Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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DocBébitte en bref : rencontre avec un ver gordien (Nematomorpha)

En ce début de saison estivale, je me retrouve à effectuer beaucoup plus de découvertes entomologiques que j’ai de temps pour vous les partager! J’ai donc pensé bon entrecouper mes chroniques habituelles avec de plus courtes capsules liées à l’observation de faits inusités. J’espère que vous apprécierez cette nouvelle formule après trois années et demie de DocBébitte!

J’ouvre le bal avec une observation réalisée cet après-midi même. En ce samedi ensoleillé, je me suis offert une sortie entomologique à marée basse. Cherchant nymphes de libellules et d’éphémères, j’étais loin de me douter que j’allais faire la rencontre d’un ver gordien (Nematomorpha). Ce dernier se tortillait au soleil, probablement surpris par la baisse des eaux. Je pus prendre des photographies et des vidéos de la bête, dont quelques-unes que je vous partage ci-dessous.

Je vous avais déjà décrit plus longuement ce groupe d’invertébré dans cette chronique que vous pourrez lire si le cœur vous en dit!

Dernier mot: cœurs sensibles s’abstenir! Oui, il s’agit bien de ces fameux « vers » parasites que l’on peut voir s’extirper de toute leur longueur hors d’araignées et de mantes religieuses!

Nematomorpha_Marée basse 1

Nématomorphe observé

Nematomorpha_Marée basse 2

Ma main à proximité donne une idée de sa longueur

Vidéo 1. Nématomorphe dans un bol que j’avais amené spécialement pour l’observation d’invertébrés aquatiques. Je ne me doutais pas que j’allais croiser ce type d’insecte.

Vidéo 2. Même individu que je remets à l’eau. Regardez comment il nage!

Un trichoptère nymphe des eaux

À la fin du mois de mai, j’ai eu le plaisir de participer à une formation sur l’identification de macroinvertébrés d’eau douce offerte conjointement par le Groupe d’éducation et d’écosurveillance de l’eau (G3E) et le Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC). Mon objectif était de me mettre à jour et d’entendre les bons conseils que les responsables avaient à nous donner pour faciliter l’identification de certains spécimens.

Hydropsychidae Macrostemum

Hydropsychidae (genre Macrostemum) observé sous le stéréomicroscope lors de ma formation

CAGillis_Hydropsychidae_Fin

Ce superbe cliché d’un Hydropsychidae a été soumis au concours de photographie 2015 par Mme Gillis

Outre l’identification d’invertébrés en tant que telle, la formation initiait les participants au tri d’échantillons d’invertébrés entremêlés à des algues, roches et compagnie. Le tri était en soi un travail de moine et consistait à distinguer et collecter de toutes petites bêtes qui ressemblaient parfois à s’y méprendre aux débris auxquels elles étaient mêlées. L’échantillon que j’avais entre les mains était truffé de larves de deux familles d’insectes : des chironomes, dont j’ai déjà parlé dans cette précédente chronique, ainsi que des trichoptères de la famille Hydropsychidae. C’est en voyant passer un Hydropsychidae après un autre que je me suis dit qu’il s’agirait d’un bon sujet sur lequel vous entretenir lors de ma prochaine chronique. Difficile de penser à autre chose lorsqu’on voit défiler des dizaines d’insectes du même type en une heure!

Les Hydropsychidae constituent sans contredit l’une des familles d’insectes aquatiques dont on retrouve le plus fréquemment des larves dans nos rivières du Québec méridional. Les larves ressemblent plutôt à des chenilles avec leur abdomen long et mou – trait caractéristique de l’ordre des trichoptères. Elles se distinguent cependant des autres familles de trichoptères par leurs trois segments thoraciques munis de plaques dures, ainsi que par leur abdomen dont la face ventrale est couverte de branchies filamenteuses que Moisan (2010) qualifie de « semblables à de petits arbres ». Comme certains l’ont reconnu, c’est d’ailleurs cet attribut qui était présenté sur la photographie de la dernière devinette.

