates, etc. Elles ont un appétit tellement vorace qu’elles se nourrissent même de têtards et de petits poissons aussi gros qu’elles!

Aeshnidae larve

Larve d’anisoptère (Famille: Aeshnidae)

On retrouve des larves d’odonates autant dans les milieux lotiques (eaux courantes, comme les rivières et les ruisseaux) que dans les milieux lentiques (courant lent, comme les lacs ou les abords du fleuve). On peut fréquemment en observer en déplacement, sur les sédiments du fleuve, à marée basse. Il suffit de suivre les traces laissées sur le sable. Parfois elles conduisent à des escargots, mais il m’est arrivée à quelques reprises de tomber sur un odonate! Pour ceux qui n’habitent pas là où l’on retrouve des marées, sachez que vous pouvez également simplement déplacer quelques roches sur le bord d’un lac ou du fleuve. Vos chances de tomber sur un odonate sont appréciables, parole de Doc Bébitte (j’ai plusieurs tentatives à mon actif)!

Si vous « dérangez » une larve d’odonate – en particulier les anisoptères ou libellules (voir l’article de la semaine dernière pour les descriptions) – vous risquez sans doute de la voir se propulser de façon étonnante dans l’eau. En fait, les larves d’anisoptères se déplacent en aspirant l’eau par leur anus en un premier temps et en l’éjectant soudainement en un deuxième temps. D’ailleurs elles se servent de cette « particularité » quand vous tentez de les manipuler hors de l’eau… pour vous asperger!!! C’est aussi de cette façon qu’elles respirent sous l’eau, puisque leurs branchies sont internes – soit localisées dans leur rectum, rien de moins! En « aspirant » de la nouvelle eau oxygénée, les larves peuvent donc rester submergées. En revanche, les larves de zygoptères ou demoiselles ne sont pas munies d’un tel système. Elles possèdent simplement des branchies qui ont plus ou moins l’allure de trois feuilles tout au bout de leur abdomen.

Gomphidae

Larve d’anisoptère (Famille: Gomphidae)

En plus de ces caractéristiques, les larves de zygoptères et d’anisoptères se différencient par la forme de leur corps. En effet, de façon similaire aux odonates adultes, les larves de zygoptères sont plus allongées et frêles que les larves d’anisoptères. Quelques bons guides pour entomologistes aquatiques amateurs ou plus avancés existent : vous pouvez vous référer à la section « Pour en savoir plus » si le sujet vous intéresse! En particulier, le guide du Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs est propre au Québec et est bien vulgarisé. Il est disponible sur Internet, autre fait intéressant!

Pour terminer, les larves d’odonates peuvent passer plusieurs années sous l’eau, à se développer. Certaines espèces peuvent prendre jusqu’à 6 années pour réaliser un cycle de vie complet. Ce n’est donc pas pour rien qu’elles atteignent une taille appréciable : jusqu’à environ 7 centimètres!

Je vous avais dit qu’il y avait beaucoup de choses à raconter sur les odonates? Et bien, je n’ai même pas tout dit! Il faudra bien que je vous parle une prochaine fois de l’intérêt d’étudier les larves d’odonates en tant qu’indicatrices de la qualité des milieux aquatiques! Ça viendra…

Entre temps, j’espère que cette chronique vous aidera à mieux identifier les larves d’odonates lorsque vous en verrez… Afin d’éviter que vous les preniez pour des extra-terrestres!!!

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Les Odonates, Partie 1 : Des fossiles volants

Aujourd’hui, je veux vous entretenir sur un groupe coloré et bien connu d’insectes, les odonates. Il s’agit, en fait des libellules et des demoiselles!

Libellule lydienne

Libellule lydienne (Anisoptère, famille des Libellulidae)

Je comptais initialement vous parler à la fois du cycle de vie adulte et larvaire des 0donates, mais j’ai vite réalisé que j’avais trop de choses à vous écrire sur ce sujet! J’amorce donc cette première chronique en vous parlant des adultes, que vous connaissez sans doute plutôt bien. Les larves, quant à elles, évoluent en milieu aquatique et restent souvent méconnues. Elles feront l’objet de la chronique de la semaine prochaine.

