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J’t’aime en bébitte!

Je vous écris un court mot afin de vous souhaiter une joyeuse Saint-Valentin 2017, en compagnie des êtres chers – petits et grands, vertébrés ou non – que vous aimez!

Si le cœur vous en dit, vous pouvez jeter un coup d’œil à cette précédente chronique qui parle de « l’amour » chez les invertébrés!

Bonne lecture!

Saint-Valentin 2017

Les oiseaux le font, les abeilles le font… Et beaucoup d’autres invertébrés aussi!

Chauliodes : un peigne ou un râteau?

C. rastricornis mâle_Bino

Voyez-vous les motifs noirs sur fond pâle (tête et thorax)?

Je dois vous avouer qu’aux fins de la présente chronique, j’avais commencé à me documenter au sujet d’une espèce très précise de mégaloptère : le chauliode parchemin (Chauliodes pectinicornis). Je croyais fermement que les individus que j’avais pris en photographie ces dernières années – dont un qu’on m’avait donné et qui fait maintenant partie de la ma collection – étaient de cette espèce…

Or, je fus étonnée de réaliser en effectuant quelques recherches que tous les spécimens que j’avais observés étaient plutôt de l’espèce Chauliodes rastricornis (je n’ai pas trouvé de nom commun pour cette dernière). On en apprend tous les jours!

Il faut dire que les deux espèces se ressemblent beaucoup au premier coup d’œil, surtout s’il s’agit de mâles. Selon Bug Guide, la meilleure façon de distinguer les mâles est d’examiner les motifs sur le dessus de la tête et du thorax. Chez C. rastricornis, les motifs sont foncés sur fond brun pâle, alors qu’ils sont brun pâle ou jaunâtres sur fond brun foncé chez C. pectinicornis. Les femelles C. rastricornis sont plus faciles à reconnaître : leurs antennes sont serrates (en forme de râteau), au lieu d’être pectinées (en forme de peigne) comme c’est le cas chez les mâles des deux espèces, ou encore chez la femelle C. pectinicornis.

C. rastricornis femelle

Femelle photographiée en 2015; voyez ses antennes qui ne sont pas pectinées

C. rastricornis mâle

Mâle C. rastricornis

Par conséquent, si l’on observe un chauliode aux antennes serrates, on peut être certain qu’il s’agit d’une femelle C. rastricornis. Autrement, il faut examiner plus attentivement les motifs sur la tête et le thorax. Dans le cas des individus photographiés, outre une femelle C. rastricornis facile à distinguer, tous mes spécimens présentaient des motifs foncés sur fond pâle. Cela me conduit à croire que je n’ai observé que des mégaloptères de l’espèce rastricornis. Qu’en dites-vous?

Par ailleurs, les sources consultées indiquent que C. rastricornis est une espèce printanière, alors que C. pectinicornis émerge plus tard pendant l’été. Toutefois, à nos latitudes, il semble que la période d’émergence soit décalée. Ainsi, les individus que je pus observer à la mi-juin 2015, la mi-juillet 2015 et le début juillet 2016 étaient tous des C. rastricornis, reconnus pour émerger plus tôt dans les latitudes plus au sud. Bug Guide parle d’émergences s’étalant de mars à mai en Caroline du Nord, mais se produisant aussi tard qu’au début juillet dans la région du Massachusetts. Si l’on extrapole, on peut penser que, un peu plus au nord, il serait normal d’observer une période d’émergence en juin et juillet.

Qu’il s’agisse d’une ou l’autre des espèces de chauliodes, les deux groupes évoluent sous forme larvaire dans les milieux aquatiques. Il s’agit de redoutables prédateurs qui se nourrissent d’une myriade d’insectes et d’invertébrés aquatiques. Leurs mandibules de grande taille ne laissent d’ailleurs présager aucun doute sur leurs préférences alimentaires! Aussi, ces larves peuvent passer de deux à trois années sous l’eau avant d’émerger; elles atteignent des tailles impressionnantes! Bien que mes clichés de larves n’incluent pas d’individus du genre Chauliodes, ceux-ci donnent tout de même une bonne idée des caractéristiques générales de ces créatures aquatiques. Voir cette chronique pour plusieurs photographies, ainsi que le cliché joint au présent billet.

C. rastricornis femelle_miellée

Femelle C. rastricornis à la miellée

Nigronia sp.

Larve de Corydalidae (genre Nigronia); pour donner un aperçu de la forme générale d’une larve de cette famille

Les préférences des larves de chauliodes en matière d’habitat contrastent avec les autres membres de la famille Corydalidae, réputés être plutôt sensibles à la pollution (voir l’indice de Hilsenhoff dans Hauer et Lamberti 2007). En effet, contrairement aux autres genres, les chauliodes préfèrent les milieux où le courant est lent. Ils évoluent dans les milieux boueux et riches en matières organiques, où les concentrations d’oxygène peuvent s’avérer faibles. C’est pour cette raison qu’ils portent des tubes respiratoires assez longs situés près du bout de leur abdomen – un critère qui permet de les distinguer.

