Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
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Concours amical de photographie 2014 : l’heure du vote!

Vous êtes nombreux à avoir participé au concours amical de photographie d’invertébrés 2014! Parmi les participants, on retrouve des jeunes (deux qui ont moins de 18 ans – bravo la relève!) et des moins jeunes (dont je tairai l’âge!), des entomologistes aguerris, ainsi que des néophytes. Une chose les rassemble: de superbes photographies témoignant de leur fascination pour les petites bêtes de ce monde!

Un concours amical signifie un jugement amical. C’est pourquoi je vous convie, chers lecteurs, à me transmettre votre vote quant à votre photo « coup de cœur ».

La façon de procéder est simple : il vous suffit de me transmettre le numéro de la photographie pour laquelle vous votez, ainsi que le nom de l’auteur de la photo concernée. Aussi, chaque personne a droit à un vote. Si vous avez soumis une photographie au concours, vous avez également droit de vote!

Vous pouvez me faire parvenir vos votes de deux façons :

  • 1) Transmettez-moi un courriel à info@docbebitte.com. Dans ce cas, comme les adresses courriel n’indiquent pas toujours le nom, SVP m’indiquer votre prénom et votre nom, afin de je compile qui a voté (simplement pour éviter qu’une même personne vote deux fois);
  • 2) Écrivez-moi un message privé sur Facebook, à partir de la page Docbébitte.

Voilà, c’est maintenant à vous de jouer! Il ne vous reste plus qu’à admirer les photographies ci-dessous et à me transmettre votre vote. Vous avez jusqu’au 21 septembre pour voter. Que le meilleur gagne!

PS – Les photographies sont affichées en ordre alphabétique d’ordre d’invertébrés (De Araneida à Orthoptera). De plus, il faut cliquer sur ces dernières pour les afficher en version « plein écran ». N’oubliez pas ensuite de peser sur la flèche « retour arrière » pour revenir sur le site DocBébitte!

 

Photographies en candidature
#1. Claudine Dussault. Épeire diadème, Les Saules.C.Dussault_3

#2. France St-Aubin. Épeire diadème, Rivière-Beaudette.F. St-Aubin_1 #3. Sylvie Benoit. Calligraphe du bident, Salaberry-de-Valleyfield.S. Benoit_3
#4. Jean Soucy. Charançon de la pomme, Notre-Dame du Portage.OLYMPUS DIGITAL CAMERA #5. Jean Soucy. Charançon vert pâle, Rivière-du-Loup.OLYMPUS DIGITAL CAMERA  #6. Ludovic Leclerc. Chrysomèle de l’asclépiade, Québec.L. Leclerc_1
#7. Emmy Benoit. Longicorne, Sainte-Sophie.E. Benoit_2 #8. Martin Benoit. Longicorne, Riviera Maya (Mexique).MatinBenoit_1 #9. Emmy Benoit. Scarabée ponctué de la vigne, Sainte-Sophie.E. Benoit_1
#10. Céline Benoit Anderson. Chironome, Salaberry-de-Valleyfield.CélineAnderson_1 #11. Sylvie Benoit. Mouche Lauxaniidae, Salaberry-de-Valleyfield.S. Benoit_1 #12. Marie-Laure Tremblay. Limace, Limoilou.ML. Tremblay_1
#13. Jean Soucy. Duo d’hémiptères (Stenottus binotatus et Homaemus aenifrons), Notre-Dame du Portage.OLYMPUS DIGITAL CAMERA #14. Céline Benoit Anderson. Punaise Euschistus sp. (nymphe), Salaberry-de-Valleyfield.CélineAnderson_2 #15. Marie-Laure Tremblay. Punaise sp., Limoilou.ML. Tremblay_2
#16. Claudine Dussault. Diprion importé du pin, Saint-Jean-Port-Joli.C.Dussault_1 #17. Christian Anderson. Pélécinide, Salaberry-de-Valleyfield.ChristianAnderson_2 #18. Christian Anderson. Diacrisie de Virginie, Salaberry-de-Valleyfield.Christian Anderson_1
#19. Claudine Dussault. Monarque, Ancienne-Lorette.C.Dussault_2 #20. France St-Aubin. Monarque, Rivière-Beaudette.F. St-Aubin_3 #21. Ludovic Leclerc. Monarque, Québec.L. Leclerc_2
#22. Sylvie Benoit. Papillon du céleri, Salaberry-de-Valleyfield.S. Benoit_2 #23. Emmy Benoit. Papillon Morpho, Riviera Maya (Mexique).E. Benoit_3 #24. Dave Clermont. Macromie brune (didymops transversa), Granby.D. Clermont_1
#25. France St-Aubin. Mélanople birayé, Rivière-Beaudette.F. St-Aubin_2 #26. Céline Benoit Anderson. Mélanople birayé, Salaberry-de-Valleyfield.CélineAnderson_3

