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Qui a craché sur mes plantes?

Cercopidae Bave

Cette « bave » que l’on retrouve fréquemment sur les plantes est produite par la larve d’un hémiptère

Vous est-il déjà arrivé de trouver un amas de ce qui ressemblait à de la bave sur vos plantes? Pour ma part, j’en retrouve à chaque année en bonne quantité dans mes plates-bandes (il faut dire que j’ai beaucoup de plates-bandes)!

Ce qui est responsable de cette « bave », c’est un insecte. Il s’agit en particulier d’un hémiptère de la famille des cercopidae. La bave, c’est une substance collante que la larve du cercopidae expulse d’abord de son arrière-train, pour ensuite la faire mousser en exerçant des rotations avec le bas de son corps. Elle s’enduit peu à peu de cette substance qui la protège des prédateurs. Fait intéressant, chez certaines espèces,  il arrive que plusieurs individus partagent le même « lit » mousseux. Le record de taille s’élèverait à un « tas de bave » de un pied de long, partagé par une centaine d’individus. Ouf, ça en fait du jus!!!

L’été dernier, alors que je procédais à un nettoyage de mes plates-bandes, je suis tombée sur une larve qui me semblait à un stade de développement assez avancé. Comme je venais d’arracher son hôte, je me devais de la relocaliser… tout en profitant de cette occasion pour la prendre en photo. Comparativement à la plupart des larves de cercopes que j’avais vues et qui étaient vertes, celle-ci comportait de jolies couleurs, comme en témoigne la photographie ci-dessous. La larve a également profité de l’occasion pour se « trotter » le long de la tige arrachée, ce qui me permit de la prendre sous plusieurs angles!

Cercopidae Larve 1

Larve de cercope que j’ai dû relocaliser!

Les cercopes – et les hémiptères en général – ne sont pas nécessairement appréciés des jardiniers, puisqu’ils s’attaquent aux plantes. Ils possèdent un rostre, long appendice buccal dont ils se servent pour sucer la sève de différents types de plantes. Pour ma part, je les trouve jolis et je les laisse vivre. D’autant plus que j’ai remarqué que les amas de bave étaient en quasi-totalité situés à la base de plantes indésirables – dans mon cas, une sorte de campanule très envahissante et une sorte de graminée également très déterminée à se disperser partout dans mes plates-bandes!

En ce qui concerne les adultes, vous en avez sûrement déjà vu. Il s’agit de petits individus (environ un centimètre), dans des teintes de brun ou de beige, qui bondissent comme des petits ressorts lorsqu’on les approche… Ou encore qui nous bondissent au visage lorsqu’on tente de les tenir dans nos mains… chose qui m’est arrivée plus d’une fois!

Cercopidae Larve 2

Autre larve de cercope

Enfin, si jamais vous remarquez la présence de « bave » sur vos plantes, je serais très curieuse de savoir de quelles plantes il s’agit. On identifie les cercopes comme étant des insectes potentiellement nuisibles, or s’ils se nourrissent en grande partie de nos « mauvaises herbes », ils deviennent davantage nos alliés, qu’en pensez-vous?

 

Pour en savoir plus :

  • Dubuc, Y.      2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
  • Informations et photographies – Famille des cercopidae (adultes et larves): http://bugguide.net/node/view/145
  • Court article sur les cercopes qui parle aussi de leurs préférences alimentaires pour des plantes fixatrices d’azote: http://crawford.tardigrade.net/bugs/BugofMonth21.html

Avoir une faim de… chenille!

Vous avez sans doute déjà entendu ou même utilisé l’expression « avoir une faim de loup » ou encore « manger comme un ogre ». Je propose pour ma part de remplacer le sujet de ces deux expressions par le mot « chenille ». En effet, les chenilles sont reconnues pour avoir un appétit vorace.

Chenille diacrisie 1

Chenille du Diacrisie de Virginie (yellow bear)

La chenille dont je veux vous parler est une jolie petite chenille orangée et poilue qui a dévoré, en quelques jours, plusieurs plantes autour de mon étang. J’ai eu la chance de la voir à l’œuvre et de la suivre (photos et vidéo à l’appui) pendant plusieurs jours.

Son nom commun anglais est le « yellow bear » (ourson jaune). Il s’agit plus précisément de la larve du Diacrisie de Virginie, un joli papillon de nuit blanc que j’avais capturé en photo l’année précédente. Les couleurs de la chenille peuvent varier du jaune pâle au orange foncé. Celle que j’ai suivie était déjà plutôt grosse et de couleur orangée. Toutefois, j’en ai aussi aperçue une seconde, pendant la même période, plus pâle et plus petite. Il s’agissait d’un individu de la même espèce, mais située à un stade de développement moins avancé.

