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J’ai huit yeux, tant mieux!

Lycosidae yeux

Les lycosidés possèdent huit yeux, dont deux sont situés plus loin vers l’arrière de la tête

De tous les invertébrés, ce sont sans doute les araignées qui suscitent le plus la peur et le dégoût chez nous, les humains. Pourtant, il s’agit d’êtres hors du commun caractérisés par des attributs morphologiques fort intrigants!

Dans la capsule de la semaine dernière, vous deviez deviner qui était l’individu photographié et, plus précisément, quels étaient les membres en forme de spirale situés en avant-plan. Il s’agissait, bien sûr, d’une sorte d’araignée – agelenopsis potteri, de la famille agelenidae. Les spirales, quant à elles, faisaient partie du pédipalpe, un organe situé à l’avant de la capsule céphalique (tête) et de chaque côté des chélicères (pièces buccales). Chez les mâles, le dernier segment des pédipalpes est renflé et sa face ventrale comprend le bulbe génital. Il s’agit donc de son organe reproducteur. En d’autres mots, les mâles araignées portent leurs parties génitales de chaque côté de leur tête!

Épygine Épeire

Malgré les apparences, il s’agit d’un organe reproducteur femelle (épeire diadème)

Spirale-2014-07-14

Le bulbe génital de ce mâle (agelenopsis potteri) comporte des organes en forme de spirale – ce n’est pas le cas de toutes les espèces

Les pédipalpes des femelles ressemblent, de leur côté, à de petites pattes. Ils ne sont pas renflés et ne contiennent pas de pièces vouées à la reproduction. Les organes génitaux des femelles sont plutôt situés là où l’on pourrait s’y attendre : sur la face ventrale et antérieure de l’abdomen. Toutefois, ces organes – que l’on nomme épigyne – prennent à l’occasion une apparence comparable aux parties génitales mâles des mammifères. Par conséquent, si vous apercevez une forme qui ressemble à une plaque sur l’abdomen d’une araignée ou même à un petit pénis, sachez qu’il ne s’agit pas d’un mâle!

Les araignées se démarquent non seulement par leur anatomie sexuelle, mais aussi par leurs pièces buccales. Contrairement aux insectes qui sont typiquement munis de mandibules ou de rostres, les araignées possèdent des chélicères. Les chélicères comportent deux parties : le segment basal, auquel est rattaché le crochet. C’est par ce crochet – qui sert à percer les tissus – que les araignées injectent leur fameux venin.

Que dire des huit yeux (certaines en ont cependant six) qui servent sans aucun doute à percevoir les proies? Leur disposition varie selon les familles et elle est par conséquent utilisée comme critère d’identification. À titre d’exemple, une des paires d’yeux des araignées-loup (lycosidae) est située plus loin vers l’arrière de la tête et de chaque côté de cette dernière. Les araignées sauteuses (salticidae), quant à elles, possèdent une paire de très grands yeux sur le devant de la tête (voir cette image).

Les araignées semblent aimer le nombre « 8 », puisqu’elles arborent également huit pattes. Ces pattes, grandement articulées, se terminent par deux ou trois griffes permettant aux individus d’adhérer à toutes sortes de surfaces – et expliquant pourquoi elles se promènent si aisément sur nos plafonds! Plusieurs types de soies et de poils recouvrent les pattes des araignées. Certains, très fins, servent à percevoir les vibrations de l’air. Cela est très utile pour l’araignée immobile, à l’affut d’une proie.

Finalement, on ne pourrait passer sous silence les caractéristiques faisant en sorte que plusieurs espèces sont en mesure de tisser de robustes toiles, qui suscitent l’envie de maints ingénieurs de race humaine! Cette fascinante capacité a fait l’objet de cette précédente chronique – si le sujet vous intéresse!

Araneus diadematus 2

Huit pattes, huit yeux, chélicères apparents : les araignées sont bel et bien spéciales!

Vous ne cesserez peut-être pas de craindre les araignées du jour au lendemain, mais j’espère que ce billet vous aura aidé à mieux apprécier leurs étonnantes caractéristiques!

 

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.

 

Dans l’œil de mon microscope : La spirale!

Nous l’avions déjà vu dans une précédente chronique, certains organes que possèdent les invertébrés ne sont pas toujours à l’endroit où l’on s’y attendrait.

C’est le cas de cet individu, qui porte des spirales sur le dessus de la tête. De quoi s’agit-il? Et quel est l’invertébré en question?

Les paris sont ouverts! La réponse… lors de la prochaine chronique!