Nager en eau trouble : des indicateurs de la santé des cours d’eau – Partie 2

La semaine dernière, je vous ai fait languir quelque peu en prenant la décision de vous écrire la suite de notre étude écologique cette semaine. Nous reprenons donc notre récit là où nous l’avions laissé : l’échantillonnage de notre second site, situé vers l’aval de la rivière du Cap-Rouge (secteur de Cap-Rouge, près de Québec). Le bassin versant de la rivière du Cap-Rouge est constitué de terres agricoles et de zones urbanisées. Ces utilisations du sol sont une source de nutriments et de contaminants de toutes sortes, qui forment un cocktail susceptible d’altérer la composition et la structure des communautés aquatiques (faune et flore).

Décapoda

Les écrevisses sont des organismes tolérants à la pollution

Les invertébrés capturés à ce site reflétaient – sans grande surprise – les conditions dégradées retrouvées dans ce tronçon de rivière. Au premier coup de filet, nous avons eu la chance de recueillir une écrevisse (Decapoda) et plusieurs petits poissons, au grand bonheur de mes neveux. Les écrevisses sont des organismes tolérants à la pollution et possèdent une cote de tolérance assez élevée d’une valeur de 6. Cette capture contribua par conséquent à augmenter notre cote moyenne de qualité de l’eau pour ce site. Il en est de même pour quelques autres organismes comme les chironomes (cote de 6) et les chironomes rouges (cote de 8). Ces deux groupes sont distingués en matière de cotes, car les chironomes rouges témoignent de conditions encore plus dégradées. Ils sont effectivement capables de survivre dans des milieux pauvres en oxygènes; si le sujet vous intéresse, vous pouvez lire cette précédente chronique. Tous les autres invertébrés capturés dans la rivière du Cap-Rouge avaient une cote de 4 : larve d’un coléoptère de la famille Elmidae, larve d’un éphémère de la famille Baetidae et quelques gammares (des crustacés de l’ordre des amphipodes). Au bout du compte, la cote de la rivière du Cap-Rouge s’est chiffrée à 5.33, soit une qualité précaire. Rappelons-nous que la rivière Jacques-Cartier avait obtenu une valeur de 2.33 (qualité excellente).

Alex_Plat Cap-Rouge

Un filet, un plat blanc rempli de petites bestioles… et un Alexandre bien content!

La mesure des concentrations de nitrates dans la rivière du Cap-Rouge nous indiqua une certaine présence de ce nutriment, par opposition à la rivière Jacques-Cartier où nous avions noté une absence totale. Nous pouvions aussi observer davantage de périphyton (algues qui poussent sur les roches) à ce site, autre symptôme que le cours d’eau est enrichi par des nutriments provenant des activités humaines (ce qui n’est pas une bonne chose).

