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Dans l’œil de mon microscope : le fil barbelé

Certains insectes velus semblent duveteux et doux. Or, en les examinant de plus près, l’on peut mieux comprendre à quoi sert au juste tout cet arsenal de poils : la défense!

L’invertébré-mystère de la semaine possède des poils qui, vus de près (grossissement de 45 fois), n’ont rien d’un ourson en peluche. Ils ont plutôt l’allure de fils barbelés!

Quel est cet insecte dont l’identité vous sera dévoilée lors de la prochaine chronique? Vous êtes invités à répondre à cette devinette en vous joignant à la Page Facebook DocBébitte ou en inscrivant vos réponses dans la section « Commentaires » de la présente chronique.

Barbelés_1

Cette vue de près ne donne pas envie d’y mettre les doigts!

Une punaise pas si plate que ça!

Aradus robustus 1

A. robustus au creux de ma main

L’observation des insectes nous conduit inéluctablement à faire de nouvelles découvertes. L’été dernier, je rescapais de ma piscine un insecte qui ressemblait à s’y méprendre à un petit bout d’écorce plat.

Ce dernier était en effet étonnamment plat et, de toute évidence, il s’agissait d’un hémiptère – ordre qui comprend les punaises. Je mis mes photos sur Facebook afin d’avoir un coup de main pour l’identification de l’étrange petite bête. En parallèle, j’effectuai quelques recherches sur Internet qui me conduisirent rapidement à une intéressante trouvaille : il s’agissait d’une punaise plate (de l’anglais « flat bug »), de la famille Aradidae. Un insecte qui porte bien son nom, quoi!

Ce constat fut corroboré par des collègues entomologistes chevronnés (je vous rappelle bien humblement que je suis entomologiste amateur pour ma part), qui allèrent même jusqu’à confirmer l’espèce en question : Aradus robustus.

Aradus robustus 2

A. robustus sur mon doigt – il s’agit d’un petit insecte

Aradus robustus 3

Même punaise sur une feuille – on peut apprécier sa forme très aplatie

C’était la première fois que j’observais ce groupe d’hémiptères. Il semble que de nombreux individus appartenant à cette famille soient rares, car ils possèdent des besoins très pointus : essences végétales dont l’aire de distribution peut être restreinte, arbres brûlés, stades précis de succession, etc. Par ailleurs, les espèces plus communes comme notre Aradus robustus se font tout de même discrètes, car elles se fondent à l’écorce des arbres et à la litière. Cela explique sans doute pourquoi on ne les voit pas couramment.

Ces punaises ne ressemblent pas à l’écorce des arbres par pur hasard : elles y vivent! Plus spécifiquement, elles se meuvent sous l’écorce des arbres malades ou morts à la recherche de succulents mycéliums (et parfois de leurs fruits, les champignons) dont elles se délectent. Étant donné que l’espace voué à la circulation entre l’arbre et l’écorce est plutôt exigu, le fait d’avoir une forme plate s’avère fort utile (l’un explique l’autre!). La longueur totale des individus n’est également pas très élevée : de 3 à 11 millimètres. Il s’agit donc d’assez petits insectes en général.

Fait intéressant : A. robustus est associé aux chênes et il y a un gros chêne qui surplombe ma piscine, endroit où j’ai découvert ladite bête! Marshall (2009) suggère d’ailleurs de chercher cette espèce commune en Amérique du Nord sous l’écorce de chênes morts. Vous pouvez compter sur moi, une fois l’été venu, pour aller sillonner le bois derrière ma demeure à la recherche de troncs morts jonchant le sol!

Pour terminer, si vous avez la chance d’observer ce discret hémiptère, dites-vous que, malgré son apparence, cette punaise est loin d’être « plate »!

 

Pour en savoir plus

  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Matsuda, R. 1977. The Aradidae of Canada (Hemiptera : Aradidae). 116 p.
  • Bug Guide. Family Aradidae – Flat Bugs. http://bugguide.net/node/view/9317
  • Wikipedia. Aradidae. http://en.wikipedia.org/wiki/Aradidae

 

Une araignée qui revient à la vie

Je l’ai mentionné dans de précédentes chroniques : j’ai commencé à collectionner les invertébrés, mais je ne recueille que les individus que je trouve déjà morts. Une importante source en cette matière est ma piscine creusée, qui constitue en quelque sorte un gigantesque piège-fosse. La quantité d’araignées que j’y recueille – mortes ou vives – est d’ailleurs considérable.