Les chenilles de cette espèce sont faciles à identifier. On les reconnaît à leur allure uniforme poilue, qui comprend également plusieurs poils éparses plus long que les autres. C’est une chenille qui est très commune au Québec. L’adulte, quant à lui, se distingue des autres papillons de nuit par sa robe blanche ponctuée d’un petit point noir caractéristique que l’on peut apercevoir sur son aile, lorsqu’elle est fermée.

Diacrisie Adulte

Adulte du Diacrisie de Virginie

Les chenilles peuvent multiplier leur taille jusqu’à 3000 fois en quelques semaines (variable selon l’espèce, bien sûr!). Ce n’est donc pas pour rien qu’on qualifie le stade larvaire des papillons comme une période de frénésie alimentaire! Et qui dit manger beaucoup dit… eh bien oui, excréter beaucoup! Quelle ne fut donc pas ma surprise lorsque la chenille que je tenais entre mes mains expulsa (et expulser est bien le mot) une boulette dure et verte qui rebondit sur ma main avant d’aller s’écraser au sol! J’ai d’ailleurs eu l’occasion de photographier la « production » en excréments de cette dernière sur les feuilles situées juste en-dessous de son lieu privilégié d’alimentation.

Malgré le fait que cette jolie petite chenille s’est affairée à faire disparaître les feuilles de certaines de mes plantes, et ce, en quelques jours à peine, il semblerait que cette espèce ne soit pas considérée comme une peste. J’imagine qu’il en serait autrement si elles arrivaient par dizaine – ce qui n’est justement pas le cas de cette espèce en particulier.

Les chenilles sont de fort sympathiques animaux qui aiment faire la vedette : il est habituellement assez facile de les manipuler et de les photographier! Qui plus est, elles finissent leur développement sous la forme de jolis papillons qui contribuent à notre émerveillement… ainsi qu’à la pollinisation de nombreux fruits et légumes!

J’ai beaucoup d’autres croustillants détails que j’aimerais partager avec vous au sujet des chenilles. Ce devra être pour une prochaine chronique! Cela dit, je vous laisse sur quelques photos et une courte vidéo, toutes prises à l’été 2012.

(Si la vidéo ci-dessous ne s’affiche pas, vous pouvez l’obtenir ici: http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=i4201JVQ2R4)

Diacrisie Fèces

Fèces de la chenille – Noter également les feuilles environnantes qui ont été mangées

Diacrisie chenille jaune

Chenille du Diacrisie de Virginie – Stade moins avancé

 

Pour en savoir plus:

  • Leboeuf, M. et S. Le      Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des maritimes. 391 p.
  • Marshall, S.A. 2009.      Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North      America. 512 p.
  • Photos et informations sur l’espèce      spilosoma virginica (Bug Guide): http://bugguide.net/node/view/498

La mouche qui veut se faire aussi menaçante que la guêpe

Et non, il ne s’agit pas d’une nouvelle fable de La Fontaine. Il s’agit plutôt d’un fascinant exemple de mimétisme.

Qu’est-ce que le mimétisme? Le petit Robert le défini comme une « propriété que possèdent certaines espèces animales, pour assurer leur protection, de se rendre semblables par l’apparence au milieu environnant, à un être de ce milieu, à un individu d’une espèce mieux protégée ou moins redoutée ». En fait, j’ajouterais que c’est une des intrigantes démonstrations de ce vers où l’évolution – et la sélection naturelle en particulier – peut nous conduire.

Je vous parle aujourd’hui du cas d’un groupe de mouches (ordre des diptères), les syrphidae. Celles-ci en sont venues à ressembler à des abeilles ou des guêpes. Pourquoi, me direz-vous? La réponse est fort simple – surtout si vous avez lu la définition de mimétisme ci-dessus! En effet, pour une mouche, ressembler à un organisme menaçant comme une abeille ou une guêpe augmente passablement ses chances de survie… et donc ses chances de passer ses gênes à de futurs rejetons! Ainsi, si l’on remonte le temps, certaines mouches ont commencé à présenter des caractéristiques physiques similaires à des abeilles ou à des guêpes. Ces mouches se faisaient moins manger que leurs consœurs, les prédateurs croyant faire face à un insecte susceptible de les piquer. C’est ainsi qu’elles eurent davantage la chance de passer leurs gênes… créant un groupe complet de mouches ressemblant de plus en plus à des abeilles ou à des guêpes.

