Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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La vie de mon jardin – Partie 2 : les ennemis

Hanneton adulte

Sympathique coléoptère… mais la larve est sans pitié pour nos pelouses!

Hanneton larve stigmates

Larve de hanneton – le fameux « Ver blanc »

Scarabée japonais

Scarabée japonais à l’œuvre dans un framboisier

Vous venez de nettoyer vos plates-bandes ou encore vous vous apprêtez à faire votre jardin, comme à chaque année? Et bien, sachez qu’il y a une foule d’invertébrés qui ont aussi hâte que vous d’avoir à portée de pattes une belle gamme de fleurs, de plantes ornementales et de légumes frais!

Heureusement, vous avez des alliés pour vous aider à réguler les populations d’invertébrés affamés, ce dont j’ai parlé dans la dernière chronique… Néanmoins, les invertébrés phytophages usent de toutes sortes de tactiques pour pouvoir mettre la dent sur une belle pièce de laitue et sont par conséquent nettement moins appréciés des jardiniers! Dans le cadre de la rédaction de la présente chronique, je me suis inspirée du livre « Solutions écologiques en horticulture » pour identifier quelques ravageurs dont je voulais vous brosser un portrait plus détaillé. J’avais certes déjà quelques idées en tête, mais je n’avais pas réalisé à quel point il y a une multitude d’invertébrés susceptibles de croquer nos belles plantes. Notez donc que les quelques cas cités ci-dessous sont loin d’être exhaustifs et que je vous recommande, comme la semaine dernière, de vous référer aux sources citées à la section « Pour en savoir plus » si vous voulez davantage d’information.

Ce printemps, comme chaque année, j’ai trouvé bon nombre de hannetons adultes cachés sous la litière de feuilles. Bien qu’il s’agisse de gros coléoptères fort sympathiques en apparence, leurs larves sont à l’origine d’importants dommages. Vous connaissez probablement déjà ces dernières, que l’on appelle communément « vers blancs ». Ces larves qui vivent sous terre tendent à ronger les racines des plantes et, en particulier, de la pelouse. Cette dernière finit par dépérir et jaunir, au grand dam de tous ceux qui désirent préserver une pelouse verte et parfaite. Le hanneton n’est pas le seul scarabée retrouvé au Québec qui fasse l’objet de haine de la part des jardiniers! Plus dommageable encore est le scarabée japonais, une espèce exotique envahissante que l’on peut retrouver en très grand nombre dans le sud du Québec. Les larves se nourrissent des racines de graminées, de plantes potagères et de légumineuses, alors que les adultes transforment en gruyère suisse les feuilles de plusieurs herbacées, arbres et arbustes dont les framboisiers sur lesquels ils sont souvent aperçus. Une façon écologique de combattre ces deux coléoptères est l’utilisation de nématodes dits entomopathogènes qui contrôlent les populations de larves. Je relate également d’autres trucs dans deux précédentes chroniques sur les hannetons et les scarabées japonais, respectivement.

Criocère du lis

Beau coléoptère d’un rouge vif… mais mauvais pour les lis!

Piéride du chou_Chenille

Chenille de la piéride du chou

Piéride du chou_Adulte

Adulte de la piéride du chou

Plusieurs autres coléoptères s’attaquent à nos végétaux et se nourrissent en particulier des parties aériennes. Par exemple, le criocère du lis constitue un très joli coléoptère rouge et noir qui, comme son nom l’indique, effectue une grande portion de son cycle de vie sur les lis. À la fois les larves et les adultes se nourrissent des feuilles, des fleurs et des graines des lis et autres plantes de cette famille. Les larves optent pour une stratégie intrigante servant à se protéger des prédateurs : elles forment, tout autour de leur corps, un abri de mucus et d’excréments qu’elles traînent en permanence, peu importe où elles se rendent. Cet abri, d’une couleur plutôt noirâtre, est assez facile à détecter sur ou sous les feuilles des lis. À l’intérieur se cache une larve de couleur orangée (voir cette photo tirée de Bug Guide). Le contrôle de ces ravageurs s’effectue en collectant les insectes à la main et en vaporisant les plants touchés (et les larves en particulier) avec une préparation de pyréthrine. Le plus facile demeure d’éviter de planter des lis en grande quantité et de se tourner vers d’autres plantes semblables qui ne sont pas attaquées. Je pense aux hémérocalles qui sont d’ailleurs très jolies et nécessitent peu – voire pas du tout – d’entretien. Hodgson (2006), quant à lui, propose une solution assez radicale dans Les 1500 trucs du jardinier paresseux que je cite : « Un seul traitement logique : arrachez vos lis! ».