Pourquoi retrouve-t-on ce groupe fréquemment dans nos rivières? Premièrement, les larves de cette famille sont passablement tolérantes à la pollution et l’on peut les observer tant dans les cours d’eau faiblement dégradés que dans les cours d’eau plus perturbés. Selon Hauer et Lamberti (2007), leur cote de tolérance se situe à 4 sur 10, ce qui s’avère moyennement tolérant. Je soupçonne cependant que cette cote est plus élevée : lors de mes études, il m’est arrivée à plusieurs reprises d’observer des Hydropsychidae dans des sites très dégradés – c’est-à-dire localisés dans des milieux urbanisés et affectés par des rejets d’égouts. À ces sites, la faune invertébrée était extrêmement dégradée et il ne persistait souvent que des chironomes et une poignée de trichoptères (Hydropsychidae) et d’éphémères (Baetidae) tolérants.

Cela m’amène à vous parler de la deuxième raison pour laquelle les Hydropsychidae sont probablement abondants dans nos rivières : ils sont des collecteurs-filtreurs et peuvent se nourrir d’une vaste palette de détritus animaux et végétaux. Leur adaptabilité est par conséquent sans doute élevée – ce sont des généralistes qui profitent des différentes sources de nourriture, quelles qu’elles soient. Voshell (2002) précise justement que certaines espèces moins sensibles à la pollution vont proliférer dans les milieux enrichis par les nutriments (azote, phosphore) et la matière organique provenant d’eaux usées ou agricoles, puisque ces caractéristiques augmentent la quantité de nourriture en suspension et favorisent nos trichoptères.

Par ailleurs, j’avais aussi noté, lors de mes études, une forte abondance d’Hydropsychidae dans des sites situés en aval de barrages. En fait, leur comportement alimentaire explique également pourquoi ils s’observent en grand nombre dans ces milieux : les barrages engendrent de vastes réservoirs où l’eau ralentit. Cette stagnation est notamment propice à la prolifération d’algues et de microorganismes qui se retrouveront par la suite coincés dans la toile des Hydropsychidae situés en contrebas du barrage. L’abondance des trichoptères s’en retrouve rehaussée, à un point tel que Voshell (2002) relate un cas où la densité d’Hydropsychidae mesurée en aval d’un barrage explosait à 47 000 larves par mètre carré! Exceptionnel, n’est-ce pas?

Il y a quelques instants, je vous parlais d’aliments qui se retrouvent agglutinés dans une toile… Comment ça, une toile, me direz-vous? Eh oui, ces sympathiques insectes aquatiques tissent des toiles à l’entrée de leur retraite, à l’instar des araignées. Le courant s’engouffre autour de la retraite et les particules qu’il amène demeurent collées à la toile, offrant un dîner gratuit.

Fait intéressant, j’avais déjà vu une étude qui examinait si la présence de divers polluants dans l’eau pouvait affecter l’habileté des Hydropsychidae à tisser. Le résultat était étonnant : les toiles, au lieu d’être savamment tricotées, devenaient chaotiques lorsque le trichoptère était exposé à des contaminants. Cela fait le parallèle avec les études sur les araignées qui démontraient, elles aussi, l’effet de perturbateurs sur la capacité des araignées à tisser des toiles (j’en parle ici). Malheureusement, je n’ai pas été en mesure de retrouver l’étude sur les trichoptères pour vous citer la référence – si jamais vous mettez la main dessus, n’hésitez pas à me le signaler!

Hydropsychidae_Détails

Caractéristiques permettant de distinguer une larve d’Hydropsychidae

Trichoptère adulte

L’espèce Macrostemum zebratum arbore des zébrures distinctes

Étant donné que les larves comptent sur le courant pour leur amener leur repas, celles-ci se retrouvent davantage dans des milieux où le courant est présent (moyen à rapide, je vous dirais). Souvent, il s’agit de seuils où il est facile de descendre en bottes-salopettes. C’est en soulevant des roches (généralement 10 centimètres de diamètre en montant) dans ce type de milieu que vous pourrez les observer. Avis à ceux qui veulent partir à leur recherche!

Les trichoptères subissent une métamorphose complète. Cela signifie qu’ils se transformeront en pupe avant de devenir un adulte ailé qui complètera son cycle de vie hors de l’eau. Les larves matures se construisent un abri fermé au sein duquel elles tisseront leur cocon. Lorsque la pupe aura terminé son développement, elle se fraiera un chemin vers la surface pour émerger.