Cette particularité explique sans doute pourquoi j’ai observé des adultes pour la toute première fois lors d’une chasse entomologique de nuit aux abords du lac Saint-Augustin, un lac riche en matière organique et présentant des signes de dégradation. À cet effet, les individus observés étaient attirés par les lumières disposées autour du lac par des collègues entomologistes. Étonnamment, nous avons même observé que certains de ces mégaloptères étaient attirés par la miellée (substance sucrée utilisée pour attirer notamment les papillons de nuit), alors que les sources consultées indiquent qu’ils ne se nourrissent pas en tant qu’adultes. Bug Guide dénote le même comportement.

Lors de cette activité nocturne, je pus prendre une femelle en vidéo (voir ci-dessous). On peut apprécier la forme de ses antennes qui sont filiformes et en forme de « râteau », plutôt qu’en forme de peigne. Cette dernière cherchait également à mordre. Voyez-vous ses mandibules ouvrir et fermer? Pas contente, la dame!

À la suite de cette activité, l’on m’offrit un des spécimens capturés pendant la soirée, dont une photo figure dans la présente chronique. Ses antennes en forme de peigne nous avaient initialement laissé croire qu’il s’agissait d’un chauliode parchemin… mais les motifs qui flanquent sa tête suggèrent plutôt que c’est bel et bien un C. rastricornis mâle. La leçon à retenir? Que les antennes soient en forme de râteau ou de peigne, il faut aller plus loin sans son investigation quand l’on fait face à un chauliode!

 

Vidéo 1. Femelle C. rastricornis, qui n’est pas très contente de se faire observer de près! Je l’ai relâchée peu de temps après!

 

Pour en savoir plus

Faire feu de tout bois!

Longicorne noir Mâle

Longicorne mâle observé en juillet 2016 – remarquez la longueur de ses antennes!

Bravo à ceux qui ont deviné que l’antenne présentée dans le cadre de la dernière devinette appartenait à un longicorne! Ces insectes sont effectivement souvent munis d’antennes très longues comparativement à la taille de leur corps. C’est, sans surprise, ce qui leur a valu leur nom commun!

Plus précisément, le spécimen qui a fait l’objet de mon cliché est un longicorne noir, Monochamus scutellatus. Il s’agit d’un longicorne très commun au Québec qui est également facile à reconnaître. Il tire son nom de son scutellum apparent – le petit écusson qui se situe au point d’intersection entre les deux élytres. Ce dernier, de couleur blanche, contraste de façon évidente avec le reste de sa robe sombre. C’est un critère permettant de savoir, au premier coup d’œil, que l’on fait face à M. scutellatus.

Par ailleurs, les mâles et les femelles se distinguent également assez aisément. Les antennes des mâles font deux fois la longueur de leur corps, alors que celles des femelles sont égales ou légèrement plus longues que l’abdomen, sans plus. De même, les élytres de la femelle sont ponctués de mouchetures blanchâtres; en revanche, le mâle est plus uniformément noir.

Longicorne noir Scutellum_Moyen

Le scutellum du longicorne noir est blanc – ici vu au stéréomicroscope sur un spécimen qui m’a été donné (noter que le scutellum a jauni pendant la conservation)

Vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai nommé le présent billet « faire feu de tout bois »? Cette expression se voulait une référence à l’habitat privilégié par notre joli coléoptère. En effet, les femelles pondent leurs œufs sur les arbres morts ou endommagés – de préférence des pins ou des épinettes. Elles sont particulièrement attirées par les parcelles d’arbres brûlés. À ce qu’il semble, il y aurait une corrélation positive entre l’abondance du longicorne noir, la sévérité de récents feux pour un secteur donné, ainsi que l’abondance et la taille des arbres brûlés. La présence de forêts saines adjacentes aux parcelles brûlées est toutefois nécessaire, puisque les adultes se nourrissent des aiguilles de résineux et de l’écorce tendre des jeunes pousses ou des branches de conifères.

Longicorne noir Femelle

Femelle qui se baladait sur notre voiture près d’un parc national en Estrie (juillet 2004). La forêt nous entourait.

Longicorne noir

Une autre de mes premières observations de longicorne noir. Ce mâle m’a prise pour une piste d’atterrissage lors d’une randonnée en forêt (septembre 2004).

Les femelles déposent leurs œufs dans des cavités qu’elles grugent elles-mêmes. Étant donné le temps qu’elles passent à « creuser » leur nid, il arrive que certaines femelles préfèrent voler le nid d’autrui plutôt que de s’attarder à creuser leur nid elles-mêmes. Ayant de larges mandibules, elles s’affairent à tenter de couper les pattes ou les antennes de leurs consœurs! D’ailleurs, les adultes longicornes sont reconnus pour avoir de fortes mandibules… qui peuvent servir à mordre les doigts inquisiteurs! Vous en serez avertis!