Lors d’une belle journée chaude de juin 2014, j’y ramassai une jolie araignée-crabe mâle de la famille Thomisidae, que je décidai immédiatement d’examiner sous la loupe de mon stéréomicroscope. Alors que j’examinais la face ventrale de ses pédipalpes – c’est la façon d’identifier un mâle araignée à l’espèce –, je remarquai quelques subtils mouvements… qui se firent de plus en plus insistants. L’araignée en question revenait à la vie!

Xysticus elegans_micro

X. elegans qui s’est remis à bouger alors que je l’examinais

Xysticus elegans

Même araignée-crabe, après qu’elle ait commencé à bouger

L’examen des photographies que je pus prendre avant « l’éveil », combiné à l’étude de deux autres spécimens collectés dans les journées qui suivirent, me permirent d’identifier la bête : Xysticus elegans (araignée-crabe élégante, si je traduis de l’anglais). Il s’agit d’une araignée commune de la forêt boréale, selon Paquin et Dupérré (2003). Il importe de mentionner que j’ai eu l’aide de deux collègues entomologistes pour l’identification à l’espèce des araignées-crabes que j’avais collectées, car je croyais initialement avoir affaire à X. chippewa, autre araignée du genre Xysticus. Il faut dire que les membres appartenant à ce genre se ressemblent beaucoup!

Bref, mon joli Xysticus se mettant progressivement en mouvement, je choisis de le ramener dehors, dans son habitat! J’en profitai toutefois pour prendre quelques photos et vidéos de la bête sous toutes ses coutures. Autant en profiter lorsque l’on a un modèle aussi docile à portée de main (moins difficile à photographier que mon conjoint, ça, c’est certain!).

Comme vous pouvez l’observer sur les photos, les mâles du genre Xysticus arborent de jolis motifs sur leur abdomen de couleur noire. Les femelles, quant à elles, sont plus sobres et portent le brun beige. Dans les deux cas, cependant, les individus se confondent avec la litière au sol et l’écorce des arbres, ce qui leur permet d’embusquer des proies. Ce sont d’ailleurs des prédateurs visuels qui chassent à vue, sans l’aide d’une toile.

Ces araignées-crabes sont d’envergure petite à moyenne et présentent un dimorphisme sexuel au niveau de la taille : les femelles sont plus grosses que les mâles (de 8 à 10 mm pour les femelles contre 6 à 7 mm pour les mâles). La différence n’est toutefois pas aussi marquée que chez d’autres araignées-crabes, où la femelle peut être de trois à quatre fois plus grosse que le mâle!

Xysticus sp.

Autre araignée-crabe photographiée au même temps de l’année – seul un examen de près permettrait de confirmer s’il s’agit aussi de X. elegans

Le fait que ces araignées soient des prédateurs qui se déplacent fréquemment au sol explique sans doute en partie pourquoi j’en retrouve dans ma piscine. Par ailleurs, mes observations à ce jour pointent vers une plus grande présence de mâles et, en particulier, pendant le mois de juin. Je vois peu d’individus le reste de l’été, alors que j’observe également très peu de femelles au total. Mon hypothèse est que les mâles se déplaceraient davantage au mois de juin en quête d’une partenaire, faisant en sorte qu’ils tombent dans ma piscine, située au beau milieu de leur chemin. Si vous avez des suggestions à cet effet, je serais curieuse de vous entendre!

Pour ceux d’entre vous qui sont curieux, il est relativement aisé de reconnaître un Thomisidae. En effet, les pattes antérieures des membres de cette famille ont une forme qui rappelle les crabes – d’où le nom commun d’araignées-crabes. Elles sont plus longues et plus robustes et les fémurs, en particulier, sont élargis. Pour ce qui est du genre, quelques autres groupes ressemblent à Xysticus en termes de coloration, notamment les genres Bassaniana et Ozyptila. De plus, il y aurait au-delà d’une vingtaine d’espèces de Xysticus au Québec. Bref, si vous tombez sur des spécimens qui ressemblent à ceux sur mes photographies, vous aurez à les examiner d’un peu plus près avant d’affirmer qu’il s’agit de X. elegans! Quoi qu’il en soit, amusez-vous tout de même à observer leurs jolis motifs! Élégante, cette araignée!