C’est un article sur lequel je suis tombée la semaine dernière qui m’a donnée envie de vous parler de ces superbes insectes. Cet article (ici) explique à quel point les odonates sont de redoutables chasseurs. En effet, une nouvelle étude a observé que le taux de succès des odonates, lorsque vient le temps de capturer une proie, serait de plus de 95%. En comparaison, les lions auraient un taux de succès d’au plus 25%, alors que les requins réussiraient à satisfaire leur appétit environ 50% du temps. Les odonates constituent donc une menace importante pour maringouins, mouches et autres petits insectes du genre.

Demoiseille Calopterigidae

Demoiseille bistrée (Zygoptère, famille des Calopterygidae)

Mais qu’est-ce qui en fait d’aussi redoutables prédateurs? Les odonates sont tout d’abord dotés d’énormes yeux. Combinés à la faculté de tourner leur tête sur pratiquement 360 degrés, cela en fait des insectes munis d’une excellente vision. Les ailes des odonates fonctionnent également de façon indépendante (contrairement, par exemple, aux papillons). Cela les rend extrêmement manœuvrables et ils peuvent « tourner sur un dix cent », comme le veut l’expression! De plus, ils peuvent atteindre une vitesse de 70 km/h, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps à leurs proies pour réagir.

Autre fait : le thorax des odonates est orienté de sorte à ce que leurs pattes soient dirigées vers l’avant, pouvant ainsi former un petit « panier » supplémentaire pour ramasser les insectes qui ne se retrouveraient pas tout à fait vis-à-vis leur bouche. Et que dire de cette bouche… Ce n’est sans doute pas un hasard si le terme odonate, qui prend son origine du mot Grec Odon, signifie « dent ». Il réfère en effet aux mâchoires acérées et proéminentes de ces insectes! Oh, Odonates! Comme vous avez de grandes dents!

Libellue Sympetrum

Sympétrum sp. (Anisoptère, famille des Libellulidae)

Finalement – et c’est sur ce sujet que l’article mentionné plus tôt met l’emphase – les odonates ont la capacité de se concentrer sur une proie, ainsi que de « calculer » la trajectoire de cette dernière afin de s’orienter en conséquence. Selon l’article, cette capacité de concentration s’apparenterait à celle d’un humain essayant d’écouter une conversation lors d’un bruyant cocktail. Équipés ainsi, il devient facile de comprendre pourquoi les odonates n’échouent pas souvent!

Les odonates se divisent en deux sous-groupes, les anisoptères (libellules) et les zygoptères (demoiselles). Ces deux sous-groupes se distinguent facilement. Les demoiselles possèdent un corps frêle et elles maintiennent habituellement leurs ailes jointes et repliées au-dessus de leur corps. En revanche, les libellules sont plus robustes et tiennent leurs ailes ouvertes à l’horizontale de chaque côté de leur corps. Ces différences sont également perceptibles chez les larves, ce que je discuterai la semaine prochaine!

Pour terminer, je parle de « fossiles volants » dans le titre de ma chronique. Ce n’est pas par pur amusement! L’ordre des odonates n’est effectivement pas né de la dernière pluie! Les premiers odonates auraient sillonné le ciel il y a quelque 300 millions d’années. Bien que très similaires en apparence à nos odonates modernes – comme en témoignent plusieurs fossiles retrouvés – les odonates préhistoriques atteignaient toutefois une taille considérable : plus de 70 cm! Imaginez des libellules, à l’appétit vorace, aussi longues que votre bras!

Quoiqu’on en dise, les odonates sont bien appréciés pour leur appétit, en particulier lors de chaudes soirées d’été. Ils contribuent à nous débarrasser efficacement – et de façon entièrement écologique – d’espèces peu désirables, telles maringouins, mouches noires et autres petits vampires ailés! Bon appétit, les amis!

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Et la cigale chanta tout l’été!

Le bruit court dans les médias. La prochaine émergence massive d’une espèce de cigale périodique du genre Magicicada est imminente. Cette cigale n’émerge de la terre, pour devenir un adulte ailé, qu’une fois tous les 17 ans. Et cette année est la bonne pour l’est des États-Unis.

Les cigales font partie de l’ordre des hémiptères. On en retrouve environ une centaine d’espèces en Amérique du nord. Elles ne sont pas toutes périodiques comme celles appartenant au genre Magicicada.

