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DocBébitte en bref : Un nouveau livre sur les papillons!

Nouveau livre québécois par Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant

Nouveau livre québécois par Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant

Bonne nouvelle pour les entomologistes amateurs en cette saison qui s’amorce enfin, après un hiver qui ne semblait plus vouloir nous quitter! En effet, Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant, auteurs du livre Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes, récidivent avec un guide très attendu sur les papillons de nuit et leurs chenilles.

J’avais parlé du premier guide dans cette chronique datant de 2013. À l’époque, je précisais que ce dernier portait uniquement sur les espèces diurnes. Malheureusement, bon nombre de chenilles que je prenais en photo s’avéraient appartenir à des espèces nocturnes. À ma grande déception, je ne parvenais pas à les trouver dans le premier ouvrage de Leboeuf et Le Tirant – qui s’avérait être l’un des tout premiers livres entomologiques à figurer dans ma collection.

Quelle belle surprise j’eus donc ce printemps de tomber par hasard sur ce nouvel ouvrage en allant fureter dans une librairie près de chez moi!

Exemple de planche retrouvée dans le livre

Exemple de planche retrouvée dans le livre

Si vous possédez déjà le premier guide sur les papillons diurnes, vous ne serez pas déstabilisé par le format du second. Comme le premier ouvrage, il est constitué d’une première partie décrivant le cycle de vie, la diversité et la biologie de ces sympathiques organismes, de même que les méthodes d’observation et de capture. Il est composé de planches étalées sur deux pages pour chaque espèce. L’adulte et la chenille y sont illustrés, de même que l’aire de répartition. Une photo présentant tantôt l’adulte, tantôt la chenille ou encore les plantes hôtes est aussi présentée en médaillon.

Jolie chenille bariolée (Hétérocampe verdâtre)

Cette chenille d’hétérocampe verdâtre est retrouvée dans le guide

Les individus comme cet adulte de la célèbre chenille isie Isabelle sont illustrés sur chaque planche

Les individus comme cet adulte de la célèbre chenille isie Isabelle sont illustrés sur chaque planche

Les éléments descriptifs abondent, ce qui fera sans doute le plaisir des gens comme moi qui aiment écrire sur le sujet! On y apprend des notions quant à l’identification de l’espèce présentée (adulte et chenille), les périodes de vol, l’habitat, les plantes hôtes, ainsi que divers autres renseignements utiles.

Bref, il s’agit d’un bel ouvrage à avoir dans sa collection! Et hop! Vivement que l’été arrive afin que je prenne des clichés de nouveaux individus que je pourrai identifier à l’aide de Leboeuf et Le Tirant!

 

Pour en savoir plus

  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2018. Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes. 335 p.

Les « bébittes » de nos demeures

Cela fait un peu plus de sept mois que je suis déménagée et il m’apparaît surprenant de ne pas avoir encore croisé le chemin d’un invertébré dans mon humble demeure! Hormis les bestioles naturalisées que j’ai amenées dans des cadres et des piluliers ou encore celles qui reposent toujours au fond de mon congélateur en attente d’identification (avis aux futurs visiteurs : n’ayez crainte, elles ne sont pas mêlées au reste de la nourriture et je ne compte pas les offrir en repas!), je n’ai vu aucune petite bête à 6 pattes ou plus déambuler où que ce soit! L’immeuble où je loge étant flambant neuf, j’imagine que les « envahisseurs » n’ont pas encore eu le temps de s’infiltrer, mais ne sauront tarder!

Cette réflexion m’a donné envie de recenser quelques-uns des invertébrés les plus souvent observés dans nos demeures – qu’ils soient bénéfiques ou non!

Les deux groupes que j’ai personnellement le plus fréquemment rencontrés dans les logements et maisons que j’ai habités sont sans contredit les araignées et les lépismes.

Même individu, autre angle!

Mon « araignée-zombie »! Quelle surprise j’eus!

Grimper aux murs : Check!

