Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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Journée mondiale de l’eau 2017

L’eau, c’est la vie! On entend souvent cette expression, mais mesure-t-on vraiment tout son sens?

Au Québec, l’eau coule abondamment dans nos lacs et nos rivières. Nous avons le plaisir de bénéficier de cette ressource, généralement de bonne qualité, pour y pratiquer des activités récréatives, s’y baigner et attraper quelques poissons… et invertébrés!

Néanmoins, autour du globe, la situation n’est pas toujours rose (ou bleue!) et les cours d’eau sont pollués ou encore asséchés.

En cette journée mondiale de l’eau, je vous propose de prendre quelques minutes de votre temps pour penser à toutes les activités que vous ne pourriez pas pratiquer si l’eau était un élément rare (en quantité ou en qualité). On se rend vite compte que l’eau est une ressource inestimable et que nous sommes très choyés, ici au Québec, d’y avoir accès si facilement.

Au nom de toutes les petites bêtes qui ont, elles aussi, besoin d’eau pour survivre, je vous souhaite une bonne réflexion!

Bonne journée mondiale de l’eau 2017!

Journée de l'eau 2017

L’eau, c’est la vie! Pour nous et nos petites bêtes préférées!

On tripe sur les thrips!

Thrips et doigt

Ces petites formes à côté de mon doigt sont des thrips

Thrips 5

Les cinq thrips observés dans ma salade

Thrips seul

Thrips vu de face

La semaine dernière, en essorant ma salade, j’aperçus quelques petits débris au fond du bol à essorer qui auraient pu passer pour de simples saletés. Je décidai tout de même de les ramasser (pas une tâche facile pour des items de la taille d’un grain de poivre!) et de les examiner sous la loupe de mon stéréomicroscope. Voyant à peine les objets, je n’étais pas entièrement certaine qu’il s’agissait tous d’insectes. Or, ma curiosité fut récompensée! Tous les débris collectés étaient des thrips.

Les thrips sont de petits insectes appartenant à l’ordre des thysanoptères (Thysanoptera). Ils font habituellement tout au plus 2 mm de long et passent, par conséquent, souvent inaperçus. Peut-être avez-vous déjà remarqué de toutes petites formes allongées de couleur blanche, jaune, brune ou noire déambuler sur des légumes ou sur des fleurs? Il est bien possible que vous ayez observé ces fameux thrips.

Ces arthropodes se nourrissent d’une vaste gamme d’aliments, variant selon l’espèce. Certains sont jugés nuisibles et s’attaquent aux plantes ornementales, ainsi qu’aux fruits et aux légumes que l’on cultive, comme, par exemple, le thrips de l’oignon (noter ici que le mot thrips s’écrit avec un s tant au singulier qu’au pluriel!). Dans ces cas, les thrips mangent essentiellement tout ce qu’ils peuvent : les feuilles, les fleurs, les tiges, les bourgeons et les fruits. Rien ne leur échappe! Une liste des différents effets que peuvent avoir ces thrips phytophages sur les plants bien-aimés est présentée notamment sur le site d’Espace pour la vie (voir la section « Pour en savoir plus » ci-dessous). Il importe de noter que les thrips ne sont pas que nuisibles. En effet, d’autres espèces se nourrissent d’invertébrés, de spores, de champignons, de mousses, d’algues ou de lichens. Certaines sont même fort utiles : Selon Evans (2008), quelque 500 espèces retrouvées autour du globe s’avéreraient d’importantes pollinisatrices.

Les ailes des adultes sont bordées d’une frange de poils (sauf pour les individus aptères – tout de même communs chez les thrips) et il s’agit d’une bonne façon de les distinguer des toutes petites mouches auxquelles ils peuvent ressembler au premier coup d’œil. D’ailleurs, le nom thysanoptère provient du grec thysanos (frange) et pteron (ailes). Leurs pièces buccales, quant à elles, sont de type piqueur-suceur et comprennent également une seule mandibule (celle de gauche) qui sert à percer et racler les tissus de la source de nourriture convoitée.

La reproduction se fait souvent par parthénogenèse, c’est-à-dire que les femelles sont en mesure de donner naissance à des rejetons sans être fécondées par un mâle (comme les pucerons dont je parlais ici). Les œufs pondus – fréquemment dans ou sur les espèces végétales préférées – prennent quelques jours (2 à 8) avant d’éclore. La larve qui s’en extirpe ressemble passablement à l’adulte, exception faite qu’elle est plus petite et ne porte pas d’ailes.