Notre périple nous conduisit, finalement, à un site situé vers l’aval de la rivière Lorette, un petit tributaire de la rivière Saint-Charles (aussi située à Québec). Le bassin de la rivière Lorette est également affecté par la présence d’agriculture et de zones urbaines. Nous fûmes d’ailleurs enthousiasmés de voir l’eau de notre petite éprouvette destinée à quantifier les nitrates se colorer d’un rose assez soutenu. Cela suggérait des concentrations de nitrates encore plus élevées qu’aux deux sites précédents. Encore une fois, je vous rappelle que nous avons simplement utilisé une trousse destinée à mesurer les concentrations de nitrates dans les aquariums à poissons. Il ne s’agit pas d’appareils hautement scientifiques et coûteux. Toutefois, l’exercice fut très éducatif : mes neveux purent effectivement observer d’importantes différences entre la rivière Jacques-Cartier, boisée, et les deux rivières davantage affectées par la pollution.

Hydropsychidae_JC

Les trichoptères de la famille Hydropsychidae sont très communs dans nos rivières

En ce qui concerne les invertébrés, la rivière Lorette ne recélait pas d’une forte diversité, ni d’abondance d’individus. Les familles que nous avons pu y capturer ressemblaient à celles retrouvées sur la rivière du Cap-Rouge : chironomes, éphémères de la famille des Baetidae, larves d’Elmidae (cotes entre 4 et 6). Des trichoptères de la famille Hydropsychidae étaient ce qu’il y avait de plus abondant. Ce groupe a une cote de tolérance de 4, mais il est très commun. On retrouve des individus y appartenant tant dans les rivières dégradées que dans les rivières en meilleure santé. Nous en avions d’ailleurs capturé quelques-uns dans la rivière Jacques-Cartier. C’est la présence de vers de la classe des oligochètes (Oligochaeta; cote de 8) qui contribua le plus à élever la cote moyenne de ce site, qui se chiffra à 5.2 – ce qui correspond à une qualité précaire. Pour couronner le tout, les roches étaient bien recouvertes de périphyton, ce que mes neveux ne trouvaient pas très ragoûtant. Cela n’a toutefois pas empêché l’un d’eux de s’étaler de tout son long dans la rivière après avoir trébuché (à croire que c’était intentionnel)!

En somme, bien que l’exercice n’était pas quantitatif et réalisé simplement pour le plaisir, il permit à mes neveux de constater que les rivières agricoles et urbaines présentent des caractéristiques bien différentes des rivières boisées : concentrations de nitrates plus élevées, présence d’invertébrés plus tolérants à la pollution, plus grande abondance d’algues. Ce constat est corroboré par maintes études et est loin d’être une surprise.

Jérémie et Caro_Livre chiro

Jérémie qui m’aide à identifier les organismes capturés à l’aide du guide de Voshell, 2002

Au Québec, l’évaluation de la santé des cours d’eau à l’aide des invertébrés benthiques (ce qui signifie « vivant dans le fond des lacs et des cours d’eau ») est effectuée par plusieurs organismes. Le Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) a élaboré au courant des dernières années plusieurs rapports, guides et protocoles d’échantillonnage à cet effet (suivre ce lien pour plus de détails). Le MDDELCC a également mis sur pied un programme de surveillance volontaire des cours d’eau basé sur les invertébrés, en partenariat avec le Groupe d’éducation et d’écosurveillance de l’eau (G3E), auquel de nombreux organismes environnementaux participent : SurVol Benthos. Ce programme augmente la couverture spatiale et les connaissances de la province en matière de santé des cours d’eau. G3E est aussi un groupe fort actif en matière de sensibilisation et d’éducation des jeunes. Son programme « J’adopte un cours d’eau » a d’ailleurs remporté plusieurs prix. Il s’agit d’un programme qui permet aux jeunes de faire des études écologiques de cours d’eau (analyses physico-chimiques, identifications d’invertébrés, etc.), soit une version améliorée de ce que j’ai tenté de faire avec mes neveux!

De plus, je ne peux passer sous silence tout le travail qui se fait dans le milieu universitaire. J’ai moi-même fait partie du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL; suivre ce lien), comprenant plusieurs chercheurs et étudiants qui examinent l’utilité des invertébrés aquatiques dans l’évaluation de l’impact des activités humaines sur les lacs et les cours d’eau.