Ces « araignées jaunes » sont fréquemment rencontrées dans nos résidences

Plus jeune, chez mes parents, il me semblait que je passais mon temps à tomber sur des araignées. Aucun autre endroit où j’ai habité ne recelait d’autant de ces bêtes à huit pattes. Même encore aujourd’hui, quand je visite mes parents, je croise toujours au moins un sympathique pholque phalangide (suivre ce lien pour en savoir plus) installé dans sa toile tissée dans un recoin humide de la cave et attendant patiemment une proie. D’autres araignées spécialisées dans la chasse au sol, comme ces fameuses « araignées jaunes » (souvent des Clubionidae ou des Eutichuridae du genre Cheiracanthium), se baladent régulièrement sur toutes les surfaces horizontales et verticales possibles.

Dans la maison que j’ai occupée plus récemment à Québec, j’ai également retrouvé bon nombre d’individus appartenant à toutes sortes de familles. Épeires diadèmes, araignées sauteuses (Salticidae), Corinnidae, Agelenidae et j’en passe! Il s’agissait d’espèces que l’on retrouvait beaucoup à l’extérieur autour de la maison et qui s’introduisaient sans doute par inadvertance à l’intérieur. Une de ces dernières – une épeire diadème femelle de taille moyenne – avait tissé sa toile près de la porte d’entrée assez tard à l’automne. Ayant pitié d’elle alors que la température se faisait de plus en plus froide, je la descendis dans la cave, près d’une fenêtre où s’accumulaient des chironomes adultes (petits moucherons). Ceux-ci avaient aussi été introduits par inadvertance dans notre demeure, année après année, lorsque mon ex-conjoint et moi rentrions les poissons de l’étang (voir cette chronique) vers la maison afin qu’ils y passent un hiver douillet (les poissons, pas les chironomes!). Bref, j’espérais que la jolie épeire survive ainsi, nous débarrassant par le même fait des chironomes très abondants, mais je la retrouvai malheureusement morte et desséchée environ deux ou trois mois plus tard.

J’ai quelques anecdotes supplémentaires au sujet d’araignées retrouvées dans des situations particulières : par exemple, cette araignée que j’ai retrouvée vivante au fond d’une boîte pleine de piluliers… d’araignées mortes préservées dans l’alcool (lire l’anecdote complète ici). J’ai sursauté, me demandant pendant quelques fractions de seconde si l’une de mes araignées mortes était en fait revenue à la vie. S’agissait-il d’une araignée-zombie? Ou encore, l’anecdote concernant l’araignée qui avait tissé sa toile dans mon chocolat de Pâques quand j’étais plus jeune (ce billet). En outre, les araignées de nos demeures peuvent bel et bien se retrouver partout… que cela nous plaise ou non! La bonne nouvelle, c’est que ces sympathiques arachnides jouent un rôle très important dans une maison : ils s’alimentent d’autres invertébrés qui peuvent parfois s’avérer envahissants et néfastes (j’en parle dans quelques paragraphes)! Ce sont des colocataires à préserver (sauf dans les contrées où elles posent un danger, bien sûr… mais nos espèces québécoises ne sont point venimeuses)!

Poisson d’argent (Lepisma saccharina)

Poisson d’argent (Lepisma saccharina)

La fameuse coccinelle asiatique

La fameuse coccinelle asiatique

Les lépismes ne font pas proprement partie des invertébrés néfastes (sauf si vous tenez une bibliothèque – vous comprendrez pourquoi dans quelques instants). Ils s’affairent surtout à décomposer les résidus de toutes sortes laissés au sol ou s’accumulant dans des recoins autrement inatteignables: nourriture, cheveux, poussière, moisissures, etc. Ils sont de même susceptibles de se nourrir de la colle utilisée dans la reliure des livres et il arrive parfois que cette attirance alimentaire les conduise à endommager des ouvrages chéris! L’espèce que j’ai la plus souvent rencontrée est celle que l’on surnomme « le poisson d’argent » (Lepisma saccharina), une espèce ayant une affinité pour les recoins sombres et frais. Ce n’est qu’à l’appartement que j’ai occupé à Trois-Rivières où j’ai plutôt côtoyé des thermobies (Thermobia domestica; voir cette page), une espèce de lépisme bariolée qui affectionne les endroits chauds, près des appareils de chauffage ou des chaudières. Dans cette résidence, pas de poissons d’argent en vue; il semble que la niche écologique était plus propice à une occupation par la thermobie. Il faut dire que cet appartement était particulièrement chaud par rapport aux autres demeures où j’ai habité… Est-ce que cela expliquait la présence d’une espèce plutôt qu’une autre? Je serais curieuse de connaître la réponse, si certains d’entre vous la connaissent!