L’ordre des lépidoptères est un autre groupe d’insectes qui comprend de nombreux individus susceptibles de s’en prendre à nos plantes bien-aimées. Les chenilles sont de vraies gloutonnes et peuvent engloutir une biomasse de végétaux impressionnante. Leur seul objectif : croître le plus vite possible… et donc manger le plus possible! Saviez-vous à cet effet que certaines espèces de chenilles peuvent multiplier leur taille jusqu’à 3000 fois en quelques semaines? La piéride du chou est sans contredit un des papillons les plus communs. Petite, je voyais souvent voleter dans la cour familiale ce joli papillon blanc ou légèrement jaunâtre, ponctué de quelques taches ou zones noires. D’ailleurs, en écrivant la présente chronique confortablement assise à l’extérieur en cette fin du mois de mai, je ne cesse de voir passer des membres de cette espèce. Les plantes hôtes de la piéride du chou incluent une vaste gamme de plantes alimentaires, ornementales, naturalisées ou indigènes de la famille des crucifères. Cela inclut par exemple le chou, le navet et le brocoli. Les chenilles de couleur verte se fondent à merveille aux plants favoris… Parlez-en à mon père qui a fait une aversion au brocoli après avoir réalisé que les pousses fraîchement cueillies du jardin qu’il mangeait étaient truffées de ces petites chenilles (après en avoir mangé, bien sûr)! Une bonne source de protéine, quoi!

D’autres chenilles, plus grosses et flamboyantes, risquent moins de se faire croquer en même temps que les plants cultivés. Elles font tout de même des dommages et ne sont pas toujours appréciées des jardiniers. C’est le cas de la chenille du papillon du céleri (Papilio polyxenes) dont un joli spécimen a été pris en photo l’été dernier par ma tante – qui a tout un jardin dans sa cour, il faut le dire! Ce lépidoptère a notamment un faible pour le céleri, les carottes et le fenouil. Attention à votre jardin! Heureusement, vous pouvez compter sur plusieurs prédateurs invertébrés (comme mentionné la semaine passée), mais aussi vertébrés pour vous aider à réguler les populations de chenilles de vos plates-bandes. Entre autres, les oiseaux et les crapauds vont se faire un grand plaisir à dévorer une grosse chenille bien juteuse. N’hésitez pas à les attirer!

SBenoit_chenille céleri_Fin

Cette jolie chenille du papillon du céleri fait des ravages dans les potagers!

Pucerons fourmis 2

Grégaires, les pucerons s’attaquent en masse à nos végétaux

Escargot proche

Sympathiques escargots… mais qui trouent nos salades!

Autre insecte phytophage qui ne nécessite pas de présentation : les pucerons! Ces tout petits hémiptères sucent la sève de divers végétaux à l’aide de leur rostre et, par le même fait, conduisent à leur dépérissement. Lorsqu’ils trouvent un plant digne d’un dîner, les pucerons s’agglomèrent par centaines pour partager le goûter, ce qui est d’autant plus nuisible à la plante en question. Il arrive que ces colonies soient protégées par des fourmis qui sont attirées par le miellat, un liquide sucré sécrété par les pucerons (voir cet article). Encore une fois, il n’est pas facile de se débarrasser de ces insectes lorsqu’ils s’attaquent à nos végétaux en aussi grand nombre, mais vous pouvez trouver plusieurs conseils dans les livres d’horticulture ou sur Internet en matière de contrôle. En outre, des concoctions à base de savons doux ou de vinaigre semblent être des solutions couramment suggérées. Par ailleurs, plusieurs prédateurs vous aideront dans le contrôle des pucerons, notamment les larves et les adultes coccinelles.