Devinette 2017-03-18

J’étais occupée à prendre cette mouche en photographie… mais elle est entourée de petits thrips!

Thrips

Thrips sur une fleur d’onagre

À cause de leur petite taille et de leur propension à s’attaquer aux fruits et légumes que nous mangeons, il n’est pas surprenant de constater que ces insectes font partie des différents arthropodes que nous avalons par inadvertance. Je vous avais d’ailleurs exposé une brève liste d’aliments infestés d’invertébrés de toutes sortes dans cette précédente chronique. Par conséquent, si vous êtes curieux, vous pouvez faire comme moi et examiner à la loupe les résidus d’essorage de vos fruits et légumes : les thrips s’y retrouvent parfois par dizaine. Si vous êtes un peu moins enthousiastes que moi face à toutes ces petites bêtes (ce qui est sans doute le cas si vous êtes normalement constitués!), vous pouvez plutôt jeter un coup d’œil aux différentes sources citées ci-dessous!

 

Pour en savoir plus

Le plécoptère géant

La semaine dernière, je vous présentais une « bébitte brune » qui, bien que d’apparence plutôt sobre – voire ordinaire aux yeux de plusieurs -, appartient à l’un de mes groupes d’insectes favoris.

Pteronarcys Anticosti

Pteronarcys observé dans une rivière bordée de forêts sur l’île d’Anticosti

Pteronarcyidae_Jacques-Cartier

Les Pteronarcyidae se roulent en boule lorsqu’ils sont perturbés

Aviez-vous deviné qu’il s’agissait d’une naïade de plécoptère de la famille Pteronarcyidae (genre Pteronarcys)? Les membres de cette famille sont communément appelés en anglais « Giant stoneflies », ce qui se traduirait par « plécoptères géants ». Ils tirent leur nom de la taille appréciable qu’ils peuvent atteindre – un quelque 50 millimètres de longueur. D’ailleurs, j’adore manipuler et observer des naïades de cette famille, car elles sont très grosses, plutôt lentes et faciles à photographier si on les compare à de multiples autres insectes aquatiques ou terrestres.

Les naïades de Pteronarcyidae se trouvent dans les cours d’eau bien oxygénés où le courant est rapide. Voshel (2002) précise qu’elles se cachent dans les interstices des blocs et des galets, là où le courant ne peut les déloger. Elles sont tout de même munies de pattes possédant chacune deux griffes acérées qui leur permettent de bien s’accrocher au substrat.

Elles se distinguent des autres espèces de plécoptères par la présence de nombreuses « touffes » de branchies qui couvrent non seulement la face ventrale de leur thorax, mais prennent aussi attache sur les deux à trois (selon le genre) premiers segments de leur abdomen. En comparaison, les naïades de Perlidae (voir cette chronique) arborent leurs branchies uniquement sur le thorax, à la jointure des pattes. Le reste de leur thorax en est dépourvu, de même que leur abdomen. Les autres familles de plécoptères, quant à elles, ne possèdent pas de branchies en touffes disposées de la sorte.

Les naïades sont des détritivores qui déchiquettent les débris végétaux qui s’accumulent au fond des rivières. Lorsque j’effectuais des échantillonnages dans des rivières québécoises pendant mes études, j’en observais beaucoup dans les rivières à fort couvert forestier. Les nombreuses feuilles et les débris ligneux qui se retrouvaient dans l’eau constituaient une source de nourriture pour ces arthropodes. Plus particulièrement, selon les documents que je consultais à l’époque, nous présumions que nos plécoptères assimilaient surtout les bactéries qui colonisaient ces substrats, autrement peu riches.

Pteronarcyidae Branchies

La face ventrale du thorax et les deux premiers segments abdominaux de ce Pteronarcys sont couverts de branchies touffues

Pteronarcyidae_Jacques-Cartier 2

Les pattes des Pteronarcyidae sont munies de deux griffes leur permettant de bien s’accrocher!

Selon Merritt et Cummins (1996), il arrive également aux Pteronarcyidae d’ingérer des algues et quelques autres invertébrés. Ce comportement alimentaire varié avait aussi été présumé lors de mes études qui portaient notamment sur la position trophique (position dans la chaîne alimentaire) où se situent les organismes peuplant les rivières. La variabilité de la position trophique était grande chez les Pteronarcyidae (un peu plus de deux positions), alors qu’elle aurait dû être faible si l’ensemble des individus capturés s’était nourri de façon similaire (Anderson et Cabana 2007). C’est donc dire que nos sympathiques plécoptères ne font pas la fine bouche et s’alimentent à partir des différentes sources de nourriture disponibles.