Pour ce qui est des espèces moins appréciées – car généralement plus envahissantes ou dérangeantes –, citons d’abord les coccinelles asiatiques. J’ai récemment parlé de cette espèce d’insecte, question de pouvoir mieux répondre aux interrogations d’un collègue de travail dont le chalet s’est retrouvé envahi par des centaines d’individus de ce groupe. Ces coccinelles introduites en Amérique du Nord sont en effet susceptibles d’envahir les demeures en très grand nombre. Bien qu’elles ne détruisent pas nos denrées ou nos biens, leur simple abondance – parfois en quantité hallucinante – s’avère dérangeante.

Mites des vêtements (chenilles)

Mites des vêtements (chenilles)

Mite des vêtements (adulte)

Mite des vêtements (adulte)

Malheureusement s’ajoutent à cette liste des espèces d’insectes nettement plus néfastes. Les mites des vêtements sont sans doute connues de plusieurs… Plus jeune, j’entendais parler des fameuses « boules à mites » sans trop savoir de quoi il s’agissait. C’est quand j’observai, dans ma précédente demeure, de petits papillons brunâtres, suivis de petites chenilles enroulées dans des fourreaux de tissus, que je fis la connaissance de cette espèce – Tinea pellionella (cette chronique). Par chance, après deux années de nettoyage régulier et, parfois, de collecte manuelle (aie-je besoin de mentionner que je possède plusieurs chenilles de cette espèce dans ma collection d’invertébrés!), les observations se firent de moins en moins fréquentes, jusqu’à devenir nulles. Du moins, c’était le cas quand j’ai déménagé en septembre dernier!

Les dermestes constituent un autre groupe que l’on retrouve régulièrement dans les maisons. Ce sont des coléoptères dont les larves – les plus souvent observées – ressemblent à de petites chenilles brunes et poilues. Il existe différentes espèces de dermestes, certaines passant plus inaperçues que d’autres. J’avais déjà parlé des dermestes du lard (ici), rencontrés dans un chalet où j’avais eu le loisir de séjourner. Ces bêtes peuvent s’attaquer aux denrées alimentaires et s’avèrent un cauchemar pour tout entomologiste, car elles s’attaquent également aux insectes de collections.

Larve de dermeste qui était cachée dans un insecte que j’avais recueilli mort au sol

Larve de dermeste qui était cachée dans un insecte que j’avais recueilli mort au sol

Dermeste du lard adulte (recueilli mort)

Dermeste du lard adulte (recueilli mort)

Anthrène des tapis adulte

Anthrène des tapis adulte – il est tout petit au creux de ma main

On retrouve aussi fréquemment d’autres espèces de dermestes dans les maisons, lesquelles semblent moins dérangeantes que les dermestes du lard si je me fie aux sources consultées (Internet abonde de sites d’extermination pour les dermestes du lard lorsque l’on fait une recherche sous le simple terme « dermeste »). Pourtant, l’espèce la plus souvent observée dans nos maisons serait l’anthrène des tapis – ce qui semble être l’espèce que j’ai photographiée à quelques reprises dans ma précédente demeure : un petit coléoptère plutôt bigarré. J’avais auparavant entraperçu moult larves, mais je ne savais pas à quelle espèce elles appartenaient avant de réaliser que les petits coléoptères que j’observais occasionnellement étaient des dermestes adultes. L’anthrène des tapis se nourrit d’une grande variété d’aliments tels que les peaux, la laine, les fourrures, ainsi que toutes sortes de denrées alimentaires (gâteaux, graines, céréales, etc.). Il peut s’avérer aussi un problème pour ceux qui possèdent des collections d’insectes naturalisés – un vrai délice à leurs yeux! Enfin, les dermestes constituent visiblement un des pires cauchemars de tout entomologiste collectionneur!

Une pléiade d’autres organismes peut être observée dans nos demeures. Certains sont occasionnels, comme ce charançon figurant dans l’une de mes toutes premières chroniques DocBébitte. D’autres font hérisser les poils de nos nuques, comme les punaises de lit, que j’ai eu la chance de ne pas côtoyer!

