Pour en apprendre plus sur les invertébrés!
Facebook

Houppe Houppe Houppe, Hourra!

Chenille à houppes blanches photographiée par ma tante

Chenille à houppes blanches photographiée par ma tante

Vous aurez sans doute deviné que je compte aujourd’hui vous parler de houppes… mais desquelles? Non, je ne ferai pas mention du célèbre toupet d’un certain président américain! Je vais plutôt vous entretenir au sujet de quelques jolies chenilles québécoises qui arborent fièrement des houppes colorées!

L’idée m’est venue quand ma mère m’a transmis quelques photos qu’une de mes tantes avait prises d’une chenille affairée à croquer un de ses plants. Cette dernière se demandait de quoi il s’agissait et si la bête en question allait causer des dommages. On me demandait aussi à quoi ressemblerait la chenille une fois devenue adulte.

Je connaissais déjà les chenilles à houppes, ayant pris quelques clichés dans le passé d’un individu de l’espèce Orgyia definita – soit la chenille à houppes jaunes. En effectuant quelques vérifications, il s’est avéré que le spécimen observé par ma tante était la chenille à houppes blanches (Orgyia leucostigma).

Dans l’ouvrage de Leboeuf et Le Tirant (2018), trois espèces de chenilles à houppes sont illustrées : à houppes grises des conifères (Dasychira plagiata), à houppes rousses (Orgyia antica nova) et à houppes blanches. Il y est mentionné que la chenille à houppes jaunes est rare dans nos régions; je peux donc sans doute me compter chanceuse d’avoir rencontré et immortalisé sur photo un individu de cette espèce!

La chenille à houppes blanches photographiée par ma tante peut être facilement distinguée des autres chenilles à houppes. Bien que ses houppes ne soient pas toujours d’un blanc pur, comme son nom le suggère (peuvent être de couleur crème ou jaunâtre), d’autres caractéristiques permettent de la reconnaître : sa tête est d’un rouge vif et son dos est flanqué d’une longue bande noire bordée de chaque côté de jaune. Si vous comparez avec la chenille à houppes jaunes que j’ai photographiée, vous remarquerez notamment que la tête est entièrement jaune.

Chenille à houppes jaunes – voyez sa tête jaune

Chenille à houppes jaunes – voyez sa tête jaune

Ce que je trouvai de plus fascinant sur ce groupe, en me documentant pour répondre à ma tante, c’est que les membres appartenant au genre Orgyia présentent un dimorphisme sexuel marqué : les femelles sont complètement dépourvues d’ailes! Elles ressemblent à de petites boules de poil munies d’antennes et de pattes (voir cette photo tirée de Bug Guide). En revanche, les mâles ont toute l’apparence d’un papillon de nuit normal : 25 à 35 mm d’envergure et de coloration brun-beige ou grisâtre comportant certains motifs (voir cette photo).

Comme la femelle est aptère, elle pond ses œufs – quelque 300 pour la chenille à houppes blanches – près du cocon duquel elle est sortie. Les jeunes chenilles émergent de leurs œufs au printemps suivant et se développent en 5 à 6 semaines. La chenille à houppe blanche présente deux générations à nos latitudes. On peut donc voir voler les mâles de la première génération entre la troisième semaine de juin et la fin juillet ou encore les mâles de la seconde génération du début août au début octobre. Visiblement, la chenille observée récemment par ma tante fera partie de la deuxième génération!

Pour répondre à la question « cette chenille peut-elle causer des dommages à mes plants chéris », la réponse est… « oui, mais »! Comme toute chenille qui se respecte, notre chenille à houppes blanches doit dévorer une vaste quantité de matière végétale pour accroître son poids de façon exponentielle avant sa métamorphose. Notre amie velue ne fait d’ailleurs pas la fine bouche : elle affectionne tant les feuillus que les résineux. Au menu figurent donc bouleaux, pommiers, cerisiers, ormes, saules, épinettes, pruches, sapins et j’en passe! Espace pour la vie (voir section Pour en savoir plus) précise que cette espèce a plus de 140 plantes-hôtes connues, rien de moins!

Chenille à houppes jaunes – belle coupe punk, n’est-ce pas?

Chenille à houppes jaunes – belle coupe punk, n’est-ce pas?

Cette espèce peut devenir une peste, notamment pour les plantations – les sources consultées parlent de dommages dans les plantations de sapins de Noël. Néanmoins, s’il ne s’agit que de quelques individus isolés aperçus en train de brouter dans vos plates-bandes – et que vous n’êtes pas entrepreneur-jardinier –, je n’en ferais personnellement pas de cas!