Finalement, les limaces et les escargots, bien qu’ayant l’air lents et inoffensifs, peuvent également faire des ravages dans vos plates-bandes! Ce sont des brouteurs par excellence qui chiquent sans problème les jolies feuilles de nos plantes ornementales. Je mentionnais dans cette précédente chronique que j’en retrouve passablement sur mes hostas, mais aussi dans mon compost (les limaces en particulier). Dans mon cas, j’ai beaucoup d’hostas et d’herbacées variées dans mes plates-bandes, ce qui dilue l’effet des escargots et des limaces. Les « trous », bien qu’assez nombreux, sont répartis entre bon nombre de spécimens. Fait intéressant, Hodgson (2006) indique que les escargots retrouvés à nos latitudes seraient davantage bénéfiques que nuisibles. Ces derniers préféreraient en effet les végétaux jaunis ou en décomposition plutôt que le feuillage vert. Néanmoins, si les escargots et les limaces demeurent un problème dans votre cour, sachez que plusieurs prédateurs vous aideront à contrôler leurs populations : carabes, oiseaux, crapauds, couleuvres et j’en passe! De plus, Smeesters et al. (2005) suggèrent notamment de mettre du paillis dans vos plates-bandes et d’y installer quelques roches plus grosses. Le paillis ralentira, voire découragera, la progression des escargots et des limaces. Les individus qui préfèrent la matière en décomposition risquent même de s’arrêter au paillis pour s’y nourrir et ne s’attaqueront pas aux plantes saines. Enfin, les roches offriront une bonne cachette aux prédateurs qui se chargeront du reste du travail.

Bien sûr, je n’ai brossé qu’un portrait très succinct de la vaste diversité d’invertébrés prêts à dévorer vos plantes et vos salades… Ils sont très nombreux à attendre avec hâte que vous fassiez votre jardin! Profitez de leur retour pour les photographier et apprendre à les identifier afin de distinguer les invertébrés bénéfiques de ceux qui posent une réelle menace. Au plaisir de faire la découverte d’autres ennemis ou alliés du jardinier au cours de cette nouvelle saison qui s’amorce enfin!

 

Pour en savoir plus

  • Brisson, J.D. et al. 1992. Les insectes prédateurs : des alliés dans nos jardins. Fleurs Plantes et Jardins : Collection no. 1. 44 p.
  • Bug Guide. Species Lilioceris lilii – Lily Leaf Beetle. http://bugguide.net/node/view/20177
  • DocBébitte. Avoir une faim de… chenille! http://www.docbebitte.com/2013/02/18/avoir-une-faim-de-chenille/
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Hardy, M. 2014. Guide d’identification des Scarabées du Québec (Coleoptera: Scarabaeoidae). Entomofaune du Québec (EQ) inc., Saguenay. 166 pages.
  • Hodgson, L. 2006. Les 1 500 trucs du jardinier paresseux. 704 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Smeesters, E. et al. 2005. Solutions écologiques en horticulture. 198 p.

La vie de mon jardin – Partie 1 : les alliés

Zelus luridus_2016

Punaise assassine qui était cachée sous la litière de feuilles

Zelus luridus_Automne 2015

Des feuilles enroulées inspectées l’automne dernier cachaient plusieurs invertébrés

Chaque printemps, je me fais un grand plaisir à « nettoyer » mes plates-bandes. Naturellement, vous aurez deviné que j’effectue cette « corvée » munie d’un appareil photo à mes côtés. Je finis habituellement par passer autant de temps à manipuler et photographier des invertébrés qu’à ramasser des feuilles. J’ai la chance – ou la malchance selon l’angle avec lequel on regarde la situation – d’avoir une forêt dans ma cour, faisant en sorte que mes plates-bandes sont recouvertes d’une épaisse couche de feuilles. Cette importante litière cache de nombreuses bêtes que je découvre une à une le printemps venu. Chaque nouvelle saison offre son lot de surprises : les espèces qui étaient dominantes l’année d’avant ne sont pas nécessairement les mêmes l’année suivante.

Cette année, je notai jusqu’à maintenant une dominance d’invertébrés dits bénéfiques – du moins du point de vue du jardinier. En effet, mes premières observations de l’année portaient toutes sur des invertébrés prédateurs : coccinelles à sept points, araignées-crabes et punaises assassines. Il ne m’en fallut pas plus pour décider de vous pondre une petite chronique faisant le portrait de ces individus… et de quelques autres insectes qui s’avèrent être de précieux alliés!