Comme à l’habitude, vous êtes invités à inscrire vos réponses sur le site Facebook de Docbébitte. Pour ceux qui ne possèdent pas de compte Facebook, vous pouvez aussi répondre dans la section commentaire de la présente page Internet!

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Ces spirales servent à quelque chose de bien particulier… De quoi peut-il bien s’agir?

 

Le croissant nordique : un joli petit papillon commun

Voici revenu le temps de l’année où de nombreux petits papillons de couleur orange et brune sillonnent mes plates-bandes. Peut-être les avez-vous observés également? Il s’agit de croissants nordiques.

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Le joli croissant nordique

Ce papillon d’assez petite envergure (entre 3,2 et 3,8 centimètres) fait partie de la famille des nymphalidés, qui comprend d’autres espèces communes comme le monarque, la belle dame, le vulcain, ainsi que l’amiral (qui avait fait l’objet d’une de mes premières chroniques; suivre ce lien). Il peut être facile de le confondre avec quelques autres espèces de croissants et de damiers; voilà pourquoi il faut être attentif au motif alaire, qui présente de fines (mais distinguables) variations. Le bout des antennes, d’un orange vif, aide aussi à le distinguer du croissant perlé et du croissant fauve retrouvés à l’extrême sud de la province. Les antennes de ces derniers sont seulement noires et blanches.

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Croissant nordique, vue ventrale

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Croissant nordique dans mes marguerites

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Croissant nordique dans une espèce de sédum

On retrouve le croissant nordique dans divers types d’habitats, en particulier là où poussent des asters, la plante-hôte des chenilles. Ce n’est donc pas une surprise si j’en vois en grande quantité dans mes plates-bandes : j’habite à la lisière d’un boisé et beaucoup d’asters poussent au travers de mes hostas et autres végétaux! De plus, la femelle pond ses œufs – environ une quarantaine – sous les feuilles des asters. Vous pouvez compter sur moi pour examiner mes asters de plus près, désormais!

Les croissants qui butinent présentement dans mes fleurs (je les vois beaucoup dans mes marguerites) font partie d’une première de deux générations. En effet, ce papillon a deux générations par année au Québec (parfois trois, selon Leboeuf et Le Tirant 2012) : de la fin mai à la mi-juillet et de la mi-juillet à la mi-septembre. C’est donc dire que nous aurons la chance d’observer ce joli petit papillon tout au long de l’été!

 

Pour en savoir plus

 

Un piercing avec ça?

Connaissez-vous les perce-oreilles? Le mythe veut qu’ils soient assez forts pour percer le bout de nos oreilles à l’aide des appendices aiguisés situés au bout de leur abdomen. D’autres prétendent qu’ils peuvent se faufiler dans nos oreilles pendant la nuit. Qu’en est-il vraiment?

Perce-oreille entier

Perce-oreille

Premièrement, l’appendice en forme de pinces qu’arborent les perce-oreilles s’appelle des cerques. Je confirme que ces insectes possèdent suffisamment de force pour pincer les doigts inquisiteurs… mais certes pas pour passer au travers de la peau! Pour ce qui est de la peur voulant qu’ils puissent se faufiler sous nos draps et dans nos oreilles pendant notre sommeil, elle provient peut-être de leur mode de vie. Ils ont une affinité pour les lieux humides et sombres et tendent, par conséquent, à se déplacer davantage pendant la nuit. Peut-être est-il déjà arrivé qu’un d’entre eux se balade en pleine nuit sur le visage d’une personne endormie, la réveillant… et pouf! Un mythe est né!

Les perce-oreilles trouvent leur chemin dans nos demeures bien malgré eux. Comme ils affectionnent les lieux humides, ils se retrouvent dans nos vêtements, étendus sur les cordes à linge, ou encore dans divers objets et plantes procurant un abri d’intérêt. À titre d’exemple, j’avais décroché un emploi dans les cuisines du St-Hubert (bon appétit!) à la fin de mon adolescence. Une fois de retour à la maison, je lavais mes souliers, enduits de gras de cuisine, puis les laissais sécher dehors. Ce milieu humide – qui devait également encore dégager quelque odeur de friture – était très apprécié par ces amis opportunistes. Ainsi, une fois secs, je devais secouer énergétiquement mes souliers avant de les rentrer à l’intérieur. Je voyais régulièrement tomber un ou deux perce-oreilles au sol.