Cicada adulte_2

Cigale caniculaire

Les larves de cigales (qu’on appelle des nymphes) se développent sous terre. Elles sont munies « d’avant-bras » larges et dentelés, très utiles pour se frayer un chemin sous terre. Elles se nourrissent de la sève circulant dans les racines des arbres, qu’elles aspirent à l’aide de leur rostre (long appendice buccal, également retrouvé chez d’autres hémiptères comme les cercopes). Elles peuvent demeurer sous terre de 2 à 17 ans, selon l’espèce!

Lorsqu’elles émergent du sol, elles grimpent le long d’une surface à laquelle elles s’accrochent (végétale, minérale, de nature humaine, peu importe!), puis amorcent leur métamorphose. Leur membrane extérieure, que l’on appelle exosquelette, se solidifie, puis se fend pour laisser sortir un adulte ailé. L’exosquelette du nouvel adulte est, à ce stade, très tendre et il prendra un certain temps avant de se durcir (jusqu’à quelques jours selon l’espèce).

Cicada larve

Exosquelette vide d’une nymphe de cigale

Une fois la métamorphose complétée, les mâles se mettent à chanter pour, bien sûr, attirer des femelles! C’est en faisant vibrer des membranes situées sur leur abdomen – appelées des cymbales abdominales – qu’ils parviennent à émettre leur son caractéristique. Qui n’a pas entendu de cigales chanter lors d’une belle journée d’été?

Les espèces communément retrouvées au Québec sont des cigales dites annuelles. Elles n’émergent pas de façon périodique comme les individus appartenant au genre Magicicada. Bien qu’elles passent plusieurs années sous terre (2 à 5 années), les différentes cohortes émergent graduellement, année après année. Les cigales annuelles sont également plus tardives que les cigales périodiques et on les observe donc plus tard pendant l’été. C’est d’ailleurs en plein mois d’août que ma mère a saisi de magnifiques clichés d’une espèce commune au Québec – et également celle qui est la plus commune dans l’est de l’Amérique du Nord: la cigale caniculaire (Tibicen canicularis). Vous pouvez apprécier ces photographies dans le présent article.

Cicada adulte_1

Cigale caniculaire

Revenons à nos Magicicada. Certaines espèces de ce groupe émergent tous les 13 ou 17 ans. Pourquoi donc n’émerger qu’une fois avoir passé de si nombreuses années sous terre? Ou encore, pourquoi est-ce que toutes les larves d’un secteur plutôt vaste (à l’échelle de quelques états américains) émergent de façon simultanée? En effet, les densités atteintes par ces cigales, au moment de leur émergence, sont surprenantes. Jusqu’à 1,5 million d’individus par acre (un peu plus de 370 millions par kilomètre carré) a été mesuré! Cette densité phénoménale, combinée au long cycle de vie, leur permet d’échapper aux prédateurs. Il semblerait que les densités soient si élevées que les prédateurs finissent par être complètement repus, et ce, même s’il reste encore des centaines de millier de cigales en circulation! Et, comme le cycle de ces cigales est long et irrégulier (nombres impairs et premiers), les prédateurs ne peuvent facilement ajuster leur cycle de vie en conséquence.

Les Magicicada émergent du sol lorsque celui-ci atteint environ 64 degrés Fahrenheit (environ 18 degrés Celsius). Elles émergent donc plus tôt dans les états du sud (fin avril en Caroline du sud) et plus tard dans les états plus nordiques (juin au Michigan). Au moment même où vous lisez cet article (avril 2013), leur émergence est imminente!

Si vous vous intéressez aux cigales périodiques, sachez que des cartes affichant les endroits et les moments prévus des prochaines émergences sont disponibles sur Internet. Plusieurs cohortes, qui n’émergent pas durant la même année, sont réparties à travers les États-Unis. Il est donc possible d’assister à ces émergences sans attendre dans 17 ans!

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Les envahisseurs!

Lépisme et main

Poisson d’argent (lépisme)

Ils sont nombreux et diversifiés. Ils se cachent dans les moindres recoins de votre maison. Non, il ne s’agit pas du scénario d’un nouveau film d’horreur. Ni d’envahisseurs extra-terrestres. Ce sont tout simplement les invertébrés qui habitent avec nous, dans nos humbles demeures!