Première observation : la punaise assassine! J’avais fait la rencontre de ce sympathique insecte pour la toute première fois au printemps 2013 et j’en avais alors fait l’objet d’une chronique (celle-ci). Encore une fois cette année, ce sont des nymphes de l’espèce Zelus luridus que je découvris blotties sous les feuilles. J’avais également observé plusieurs nymphes l’automne dernier qui présentaient toutes le même comportement : elles se cachaient à l’intérieur de feuilles dont le bout avait été enroulé par un précédent insecte (possiblement une sorte de chenille). En inspectant les feuilles « enroulées » des arbres d’un secteur près de chez moi, je réalisai que bon nombre d’entre elles étaient peuplées par des nymphes de punaises assassines. J’ai pu prendre quelques photographies du phénomène, dont une en appui diffusée dans la présente chronique. Les punaises assassines sont considérées des alliées parce qu’elles sont des prédateurs : elles se nourrissent notamment d’insectes indésirables susceptibles d’endommager les plantes ornementales et les arbustes tels les chenilles, les asticots et les punaises phytophages.

Coccinelle à sept points 3

Coccinelle à sept points, qui venait elle aussi d’être délogée de sa cachette hivernale

Carabe bronzé_Mai 2014

Le carabe bronzé s’attaque notamment aux limaces

Deuxième cas : les coccinelles! En « jouant » dans mes plates-bandes, je dérangeai plusieurs coccinelles à sept points (Coccinella septempunctata) qui s’y étaient installées pour passer l’hiver. Tant les larves que les adultes de ce sympathique arthropode sont en mesure d’engloutir bon nombre de pucerons et autres insectes qui s’attaquent habituellement à nos plantes préférées. Je vous avais d’ailleurs parlé récemment de la coccinelle à sept points, dont l’adulte est en mesure de manger plusieurs dizaines de pucerons par jour. La larve n’en est pas moins efficace, ingérant quelque 200 à 600 pucerons tout au long de son développement qui prend une vingtaine de jours. Bref, en plus d’être jolis à regarder, ces petits bouts de coléoptères nous sont d’une grande aide pour préserver un jardin en santé!

Il n’y a pas que les coccinelles chez les coléoptères qui sont de redoutables prédateurs : les carabes bronzés (Carabus nemoralis) sillonnent aussi nos plates-bandes à l’affut d’une délicieuse collation invertébrée. Ces jolis et gros coléoptères sont notamment friands d’organismes à corps mou comme les limaces, les escargots et les chenilles, des bêtes qui transforment typiquement nos plantes en gruyère suisse tellement elles y font de trous! J’avais observé une quantité impressionnante de carabes bronzés chez ma belle-sœur dont les plates-bandes étaient également envahies par un nombre effarant d’escargots. J’ai présumé qu’il y avait un lien entre l’abondance des proies et des prédateurs respectivement. Avez-vous déjà fait une telle observation?

Lorsque j’enlève l’épaisse couche de feuilles recouvrant mes plates-bandes, j’ai aussi le plaisir de découvrir bon nombre de jolies araignées-crabes (Thomisidae). Elles sont à peine visibles, car elles se fondent bien au décor avec leurs couleurs beige et brun. Je retrouve en particulier plusieurs individus que j’avais identifiés dans le passé comme étant de l’espèce Xysticus elegans (voir cette chronique), une araignée dont le mâle arbore de jolis motifs sur son abdomen. Les araignées-crabe chassent à vue, sans l’aide d’une toile. Elles attendent patiemment, au sol ou sur la végétation, le passage d’une proie à laquelle elles s’agrippent le temps venu! Comme elles sont des prédateurs hors pair, elles contribuent à la régulation des populations d’espèces d’insectes qui pourraient autrement s’avérer néfastes. C’est d’ailleurs le cas de nombreux autres arachnides qui foulent nos plates-bandes ou qui y tissent leur toile : opilions, araignées-loup (Lycosidae), Agelenidae et j’en passe!

Thomisidae Printemps 2016

Araignée-crabe qui se cachait sous les feuilles ce printemps

Pélécinide 3

Pélécinide adulte qui nous aide dans la lutte aux « vers blancs »!