Il y a sans doute d’autres organismes auxquels je n’ai pas pensé qui œuvrent dans le domaine… L’important, c’est de savoir que la santé de nos cours d’eau et les bestioles qui y vivent sont au cœur du travail – et de la passion – de multiples individus!

 

Pour en savoir plus

Nager en eau trouble : des indicateurs de la santé des cours d’eau – Partie 1

Vous le savez déjà : j’ai un faible pour les invertébrés aquatiques. Cet été, je me suis payée une petite sortie dont l’objectif était de sensibiliser et d’éduquer des jeunes à la santé des cours d’eau et aux façons de la mesurer… tout en me permettant de patauger un peu dans des rivières et d’attraper des invertébrés! Depuis quelques années, nos neveux du Nevada viennent passer quelques semaines au Québec. Cette année, nous avons planifié ensemble une étude sur l’état de santé des rivières. Il s’agissait de choisir des rivières nous permettant de vérifier deux hypothèses :

  • Les rivières boisées sont-elles caractérisées par des communautés d’invertébrés en meilleure santé que celles retrouvées dans les rivières urbaines et agricoles?
  • Les concentrations de nitrates sont-elles plus élevées dans les milieux urbanisés et agricoles que dans les milieux boisés?

Il faut dire que cette seconde hypothèse vient du plus vieux de mes neveux (j’avais pour idée seulement de collecter des invertébrés), mais que les résultats furent en fin de compte très probants – ce que nous verrons un peu plus tard!

Neveux_Jacques-Cartier

Sortie éducative sur la rivière Jacques-Cartier : Jérémie, Alexandre et DocBébitte

Aidée de mes deux neveux, Jérémie et Alexandre, nous choisîmes donc trois sites : un premier localisé sur la rivière Jacques-Cartier et caractérisé par un bassin fortement boisé, un second sur la rivière du Cap-Rouge dont le bassin est agricole et urbain, ainsi qu’un troisième sur la rivière Lorette dont le bassin est également agricole et urbain.

Nous avons entrepris notre journée en nous rendant à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, dans un tronçon de la rivière Jacques-Cartier caractérisé par des rapides. Il importe de mentionner que les trois sites échantillonnés étaient situés dans des zones à courant rapide. La première raison pour laquelle nous avons choisi ce type d’habitat est parce qu’on peut facilement y échantillonner les roches : nous n’avons qu’à descendre dans la rivière munis de bottes-salopettes. En deuxième lieu, les portions de rivières où le courant est plus rapide sont mieux oxygénées et l’on y retrouve une plus grande diversité d’invertébrés. Finalement, la présence du courant aide grandement à entraîner les invertébrés et les petits poissons dans le fond de notre filet et d’éviter qu’ils en ressortent trop facilement.

En arrivant sur le site, mes neveux notèrent rapidement la présence d’exosquelettes de plécoptères sur les roches. Il s’agissait de plécoptères de la famille des Perlidae, une famille sensible à la pollution (j’en ai parlé dans cette chronique). Cela augurait déjà bien! Munis de filets,  nous amorçâmes donc l’échantillonnage de la rivière Jacques-Cartier. À chaque coup de filet, nous déposions les invertébrés capturés dans un bol blanc, ce qui nous permettait de les identifier. C’est l’aîné de nos neveux – Jérémie – qui s’affairait à identifier les invertébrés à l’aide d’un guide visuel bien adapté à cette tâche, car fort convivial : « A Guide to Common Freshwater Invertebrates of North America » (Voshell, 2002). Bien que l’échantillonnage était uniquement qualitatif (rien de hautement scientifique), il était facile de voir que les invertébrés capturés étaient des invertébrés peu tolérants à la pollution.