Bien que certains d’entre eux ne coexistent que de façon temporaire avec nous, question de fuir l’hiver, d’autres demeurent avec nous tout au long de l’année. C’est le cas, par exemple, des lépismes, que vous connaissez sans doute sous le nom de « poissons d’argent ». Les lépismes sont discrets et se tiennent dans les coins plus sombres et humides de nos maisons. Ils sortent de leur cachette la nuit pour se nourrir d’une panoplie de nos « restes » alimentaires et organiques (poussière, cheveux) laissés au sol, ainsi que d’autres produits incluant la colle à tapisserie et les reliures de livres. Ils sont inoffensifs et contribuent même à « nettoyer » certains recoins inatteignables!

Une myriade d’espèces d’araignées est également retrouvée de façon régulière dans nos demeures. C’est le cas de Cheiracanthium inclusum (agrarian sac spider), une araignée jaunâtre d’assez grande envergure (environ 1 cm) qui, bien que normalement retrouvée dans le feuillage des arbres ou des herbacées, à l’affut d’une proie, se faufile aisément dans nos maisons. Ces araignées laissent souvent derrière elles un fil unique, en guise de « corde de sécurité » si elles tombent. Si vous observez de ces fils chez vous (à ne pas confondre avec des fils de poussière!), il est bien possible que vous hébergiez quelques araignées de ce groupe! Selon le livre Common spiders of North America, il s’agit effectivement d’une des araignées les plus communément retrouvées à l’intérieur de nos bâtiments. Toutefois, d’autres espèces, souvent toutes petites (quelques millimètres d’envergure), nous tiennent également compagnie.

Araignée_Sac spider

Cheiracanthium inclusum, araignée commune dans nos maisons

Ces araignées ne représentent aucun danger pour l’être humain. Elles peuvent tout de même mordre pour se défendre, mais aucune d’entre elles n’est venimeuse… si nous demeurons au Québec, bien sûr! Elles contribuent même à nous débarrasser d’autres envahisseurs qui, eux, pourraient s’avérer bien plus néfastes.

Et justement, certains invertébrés « envahisseurs » sont nettement moins bienvenus. Je vous avais parlé, dans un article précédent, de plusieurs charançons qui causaient des dommages aux plantes d’intérieur de mes parents. D’autres envahisseurs s’en prennent directement à nous. Je pense en particulier aux punaises de lit. Ces hémiptères dépourvus d’ailes sont des parasites d’animaux, incluant… les humains. En fait, les punaises de lit nous auraient suivis depuis les cavernes de la préhistoire jusque dans nos demeures des temps modernes. Elles auraient été moins abondantes à partir du milieu du XXe siècle, mais présentent une remontée spectaculaire depuis les années 1990, possiblement attribuable à la mondialisation (accroissement du commerce international, du nombre de voyages internationaux, etc.). Les punaises se nourrissent la nuit, en repérant leurs hôtes par la chaleur qu’ils dégagent. Elles génèrent des morsures qui démangent (et qui dérangent!). Les références que j’ai consultées indiquent qu’il n’est pas démontré que les punaises de lit soient d’importants vecteurs de maladies. Toutefois, une étude a démontré que le VIH pouvait survivre pendant une heure dans l’estomac d’une punaise. Il a aussi été observé que des morsures fréquentes peuvent conduire à une carence en fer, voire à une anémie (comme dans les histoires de vampires!). Nous ne sommes plus bien loin d’un film d’horreur, ici… Et au moment de terminer l’écriture de cette section, j’ai drôlement envie de me gratter!

Un autre envahisseur indésirable est la mite des vêtements (lépidoptère de la famille des Tineidae). J’ai pris des photos de ces mites dans ma maison, ce printemps. Nous retrouvons un adulte par semaine, depuis quelques semaines déjà. L’invasion ne semble pas massive, mais je m’interroge tout de même sur leur provenance. Retrouverais-je éventuellement un vieux chandail de laine rongé? En plus de s’attaquer aux vêtements, les larves de mites peuvent se satisfaire d’autres substrats, tels le tissu d’un tapis, ou encore un amas de poussière localisé sous un meuble. Bref, difficile de trouver la « source d’émanation » dans une grande maison!

Mite vêtements

Mite des vêtements

Des espèces d’invertébrés que nous abritons, certaines sont totalement inoffensives, alors que d’autres sont plus dérangeantes. Mieux les connaître aide à mieux orienter nos actions. Et, bonne nouvelle, la plupart ne nécessitent, en fait, aucune intervention… en autant qu’on soit prêt à ce qu’elles nous tiennent compagnie!