Syrphidae

Syrphidae (Photo: Caroline Anderson)

Les syrphidae sont souvent appelées « mouches à fleur ». Nombreuses d’entre elles se délectent du nectar et du pollen des fleurs et sont d’ailleurs considérées comme étant d’importantes colonisatrices. Fait intéressant, certaines espèces se nourrissent plutôt de la substance sucrée excrétée par les pucerons. On les retrouve donc non pas sur des fleurs, mais accrochées aux feuilles, parmi des tas de pucerons!

La plupart des syrphidae sont prédatrices à l’état larvaire. Plusieurs larves se nourrissent de pucerons, ce qui fait sans doute d’elles de bonnes amies des jardiniers.

Larve syrphidae

Larve aquatique de syrphidae (Photo: Caroline Anderson).

Certaines larves de syrphidae vivent en milieu aquatique. La plus connue est sans doute le « rat-tailed maggot » (traduire asticot queue-de-rat). Son long appendice (voir photo) sert de siphon respiratoire. Cette larve a la capacité de subsister dans des milieux aquatiques très pauvres en oxygène. Elle se sert de son appendice pour aller chercher de l’air vers la surface, où l’oxygène est plus abondant.

En somme, la famille des syrphidae constitue un groupe d’insectes fort utile pour nous, les humains. Les adultes sont de bons pollinisateurs, alors que les larves peuvent contribuer à la lutte biologique aux pucerons. Leur évolution est également fort fascinante. La prochaine fois que vous croyez voir une abeille sur vos fleurs, regardez-là une deuxième fois. Il pourrait bien s’agir d’une mouche à fleur!

Pour en savoir plus:

 

Un charançon dans ma maison ?

Le charançon en question (Photo: Céline Benoit Anderson)

Le charançon en question (Photo: Céline Benoit Anderson)

C’est à la suite de la réception d’une photo que ma mère m’a transmise par courriel – elle souhaitait que j’identifie un insecte « étrange » dans sa maison, en plein mois de janvier – que j’ai finalement décidé d’ériger un blogue sur les invertébrés. Je prends vraiment beaucoup de plaisir à les identifier et à tenter de comprendre quelles sont leurs habitudes.

La question de ma mère était facile à répondre. Il s’agissait, en fait, d’un charançon (photo à l’appui). Les charançons sont des coléoptères, dont la plupart des espèces appartiennent à la grande famille des curculionidae. Fait intéressant (que je viens tout juste d’apprendre en faisant les recherches pour cette chronique): la famille des curculionidae est la plus grande famille d’organismes vivants, toutes catégories confondues. Il y a plus d’espèces dans cette famille qu’il y a d’espèces de vertébrés sur terre!

Ils sont faciles à reconnaître à cause de leur long « museau » (rostre). Le rostre varie en taille et en longueur selon les espèces. La localisation des antennes par rapport au rostre est aussi variable (parfois à la base, parfois tout au bout). C’est ce qui aide, notamment, à distinguer les différentes espèces et à identifier les individus.

Les charançons n’ont pas un long rostre pour rien… Ils s’en servent pour sucer la sève des plantes et le jus (ou la chair tendre) des fruits. Ils se nourrissent également de bois (sous l’écorce), de tiges, de racines, de grains, de noix et j’en passe! J’en vois souvent de tout petits, à chaque été, dans mes plants de framboises. Je les présume responsables des grains de framboise desséchés. Ce n’est pas pour rien que ce groupe d’insecte comprend plusieurs « pestes », qui ne sont pas nécessairement appréciées des agriculteurs. Néanmoins, il semblerait que la majorité des curculionidae soient inoffensifs… certains étant même utiles, puisqu’ils s’attaquent à ce que nous qualifions de « mauvaises herbes ».

Une question demeure : Qu’est-ce qu’un charançon fait dans une maison en plein hiver? Bien que je n’aie pas de réponse absolue, je présume que le charançon en question subsiste en se nourrissant d’une – ou de plusieurs – des plantes de ma mère. Une autre possibilité est qu’il se cachait dans des fruits achetés à l’épicerie et ramenés à la maison par mes parents.

 

Pour en savoir plus…

Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.

Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.

Bug Guide: http://bugguide.net/node/view/139/bgpage

Espèce de charançon du Québec vue de près: http://www.lenaturaliste.net/forum/viewtopic.php?f=42&p=53072

 

Photos d’une autre espèce de charançon (Photos par Caroline Anderson)Charançon3Charançon1b