Les naïades prennent d’une à trois années à se développer sous l’eau. Elles émergent en tant qu’adultes ailés (voir cette photo) à la fin du printemps, entre avril et juin selon les latitudes. Les adultes ne se nourrissent point et, comme tous les insectes aquatiques qui émergent, cherchent principalement à se reproduire. Ils sont nocturnes et seraient attirés par les lumières. Gardez donc l’œil ouvert si vous faites partie de ces entomologistes qui effectuent des chasses de nuit!

Pour terminer, les Pteronarcyidae servent d’indicateurs de l’intégrité des milieux aquatiques. Ils sont sensibles à la pollution; par conséquent, leur présence témoigne habituellement d’un habitat en santé. Une de mes rivières préférées pour observer des spécimens de cette famille est la rivière Jacques-Cartier, une rivière qui présente peu de signes de détérioration sur une bonne partie de son parcours. En outre, si vous souhaitez partir à la découverte de ce joli insecte, malgré le fait qu’il soit « tout brun », je vous conseille d’aller jeter un coup d’oeil entre les gros galets des rivières situées en milieu boisé, comme celles qui sillonnent les Laurentides, par exemple. Quoi de plus agréable que de jouer, pieds dans l’eau, dans de belles rivières propres!

 

Pour en savoir plus

  • Anderson, C. et G. Cabana. 2007. Estimating the trophic position of aquatic consumers in river food webs using stable nitrogen isotopes. Journal of the North American Benthological Society, 26(2) : 273-285.
  • Bug Guide. Family Pteronarcyidae – Giant Stoneflies. http://bugguide.net/node/view/43167
  • Bug Guide. Genus Pteronarcys – Giant Stoneflies. http://bugguide.net/node/view/79985
  • Discover Life. Pteronarcyidae. http://www.discoverlife.org/mp/20q?search=Pteronarcyidae
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Hauer, F.R., et G.A. Lamberti. 2007. Methods in stream ecology. 877 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Dans l’œil de mon microscope : la « bébitte » brune!

Lorsque j’ai fait faire la signature visuelle de DocBébitte (cette chronique de dévoilement), le graphiste qui s’est chargé de la tâche m’avait déclaré avoir commencé par des esquisses de coccinelles, de papillons ou d’insectes jolis et colorés… mais avoir vite réalisé que DocBébitte aimait… les « bébittes brunes »! Il avait bien pigé que j’aimais par-dessus tout partir à la quête de ces petites créatures plus discrètes enroulées dans la boue ou cachées sous les roches. Bref, un insecte charismatique ne m’aurait pas bien représentée!

Dans le cadre de la devinette cette semaine, je vous présente une de ces bêtes que j’affectionne tant! Saurez-vous reconnaître à quel groupe elle appartient?

Vous pouvez répondre à cette devinette en vous joignant à la Page Facebook DocBébitte ou encore en inscrivant votre réponse dans la section « Commentaires » de la présente chronique. L’invertébré-mystère vous sera dévoilé lors de la prochaine publication DocBébitte!

Devinette 2017-03-02

Quel est cet insecte « brun » pourtant tant aimé de DocBébitte?

Un scarabée qui aime les roses

Scarabée du rosier 2

Mon tout premier scarabée du rosier!

Scarabée du rosier 3

Il a une « bette » sympathique, non?

Scarabée du rosier 1

Scarabée du rosier dans son milieu typique : entouré de fleurs!

Depuis que je fais partie de l’Association des entomologistes amateurs du Québec (AEAQ), j’ai l’occasion de faire quelques sorties entomologiques annuellement, entourée d’amateurs et d’érudits qui me permettent d’en apprendre plus sur de nouvelles espèces. C’est ainsi que je fis la découverte d’un sympathique scarabée à l’été 2015 : le scarabée du rosier (Macrodactylus subspinosus).

Plus précisément, c’est dans le cadre du congrès de 2015 que je rencontrai pour la première fois un individu de cette espèce. Le congrès se déroulait à Waterville, en Estrie, sur le territoire du Camp Val-Estrie. Nous étions entourés de boisés et de champs, lesquels étaient parsemés d’une vaste variété de plantes herbacées. Un terrain de jeu paradisiaque pour tout entomologiste amateur, car qui dit plantes herbacées dit nombreux invertébrés! En effet, nos fameuses « mauvaises herbes » attirent une myriade de petites bêtes à six pattes et plus!