L’adulte Hydropsychidae s’observe, comme vous pouvez vous l’imaginer, près des cours d’eau où évoluent les larves. Il ressemble à un petit papillon dont les ailes sont repliées en toile par-dessus le corps. La coloration des adultes est souvent brune ou beige, mais l’espèce Macrostemum zebratum arbore des motifs qui la distinguent des autres trichoptères. C’est d’ailleurs en me renseignant aux fins de la présente chronique que je réalisai que j’avais photographié cette espèce il y a deux ans, lors d’un séjour à Montréal. Alors en promenade aux abords du fleuve Saint-Laurent, nous étions assaillis par des essaims de centaines de ces trichoptères. M. zebratum revêt en effet des zébrures typiques d’un beige jaunâtre superposées sur un fond plus foncé. L’espèce est commune dans les grandes rivières et c’était le cas, visiblement, de ce secteur du fleuve Saint-Laurent.

Pour terminer, je ne connaissais pas la signification du nom de cette famille d’insectes avant d’écrire la présente chronique. J’ai appris que le terme Hydropsychidae signifie « nymphe de l’eau », soit du grec « hydor » (eau) et « psyche » (âme). À ce qu’il semble, selon la mythologie grecque, Psyche était une belle nymphe immortelle. Un nom fort poétique pour notre petit trichoptère, n’est-ce pas?

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Family Hydropsychidae – Netspinning Caddisflies. http://bugguide.net/node/view/45092
  • Bug Guide. Species Macrostemum zebratum – Zebra Caddisfly. http://bugguide.net/node/view/13141
  • Hauer, F.R. et G.A. Lamberti. 2007. Methods in stream ecology. 877 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Dans l’œil de mon microscope : la forêt miniature

Certains insectes possèdent des caractéristiques qui évoquent des objets connus, ce qui peut faciliter la description des attributs en question dans les guides d’identification. C’est le cas de notre individu observé sous le stéréomicroscope : ce dernier possède des touffes sur la partie ventrale de son abdomen que certains auteurs – que je ne nommerai que dans la chronique de la semaine prochaine pour ne pas vous donner d’indices – qualifient de « petits arbres ».

De quel type d’insecte s’agit-il?

Vous pouvez répondre à cette devinette en vous joignant à la Page Facebook DocBébitte ou encore en inscrivant votre réponse dans la section « Commentaires » de la présente chronique. L’invertébré-mystère vous sera dévoilé lors de la prochaine publication DocBébitte!

Devinette 2016-06-07

Une forêt d’arbustes longe l’abdomen de cet insecte

4e concours amical de photographies d’invertébrés du Québec

C’est un plaisir d’être parmi vous pour une quatrième saison estivale! Encore une fois cette année, je souhaite encourager les photographes amateurs comme vous et moi à nous faire découvrir leurs coups de cœur entomologiques.

Le concours en est un amical notamment parce que ce sont les lecteurs de DocBébitte qui seront invités à voter. Le « prix » en est également un fort simple : la photo élue favorite du public se verra mise en vedette dans le cadre d’une chronique qui portera sur l’invertébré en question.

Vous pouvez jeter un coup d’œil aux gagnants des années passées :

 

Comment participer?

Tout d’abord, il y a quelques règles à suivre :

  • Les invertébrés doivent avoir été photographiés au Québec ou doivent être retrouvés au Québec (aire de répartition qui inclut le Québec);
  • S’il y a des personnes que l’on peut reconnaître sur vos photographies, assurez-vous d’avoir leur accord avant de me transmettre ces dernières, car elles se retrouveront sur Internet;
  • Les photographies n’ont pas besoin d’avoir été prises à l’été 2016. Vous pouvez fouiller dans vos archives!