Pour terminer, j’avais déjà parlé des poils de ces chenilles dans cette chronique. À ce qu’il semble, les poils des chenilles à houppes se cassent facilement et peuvent se loger dans la peau ou encore être aspirés dans les cavités nasales, causant irritation et inconfort. Les enfants en particulier seraient plus sensibles. Il s’agit d’abord d’une protection naturelle contre les prédateurs, qui n’aimeront guère se retrouver avec un tas de poils piquants dans le palais ou sur la langue! Cela dit, le seul individu que j’ai observé s’est allègrement baladé dans ma main et sur mon bras. Je n’ai présenté aucun signe d’irritation, mais il faut dire que je n’ai pas saisi la chenille entre mes doigts et qu’elle ne s’est pas retrouvée coincée entre ma peau et un vêtement.

En outre, les chenilles à houppes et leur coupe de cheveux fantaisiste sont fort agréables à regarder… et à photographier! Pourvu qu’on use de précaution si l’on souhaite les manipuler!

 

Pour en savoir plus

DocBébitte en bref : l’araignée qui aime les caméras!

L’araignée qui ne voulait pas lâcher mon objectif!

L’araignée qui ne voulait pas lâcher mon objectif!

Il est bien connu que les vedettes hollywoodiennes cherchent à être sous les projecteurs. Qui aurait cru que les araignées recherchaient, elles aussi, une telle attention?

Elle s’y promène nonchalamment

Elle s’y promène nonchalamment

La revoilà, tout juste avant de s’élancer vers l’objectif de mon second appareil photo!

La revoilà, tout juste avant de s’élancer vers l’objectif de mon second appareil photo!

J’avais déjà constaté que les araignées sauteuses (famille Salticidae) ont la vilaine manie de sauter sur l’objectif de ma caméra quand je tente de les prendre en photo (voir ce billet). Habituellement, cependant, je parviens par la suite à croquer le sujet sur le vif sans trop de difficultés.

Toutefois, un petit mâle de l’espèce Eris militaris (une espèce très commune dont j’ai aussi parlé ici) me donna beaucoup de fil à retordre alors que je tentais de l’immortaliser sur photographie, la semaine dernière. Nous nous adonnâmes en effet à un petit manège où il sautait sur l’objectif de mon appareil photo, je le reprenais sur mon doigt (pour tenter à nouveau de le photographier), pour le voir  immédiatement resauter sur mon objectif… et ainsi de suite à 5 ou 6 reprises!

Voyant que je n’y arrivais pas, je jugeai bon de récupérer ma seconde caméra… où un manège semblable s’instaura : la petite bête ne cessait de sauter d’un objectif à l’autre! Je parvins néanmoins, de peine et de misère, à lui soutirer quelques clichés!

Je pris également cette sympathique vidéo, présentée ci-dessous, où l’on voit l’araignée sauter sur mon appareil photo… pour s’y admirer, peut-être? En effet, mon hypothèse est que l’araignée s’y voit et que, curieuse, elle tente d’enquêter sur l’identité de cet étranger en s’y approchant davantage. Qu’en pensez-vous?

 

Vidéo 1. Araignée sauteuse qui veut être « dans ma caméra »!

La gloutonnerie des larves de coccinelles!

Lors de la précédente publication DocBébitte, je vous ai offert de choisir le sujet de ma prochaine chronique. Vous êtes plusieurs lecteurs à avoir opté pour les larves de coccinelles.

Il est vrai que les coccinelles ont la cote. Voyantes, sympathiques et charismatiques, il s’agit d’un des premiers insectes que l’on apprend à connaître quand on est enfant. Pourtant, les larves et leurs mœurs sont nettement moins connues.

Au courant du dernier mois, j’ai eu l’occasion de capturer sur photos et vidéos quelques larves en pleine action. Je savais déjà que ces dernières constituaient de voraces prédateurs : voir ce billet, où je parle du fait qu’elles peuvent engouffrer jusqu’à 600 petits arthropodes sur un cycle de 20 jours! Or, je n’avais pas eu l’occasion de faire des observations de leur gourmandise par moi-même.