Perlidae_Jacques-Cartier

Un Perlidae, famille sensible à la pollution

Mes neveux ne purent toutefois faire ce constant qu’au moment de l’analyse des données. Nous nous sommes servis d’une grille de tolérance des invertébrés à la pollution que l’on peut retrouver dans le livre « Methods in Stream Ecology » (Hauer et Lamberti, 2007). La façon de calculer est simple : on doit attribuer une cote de 0 à 10 pour chaque famille capturée pour un site donné. Une cote de 0 correspond à un organisme très sensible à la pollution, alors qu’une cote de 10 est attribuée aux organismes très tolérants. Ensuite, on fait la moyenne des cotes pour tout le site. Au total, il y a sept catégories allant d’une qualité de l’eau excellente (cote entre 0 et 3.75) à une qualité très mauvaise (cote entre 7.26 et 10). Pour un indice plus quantitatif, on multiplie les cotes de chaque famille par le nombre d’individus recueillis, et ce, avant de faire la moyenne par site. Comme nous n’avons pas fait d’échantillonnage quantitatif, cependant, nous n’avons pas réalisé cette seconde étape.

Pteronarcyidae_Jacques-Cartier

Ce Pteronarcyidae a aussi contribué à la bonne cote de la rivière Jacques-Cartier

La cote qualitative obtenue à l’aide des invertébrés capturés dans la rivière Jacques-Cartier fut de 2,33. Cela signifie une qualité de l’eau excellente. Ce faible pointage a été particulièrement influencé par la présence de trois organismes sensibles : un plécoptère de la famille Pteronarcyidae (cote de 0), un plécoptère de la famille Perlidae (cote de 1) et un éphémère de la famille Ephemerellidae (cote de 1).

Fait intéressant, les concentrations de nitrates mesurées à ce site étaient non détectables. Il faut dire d’emblée que nous avons simplement utilisé une trousse de mesure de nitrates pour aquariums. Encore une fois, ce n’est rien de hautement scientifique et les valeurs nous offrent surtout un ordre de grandeur, mais ce fut fort intéressant, côté éducatif!

Croyez-vous que les résultats furent différents pour nos deux sites dont le bassin versant (bassin de drainage) était caractérisé par des activités urbaines et agricoles?

À l’instar des émissions de télévision qui nous disent « To be continued », je vous fais patienter une semaine et vous écris la suite lors de la prochaine chronique! J’en profiterai aussi pour vous parler de ce qui se fait au Québec en matière d’évaluation de la santé des cours d’eau à l’aide d’invertébrés aquatiques.

 

Pour en savoir plus

  • Hauer, F.R., et G.A. Lamberti. 2007. Methods in Stream Ecology. 877 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Des insectes à la pelletée : les scarabées japonais

La semaine dernière, vous avez pu apprécier une photographie prise par mon frère qui habite au sud-ouest du Québec. Il s’agissait de plusieurs dizaines de scarabées japonais capturés dans un piège spécialement conçu pour attirer les mâles à l’aide de phéromones. De toute évidence, ces derniers ont répondu à l’appel en grand nombre. Depuis le moment où cette photographie fut prise – il y a un peu plus d’un mois –, mon frère m’a indiqué en capturer autant tous les trois jours. Ce n’est pas peu dire!

Scarabée japonais

Un scarabée japonais et les dommages associés sur un framboisier

Déjà l’été passé, plusieurs parents demeurant dans le sud du Québec m’avaient parlé des ravages faits par ces scarabées, qui constituent une espèce introduite et envahissante. Une collègue à Trois-Rivières m’a envoyé des photos de ces individus pas plus tard que la semaine dernière (vous pouvez d’ailleurs apprécier une des ces photographies dans la présente chronique). À Québec, nous ne semblons pas encore ensevelis sous cette espèce – quoique des spécimens aient été observés à Lévis et Québec selon le Guide d’identification des Scarabées du Québec (Hardy 2014). Ce n’est sans doute qu’une question de temps.

Le scarabée japonais aurait effectivement étendu rapidement son aide de répartition. Retrouvé uniquement à l’extrême sud du Québec il y a quelques années, il semble maintenant rendu aux portes de Québec. Cette espèce a été introduite en Amérique du Nord – plus précisément au New Jersey – en 1916. On l’a signalée au Canada pour la première fois en 1939.