 

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Éphémères, ces insectes!

Certains les appellent des « mannes ». Ils sont bien connus des pêcheurs, qui utilisent des leurres qui leur ressemblent pour pêcher à la « mouche ». Il s’agit des éphémères (ordre des éphéméroptères).

Hexagenia

Éphémère adulte (Hexagenia)

Le nom de ce groupe d’insectes offre un bon indice quant à leur cycle de vie : le stade adulte est effectivement très éphémère et ne dure, pour certaines espèces, que 90 minutes! En fait, ce stade est tellement court que les éphémères adultes ne possèdent même pas de pièces buccales. Leur seul objectif : se reproduire!

Pourtant, les éphémères ont une durée de vie totale qui peut varier de quelques mois à plus de deux ans. C’est cependant sous forme larvaire que les éphémères vont passer la plus grande partie de leur vie.

Les larves d’éphémères se développent sous l’eau. Elles possèdent des branchies le long de leur corps, ce qui leur permet de respirer. Plusieurs espèces sont sensibles à la pollution des milieux aquatiques et sont, par conséquent, utilisées comme indicatrices de la santé des cours d’eau. Lorsque je sillonnais les rivières au Québec, il m’arrivait fréquemment – presque tout le temps, même – d’en capturer. Les larves sont très bien réparties et on les retrouve à peu près partout dans nos lacs et nos rivières. Elles constituent d’ailleurs un maillon important à la base des chaînes alimentaires de ces milieux, étant consommées par d’autres insectes aquatiques prédateurs, ainsi que par de nombreuses espèces de poissons.

Heptageniidae Larve

Larve d’éphémère (Heptageniidae)

Les éphémères constituent également une importante source de nourriture une fois qu’ils sont parvenus au stade adulte, et ce, tant pour les milieux aquatiques que terrestres. En effet, lorsque vient le temps de se reproduire, les larves d’éphémères émergent des milieux aquatiques pour se transformer en adultes ailés. Les émergences peuvent se produire graduellement ou, dans le cas de certaines espèces, de façon soudaine et « massive ». Certaines espèces émergent simultanément en quantités phénoménales et vont même jusqu’à causer certains désagréments! J’avais déjà entendu parler, lors d’une conférence sur les invertébrés aquatiques, qu’il y avait des endroits où l’on devait sortir les camions de déneigement pour ramasser les carcasses d’éphémères à la suite d’émergences massives. En faisant des recherches, je suis tombée sur cet article, qui présente des images concernant une émergence monstre ayant eu lieu en juin 2012 aux États-Unis (Wisconsin).

J’avais également pris une courte vidéo (ci-dessous) lors d’une émergence de caenidae, une sorte de tout petit éphémère, à l’été 2011. Nous étions pris d’assaut par plusieurs individus, qui s’arrêtaient sur nous le temps d’une mue! Fait surprenant, la mue des éphémères qui viennent tout juste d’émerger de l’eau est nécessaire afin que l’individu atteigne le stade final où il peut enfin se reproduire – autrement, il demeurerait à un stade intermédiaire entre la larve aquatique et l’adulte reproducteur! Ce stade, que je qualifierais de pseudo-adulte (organisme ailé qui ressemble à un adulte, mais dont les organes reproducteurs ne sont pas entièrement développés – on parle de subimago dans la littérature), est unique. Il n’existe chez aucun autre insecte.

Malgré les désagréments engendrés chez certains humains, ces émergences font le bonheur de nombreux consommateurs. Tout d’abord, les oiseaux, qui sont souvent en période de nidification lors de ces émergences, s’en servent comme source supplémentaire de protéines! Les poissons aussi se nourrissent des adultes éphémères qui frôlent la surface de l’eau (ou qui y tombent) pendant l’accouplement ou la ponte des œufs. Même les pêcheurs en profitent, en utilisant des leurres qui ressemblent aux éphémères adultes, sachant que les poissons les identifient déjà comme un gourmet repas.

Bref, les éphémères constituent avant tout une espèce utile! D’ailleurs, nombreux sont ceux qui savent profiter de cette « manne », sans mauvais jeu de mots!

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Caeniidae

Éphémère de la famille des Caenidae