 

Vidéo 1. Mon mâle X. elegans qui revient à la vie.

 

Vidéo 2. Même mâle, un peu plus tard alors que je le ramenais à l’extérieur.

 

Pour en savoir plus

Joyeuses Pâques 2015!

En cette semaine pascale, j’ai pensé bon vous relater une petite anecdote que je pourrais qualifier de « Entomopascale »!

Avant de commencer, il m’apparaissait toutefois approprié d’énoncer ces deux prémisses :

  • J’adore le chocolat. Par conséquent, j’en reçois habituellement en bonne quantité par parents et amis lorsqu’arrive Pâques. Au grand désespoir de mon conjoint, je mange ledit chocolat assez lentement (je peux prendre plusieurs semaines).
  • Chez mes parents, il y a toujours eu beaucoup d’araignées – autant à l’extérieur de la maison qu’à l’intérieur.

Prêt pour ma petite anecdote? Voici!

Une année – je devais avoir 12 ou 13 ans environ –, j’avais laissé traîner un chocolat à moitié entamé sous une étagère derrière la porte de ma chambre. Éventuellement, je décidai que je voulais le terminer…

Devinez-vous la suite?

Bien sûr, en ouvrant la boîte, j’eus l’étrange surprise de voir une belle grosse araignée dans une toile tissée… à l’intérieur de MON chocolat! Elle s’y était fait un nid douillet.

Je ne me souviens pas de la suite de l’histoire, mais je soupçonne fortement que le chocolat ait pris le chemin de la poubelle!

La leçon? Ne laissez pas traîner vos chocolats de Pâques trop longtemps, car vous pourriez vous les faire voler par une araignée! Aussi, jetez-leur un coup d’œil avant de les croquer!

Joyeuses Pâques!

Épeire chocolat

Méfiez-vous de l’araignée voleuse de chocolat!

Respire par le nez!

Si vous êtes une personne nerveuse comme moi, vous avez sans doute souvent entendu cette expression. Ce que l’on tend à oublier c’est que bien que nous, les humains, respirions par le nez, ce n’est pas le cas de tous les organismes vivants.

Ophiogomphus stigmate

Le « point » que vous voyez sur le thorax de cette libellule (Ophiogomphus sp.) est un stigmate (cliquer sur la photo pour l’agrandir)

La semaine dernière, je vous entretenais sur les stratégies adoptées par les insectes afin de respirer sous l’eau. J’avais brièvement abordé quelques notions concernant leur système respiratoire et il me semblait fort pertinent d’aborder plus longuement le sujet cette semaine. Question de battre le fer pendant qu’il est chaud, quoi!

Vous aurez donc compris que le premier fait à connaître est le suivant : les insectes ne respirent pas par le nez et ne possèdent pas de poumons. Ils sont plutôt dotés d’un réseau de trachées dont les ouvertures sur l’extérieur, les stigmates, sont habituellement situées le long de l’abdomen et sur le côté du thorax. Chez certains organismes comme les chenilles, les stigmates sont visibles à l’œil nu et forment une série de « points » le long des différents segments de l’abdomen. En revanche, certains groupes possèdent des stigmates situés à d’autres endroits : ceux des tipules sont situés dans leur arrière-train! Finalement, vous aurez compris à la lecture de la chronique de la semaine dernière que les invertébrés aquatiques ont opté pour d’autres stratégies où les stigmates ne sont pas nécessairement visibles (assimilation de l’oxygène par la peau et utilisation de branchies où les stigmates sont recouverts d’une membrane). On distingue d’ailleurs dans la littérature deux notions : le système respiratoire ouvert (stigmates visibles) et le système fermé (stigmates cachés sous une membrane).

Sphinx ondulé ventre

Les stigmates de cette chenille sont visibles sur le thorax et tout le long de l’abdomen

Tipulidae_derrière

Les tipules portent leurs stigmates au derrière (les deux grands cercles que vous voyez)!