Éventuellement, qui sait, j’aménagerai peut-être dans un nouvel endroit me permettant d’effectuer davantage de découvertes entomologiques que je pourrai partager avec vous – en espérant toutefois qu’elles ne soient pas désagréables! D’un autre côté, peut-être que mon présent appartement ainsi que le voisinage que j’ai peu eu le temps d’explorer à ce jour (l’hiver tire à sa fin, enfin!) me permettront également de vous faire part de savoureuses anecdotes entomologiques!

Entre temps, n’hésitez pas à faire part de vos propres observations : quelles sont les bêtes invertébrées que vous observez le plus dans vos résidences? Sont-elles envahissantes? Bénéfiques ou nuisibles? Sympathiques ou détestables? Au plaisir de vous entendre sur le sujet!

 

Pour en savoir plus

Festival des insectes 2018 : la tradition se poursuit

Le festival des insectes de Québec célébrait son 4e anniversaire cette année. C’est sur le site de l’Aquarium du Québec, à Québec, que se déroulait cet événement bien attendu par les entomologistes du coin.

Premier arrêt : kiosque de manipulation!

Premier arrêt : kiosque de manipulation!

J’ai manipulé cette blatte

J’ai manipulé cette blatte

Les années précédentes, j’étais présente non seulement comme entomologiste enthousiaste visitant les attraits du site, mais j’effectuais aussi du bénévolat, me permettant tantôt de manipuler bon nombre d’invertébrés exotiques, tantôt d’effectuer de brèves conférences sur des sujets passionnants (voir cette chronique de 2017). Cette année, j’ai pris un petit répit bien mérité en matière de bénévolat, mais je ne pouvais tout de même pas rater cet événement énergisant! Je me suis donc présentée comme simple visiteuse.

Plusieurs kiosques de manipulation d’invertébrés nous attendaient. J’ai personnellement manipulé deux scorpions, une mygale, un phasme, un diplopode gigantesque, ainsi qu’une grosse blatte (photo à l’appui)! Quelques chenilles, mantes et larves de ténébrions étaient également disponibles pour les aventureux.

Dans un autre pavillon, bon nombre de cadres exposaient des insectes naturalisés de toutes formes et couleurs pour le plaisir des yeux. Une dégustation de produits contenant des insectes était aussi possible. C’est ainsi que je me permis des jujubes aux grillons, ainsi qu’un biscuit aux grillons (photos à l’appui). Auriez-vous osé? Je suis encore bien vivante, quelques jours après ladite dégustation!

Finalement, un troisième pavillon permettait aux visiteurs d’acheter des insectes naturalisés et de les épingler eux-mêmes. Étant une piètre monteuse d’insectes – oui, je l’avoue, je n’ai pas une bonne dextérité… et probablement encore moins de patience! – je passai gentiment mon tour pour cette activité!

L’activité « grande absente » cette année : les conférences offertes par des entomologistes amateurs ou aguerris passionnés. Personnellement, j’adorais ces conférences, qui faisaient en sorte que je passais également plus de temps sur le site, à parfaire mes connaissances dans le domaine. Espérons que cette activité sera de retour l’an prochain… car je compte bien y être à nouveau!

Chambre noire des scorpions!

Chambre noire des scorpions!

Pas petites, ces mygales!

Pas petites, ces mygales!

Plusieurs cadres permettaient d’admirer des insectes fort colorés

Plusieurs cadres permettaient d’admirer des insectes fort colorés

Jujubes aux grillons et biscuit aux grillons

Jujubes aux grillons et biscuit aux grillons

Qu’est-ce qui est pire que de trouver un grillon dans son biscuit? Trouver une moitié de grillon!

Qu’est-ce qui est pire que de trouver un grillon dans son biscuit? Y trouver une moitié de grillon!

Les superpouvoirs des araignées (ou Spider-Man peut aller se rhabiller)!

Je demandais récemment aux lecteurs de DocBébitte.com s’ils avaient des sujets à proposer pour une prochaine chronique. Une des suggestions portait sur les araignées – en particulier leur morphologie en ce qui concerne la reproduction. J’avais déjà abordé le sujet dans ce précédent billet, mais il me semblait qu’il y avait encore matière à rédaction! Et j’avais un filon à exploiter!