Ensuite, vous pouvez transmettre vos clichés en suivant ces instructions :

  • Un maximum de trois photographies par personne peut être soumis;
  • La résolution minimale des photographies doit être suffisante (1200 x 1600 pixels et plus est suggéré);
  • Fournir, pour chaque photo soumise, les informations suivantes :
    • Prénom et nom de l’auteur de la photographie;
    • Endroit où la photo a été prise (exemple : Trois-Rivières, Québec);
    • Si vous connaissez déjà le nom de l’invertébré en question, SVP l’indiquer.
  • Si vous possédez déjà une signature personnalisée, l’apposer sur vos photos avant de me les transmettre. Sinon, je me chargerai d’ajouter votre nom sur ces dernières;
  • Transmettre vos photos à info@docbebitte.com d’ici le 26 août 2016.

 

Photographies soumises

Votre photo a reçu le plus de votes? Je m’engage à publier une chronique entière consacrée à l’invertébré « croqué » sur le vif, incluant bien sûr la photographie gagnante en tête de chronique (et crédits photos associés). Bref, vous serez mis en vedette!

Pour ce qui est des autres clichés soumis, ils se retrouveront dans ma banque de photos et pourraient, qui sait, être utilisés dans le cadre de futures chroniques (également accompagnés des crédits photos)!

Un appel aux votes sera effectué plus tard cet été.

À vos appareils photo et bonne chance!

Caro prend photo mouches

Toutes les positions sont permises pour effectuer un bon cliché d’invertébré!

La vie de mon jardin – Partie 2 : les ennemis

Hanneton adulte

Sympathique coléoptère… mais la larve est sans pitié pour nos pelouses!

Hanneton larve stigmates

Larve de hanneton – le fameux « Ver blanc »

Scarabée japonais

Scarabée japonais à l’œuvre dans un framboisier

Vous venez de nettoyer vos plates-bandes ou encore vous vous apprêtez à faire votre jardin, comme à chaque année? Et bien, sachez qu’il y a une foule d’invertébrés qui ont aussi hâte que vous d’avoir à portée de pattes une belle gamme de fleurs, de plantes ornementales et de légumes frais!

Heureusement, vous avez des alliés pour vous aider à réguler les populations d’invertébrés affamés, ce dont j’ai parlé dans la dernière chronique… Néanmoins, les invertébrés phytophages usent de toutes sortes de tactiques pour pouvoir mettre la dent sur une belle pièce de laitue et sont par conséquent nettement moins appréciés des jardiniers! Dans le cadre de la rédaction de la présente chronique, je me suis inspirée du livre « Solutions écologiques en horticulture » pour identifier quelques ravageurs dont je voulais vous brosser un portrait plus détaillé. J’avais certes déjà quelques idées en tête, mais je n’avais pas réalisé à quel point il y a une multitude d’invertébrés susceptibles de croquer nos belles plantes. Notez donc que les quelques cas cités ci-dessous sont loin d’être exhaustifs et que je vous recommande, comme la semaine dernière, de vous référer aux sources citées à la section « Pour en savoir plus » si vous voulez davantage d’information.

Ce printemps, comme chaque année, j’ai trouvé bon nombre de hannetons adultes cachés sous la litière de feuilles. Bien qu’il s’agisse de gros coléoptères fort sympathiques en apparence, leurs larves sont à l’origine d’importants dommages. Vous connaissez probablement déjà ces dernières, que l’on appelle communément « vers blancs ». Ces larves qui vivent sous terre tendent à ronger les racines des plantes et, en particulier, de la pelouse. Cette dernière finit par dépérir et jaunir, au grand dam de tous ceux qui désirent préserver une pelouse verte et parfaite. Le hanneton n’est pas le seul scarabée retrouvé au Québec qui fasse l’objet de haine de la part des jardiniers! Plus dommageable encore est le scarabée japonais, une espèce exotique envahissante que l’on peut retrouver en très grand nombre dans le sud du Québec. Les larves se nourrissent des racines de graminées, de plantes potagères et de légumineuses, alors que les adultes transforment en gruyère suisse les feuilles de plusieurs herbacées, arbres et arbustes dont les framboisiers sur lesquels ils sont souvent aperçus. Une façon écologique de combattre ces deux coléoptères est l’utilisation de nématodes dits entomopathogènes qui contrôlent les populations de larves. Je relate également d’autres trucs dans deux précédentes chroniques sur les hannetons et les scarabées japonais, respectivement.