À noter que vous entendrez le terme anglais spiracles, qui semble assez souvent utilisé en français pour désigner les stigmates. Certaines des sources francophones consultées pour la présente chronique (dont un livre publié) l’utilisent d’ailleurs, ce qui me fait interroger sur le meilleur terme à utiliser. Mes dictionnaires français m’indiquent une signification pour spiracles qui ne correspond pas à des ouvertures du système respiratoire des insectes. La traduction de l’anglais vers le français proposée dans Le Robert & Collins indique, quant à elle, que spiracle doit être traduit par stigmate. Conclusion de cette petite leçon de français : il faudrait utiliser le terme stigmate!

Les stigmates constituent des valves qui peuvent être ouvertes ou fermées au besoin. Vous avez sans doute déjà remarqué que les insectes peuvent survivre assez longtemps submergés. Je retrouve annuellement des invertébrés de toutes sortes dans ma piscine, que je crois morts. Or, je suis souvent surprise de les voir revenir à la vie. Cette résilience est expliquée par le fait que, lorsque submergés, les insectes vont fermer leurs stigmates de sorte à éviter que l’eau entre dans leur système respiratoire. Bien sûr, éventuellement, les réserves en oxygène se tarissent et l’individu ne peut plus survivre. Toutefois, il peut rester sous l’eau plus longtemps qu’un vertébré ne pourrait le faire. De la même façon, un insecte vivant dans le désert pourra choisir de fermer ses stigmates afin de réduire la perte d’eau.

Si la portion externe du système respiratoire des insectes est simple, il en est autrement pour la partie interne. Les trachées sont décrites comme un réseau de tubes qui parcoure tout le corps des insectes. Ces tubes, qui se divisent ensuite en de plus petites ramifications, les trachéoles, acheminent l’oxygène directement vers les tissus sous forme gazeuse. Les tissus ne sont donc pas alimentés en oxygène par le biais du sang, comme c’est le cas chez les vertébrés – mis à part les chironomes rouges qui possèdent de l’hémoglobine. Le dioxyde de carbone est évacué par ce même réseau, passant des tissus vers l’air. Selon une des sources consultées, les trachées peuvent aussi former à certains endroits des sacs bordés de muscles. La contraction de ces muscles contribuerait davantage à la circulation de l’oxygène.

Hanneton larve stigmates

Comme chez les chenilles, les stigmates de cette larve de hanneton sont visibles à l’œil nu

G. vastus stigmate

Stigmate d’une libellule (Gomphus vastus) vu de mon stéréomicroscope (cliquer pour agrandir)

S’ils n’ont pas de poumons pour inspirer et expirer l’air, comment les insectes respirent-ils? C’est en utilisant leurs muscles pour comprimer leur abdomen qu’ils expulsent l’air vicié de leur système respiratoire. Ensuite, le relâchement des muscles fait en sorte que l’air est aspiré à nouveau dans le réseau de trachées. Cela me fait penser à un jouet en caoutchouc pour enfant (un canard jaune, par exemple) sur lequel on pèse pour faire sortir l’air. Quand on relâche, l’air entre naturellement, sans nécessiter de mécanique supplémentaire. De la même façon, si les insectes dilatent, puis relâchent leur abdomen, le mouvement générera également une entrée et une sortie d’air. C’est le cas, notamment, des criquets. Vous les avez sans doute déjà observés, au repos, alors que leur abdomen s’élargissait et se rétractait. Ils « respiraient »!

Fait intéressant, ce système respiratoire, quoique étrange si on le compare au nôtre, n’est pas particulièrement performant. Comme l’insecte n’est pas muni d’une « pompe » en action constante, comme nos poumons, les individus s’avèrent limités dans la quantité d’air qu’ils peuvent faire circuler dans leur corps. Le taux de diffusion de l’oxygène par le système trachéal ne s’avèrerait pas, non plus, optimal. Cela a pour effet de défavoriser la prolifération des gros individus. C’est d’ailleurs à cause d’une composition atmosphérique passée plus riche en oxygène que certains insectes préhistoriques ont pu atteindre de grandes tailles – ce que l’on n’observe plus de nos jours. Ceci est malheureux pour les insectes, mais sans doute une bonne chose pour nous. Imaginez vivre auprès d’insectes qui atteindraient quelques mètres d’envergure!

 

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