Il m’était arrivé à plusieurs reprises d’avoir la réflexion suivante : « Spider-Man : plutôt cool, mais biologiquement incorrect! ». Et encore, si Spider-Man était biologiquement correct, à quoi ressemblerait-il? Il est vrai que cette interrogation est purement rhétorique… on demeure d’une façon ou d’une autre dans le domaine de la science-fiction! Mais il me semblait néanmoins amusant de lancer le débat!

Les araignées sont des championnes pour produire de la soie!

Les araignées sont des championnes pour produire de la soie!

J’ouvre donc le débat en précisant que je ne prétends pas être une grande connaisseuse du monde de Spider-Man. J’ai ainsi dû fureter quelque peu sur Internet pour mieux connaître la vaste palette des pouvoirs dont peut faire preuve cet illustre personnage (certains étant plus obscurs et peu présentés au grand écran). En revanche, il m’était plus facile de vanter les prouesses de nos amis arachnides, ayant déjà en main plusieurs ouvrages les concernant. Qu’à cela ne tienne, je me lance, par pur amusement (et parce que ça fait bien quelques années que je me dis que je devrais le faire), dans cette chronique comparative! Que les fanatiques de Spider-Man ou encore que les arachnologues – profanes ou experts – me corrigent s’ils le souhaitent!

Que l’on amorce le débat!

Joute 1 : Production de soie.

Bon, Spider-Man peut produire de la soie comme une araignée, mais il le fait à partir des poignets. Les araignées produisent-elles la soie à partie de leurs pattes? La réponse est non, bien sûr! Pour la quasi-totalité des espèces, la soie est produite par les filières ou le cribellum, deux groupes d’organes situés tout au bout de l’abdomen. Il y a bien un groupe qui produit de la soie à l’aide de glandes modifiées situées au niveau des pièces buccales (Scytodidae, voir les vidéos sur ce site Internet), mais ça se termine ici. Spider-Man n’est pas biologiquement correct, mais je comprends le choix de l’auteur : ça n’aurait sans doute pas été très élégant de créer un superhéros qui éjecte de la soie par son arrière-train!

Autre point concernant la soie : Spider-Man éjecte sa soie à de vastes distances. Selon Paquin et Dupérré (2003), nos araignées québécoises doivent tirer hors de leur corps la soie qu’elles produisent à l’aide de leurs pattes ou encore en accrochant cette dernière à un substrat et en s’y éloignant. Il n’est donc pas question de voir de vastes quantités de soie « gicler » hors de nos arthropodes… sauf encore une fois si l’on pense à notre araignée distincte susmentionnée qui projette la soie par les pièces buccales.

Bref, pour cette joute… Araignée : 1, Spider-Man : 0!

Grimper aux murs : Check!

Grimper aux murs : Check!

Adhérer à une lentille d’appareil photo… Check!

Adhérer à une lentille d’appareil photo… Check!

Joute 2 : Marcher au plafond et à la verticale sur les murs.

Dans Spider-Man (ce petit extrait tiré de YouTube), on suggère que le bout des doigts du héros serait tapissé de multiples petites aiguilles barbelées rétractables. Initialement, je croyais que les caractéristiques qui permettaient aux araignées de déambuler au-dessus de nos têtes étaient les 2 à 3 griffes qui ornent chacune de leurs pattes. J’étais donc prête à accorder à Spider-Man une égalité. Or, en me documentant aux fins de la présente chronique, je fus surprise d’apprendre que ce seraient plutôt les multiples petits poils situés au bout des pattes des araignées qui contribueraient à l’adhésion de ces dernières à toute surface. Plus spécifiquement, des chercheurs ont découvert que ces poils étaient eux-mêmes recouverts de poils encore plus petits séparés en une multitude de pointes. Les points de contact devenant donc infiniment multiples – et dans l’infiniment petit – on se retrouve en présence de forces d’attraction positives et négatives qui font en sorte que l’araignée peut « coller » aux surfaces qu’elle arpente (voir la section « Pour en savoir plus » où les sources citées parlent de la force de van der Waals et offrent plus de détails experts que je ne saurais le faire ici).