Les larves évoluent d’abord immédiatement sous l’écorce, près de la surface, avant de s’enfoncer plus profondément à l’intérieur de l’arbre. J’ai déniché cette vidéo sur YouTube où l’on peut entendre, puis voir, tout un amas de larves de longicornes logées directement sous l’écorce d’un tronc coupé. Surprenant, n’est-ce pas? Saviez-vous d’ailleurs que l’on pouvait entendre les larves des longicornes ronger le bois mort?

Lorsqu’elles creusent leurs galeries, les larves entraînent avec elles des fongus susceptibles de décomposer le bois plus rapidement. De façon générale, elles sont bénéfiques, puisqu’elles contribuent à la réduction de la matière végétale morte en humus, ainsi qu’au recyclage des nutriments qui y sont associés. Toutefois, les compagnies forestières les apprécient moins. En effet, les troncs coupés, s’ils sont laissés sur place en période de reproduction du longicorne, peuvent se retrouver envahis de petites larves et des champignons qui les accompagnent. La qualité du bois peut s’en retrouver réduite, de même que sa valeur marchande. Là où ça fait mal, quoi!

Le longicorne noir est bien réparti en Amérique du Nord. Au nord, on l’observe de l’Alaska jusqu’à Terre-Neuve. Au sud-ouest, son aire s’étend jusqu’en Arizona et au Nouveau-Mexique, alors qu’on le retrouve jusqu’en Caroline du Nord vers l’est.

Aussi, pas besoin d’être en pleine forêt pour l’observer, malgré sa prédisposition à ronger les résineux. En effet, une des toutes premières demandes d’identification de ce coléoptère provenait de mes parents en juin 2012, qui résident en milieu urbain (le blogue DocBébitte n’existait pas encore à cette époque, mais on me demandait déjà « qu’est-ce que cette bébitte »!). Ainsi, il est possible de croiser ces coléoptères alors qu’ils sont sans doute en déplacement entre deux lieux d’alimentation, ou encore entre un lieu d’alimentation et un lieu de ponte. J’en ai moi-même photographié et filmé un dans ma cour l’été dernier, mais il faut dire que j’ai un boisé d’envergure qui longe le cap situé derrière ma demeure. Si le cœur vous en dit, vous pouvez visionner la vidéo que j’ai prise et qui présente ce sympathique coléoptère en action!

Larves xylophages

Larves de xylophages – plusieurs seraient des longicornes (famille Cerambycidae)

Pour terminer, le longicorne noir peut être vu aux lumières le soir. L’été dernier, j’en ai ainsi vu un partiellement enchevêtré dans une toile d’araignée bordant ma maison; il s’était malheureusement cassé une antenne en tentant de se déloger. J’en profitai pour le sortir du pétrin et le manipuler à ma guise. C’était seulement deux jours avant l’observation documentée sur vidéo ci-dessous, soit à la fin de juillet. Ainsi, plusieurs adultes différents circulaient autour de ma demeure à ce moment de l’année. D’ailleurs, une des sources consultées indique que la période d’émergence s’étend entre la mi-juin et la mi-août, sans toutefois préciser s’il y a une différence selon la latitude. Durant cette période, donc, surveillez les insectes qui approchent à vos lumières. Avec un peu de chance, vous pourriez voir ce joli longicorne, facile à reconnaître!

 

Vidéo 1. Longicorne noir mâle observé dans ma cour (27 juillet 2016).

 

Pour en savoir plus

DocBébitte a quatre ans!

Le 27 janvier 2013, je démarrais mon tout premier blogue, avec pour objectif d’en apprendre plus sur les insectes et les autres invertébrés… et d’en faire bénéficier le plus de lecteurs possible!

212 publications plus tard, je m’affaire toujours à vous divertir, tout en amassant un bagage de connaissances de plus en plus volumineux. Pas de doute, le monde des insectes n’a pas révélé tous ses secrets et nous en avons encore beaucoup à apprendre!

J’espère continuer d’avoir le temps et la passion de vous concocter des chroniques sympathiques pour les années à venir!

Merci pour votre intérêt et vos commentaires toujours constructifs! Vous êtes une source de motivation! On fait route ensemble pour un autre quatre ans?

Au plaisir de continuer de vous compter parmi les fidèles lecteurs!

Caroline, alias DocBébitte

Libellule Quatre Ans

Quatre ans, ça se fête!

Dans l’œil de mon microscope : l’antenne sans fin

Les antennes des insectes constituent des organes de grande importance. Elles détectent une vaste palette de signaux incluant les odeurs, les sons, les phéromones et les mouvements.

Certains insectes, comme la punaise d’eau géante dont j’ai récemment parlé, arborent de si petites antennes qu’elles ne sont pas visibles à l’œil nu. D’autres possèdent des antennes très longues comparativement à la taille de leur corps. C’est le cas de l’insecte de cette semaine, dont une toute petite partie vous est exposée. Savez-vous de qui il s’agit?

Vous pouvez répondre à cette devinette en vous joignant à la Page Facebook DocBébitte ou encore en inscrivant votre réponse dans la section « Commentaires » de la présente chronique. L’invertébré-mystère vous sera dévoilé lors d’une prochaine publication DocBébitte!

Devinette 2017-01-21

Une antenne qui n’en finit plus!