Scarabée japonais_MAF

Accouplement de scarabées observé à Trois-Rivières

Ces scarabées constituent une menace, car ils sont susceptibles de causer des dommages à différents moments de leur cycle de vie. Les larves vivent sous terre et s’attaquent aux racines de gazon et de plantes (surtout des graminées, mais aussi des plantes potagères et des légumineuses). À l’instar des larves de hanneton, elles ressemblent à de gros vers blancs (voir cette photo). Les adultes, quant à eux, se délectent de feuilles de nombreuses espèces de plantes, d’arbustes et d’arbres. Quelque 300 espèces végétales seraient à leur menu, incluant l’érable, l’orme, le pommier, le cerisier, le rosier, le framboisier, etc. Bref, les scarabées japonais transforment rapidement toute feuille en passoire!

Si vous croyez être aux prises avec des scarabées japonais, examinez bien leurs caractéristiques. Les élytres sont de coloration rouge-orangé (je dirais même plutôt brun rouille) à reflets métalliques. Le pronotum (partie supérieure du corps située entre la tête et les élytres) est vert foncé métallique. Aussi, il y a présence de taches blanches formées de soies visibles sur le côté de l’abdomen (cinq sur le côté et deux plus grosses sur l’arrière-train).

Devinette 2014-08-04

La photo qui m’a inspirée pour la présente chronique

En ce qui concerne leur gestion, vous me connaissez, je suis de l’école « solutions écologiques » ou peu interventionnistes. Toutefois, face à une espèce introduite et envahissante, il semble que des actions musclées soient souvent nécessaires… et à recommencer année après année. En effet, les organismes capables de survivre aux étapes conduisant à leur introduction sont généralement résilients et il est difficile de s’en débarrasser une fois qu’ils se sont installés. Il faut donc s’armer de patience. De plus, il est typique pour une espèce envahissante de présenter un important pic d’abondance dans les débuts de son introduction. Souvent – mais pas tout le temps –, les populations finissent par se réguler et présenter des densités moins effarantes au fil du temps. Avec un peu de chance, les prédateurs naturels les découvrent et se mettent à en consommer. Espérons avec le temps que les populations de scarabées japonais au Québec seront davantage « sous contrôle »!

Néanmoins, si vous souhaitez gérer les populations de scarabées japonais autour de votre domicile, voici quelques recommandations que j’ai dénichées et qui n’impliquent pas d’utiliser de pesticides :

  • Élimination manuelle (récolte) des adultes;
  • Capture des adultes par des pièges utilisant des leurres associés à la nourriture et également composés de phéromones sexuelles (cas du piège utilisé par mon frère et qui semble très efficace);
  • Garder la pelouse haute pour rendre la ponte des œufs plus difficile;
  • Sarcler au début du printemps et à l’automne lorsque les larves sont près de la surface;
  • Attirer les prédateurs des larves, comme les oiseaux;
  • Utiliser des nématodes entomophages.

Pour terminer, si vous ne voulez pas allouer énormément de temps à la lutte aux scarabées japonais, le plus important, c’est de tolérer d’avoir quelques plantes « trouées » et une pelouse imparfaite!

 

Pour en savoir plus

Capsule : des insectes à la pelletée!

Dans la prochaine chronique, je vous entretiendrai d’une espèce d’insectes introduite au Québec et qui fait des ravages dans les pelouses et les arbustes.

Elle est présente en si grande quantité par endroits qu’un seul piège peut en capturer des dizaines par nuit. C’est ce que l’on peut observer sur la photographie ci-dessous.

De quelle espèce s’agit-il? Comme à l’habitude, vous êtes invités à inscrire vos réponses à cette devinette sur la page Facebook de DocBébitte. Pour ceux qui ne possèdent pas de compte Facebook, vous pouvez aussi répondre dans la section « Laisser un commentaire » à gauche de la présente chronique!

Devinette 2014-08-04

Ces insectes capturés en une seule nuit font bien des ravages (cliquer sur la photo pour l’agrandir)