Criocère du lis

Beau coléoptère d’un rouge vif… mais mauvais pour les lis!

Piéride du chou_Chenille

Chenille de la piéride du chou

Piéride du chou_Adulte

Adulte de la piéride du chou

Plusieurs autres coléoptères s’attaquent à nos végétaux et se nourrissent en particulier des parties aériennes. Par exemple, le criocère du lis constitue un très joli coléoptère rouge et noir qui, comme son nom l’indique, effectue une grande portion de son cycle de vie sur les lis. À la fois les larves et les adultes se nourrissent des feuilles, des fleurs et des graines des lis et autres plantes de cette famille. Les larves optent pour une stratégie intrigante servant à se protéger des prédateurs : elles forment, tout autour de leur corps, un abri de mucus et d’excréments qu’elles traînent en permanence, peu importe où elles se rendent. Cet abri, d’une couleur plutôt noirâtre, est assez facile à détecter sur ou sous les feuilles des lis. À l’intérieur se cache une larve de couleur orangée (voir cette photo tirée de Bug Guide). Le contrôle de ces ravageurs s’effectue en collectant les insectes à la main et en vaporisant les plants touchés (et les larves en particulier) avec une préparation de pyréthrine. Le plus facile demeure d’éviter de planter des lis en grande quantité et de se tourner vers d’autres plantes semblables qui ne sont pas attaquées. Je pense aux hémérocalles qui sont d’ailleurs très jolies et nécessitent peu – voire pas du tout – d’entretien. Hodgson (2006), quant à lui, propose une solution assez radicale dans Les 1500 trucs du jardinier paresseux que je cite : « Un seul traitement logique : arrachez vos lis! ».

L’ordre des lépidoptères est un autre groupe d’insectes qui comprend de nombreux individus susceptibles de s’en prendre à nos plantes bien-aimées. Les chenilles sont de vraies gloutonnes et peuvent engloutir une biomasse de végétaux impressionnante. Leur seul objectif : croître le plus vite possible… et donc manger le plus possible! Saviez-vous à cet effet que certaines espèces de chenilles peuvent multiplier leur taille jusqu’à 3000 fois en quelques semaines? La piéride du chou est sans contredit un des papillons les plus communs. Petite, je voyais souvent voleter dans la cour familiale ce joli papillon blanc ou légèrement jaunâtre, ponctué de quelques taches ou zones noires. D’ailleurs, en écrivant la présente chronique confortablement assise à l’extérieur en cette fin du mois de mai, je ne cesse de voir passer des membres de cette espèce. Les plantes hôtes de la piéride du chou incluent une vaste gamme de plantes alimentaires, ornementales, naturalisées ou indigènes de la famille des crucifères. Cela inclut par exemple le chou, le navet et le brocoli. Les chenilles de couleur verte se fondent à merveille aux plants favoris… Parlez-en à mon père qui a fait une aversion au brocoli après avoir réalisé que les pousses fraîchement cueillies du jardin qu’il mangeait étaient truffées de ces petites chenilles (après en avoir mangé, bien sûr)! Une bonne source de protéine, quoi!

D’autres chenilles, plus grosses et flamboyantes, risquent moins de se faire croquer en même temps que les plants cultivés. Elles font tout de même des dommages et ne sont pas toujours appréciées des jardiniers. C’est le cas de la chenille du papillon du céleri (Papilio polyxenes) dont un joli spécimen a été pris en photo l’été dernier par ma tante – qui a tout un jardin dans sa cour, il faut le dire! Ce lépidoptère a notamment un faible pour le céleri, les carottes et le fenouil. Attention à votre jardin! Heureusement, vous pouvez compter sur plusieurs prédateurs invertébrés (comme mentionné la semaine passée), mais aussi vertébrés pour vous aider à réguler les populations de chenilles de vos plates-bandes. Entre autres, les oiseaux et les crapauds vont se faire un grand plaisir à dévorer une grosse chenille bien juteuse. N’hésitez pas à les attirer!

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Cette jolie chenille du papillon du céleri fait des ravages dans les potagers!