Perce-oreilles Fleur

Une bonne cachette pour un groupe de perce-oreilles

Les perce-oreilles font partie de l’ordre des dermaptères, ce qui signifie « ailes en peau ». Plusieurs familles appartiennent à ce groupe, mais l’espèce la plus connue est sans contredit le forficule forficula auricularia (Famille : Forficulidae). En particulier, l’introduction de cette espèce, provenue d’Europe, puis son expansion rapide au Québec ont propulsé cet ordre autrefois moins connu au palmarès des insectes indésirables.

Aussi, rassurez-vous, ces insectes ne se nourrissent pas de cire d’oreilles… bien qu’il s’agisse d’omnivores capables de se nourrir d’une variété d’aliments. Les ouvrages que j’ai consultés citent de nombreuses sources de nourriture, incluant des détritus (bois mort, végétaux en décomposition), des fleurs, plantes et légumes frais du jardin, ainsi que d’autres invertébrés. Les jardiniers les apprécient généralement moins, puisqu’ils peuvent effectivement s’attaquer à leurs plantes chéries (choux, laitues, fraises et framboises sont entre autres nommés) et à différentes fleurs comme les dahlias. En revanche, ils peuvent se nourrir d’invertébrés nuisibles comme les pucerons et les acariens et ainsi contribuer à nettoyer votre jardin.

Bref, sont-ils des ennemis ou des amis? Selon deux références (Brisson et al. 1992 et Smeesters et al. 2005), les perce-oreilles devraient être considérés davantage comme des alliés du jardinier. En effet, 72% de la diète du forficule serait composée d’invertébrés nuisibles. De plus, ce serait plutôt quand les autres aliments préférés par ce dernier (invertébrés et détritus) se font plus rares qu’il se met à grignoter nos fruits et légumes. Un conseil pratique et écologique est donc de laisser du paillis et des détritus dans vos plates-bandes. Ne visez pas des plates-bandes parfaites sans aucun débris! Laissez-y des feuilles mortes… Tous ces détritus pourront servir, d’une part, de source de nourriture aux perce-oreilles, mais aussi, d’autre part, de refuge à leurs prédateurs qui se chargeront de garder les populations sous contrôle!

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Cerques du perce-oreille femelle

Perce-oreille mâle

Cerques du perce-oreille mâle

Fait intéressant, les mâles et les femelles peuvent être aisément distingués. Il suffit d’examiner la forme de leurs cerques. Chez les mâles, ils sont incurvés et plus robustes. Ils possèdent aussi de petites dents à la base. Les cerques des femelles, quant à eux, sont plus droits et moins robustes.

Pour terminer, je vous avais récemment parlé de soins parentaux chez les invertébrés pour la fête des Mères et la fête des Pères. Les perce-oreilles ne sont pas exclus! Les femelles prennent grand soin de leurs œufs et des jeunes larves. Elles demeurent dans le terrier avec ces derniers dans le but de les protéger de tout intrus. De plus, elles lèchent et déplacent leurs œufs sur une base régulière afin d’empêcher tout champignon indésirable de s’y former. Lorsque les œufs sont prêts à éclore, elles les réorganisent en une seule couche afin de faciliter l’émergence des larves.

Malgré la réaction de dégoût souvent déclenchée par le  fait de trouver des perce-oreilles dans la maison ou dans le jardin, il semble que ce type d’insecte soit plus bénéfique et inoffensif que généralement perçu. Pour ma part, lorsque j’en retrouve dans la maison, je prends soin de les transporter vers l’extérieur. Il n’y a pas de risque à les manipuler et vous n’avez pas à vous inquiéter de vous retrouver avec un tout nouveau piercing!

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Brisson, J.D. et al. 1992. Les insectes prédateurs : des alliés dans nos jardins. Fleurs Plantes et Jardins : Collection no. 1. 44 p.
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Loiselle, R. et D.J. Leprince. 1987. L’entomologiste amateur. 143 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Smeesters, E. et al. 2005. Solutions écologiques en horticulture. 198 p.
  • BugGuide. Forficula auricularia. http://bugguide.net/node/view/23281
  • Wikipedia. Forficula auricularia. http://en.wikipedia.org/wiki/Forficula_auricularia

 

Dans l’œil de mon microscope : les forceps

Certains invertébrés sont munis d’organes ressemblant à des objets que nous utilisons. Le présent insecte possède une structure qui fait penser à des forceps ou encore à des pinces. Saurez-vous deviner de qui il s’agit avant la chronique de la semaine prochaine?

Comme à l’habitude, vos suggestions sont les bienvenues (page Facebook DocBébitte ou ici même sur Docbebitte.com)!

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