Je fus bien servie à la fin du mois de juin et début du mois de juillet cette année. Ma première observation fut fortuite. J’étais en train de photographier une larve de coccinelle asiatique immobile. Je ne portais pas attention au fait qu’il y avait un autre insecte qui déambulait tranquillement vers cette dernière… avant la toute dernière minute. Je me suis rendu compte de la présence dudit insecte (un puceron), à peine une ou deux secondes avant que la larve de coccinelle ne l’engouffre. Le mouvement de la larve fut si rapide que le puceron n’eut aucune chance de s’échapper. Je continuai alors de prendre des clichés, de même qu’une vidéo qui agrémente la présente chronique.

On voit que la coccinelle semble progressivement vider le puceron de ses fluides (celui-ci se « dégonfle » peu à peu au fur et à mesure qu’avance le temps). D’ailleurs, sur mes photographies, on peut voir une exuvie (squelette externe vide) de puceron sise pratiquement aux pieds de la larve… s’agissait-il de la carcasse d’une précédente proie complètement vidée de ses fluides?

Vidéo 1. Larve de coccinelle qui dévore un puceron. Vers le milieu de la vidéo, il y a une brève interruption (un chien qui passait derrière moi m’a fait sursauter en aboyant), mais je reviens rapidement à mon observation principale!

 

Larve de coccinelle asiatique que je photographiais

Larve de coccinelle asiatique que je photographiais

J’étais si concentrée que je n’ai vu le puceron approcher qu’à la dernière minute

J’étais si concentrée que je n’ai vu le puceron approcher qu’à la dernière minute

La larve captura le puceron en un clin d’œil

La larve captura le puceron en un clin d’œil

Après quelques minutes tout au plus, il ne restait que l’exosquelette du puceron entre les mâchoires de la coccinelle

Après quelques minutes tout au plus, il ne restait que l’exosquelette du puceron entre les mâchoires de la coccinelle

 

Ma seconde observation fut celle d’une larve bien installée sur son garde-manger. Bien qu’elle n’était pas en train de s’alimenter, la larve en question était au repos sur le dessus d’une feuille… dont le dessous était infesté de jeunes pucerons. Sur la seconde vidéo ci-dessous, je manipule la feuille afin de vous montrer le nid grouillant de pucerons.

Vidéo 2. Coccinelle qui a bien choisi son petit coin de repos! Vidéo prise à l’aide de mon iPhone (désolée pour la qualité, mais l’observation est néanmoins intéressante). Je fais quelques commentaires oraux, si vous souhaitez élever le volume!

 

Enfin, ma dernière observation m’intrigua particulièrement. J’avais lu que les larves de coccinelles étaient de voraces prédateurs d’une myriade d’invertébrés, mais il semble qu’elles se délectent également du nectar de certaines fleurs. C’est ce que je constatai sur la troisième vidéo ci-dessous. De nombreuses larves étaient affairées à siroter le nectar produit par de petits arbustes poussant le long du trottoir où j’habite. Je les ai observées attentivement, question de m’assurer qu’elles ne cherchaient pas plutôt à s’emparer d’insectes butineurs… mais il était clair qu’elles s’alimentaient bel et bien du contenu des petites fleurs! À ce qu’il semble, les espèces prédatrices de Coccinellidae complèteraient leur alimentation en se nourrissant de pollen.

Vidéo 3. Plusieurs larves se nourrissaient du nectar de ces fleurs.

 

Voilà qui termine ma petite incursion dans le fabuleux monde des larves de coccinelles! On dirait bien qu’elles sont toujours en train de manger, les gloutonnes!

Aviez-vous déjà effectué de telles observations?

 

Pour en savoir plus

Choix du lecteur pour démarrer juillet en beauté!

Je suis quelque peu affairée à planifier ma fin de semaine au prochain congrès de l’Association des entomologistes amateurs du Québec (AEAQ) qui, par ailleurs, s’avèrera elle aussi bien chargée. Je fais donc relâche de DocBébitte pour une semaine ou deux.

Entre temps, je pensais bon vous laisser voter pour le sujet à exploiter lors de ma prochaine chronique. Comme les observations entomologiques abondent depuis les dernières semaines, je ne suis pas à court de suggestions. Voici donc trois choix qui s’offrent à vous:

1)    Combat épique entre un tout petit staphylin et un gros ver de terre!
2)    La gloutonnerie des larves de coccinelles.
3)    Un sympathique petit charançon qui aime le chardon!

À vous de jouer!

Vous pouvez me faire part de votre choix dans la section « Commentaires » liée au présent billet ou encore en vous joignant à la page Facebook DocBébitte.

Trois sujets intrigants. Lequel choisirez-vous?