C’est d’ailleurs sur un plant d’asclépiades – une « mauvaise herbe » par excellence – que j’aperçus mon premier spécimen… qui n’échappa point à mon appareil photo! Pendant ce séjour, qui fut également suivi d’une escapade de quelques jours supplémentaires aux abords du lac Magog, je pris tout un tas de ces scarabées en photographie. Je n’en avais pas encore observé, moi qui sillonne surtout les environs de la ville de Québec.

Ainsi, c’est sans grande surprise que j’en vis à nouveau en grand nombre lors d’un second congrès de l’AEAQ, lui aussi situé plus au sud, dans la région de Contrecœur. Les bêtes en questions étaient manifestement en période de reproduction : on les voyait regroupées en amas de dizaines d’individus, les mâles se chamaillant pour dégoter une femelle. Je vous invite d’ailleurs à visionner la vidéo en fin de chronique à cet effet!

En effectuant mes recherches pour la présente chronique, j’appris que ce scarabée se rencontre effectivement plus au sud du Québec. Hardy (2014) mentionne que l’espèce est commune à partir de Trois-Rivières en descendant. Cela expliquerait pourquoi je ne me souvenais pas d’avoir vu cet insecte, pourtant commun, dans la région de Québec où j’habite.

Scarabées rosier accouplement

Couple de scarabées du rosier s’adonnant à la chose

Scarabées rosier accouplement 2

Rude compétition… ou ménage à trois?

Scarabées rosier accouplement 3

Moins de 18 ans, fermez les yeux! Ici, c’est une orgie de scarabées!

Au Québec, le scarabée du rosier est relativement facile à identifier. De couleur beige-jaunâtre, il se caractérise par un corps plutôt allongé et des pattes très longues. Ses fémurs et ses tibias sont rougeâtres, alors que ses tarses sont plutôt noirs. Ses antennes se terminent par trois articles bien visibles, qui peuvent cependant être repliés (il faut donc bien observer!). Il s’agit d’un coléoptère d’assez bonne taille – dans les environs d’un centimètre. Il se perçoit facilement à l’œil nu. Sur la côte est américaine, plus au sud, une autre espèce de Macrodactylus (M. augustatus) ressemble beaucoup à M. subsinosus. Il faut par conséquent être plus prudent lors de l’identification des spécimens si ceux-ci sont recueillis aux États-Unis et effectuer des vérifications plus poussées.

Comme son nom commun en témoigne, on peut retrouver le scarabée du rosier… sur les rosiers! Il ne dédaigne pas, non plus, les vignes et diverses espèces de fleurs sauvages, d’arbustes et d’arbres. Il peut se nourrir des feuilles, des fleurs, des bourgeons et des fruits de ces différents végétaux. Par conséquent, il arrive qu’il soit considéré comme une peste, étant donné sa capacité à faire des dommages sur les plants bien-aimés. J’ai d’ailleurs découvert un petit paragraphe sur ce scarabée dans Les 1500 trucs du jardinier paresseux (Hodgson 2006), où l’auteur donne quelques conseils à suivre si vos rosiers sont attaqués par ce scarabée… qu’il qualifie de « même pas beau »! Pourtant, je le trouve très mignon, moi! C’est dire que tous les goûts sont dans la nature!

La larve évolue sous terre, où elle se nourrit des racines d’herbacées et de plantes variables. Lors de la ponte, la femelle se fraie un chemin dans le sol. Selon les sources consultées, elle enfouit ses œufs, chacun dans une cloison individuelle, à quinze centimètres de profondeur. Les petites larves s’en extirpent une à trois semaines plus tard.

C’est sous cette forme larvaire, bien enfouie sous terre, que l’espèce survit aux rigueurs de l’hiver. Une fois le printemps venu, la larve migre vers la surface du sol pour se transformer en pupe, puis émerger en tant qu’adulte au courant des mois chauds de l’été. L’adulte peut vivre jusqu’à six semaines, ce qui nous laisse suffisamment de temps pour apprécier la beauté – peu importe ce que certains en disent! – de ce sympathique et commun coléoptère!

 

Vidéo 1. Quelques individus observés en période de reproduction.

 

Pour en savoir plus