Les pélécinides (Pelecinus polyturator) constituent un dernier groupe – mais non le moindre – dont je voulais vous parler. Contrairement aux espèces citées plus haut qui sont davantage printanières, je retrouve les pélécinides adultes dans mes plates-bandes un peu plus tard en été. Ce qu’il faut dire, c’est que ce sont les larves qui jouent un rôle plus actif dans le contrôle d’une espèce indésirable en particulier : le fameux ver blanc (larve du hanneton). La femelle pélécinide est munie d’un très long ovipositeur dont elle se sert pour atteindre les larves de hanneton enfouies sous terre. C’est ce long appendice qui fait généralement peur aux observateurs, car l’on tend à penser qu’il sert à piquer! Une fois qu’elle a déniché des larves de hanneton, la femelle y pond ses œufs. Les larves du pélécinide font le reste du travail, dévorant les pauvres hannetons en devenir. Étant donné que les larves de hanneton sont reconnues pour les dommages qu’elles effectuent aux pelouses et à certains plants, le travail des pélécinides s’avère fort bénéfique.

Il existe bon nombre d’autres invertébrés qui sont nos alliés. Avant de chercher à vous débarrasser d’un insecte ou d’une araignée que vous trouvez dégoûtants, il pourrait valoir la peine de vous poser la question suivante : « cet invertébré est-il en train de m’aider »? Vous pourriez être surpris par la réponse! Si vous voulez en savoir plus sur les arthropodes bénéfiques, vous pouvez notamment consulter les sources citées dans la section « Pour en savoir plus ». Bon jardinage!

 

Vidéo 1. Punaise assassine trouvée ce printemps dans mes plates-bandes.

Vidéo 2. Carabe bronzé rescapé de ma piscine. On voit bien ses larges mandibules.

Pour en savoir plus

  • Brisson, J.D. et al. 1992. Les insectes prédateurs : des alliés dans nos jardins. Fleurs Plantes et Jardins : Collection no. 1. 44 p.
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Smeesters, E. et al. 2005. Solutions écologiques en horticulture. 198 p.

Du bacon pour Monsieur dermeste!

Dermeste du lard 1

Dermeste du lard retrouvé dans un chalet cet hiver (vue dorsale)

Dermeste du lard 4

Même dermeste sous le stéréomicroscope

En mars dernier, j’ai eu le plaisir d’aller passer une fin de semaine avec ma belle-famille dans un sympathique chalet autour duquel on pouvait pratiquer de multiples activités hivernales. Je vous fais trêve d’histoires familiales et je me rends directement au point qui vous intéresse : lorsque vint le temps de quitter, je me chargeai de passer le balai dans le chalet, ce qui incluait le sous-sol où mon conjoint et moi étions installés pour le séjour. Je trouvai plusieurs spécimens du même insecte que je ne connaissais pas. C’était de toute évidence un coléoptère, mais je n’étais pas outillée pour l’identifier dans l’immédiat.

Je préservai donc deux individus que je ramenai dans un pilulier (oui, j’en ai toujours à portée de main!) aux fins d’identification. Ce n’est qu’une fois rendue à la maison que j’eus la surprise de découvrir qu’il s’agissait de dermestes du lard (Dermestes lardarius)… une espèce envahissante considérée comme une peste! Nous ne semblions pas en avoir ramené avec nous à la maison, fort heureusement!

Le dermeste du lard se distingue des autres dermestes par les motifs présents sur ses élytres. En effet, les élytres foncés sont flanqués d’une bande beige-orangé qui est ponctuée de six points plus sombres (trois par élytre). C’est cette partie du corps de l’insecte qui était visible sur la photo de la devinette de la semaine dernière.

Un des deux spécimens collectés était moribond et bougeait encore légèrement lorsque je le pris dans mes mains. Je pus filmer une vidéo de ce dernier qui est incluse dans la présente chronique. Les deux autres spécimens observés étaient, quant à eux, morts. Je me demandai par la suite si ceux-ci avaient été empoisonnés. Il faut dire que, pour des gens qui louent un chalet, ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle de voir celui-ci envahi par des dermestes.