Sachant cela, je me demande malgré moi si Spider-Man aurait vraiment pu s’agripper à un mur avec seulement les doigts (et les orteils, je présume?) munis de griffes et de poils. Me pose-je vraiment cette question? Après m’être demandé si je me perdais dans les dédales d’une réalité de toute façon impossible, j’eus l’heureuse surprise de découvrir que plusieurs personnes s’étaient déjà posé la question : voir cette vidéo. Youpi! Je ne suis pas la seule nerd dans la pièce! Et voici la réponse : il faudrait dévouer 40% de notre surface corporelle pour « coller » aux murs comme le font les araignées… quoi qu’un matériau artificiellement créé (voir encore une fois la vidéo ci-dessus qui l’expliquera fort mieux que moi) permettrait d’effectuer cette prouesse en n’utilisant qu’une maigre surface de notre corps – soit 7,5 cm2.

Or, pour l’instant, mon verdict serait quand même : Araignée : 1, Spider-Man : 0!

Joute 3 : « Spider-sense ».

ScreenRant (2017) mentionne un “spider-sense », soit une sorte de sixième sens arachnéen. Il semble que cette caractéristique permette à notre héros de « sentir » le danger venir, avant même de l’avoir perçu par ses cinq sens. Ici, je peux vous dire qu’il y a des ressemblances avec nos arachnides. Les pattes des araignées sont munies de petits poils nommés trichobothries, qui servent à détecter de subtils mouvements dans l’air ambiant. Elles peuvent donc détecter la présence d’individus (lire de proies) à proximité sans avoir à les voir. Cette capacité varie sans doute entre les groupes d’arachnides, certaines étant dotées de grands yeux (comme les Salticidae) alors que d’autres, moins visuelles, s’appuient fort probablement davantage sur ce sixième sens.

J’accorde l’égalité!

Les organes copulateurs chez les mâles sont situés… de chaque côté de leur tête!

Les organes copulateurs chez les mâles sont situés… de chaque côté de leur tête!

Joute 4 : Pièces génitales… Euh, parce qu’il faut bien en parler!

Sérieusement, il s’agit d’une importante erreur biologique qui n’aurait cependant pas eu un bon rendu au cinéma ou dans les revues. Chez les femelles araignées, les pièces consacrées à la reproduction sont situées sur l’abdomen, là où l’on pourrait s’y attendre, mammifères que nous sommes. Or, les mâles araignées portent leurs organes copulateurs… de chaque côté de la tête! Le dernier segment de leurs pédipalpes – des palpes qui ressemblent à une petite paire de pattes de chaque côté de leur tête – est en effet modifié et doté d’un renflement qui comprend les différents organes servant à la copulation. Si vous souhaitez voir un accouplement d’araignées, vous pouvez jeter un coup d’œil à cette précédente chronique et aux vidéos associées.

Pour la joute 4, côté adéquation biologique, je dirais indéniablement: Araignée : 1, Spider-Man : 0.

Prochaines joutes?

Voilà! Je sais qu’il y a d’autres superpouvoirs – tant du côté de Spider-Man que de celui de nos araignées chéries – à comparer, mais je souhaitais lancer le débat et vous laisser, chers lecteurs, alimenter la discussion. Pencherez-vous pour Spider-Man ou pour la classe Arachnida? Que le meilleur gagne!

Vous pouvez faire vos commentaires sur le sujet dans la section « Commentaires » liée à la présente chronique ou encore vous joindre à la Page Facebook DocBébitte pour susciter davantage d’interactions!

 

Vidéo 1. Afin d’extraire la soie de son corps, l’araignée utilise ses pattes ou, comme ici, adhère la soie à un objet en mouvement.

Pour en savoir plus

Joyeuses Pâques 2018!

Je cherchais une inspiration pascale parmi mes photographies entomologiques et je trouvais que ce joli anisote de l’érable (Dryocampa rubicunda) ressemblait en quelque sorte à un poussin jaune et rose. Bref, il me semblait tout paré pour fêter le long congé de Pâques qui approche à grands pas.

Si le cœur vous en dit, vous pouvez lire plus longuement sur cet invertébré tout de pastel vêtu dans cette chronique datant de 2015.

Par ailleurs, si c’est une anecdote entomologique liée à Pâques qui vous intéresse, je vous suggère plutôt de jeter un coup d’œil à ce billet, datant lui aussi de 2015. Cela vous est-il déjà arrivé?

Bonne lecture et joyeuses Pâques!

Caroline, alias DocBébitte!

Anisote de l’érable paré pour Pâques

Anisote de l’érable paré pour Pâques