Trois sujets intrigants. Lequel choisirez-vous?

Une punaise qui ne fait pas dans la dentelle!

Punaise réticulée, vue dorsale

Punaise réticulée, vue dorsale

Il y a quelques semaines de cela, j’explorais mon quartier armée d’un appareil photo, à la recherche de sympathiques insectes à photographier. Mon œil d’entomologiste amateur étant plutôt aiguisé, je fus intriguée par une petite irrégularité à l’endos d’une feuille… qui s’avéra bel et bien être un arthropode que je n’avais pas encore eu le loisir d’observer.

La bête en question faisait partie de l’ordre des hémiptères et, plus particulièrement, du genre Corythucha (famille Tingidae). En anglais, on surnomme ce groupe de punaises « Lace bugs », (punaises à dentelle), appellation attribuable à l’apparence de leur prothorax et de leurs ailes antérieures. Ces derniers sont en effet recouverts d’un vaste réseau de lignes sombres entrecroisées, donnant l’impression que les punaises ont été fabriquées par une savante tisserande.

La punaise est plate et la tête est cachée sous une section du prothorax nommée « ampoule »

La punaise est plate et la tête est cachée sous une section du prothorax nommée « ampoule »

On dirait qu’elle porte un casque trop grand pour elle!

On dirait qu’elle porte un casque trop grand pour elle!

Je m’attendais à voir apparaître le terme « punaise à dentelle » immédiatement lors de mes recherches sur les sites en français, mais c’est plutôt le surnom « tigre » qui s’imposa… à ma grande surprise! On en est loin de la dentelle! En particulier, je trouvai plusieurs références au « tigre du platane », un Tingidae qui semble faire passablement de ravages sur ce végétal. Par ailleurs, je vis également passer le nom « punaise réticulée », nom qui semble mieux convenir que « tigre ». Qu’en dites-vous?

Ce qu’il importe de savoir, c’est que les punaises réticulées se nourrissent essentiellement de la sève des plantes (arbres, arbustes et plantes herbacées). Cela est vrai tant pour les adultes que pour les nymphes. Elles tendent à s’agglutiner à l’endos des feuilles des arbres-hôtes qu’elles affectionnent afin d’en siroter les fluides à l’aide de leur rostre (appendice buccal ayant en quelque sorte l’apparence d’une paille). On les observe souvent en groupe, s’affairant à dévorer les feuilles, comme en témoignent les photographies affichées sur le site d’Entomofaune, cité dans la section Pour en savoir plus. Les feuilles attaquées finissent par prendre une teinte blanchâtre, jaunâtre ou même brune, puis tomber. Il semble que ces attaques répétées affaiblissent les végétaux touchés, les rendant par le même fait sensibles à d’autres maladies.

Aussi, mes recherches m’ont appris que ces insectes peuvent parfois tomber de leur support, atterrir sur des passants… et finir par les mordre! Mordre les gens, détruire certaines plantations… C’est dire que, bien que très jolies, nos punaises en dentelle sont loin d’être des soies! Cela dit, vous n’avez point à craindre les morsures de ces hémiptères… à moins que vous ne soyez une plante verte!

Notre punaise tout en dentelle est indigène à l’Amérique du Nord. Au Québec, Hébert et al. (2017) précise qu’on retrouve quatorze espèces de punaises réticulées, incluant la punaise réticulée de l’orme, du chêne et du noyer. Ce groupe a été introduit en Europe dans les années 1960 et il semble y être envahissant, n’y ayant pas d’ennemis naturels, si je me fie aux sources consultées (il était cependant surtout question du tigre du platane).

Les ailes translucides laissent passer la lumière du soleil!

Les ailes translucides laissent passer la lumière du soleil!

Certaines espèces retrouvées en Amérique du Nord semblent également être considérées comme des pestes et ne sont sans doute pas appréciées des jardiniers! Néanmoins, les dommages peuvent être limités pour les arbres matures, généralement assez résistants aux attaques de ces insectes. Pour ce qui est des arbustes et plantes ornementales, il est suggéré d’asperger les feuilles de savon insecticide commercial ou encore d’eau savonneuse. Personnellement, je ne suis pas du type à m’acharner sur des insectes phytophages : je m’amuse simplement à les observer et à les laisser faire leur œuvre. Bref, les punaises réticulées, même si elles ne font pas dans la dentelle, demeurent de sympathiques insectes à examiner! Qu’en pensez-vous?

 

Pour en savoir plus