Dermeste du lard 2

On peut voir les antennes en forme de massue

Dermeste du lard 3

Le dermeste en question dans ma main, pour une idée de sa taille

Je me demandai aussi pourquoi ces derniers s’étaient retrouvés dans cette demeure en particulier. C’est en fouillant dans mes livres et sur Internet que je pus lire que les dermestes sont attirés par différentes denrées, habituellement riches en protéines : les viandes (d’où il tire vraisemblablement son nom « dermeste du lard »!), la nourriture pour chiens et chats, les fourrures, les plumes et les insectes morts. Étant donné que nous avions observé pendant notre séjour qu’il y avait beaucoup de mouches mortes sur le rebord élevé d’une fenêtre inatteignable (donc où le ménage ne se fait pas régulièrement), je présumai que j’avais trouvé la source de nourriture qui attirait nos coléoptères.

Selon la documentation consultée, c’est tôt au printemps que les dermestes pénètrent dans les demeures, attirés par les insectes morts ou l’odeur d’autres denrées. Une fois à l’intérieur, ils en profitent pour pondre leurs œufs, dont les larves se nourriront ensuite desdites denrées.

Les larves sont susceptibles de causer des dommages importants, outre le fait qu’elles se nourrissent de certains de nos aliments. Selon le PennState College of Agricultural Sciences, des tests effectués en laboratoire ont permis de conclure que les larves étaient en mesure de percer non seulement le bois, mais aussi le fer aisément afin de se procurer une place confortable pour leur pupaison!

J’avais déjà observé des larves de dermestes chez moi, mais il ne s’agissait pas du dermeste du lard (les adultes aperçus étaient plus petits et ne possédaient pas les motifs caractéristiques de D. lardarius). Les larves de dermestes ressemblent à de petites chenilles compactes et très poilues. Elles sont de couleur brunâtre. J’en avais observé une sous mon microscope que je pus également filmer (voir les vidéos ci-dessous). Ce qu’il faut dire, c’est que ces larves ne sont pas particulièrement appréciées des muséologues ou des entomologistes, car elles sont susceptibles de détruire des insectes ou des animaux naturalisés. Dans mon cas, j’en vois à l’occasion dans la maison, mais je n’ai jamais noté aucun dommage, ni sur ma collection d’insectes ni ailleurs. Leur nombre est sans doute insuffisant pour poser une menace quelconque.

Dermestidae Larve

Larve de dermeste (espèce non identifiée)

Comme je bâtis moi-même ma collection d’insectes à partir d’organismes retrouvés morts, il m’est déjà arrivée de voir sortir une larve de dermeste d’un individu que je venais de recueillir. Il me faut user de précaution pour ne pas contaminer le reste de ma collection; les invertébrés récoltés prennent donc immédiatement le chemin du congélateur. D’ailleurs, en cas d’invasion de dermestes du lard, le PennState College of Agricultural Sciences conseille de mettre les produits « contaminés » au chaud (140° pendant 30 minutes) ou au froid (0° pendant 3 à 4 jours). Cela a pour effet de tuer les insectes indésirables qui y sont associés.

En outre, si vous observez de toutes petites chenilles poilues et brunes, ou encore de plus gros coléoptères noirs et beiges/oranges dans votre demeure, il pourrait être utile de les identifier afin de vous assurer que vous n’êtes pas aux prises avec une espèce de dermeste pouvant causer des dommages. Cela dit, il semble que ce ne soient pas toutes les espèces de dermestes qui sont problématiques, puisque bon nombre d’entre eux vivent en notre compagnie sans se faire voir!

 

Vidéo 1. Dermeste du lard moribond observé dans un chalet.

Vidéo 2. Larve de dermeste vue sous le microscope.

Vidéo 3. Même larve de dermeste.

Pour en savoir plus

Dans l’œil de mon microscope : le léopard

Lors de la prochaine chronique, je vous relaterai une récente rencontre avec quelques individus d’une espèce intrigante. Vue de près au stéréomicroscope, elle fait penser à un léopard avec ses taches noires « poilues » sur fond orangé.

De quelle espèce d’insecte s’agit-il?

Vous pouvez répondre à cette devinette en vous joignant à la Page Facebook DocBébitte ou encore en inscrivant votre réponse dans la section « Commentaires » de la présente chronique. L’invertébré-mystère vous sera dévoilé lors de la prochaine publication DocBébitte!

Devinette 2016-04-28

Taches noires sur fond orangé. C’est un insecte, pas un léopard!