Pucerons fourmis 2

Grégaires, les pucerons s’attaquent en masse à nos végétaux

Escargot proche

Sympathiques escargots… mais qui trouent nos salades!

Autre insecte phytophage qui ne nécessite pas de présentation : les pucerons! Ces tout petits hémiptères sucent la sève de divers végétaux à l’aide de leur rostre et, par le même fait, conduisent à leur dépérissement. Lorsqu’ils trouvent un plant digne d’un dîner, les pucerons s’agglomèrent par centaines pour partager le goûter, ce qui est d’autant plus nuisible à la plante en question. Il arrive que ces colonies soient protégées par des fourmis qui sont attirées par le miellat, un liquide sucré sécrété par les pucerons (voir cet article). Encore une fois, il n’est pas facile de se débarrasser de ces insectes lorsqu’ils s’attaquent à nos végétaux en aussi grand nombre, mais vous pouvez trouver plusieurs conseils dans les livres d’horticulture ou sur Internet en matière de contrôle. En outre, des concoctions à base de savons doux ou de vinaigre semblent être des solutions couramment suggérées. Par ailleurs, plusieurs prédateurs vous aideront dans le contrôle des pucerons, notamment les larves et les adultes coccinelles.

Finalement, les limaces et les escargots, bien qu’ayant l’air lents et inoffensifs, peuvent également faire des ravages dans vos plates-bandes! Ce sont des brouteurs par excellence qui chiquent sans problème les jolies feuilles de nos plantes ornementales. Je mentionnais dans cette précédente chronique que j’en retrouve passablement sur mes hostas, mais aussi dans mon compost (les limaces en particulier). Dans mon cas, j’ai beaucoup d’hostas et d’herbacées variées dans mes plates-bandes, ce qui dilue l’effet des escargots et des limaces. Les « trous », bien qu’assez nombreux, sont répartis entre bon nombre de spécimens. Fait intéressant, Hodgson (2006) indique que les escargots retrouvés à nos latitudes seraient davantage bénéfiques que nuisibles. Ces derniers préféreraient en effet les végétaux jaunis ou en décomposition plutôt que le feuillage vert. Néanmoins, si les escargots et les limaces demeurent un problème dans votre cour, sachez que plusieurs prédateurs vous aideront à contrôler leurs populations : carabes, oiseaux, crapauds, couleuvres et j’en passe! De plus, Smeesters et al. (2005) suggèrent notamment de mettre du paillis dans vos plates-bandes et d’y installer quelques roches plus grosses. Le paillis ralentira, voire découragera, la progression des escargots et des limaces. Les individus qui préfèrent la matière en décomposition risquent même de s’arrêter au paillis pour s’y nourrir et ne s’attaqueront pas aux plantes saines. Enfin, les roches offriront une bonne cachette aux prédateurs qui se chargeront du reste du travail.

Bien sûr, je n’ai brossé qu’un portrait très succinct de la vaste diversité d’invertébrés prêts à dévorer vos plantes et vos salades… Ils sont très nombreux à attendre avec hâte que vous fassiez votre jardin! Profitez de leur retour pour les photographier et apprendre à les identifier afin de distinguer les invertébrés bénéfiques de ceux qui posent une réelle menace. Au plaisir de faire la découverte d’autres ennemis ou alliés du jardinier au cours de cette nouvelle saison qui s’amorce enfin!

 

Pour en savoir plus

  • Brisson, J.D. et al. 1992. Les insectes prédateurs : des alliés dans nos jardins. Fleurs Plantes et Jardins : Collection no. 1. 44 p.
  • Bug Guide. Species Lilioceris lilii – Lily Leaf Beetle. http://bugguide.net/node/view/20177
  • DocBébitte. Avoir une faim de… chenille! http://www.docbebitte.com/2013/02/18/avoir-une-faim-de-chenille/
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Hardy, M. 2014. Guide d’identification des Scarabées du Québec (Coleoptera: Scarabaeoidae). Entomofaune du Québec (EQ) inc., Saguenay. 166 pages.
  • Hodgson, L. 2006. Les 1 500 trucs du jardinier paresseux. 704 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Smeesters, E. et al. 2005. Solutions écologiques en horticulture. 198 p.